06 décembre 2009

Une si jolie robe de Fan Wu

Ce livre place l'arobection à Canton, dans le sud de la Chine, sur un campus universitaire où des étudiantes font leurs premières armes dans le monde adulte. C'est ainsi que se rencontrent Yan et Ming âgées respectivement de 23 et 17 ans. Rien ne les rapprochent : Yan est extravagante, fétarde et sexy quant à Ming c'est une étudiante très portée sur ses études et introvertie. Le courant passe malgré tout entre elles et nos deux protagonistes sont toujours l'une chez l'autre, à se précipiter dans les côtés sombres de l'amitié.

D'ailleurs, est-ce vraiment de l'amitié? Le cœur de Ming est brinquebalé entre des sentiments contradictoires : admiration, jalousie et amour trouble. Yan quant à elle semble plus détachée et profite de son statut de doyenne pour affirmer son ascendant sur notre jeune héroïne prise dans les mailles du filet.
Peu à peu la balance se déséquilibre et on comprend que Ming vit aux
crochets de Yan, qu'elle met entre ses mains son destin. Qu'elle renonce peu à peu aux études et aux hommes pour se vouer à son double.
Quant à la réciprocité, elle est dure à affirmer car Yan se fait souvent lâche voire intéressée quant aux aptitudes de sa cadette aux études. Il lui serait bien profitable d'avoir une jeune première accrochée à ses baskets.

Ce que j'ai apprécié dans ce roman est le ton très pudique qu'a choisi l'auteur pour aborder l'homosexualité féminine. Il est d'ailleurs répété plusieurs fois dans le récit que l'homosexualité n'existe pas en Chine ou que, si elle existait, elle serait fortement réprimée par le Parti. Il n'y a rien de libidineux, pas de scènes crues et c'est justement cet aspect d'amour subliminal qui nous rend le livre si attachant. Évidemment, on est pris d'empathie pour Ming qui parait plus fébrile et donc plus encline à se laisser dominer par son amie. A toujours la défendre bec et ongles, elle en oublie un peu de vivre pour elle et de faire ses expériences.

Comme je n'avais pas envie de rebrousser chemin, j'ai continué à marcher. La route avançait entre deux champs de coton et il faisait si sombre que je distinguais à peine ma main devant mon visage. Histoire de me tenir compagnie, je me suis mise à parler toute seule. Je me racontais que le ciel était un grand morceau de papier bleu clair obscurci par un ange polisson, que les champs de coton étaient couverts de fleurs roses et que si je ne les voyais pas, c'était parce qu'elles s'étaient endormies sous une couverture noire. Et plus je me parlais, plus je croyais à la réalité du ciel bleu et des champs rose. Ça a été une expérience merveilleuse. Le lendemain, je suis même retournée voir s'il y poussait vraiment des fleurs roses (p. 56)

Peut-être aussi en avait-elle eu vent lors de son séjour à Shenzhen. Elle venait me voir presque tous les jours. Elle seule pouvait m'extraire de mon univers littéraire et me faire rire. Je l'acceptais, l'admirais et la vénérais sans réserve, avec toute sa vanité et son matérialisme. [...]
Fin octobre, pendant une semaine, elle me rendit visite au moins deux fois par jour, comme si elle ne connaissait plus que moi sur le campus et à Canton. Et moi, telle une plante assoiffée en plein désert implorant le ciel de lui accorder la goutte d'eau salvatrice, j'attendais Miao Yan
(p. 131)

Marguerite l'a lu, Soiwatter aussi, Le Livraire également ainsi que Loutarwen. 8/10 pour moi

Une si jolie robe - Fan Wu ; traduction de Prune Cornet (Picquier, 2008, 286 p.)

Posté par Mélopée à 19:44 - Littérature chinoise - Commentaires [0] - Permalien [#]
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