11 décembre 2009

Une vue splendide de Fang Fang

 

Huitième Frère est le narrateur de ce récit original et dépaysant. En effet, notre petitFan1 héros est enterré sous le fenêtre car il est décédé à seize jours. C'est donc de son point de vue qui lui permet d'avoir "une vue splendide" que nous suivons l'histoire de famille. Et ce n'est pas une famille ordinaire en comparaison des familles actuelles suivant la politique de l'enfant unique.

Entassés à onze dans une toute petite cabane frémissant au rythme des trains qui passent à proximité, tous les membres grandissent dans la misère et l'insécurité. Le père, colosse docker et ivrogne fait régner la tyrannie, inculquant l'inculture, le vol et tous ces préceptes honnis d'un autre temps. Nous nous immisçons dans les heurs et malheurs familiaux et sommes atterrés de constater que Septième Frère a été pris comme bouc émissaire. Paria du cercle, il vit sous le lit parental et se traine comme un chien nauséabond.
Plus généralement, tous les enfants - neuf au total - semblent pousser comme des mauvaises herbes et traversent la Révolution culturelle avec pour seul espoir de s'élever de cette si basse condition à laquelle ils sont réduits.

Ce qui m'a profondément ému c'est cette vision de l'histoire par le petit dernier de la famille qui a traversé la vie comme une comète. On le sent compatissant et paisible, tout près, cloitré dans sa petite boîte. C'est ce franc-parler qui a fait sensation en Chine lors de la parution du livre en 1987 car, comme on dit, "la vérité sort de la bouche d'un enfant" et ce tout-petit qui n'a pas eu le temps d'apprendre les convenances et les jugements de valeur livre tout à trac.
Qualifié comme le petit bout de fantôme, très présent pour le père qui ne s'est jamais remis de sa parte, le regard ingénu sur cette famille du Wuhan n'est pas sans nous rappeler Zola ou les Pieds Nickelés, car nous oscillons entre rire et larmes. Parce que le livre est d'une belle poésie et il semble plus s'apparenter à un joli conte qu'à un récit morbide sur la misère humaine.

"Un jour, il a planté quelques fleurs rouges dans la terre au-dessus de mon corps enseveli. Il a dit à Mère : c'est comme si le ptit Huitième avait des cheveux" (pp.32-33)

A propos de voix entendues :
"Qui ont saisi les cinquante années qu'il lui restait, les ont transformées en volutes de fumée et, devant les yeux de sa bien-aimée, les ont laissées partir à la dérive, sans un bruit sans un souffle" (p. 76)

"Qu'est-ce que vous avez tous à rester pétrifiés sur place? N'ai-je pas une tête avec sept orifices comme la vôtre?" a dit Septième Frère" (p. 105)


Pour moi c'est un 8/10 ! Pour un autre avis, Choco l'a lu !

Une vue splendide - Fang Fang ; traduction de Dany Fillion (Picquier, 2003, 168 p.)

Posté par Mélopée à 16:29 - Littérature chinoise - Commentaires [0] - Permalien [#]
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