13 décembre 2009

Les trois portes de Han Han

trois_10Parcours de scolarité d'un jeune garçon aux épaules bien frêles, ce livre est en fait une belle satire de l'institution scolaire et de l'autorité. Notre narrateur, Lin Yuxiang, surnommé aussi Notre Héros, est poussé à la performance par ses parents, professeurs et toute la hiérarchie qui l'astreint.
Enfant unique, jeune homme prometteur car développant d'excellentes capacités en littérature, Yuxiang est en fait ballotté, jamais maître de son destin. Pour ses parents il est la relève, le trait d'union, celui sur qui on fonde beaucoup d'espoirs, celui grâce à qui on peut se valoriser dans la société. Il n'y a qu'à voir l'immense fierté de la mère, grande joueuse de mah-jong qui fait jouer son réseau de relations lorsque son rejeton gagne un prix littéraire pour ébruiter l'affaire.
Quant au titre, il symbolise les trois dernières années de lycée qui sont fondamentales dans la perspective d'un choix d'une université d'élite.

Qu'est-ce qu'il est impertinent ce Han Han ! Dès les premières pages, les petits pics fusent et on comprend bien que derrière le héros qu'il met en scène, indocile et que beaucoup surestiment, c'est une part de lui-même qui entre en jeu. L'auteur peint une société entre tradition et invasion des modèles occidentaux dont il banalise les absurdités avec une drôlerie irrésistible.
Car à travers l'enfant qui doit prouver sa valeur dans les résultats, c'est toute la pression unilatérale qui nous est projetée comme une volonté exacerbée d'être soi grâce à son rejeton. On entre par les mailles du filet et on est surpris des écarts, des négociations et de toutes ces parades qui visent à être toujours dans le rang, et dans les premiers de file si possible.
Mises à part les quelques coquilles qui ont entaché la lecture, j'ai été embarquée dans le récit. Le style est sobre, avec une touche de candeur qui donne un certain charme et nous invite à poursuivre.

Dommage que l'auteur n'ait produit, ou été traduit, que pour ce livre, bestseller en 1999 alors que l'auteur était tout juste âgé de 17 ans. On apprécierait un autre volume, tout aussi irrévérencieux !

Au surplus, les livres lui faisaient le même effet que les femmes - un nouvel ouvrage, c'était comme une vierge qu'on est le premier à toucher, tandis qu'un vieux livre correspondait à une femme à la beauté fanée sur qui d'autres ont déjà exercé des prérogatives conjugales. Du coup, la lecture perdait beaucoup de son intérêt, son attrait étant émoussé par le nombre de ceux qui avaient tenu le volume entre les mains. (p.13)

Bon, à présent il faut choisir entre : "Je t'aime" ou "Je t'aime infiniment", alors que les deux ont rigoureusement le même sens. L'être humain est vraiment étrange, si l'on déclare à une fille : "J'ai quelque chose à te dire", elle va aussitôt s'attendre à "Je t'aime", pas à "Peau de vache", ou "Tu me fais chier", encore moins à "On va se séparer". (p. 169)

Un si jeune écrivain qui se distingue avec un roman qui tient bien la route mérite bien un
7,5/10 !

Les trois portes - Han Han ; traduction de Guan Jian & Sylvie Schneiter (JC Lattès, 2004, 397 p.)

Posté par Mélopée à 13:07 - Littérature chinoise - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Ce thème de l'éducation et de la réalisation de soi revient souvent dans les romans chinois actuels,je trouve. "Une fille pour mes 18 ans" de Feng Tang, que j'ai beaucoup aimé, avait aussi ce ton irrévérencieux.

    Posté par mango, 20 décembre 2009 à 13:54
  • Oui c'est vrai que l'éducation est placée au premier plan chez beaucoup de jeunes auteurs chinois actuels. Effectivement, je n'avais pas fait le parallèle avec Une "fille pour mes 18 ans" à ce sujet-là mais le point commun est évident ! En tout cas "Les trois portes" ont été tout comme le roman de Feng Tang, un très bon moment de lecture !

    Et comme tu le soulignes Mango, c'est ce ton irrévérencieux et assez provocateur qui donne un attrait certain à ces livres !

    Posté par Mélopée, 20 décembre 2009 à 14:19

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