04 mars 2010
Arbre sans vent de Li Rui
Voilà un livre qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'est pas
ordinaire. Déjà de par la construction : une succession de chapitres
tous utilisant la première personne du singulier mais tous désignant des
personnages différents.
On pourrait se perdre avec tous ces "je" me
direz-vous mais il n'en est rien car une sorte de petit guide
répertoriant les prises de parole nous oriente en début de roman.
Ainsi,
au départ on colle à cette table des personnages pour se situer dans
l'œuvre puis les points de vue sont évidents : certains personnes ont
des tics de langage, ils sont facilement reconnaissables. Donc la
syntaxe du roman a de quoi charmer car elle dynamise l'action en nous
montrant ces bribes de pensées recueillies l'espace de quelques pages.
Pour
l'histoire, nous sommes dans un petit village pris dans la tourmente de
la Révolution culturelle. Dans ce village, certains membres tout juste
arrivés font régner la loi communiste et créent des incompréhensions
locales. Car dans ce village dits des "Nains" tous sont boiteux, tous
sont éclopés et mal lotis dans leur vie, survivant honnêtement grâce à
leurs récoltes et leurs élevages. Et ces éléments "normaux" qui viennent
régir la vie du village sèment la discorde : ils sont physiquement
grands et bien en chair, ils sont hiérarchiquement au-dessus, tout leur
est dû. C'est comme une allégorie de leur condition qui s'exprime dans
leur physique.
Quiproquos et ouï-dire inclinent la balance du
côté des grands et le petit peuple en est réduit à subir et à exécuter.
Puis un suicide vient ébranler le village des Nains et entrainer la
colère de ces gens qui n'ont rien mais qui font tout. Et dans la lente
procession qui vient saluer le mort les langues se délient, les animaux
ont leurs mots à dire eux aussi. Ainsi Erhei (l'âne du défunt) est celui
que beaucoup craignent car il a été amputé de son maître.
Je ne
résiste pas à l'envie de vous mettre quelques mots qui figurent au dos
du livre :
Au moins autant que par ses thèmes, c'est par sa
composition esthétique et musicale - jeu de couleurs, de voix et de
bruits - que le roman impose son originalité. Des maux que la misère
économique et le pouvoir politique font endurer aux villageois, on
glisse vers des interrogations sur l'existence, la mort, le vide et le
néant, l'autre rive. Li Rui livre ici une œuvre aux accents de chœur
polyphonique et qui atteint un degré intense d'expression poétique.
Et
ces passages qui m'ont interpellé :
On dirait que j'ai déjà
vu cela un jour, mais quand? ... Ah oui, c'était dans les bras de ma
mère, je me suis réveillé au milieu de la nuit, couvert de rosée, en
relevant la tête je vois le ciel parsemé d'étoiles dans le vide entre
les branches des arbres, ma mère me couvre la bouche de sa main, et dit,
ne fais pas de bruit, sinon les diables japonais vont entendre ! Les
étoiles du ciel sont d'un coup tombées dans mes yeux. (p.40)
L'arbre
préfère le calme, mais le vent continue de souffler, la lutte des
classes existe indépendamment de la volonté des hommes... (p.43)
Arbre sans vent - Li Rui (Philippe Picquier, 2000, 206 p.)
Commentaires
As-tu acheté deux livres des Editions
Philippe Piquier pour avoir une belle reprographie d'estampe ?
C'est l'opération du moment chez cet éditeur et ça me faisait bien envie...pour les livres et l'affiche !
@ Zarline : Ah ça ! C'est ce qui m'avait fait l'emprunter. C'est déstabilisant au départ puis on se met dans le rythme et c'est tout compte fait bien plaisant.
@ Didi : Ah non, je n'étais pas au courant de cette opération. Je suis allée voir sur leur site et elle n'est mentionnée nulle part. Comment faut-il s'y prendre? Cela pourrait m'intéressait car Picquier est un éditeur vers lequel je me tourne régulièrement.
@ Choco : Ah, si j'avais su j'aurais foncé pour profiter de cette offre. J'en ai acheté dernièrement par correspondance. Il va falloir que je regarde ça de plus près. C'est jusqu'à quand?
@ A girl from earth : Oh merci ! Oui c'est un livre original ! A vrai dire je l'avais lu en y allant un peu à reculons et la syntaxe m'a finalement convaincue.
J'aime l'originalité, mais là, je ne le sens pas trop. Je passe. Et pour être franche, je ne suis pas très attirée par la littérature asiatique.
Ah c'est sûr je le reconnais que les goûts et les couleurs ça ne se discute pas ! Mais ça valait tout de même le coup de mettre ce petit livre sans prétention en avant.
Là je ne sais pas trop, ça dépend du libraire en fait, selon qu'il laisse l'opération longtemps ou pas, selon qu'il lui reste des affiches ou pas !
oups j'avais pas vu ta question Mélopée
Il suffit d'acheter en librairie deux livres de ces éditions et on t'offre l'affiche par contre je ne sais pas jusqu'à quand ...
@ Didi : Il faudrait que je me fasse un listing car mes envies sont très épisodiques. Je doute que mon libraire, dont le fonds est relativement peu fourni, soit au courant d'un tel événement ! Mais je vais voir ça !
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