30 avril 2010

Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer

quand10Ce que je suis heureuse de vous parler de ce livre que je n'ai pu lâcher car il est captivant de la première à la dernière page ! Pour preuve, je l'ai achevé hier (après une micro journée de lecture... et encore s'il n'y avait pas eu le boulot...) et c'est même avec une précipitation sans précédent que j'ai dévoré l'ouvrage.

L'histoire, car c'est tout de même l'essentiel, retrace l'échange de mails d'Emmi, jeune femme "mariée et heureuse" - c'est elle qui le dit - avec un sombre inconnu du nom de Léo. Leur rencontre virtuelle a lieu car Emmi, souhaitant se désabonner d'un magazine, se trompe d'adresse mail. De cette erreur de destinataire nait une correspondance pleine de douceur, de rêve et où la barrière de l'immatériel devient un formidable vecteur d'émotions humaines. Car Léo semble avoir le même âge ou presque - les questions terre à terre sont vite écartées -, semble avoir la même sensibilité. De plus notre interlocuteur mystère est disponible, prévenant, plein d'humour et de répartie. Emmi se prend donc au jeu et débute un étrange rituel ponctué de mails, de pensées et d'échanges de plus en plus à fleur de peau.

On savoure la dynamique qui s'instaure avec des pépites de mails qui donnent le sourire.

Les voisins s'occupent de Jukebox. Jukebox est notre gros chat. Il ressemble à un Jukebox, mais ne passe qu'un seul disque. Et il déteste les skieurs, donc il reste à la maison. (p.59)

En fait tout l'intérêt de ce livre réside dans l'attachement qui devient de plus en plus fort au fil des mails. Emmi, d'abord réservée et plutôt cynique, devient une correspondante piquante et pleine d'entrain. Quant à Léo, c'est l'homme idéal par excellence : pas tout à fait remis de sa dernière rupture, il prend les choses avec philosophie et mène sa vie tambour battant.
Je ne peux que dire que ce livre s'est révélé être un coup de cœur - et coup de cœur énorme même - car je m'y suis reconnue, car j'ai pu m'identifier à cette Emmi en quête de quelque chose, de distraction ou de nouveauté. Mais comment ne pas succomber au charme de ce Léo qui a plus d'un tour dans son sac, qui porte le masque à merveille, qui use d'inventivité pour toujours rester l'intriguant et mystérieux jeune homme de la boîte mails.

Et maintenant c'est à vous, écrivez-moi, Emmi. Écrire, c'est comme embrasser mais sans les lèvres. Écrire, c'est embrasser avec l'esprit.  (p. 136)

Je ne voudrais pas dévoiler toutes les ficelles du livre car j'ai pris un plaisir si intense à écarquiller les yeux au fil du récit que je voudrais garder moi aussi un certain masque sur les suites de l'affaire. Beaucoup de questions restent ainsi en suspens pour vous - ô vous, heureux futurs lecteurs - comme le dénouement final, comme les sentiments respectifs de l'un et de l'autre, comme la bienséance qui semble rester en filigrane de l'intrigue.

Je suis sous le charme de ce livre ! (... et je suis pas la première de la blogo !) Je l'avais repéré dans La librairie francophone avec un avis déjà très positif d'une des libraires mais là je peux le dire, ce livre est un bijou. On voudrait recevoir dès demain la réponse d'un interlocuteur aussi loquace que Léo, on voudrait avoir toute cette magie d'échanges furtifs et surtout on rêverait de lire quelques pages en plus. Car ces deux personnages sont les témoins d'une nouvelle ère, celle du numérique, celle où tout est possible et où l'inattendu a toujours sa place.

Merci à Aifelle ma prédecesseuse de livre voyageur pour son gentil mot, merci surtout à Clara d'avoir mis ce livre en circulation. Il va me falloir du temps pour sortir de cette bourrasque venue du nord.

Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer (Bernard Grasset, 2010, 348 p.)



29 avril 2010

Tag musical

Ayant craqué sur le blog de MyaRosa sur ce petit tag et vivement encouragée par celle-ci à le répercuter, me voici donc à me mettre à la mode musicale.


01) Que j'écoute en ce moment :
The story of the impossible - Peter von Poehl
cf
02) Qui me rend joyeuse : Joyeux calvaire - Les cowboys fringants (photo du groupe juste là)


03) Qui me rappelle un ex-copain : Hallelujah - Rufus Wainwright

04) Qui me rappelle un ami perdu : Somewhere only we know - Keane

05) Qui me fait pleurer : Colors - Amos Lee, Run - Snow Patrol, Again -Archive

06) Qui me fait réfléchir sur le monde : Plus rien - Les cowboys fringants

07) Qui en dit beaucoup sur moi : Shy - Sonata Arctica, ATWA - System of a Down

08) Que j'aurais aimé écrire : Léa - Louise Attaque

09) Qui fait que mes amis pensent à moi quand ils l'entendent : Du hast - Rammstein

10) Qui me rappelle mon enfance : Le jouet extraordinaire - Claude François

11) Avec laquelle j'aime me réveiller : Kallo Kallo - The Ark (merci Chrestomanci)

12) Avec laquelle j'aime m'endormir : Les jeux interdits

13) Pour laquelle je ferais n'importe quoi pour l'entendre en live : Creep - Radiohead

14) Qui me fait penser à ma solitude : Lonely Day - System of a Down

15) Qui n'est pas mon type de musique mais que j'aime pourtant : Where'd you go? - Fort Minor, Stan - Eminem

16) Avec laquelle j'aime travailler : Dégénérations - Mes aïeux

17) Que j'écoute dans ma voiture : Help myself - Gaëtan Roussel

18) Que j'écoute en boucle sans me lasser : l'album The village lanterne de Blackmore's Night que j'aime de bout en bout


On aurait pu ajouter la chanson qui me sort par les yeux (cet affreux clip de Lady Gaga et Beyoncé est juste pouah, pouah, pouah pouah) mais soit, on va s'arrêter là. Prenne ce tag qui veut !

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24 avril 2010

Le marque-page de Sigismund Krzyzanowski

marquepageIl m'en aura fallu du temps pour apprivoiser ce texte qui est, aux abords, facile d'accès mais qui devient nettement plus ardu une fois que la narration se met en place. Car Krzyzanowski part d'évènements bénins de la vie quotidienne pour faire des digressions sur l'existence, sur la philosophie et sur des thèmes nettement plus abstraits.

C'est ainsi que dans la première nouvelle - car c'est bien un recueil de nouvelles que nous avons là - nous partons d'un homme croulant sous les souvenirs accumulés dans son modeste appartement et qui en vient à retomber sur l'ami marque-page, échoué dans une de ses lectures abandonnées. Ce petit objet de tissu, tout à fait providentiel, va l'amener à réfléchir sur sa situation actuelle, sur la marche du monde. C'est un homme qui fait une rétrospective sur son passé et qui cherche à partager idées et réflexions avec de sombres inconnus mis sur son chemin. C'est ainsi que de fil en aiguille le narrateur en vient à sortir de chez lui, à venir à la rencontre de l'autre pour s'exposer dans son individualité et ses spécificités. Du prétexte du marque-page, nous en arrivons à un dialogue des plus fouillés avec un inconnu, presque aussitôt surnommé l'attrapeur de thèmes. Tout parait loufoque, sans lien apparent et pourtant c'est avec une logique implacable que notre narrateur prend congé de nous en rouvrant un carnet où avait pris place le marque-page.
On se demande en fin de compte si la page où s'était arrêté le marque-page avait un intérêt quelconque dans le déferlement d'idées, dans la soudaine inspiration de notre héros. Et ce sont ces questions restées sans réponse qui laissent une certaine énigme à cette histoire sans queue ni tête.

J'ai détaillé cette première nouvelle car c'est elle qui donne son nom au livre, elle qui semble ouvrir la porte à l'imagination et nous insuffler une bonne dose de perplexité. Car je pense que l'auteur s'est voulu insaisissable et en parcourant les biographies j'ai pu voir que c'était la nouvelle qui faisait le plus écho à sa vie. On ne voit pas bien le trame autobiographique mais cette ouverture au monde peut faire écho à chacun de nous.
Car un mince objet, une relique du passé sur notre route et le champ des possibles peut à nouveau s'ouvrir soit sur ce qui a été, soit sur ce qui pourrait être.

Dans la même veine, on poursuit le voyage avec "La superficine", seconde nouvelle où un narrateur reclus dans son 8m² se voit proposer, par un visiteur du petit jour, une sorte de potion qui par application sur les murs agrandirait les pièces. Ni une ni deux, notre narrateur vide le flacon en enduisant les murs copieusement et c'est dans une sorte de douce folie que nous voyons peu à peu la pièce gagner en longueur (et pas en hauteur de plafond). On gagne en surface mais les problèmes demeurent et notre narrateur perd pied, en ne trouvant plus les murs qui s'éloignent, le laissant seul avec son lit.

Je pourrais détailler toutes les nouvelles qui ont un zeste de Kafka, une pointe de Carroll comme avec cette troisième nouvelle où un héros - toujours masculin le personnage principal - voit dans les yeux de son amie un petit bonhomme bien expressif qui lui fait signe. Au lieu de s'arrêter à la bizarrerie de la situation, le narrateur décide de suivre cette petite chose hantant la pupille de sa compagne. Et il parait tout à fait normal que notre héros se fonde sous les paupières pour voir ce qu'il en est et visiter l'étrange repère du petit homme à la pupille. Pris au piège, les yeux n'offrent que peu de champs de sortie, surtout lorsque le refuge bien agréable pour un temps est noyé dans l'obscurité par des paupières fermement baissées.

Je ne saurais trop dire comment j'ai accueilli ce recueil de nouvelles car il est vrai que j'ai eu énormément de mal à garder le fil dans la nouvelle du marque-page - dont le titre m'intriguait grandement - et ai été davantage charmée par les petits récits lui faisant suite comme la nouvelle faisant l'apologie de la haine dans un futur proche. La haine serait le principal carburant qui viendrait alimenter nos demeures donc la population est priée de haïr la société avec entrain. Et vous ai-je parlé du mangeur de coude qui devint une bête de foire  et un emblème de la mode nationale :

La mode du N°11 111 s'amplifiait non de jour en jour, mais presque de minute en minute. Un bel esprit faisant l'exégèse du chiffre 11 111 déclara que l'individu désigné par ce nombre était "cinq fois unique". Dans les magasins de vêtements pour hommes, on mit en vente des vestes de coupe particulière, dénommées les "coudines", avec des rabats amovibles (à boutons), permettant à loisir et sans retirer son vêtement de s'exercer à se mordre le coude. Beaucoup de gens devenus coudomanes cessèrent de fumer et de boire. [...] autour de l'os du coude on portait d'élégants adhésifs rouges et de fausses cicatrices imitant morsures et égratignures fraiches. (p. 133)
abc
Loufoque, original... voilà un recueil qui a de bonnes ressources pour exister et dont le style est plein d'intelligence.

Le marque-page - Sigismund Krzyzanowski (Ed. du Verdier, 1992, 159 p.)

20 avril 2010

Swap around your world : yayouh !!!

Il était temps que je mette la main sur ce fameux colis swap organisé de main de maître par Virginie et Celsmoon. Et je me sens limite privilégiée car j'ai swappé Celsmoon et ai été swappée par Virginie. Quel formidable échange !

Pour ledit paquet tant attendu, mon facteur a eu la bonne idée de me faire poireauter tout le week-end pour repasser le lundi voir si j'y étais (vous connaissez la chanson du facteur? Je n'y étais pas non plus et donc ô rage, ô désespoir j'ai dû patienter jusqu'à aujourd'hui). Car oui Monsieur le facteur était déjà venu tenter sa chance le samedi et au lieu de me laisser l'avis synonyme de "on va chercher illico presto", il a cru pouvoir me croiser malgré tout.

Allez stop j'arrête, voici donc ce que renfermait la malle aux trésors :

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Je n'ai pas réussi à mettre les photos en plus grand mais je pense qu'en cliquant dessus vous saisirez l'ampleur de ma joie. Tant de petits paquets et ce joli papier cadeau tout coloré, voilà qui a eu de quoi me rendre toute folle.

Et à l'intérieur il y avait :

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Alors voilà pour les livres et les petits trucs en plus. Un livre Pourquoi les japonais ont les yeux bridés que j'ai déjà feuilleté et qui raconte le Japon sous un nouvel angle. Parce que je ne vous l'ai peut-être pas dit mais ma swappeuse a choisi une thématique centrée sur le Japon pour ce swap. En tout cas, pour le livre c'est avec curiosité que j'ai pris contact avec cette culture que je connais assez mal en fait.
Deuxième livre : One for Sorrow de Christopher Barzak et donc une première immersion dans la langue anglaise. Après tout on est là pour se mouiller et j'avoue que ça me motive d'avoir un livre en langue étrangère.
Derrière vous avez une superbe carte d'une belle asiatique maquillée. A côté c'est une compilation sur le rock à travers le monde que m'a concocté Chrestomanci. Ça tombe bien, je suis une férue de musique et de rock en particulier.
Et à votre droite vous avez... mon mouton japonais. Oh oui c'est mon cutie celui-là avec sa tâche de de drapeau japonais sur le ventre et sa tête en cœur. Mais je l'ai adopté sur-le-champ Virginie ! Et je te passe les "oh comme il est mignon... oh comme il est doux...". Je crois même, qu'ultime privilège, il va devenir mon doudou n'°1 (et ça c'est une faveur, je te le dis).
Et tout à côté vous avez une kimmidoll, qui est un joli porte-clé japonais. Là aussi, j'espère qu'il va me porter chance celui-là !

Côté gourmandises :

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Je crois que ma swappeuse a infiltré mon blog et qu'elle savait que j'avais un gros point faible pour les soucoupes. Alors là j'ai eu droit à un petit seau de soucoupes. Oui Mesdames, Messieurs, Virginie me permet de voyager même dans l'univers. Quel péché mignon déraisonnable !
Ensuite j'ai eu droit à un café de Colombie que j'essaierai de tester sous peu mais en tout cas il sent diablement bon.
Et enfin j'ai eu droit à des barres au sésame et à la cacahuète. Je dois le confesser, il n'en reste déjà plus. Mon copain a honoré ton cadeau gustatif, je te l'assure ;-)

Encore un merveilleux swap qui m'a fait voyager et qui me promet de belles découvertes livresques. Merci à ma swappeuse Virginie et à son acolyte organisatrice Celsmoon, équipe de choc.

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16 avril 2010

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer

amateursVoilà un livre que j'avais acheté avec empressement lors de sa sortie (en grand format en plus) et que j'avais laissé de côté. C'est lors de sa sortie en poche que je me suis dit qu'il fallait prendre les choses à bras le corps car ce livre, je le savais, était fait pour moi. Après tout le bruit qui a suivi sa parution (la mort de son auteur, l'achèvement par la nièce de celle-ci), les nombreux commentaires sur les blogs, je suis finalement passé après la tempête pour me faire mon propre avis. Sitôt ouvert, sitôt dévoré et voilà un livre frais qui est tombé à point nommé.

Juliet est une trentenaire anglaise, célibataire de surcroit (on la verrait formidablement en vieille petite bonne femme toujours une tasse de thé à la main) qui a achevé son premier livre et peine à trouver l'inspiration pour le second. On la suit mener les débats avec son éditeur d'ami, la sœur dudit éditeur (amie de la première heure) afin de se remettre au travail. En pleine promotion de son dernier livre on la sent perdue sur la suite, implorant le ciel de lui donner matière à réflexion.

Arrive un jour une lettre d'un habitant de Guernesey (Dawsey) cherchant à se procurer le livre d'un de ses auteurs phare (il possédait un ouvrage ayant appartenu à Juliet d'où cet envoi). Une bouée à la mer que cette missive qui arrive presque par hasard jusqu'à Juliet. Décrivant le pourquoi de son intérêt pour l'auteur qu'il découvre, il en vient à parler de son appartenance au cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Intriguée par l'originalité de la demande, par la provenance et par cet expéditeur curieux, notre Juliet se prend à lui répondre, à poser des questions, à montrer elle aussi un vif intérêt pour ce concept de club littéraire réunissant une vingtaine de membres. De là se noue une correspondance à bâtons rompus entre notre écrivain londonienne et son interlocuteur anglo-normand. Mais les échanges, très fréquents et de plus en plus sincères, laissent place à tout un cercle d'amis. Car ce n'est pas seulement le dénommé Dawsey qui prend part à l'échange de lettres, peu à peu entrent en scène les autres membres de son cercle littéraire.

Avec cette intimité qui s'instaure, ce climat de confiance malgré la barrière géographique, Juliet en vient à espérer faire naître quelque chose de ces liens qui se nouent. Faut-il expliquer que le contexte historique est la suite immédiate de la guerre 39/45? Faut-il dire que l'île de Guernesey a vécu dans la peur et sous l'occupation allemande pendant toute cette période? Est-il nécessaire d'ajouter que tous les membres, marqués par toutes les atrocités dont ils ont été témoins, ont créé le club littéraire justement pour outre-passer le manque de liberté? Car oui, le club littéraire est né d'une sorte de coïncidence, d'une coalition entre des habitants esseulés, terrifiés et affamés. Le principe est simple : on mange ensemble et on parle à tour de rôle d'un livre, on s'offre la possibilité d'échanger des points de vue à la lueur d'une bougie, lorsque tout le monde tremble.
Juliet découvre "l'organisation secrète" avec une pointe d'admiration, avec une franche curiosité qui ne cesse de se développer au fil des lettres. Apprendre l'opinion de chaque membre, voir les diverses positions des uns et des autres pour en comprendre la nécessité d'un tel cercle, voilà de quoi enrichir l'opinion d'une Juliet qui était jusque là assez casanière et ignorante des autres et de l'Histoire.

La première partie du livre retrace la correspondance entre un cercle ligué dans la vie mais ligué aussi dans les échanges épistolaires. La seconde partie du livre est consacrée aux lettres de Juliet, qui s'est déplacée à Guernesey, et qui relate ses dialogues directs avec les habitants à son éditeur.
Car se rendre sur place aura été une libération et une prise de conscience qui la mènera à réfléchir sur elle-même, sur le sens de sa vie, sur la direction que devrait prendre son prochain roman et sur l'isolement subi par ces hommes devenus ses amis.

C'est un livre qui m'a épaté (malgré son apparente simplicité de style, de vocabulaire), que j'ai trouvé très bien construit et dynamique de par sa structure épistolaire. Ces nombreux héros qui prennent corps deviennent si humainement émouvants qu'on en viendrait presque à vouloir soi-même recevoir une lettre d'un parfait inconnu, conteur d'un jour. Et cette Juliet on l'envie, on la voit évoluer, s'ouvrir au monde, avoir soif de connaissance. C'est si plaisant ce désir de vivre qu'on ne peut que, dans une certaine mesure, regretter la mort de l'auteur qui nous a fait prendre un bon bol d'air dépaysant très british.

Lecture lue dans le cadre d'une lecture commune sur la blogo avec Maijo, Liza_Lou, Marie L. et aBeiLLe. Je crois que d'autres se sont jointes à nous mais je n'ai pas le récapitulatif complet même si j'ai vu beaucoup de billets passer' aujourd'hui. Merci à vous pour m'avoir enfin boosté afin d'entreprendre cette lecture.

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer & Annie Barrows (Nil, 2009, 390 p.)

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14 avril 2010

La fille perdue du bonheur de Yan Geling

On continue avec les livres qui ne m'ont pas véritablement enchantée mais dont je me dois de vous parler tout de même. Sait-on jamais, peut-être y a-t-il parmi vous des amateurs de littérature chinoise. Peut-être y en a-t-il qui s'intéressent encore plus à la venue de ces prostituées asiatiques débarquées dans la gigantesque American land.

fille


Fusang, celle qui occupe tous les débats dans ce livre est une prostituée de luxe vendue par ses parents puis volée par des proxénètes peu scrupuleux. Bringuebalée comme un objet, elle semble se satisfaire à chaque fois des situations et arbore toujours un sempiternel sourire à ses détrousseurs. Nous sommes à la fin du XIXème siècle et c'est à Chinatown, à San Francisco que l'histoire se poursuit. Car si Canton est le point de départ, c'est l'Amérique qui est le centre du récit.
Trimballée à des enchères pour être vendue, exhibée comme une marchandise puis volée, récupérée et menacée... on s'y perd ! Qui se cache derrière cet imperturbable sourire? Chris, jeune adolescent de 12 ans vient à la fréquenter (j'ai déjà eu du mal à imaginer un jeune puceau tout étourdi par cette grande godiche) et la suit pendant de nombreuses années car cette étrangère à la beauté inégalable reste une énigme. Toujours soumise, jamais difficile et se satisfaisant de ses conditions de vie, on a du mal à la cerner. Pour ponctuer le tout, vient s'ajouter la brute c'est-à-dire Da Yong, brigand de grand chemin qui a son contact va peu à peu s'adoucir.


Disons que cette lecture me laisse une impression douce amère. Je l'ai trouvé trop emplie de stéréotypes : les chinois tous avec une natte, les femmes quasiment toutes objets et les Américains en bons porte-feuilles sur pattes. Et j'ai particulièrement détesté Fusang cette héroïne qui, malgré la beauté dont elle rayonne, semble être l'incarnation du "sois belle et tais-toi !".
Au fil de la trame on se dit : il va bien y avoir un moment où elle va ouvrir la bouche et s'exprimer. Il n'en est rien, cette poule de Chinatown reste jusqu'au bout le produit rapporté joliment jaunâtre qui suit tout le monde. Même à l'heure des grands choix, elle reste dans une semi-indécision, comme si seuls les éléments extérieurs pouvaient décider de son destin. On en sort frustré ! Dommage car la couverture me plaisait bien !

La fille perdue du bonheur - Yan Geling (Plon, 2002, 290 p.)

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13 avril 2010

Panda sex de Mian Mian

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Ce livre transpire la mélancolie et le spleen chinois propre au Shangaï actuel, très cosmopolite et hétéroclite. Voici ce qui est noté au dos "Amour, sexe et télévision : les Liaisons dangereuses dans le Shangaï d'aujourd'hui".

Le contexte du livre est une sorte de "Big brother" à l'échelle locale chinoise. Deux sœurs sont filmées par l'Acteur (c'est ainsi qu'il est nommé) et leurs frasques sont détaillées, analysées et passées en boucle. Ces filles sont sujettes au "virus du panda" c'est-à-dire qu'elles ne font l'amour que deux fois par an, comme l'animal dont on fait référence. Autour d'elles, on assiste à la décadence de l'élite shangaïenne, entre fêtes arrosées et cancans sur l'amour et le sexe, on emmagasinne toutes ces paillettes et ces masques illusoires. On reçoit des bribes d'information et on se forge une image du gotha télévisuel. Car même si la caméra est braquée sur nos deux héroïnes, les personnages défilent et donnent corps et contenance à la vie capturée. Des Américains, des Européens et tout ce melting-pot s'expriment à tour de rôle et donnent leur vision personnelle d'une ville en pleine effervescence.

Quant à mon opinion, elle est assez mitigée ! J'ai trouvé l'histoire très originale, surtout par rapport à ma conception des mœurs asiatiques. Néanmoins, le style prête parfois à sourire tant il paraît flou et confus voire maniéré dans le mauvais sens du terme. En effet, il y a un paragraphe qui revient sans cesse comme pour marteler un désir profond mais qui crée plus un phénomène de lassitude. Tout comme à la fin du livre où nous avons un passage similaire sur deux pages consécutives : je me demande toujours si c'était un défaut d'impression ou si cela visait à un quelconque autre message subliminal.
C'est du Gossip Girl version chinoise, où tout est permis, où toutes les relations de couple sont envisageables et où cela parait même un peu hardcore par moment.

Mais il y a quelques bonnes trouvailles qui ont réussi à nuancer mon jugement :

Je trouve qu'on devrait vivre à l'envers, tu commencerais par mourir, puis tu passerais par tout ce que tu connais déjà, et ensuite tu retournerais dans le ventre de ta mère. Par exemple quand tu bois un café tu serais déjà endormi, et si tu tuais quelqu'un il ressusciterait, quand tu viendrais juste d'apprendre quelque chose tu l'aurais oublié, après avoir mangé tu aurais faim, après t'être enivré tu boirais et tu ferais l'amour après avoir eu un orgasme. Tu t'es aperçu que plus on vieillit et plus on a besoin d'argent? Si on vivait comme ça, à l'envers, tu en aurais de moins en moins besoin, tu n'aurais pas toutes ces dettes à rembourser et tu serais libre. (pp. 84-85)

Panda sex - Mian Mian (Au diable Vauvert, 2009, 183 p.)

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11 avril 2010

La déesse de la modernité de Liu Xinglong

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Ce recueil de Liu Xinglong est comme un bel hommage à la terre. Certains, obligés de vivre dans les campagnes lors de la Révolution culturelle l'ont vécu comme un exil, lui a retenu de cette expérience une belle opportunité de se familiariser avec un peuple dénigré mais qui a tout à faire de ses mains. En découle ce petit recueil de trois nouvelles, toutes centrées sur ce petit peuple qui a pourtant de formidables ressources.

On se place donc du point de vue des paysans qui résistent à l'urbanisation avec leurs frêles moyens. C'est ainsi qu'on est embarqué dans un Comité de quartier où tous se concertent pour s'organiser collectivement devant la menace de la modernité. De la même manière, tous se mobilisent pour dessiner la statue qui ornera la mythique route des Vieilles Lunes. Et enfin la dernière nouvelle met en lumière tout le loufoque que peut constituer les passages piétons pour tous ces paysans qui voient débarquer les codes de la ville dans leur petite bourgade isolée.

L'humour dont recèle ce recueil est assez salvateur et j'avoue avoir emprunté le livre justement pour pointer toute l'austérité imposée lors de la Révolution culturelle mais c'est en fait un condensé d'observations futées et habilement formulées. On se croirait dans une plaquette remake des Lettres persanes à la mode asiatique. Le quotidien "moderne" à la sauce paysanne passe comme une lettre à la poste et on se surprend à dénigrer toutes les avancées de la société bien futiles pour les peuples reculés. Et l'humour et la formulation sont évidemment à souligner tout autant que la très bonne préface qui situe bien le contexte de la fiction.

Au matin du quatrième jour, Hu (le Hu "made in Ailleurs", comme on l'appelait), le Chef du Comité de Quartier, s'en vint avertir chaque famille, que, l'après-midi même, il serait procédé, sur la Route des Vieilles Lunes, à l'identification subséquente des coupables...
Tout Chef qu'il fût, Hu savait bien qu'il y a pot et pot, qu'un pot à thé n'est pas un pot de chambre [...]
Il était du genre plaisantin : par exemple, lorsqu'une femme était contrainte au curetage pour se trouver enceinte au-delà du nombre des grossesses autorisé par la loi, il trouvait drôle de dire "qu'elle allait se faire dégonfler la chambre à air.
(pp. 66-67)

Un tout petit livre, à retenir pour se familiariser avec la Chine lointaine, en phase de transition vers cette désormais bien connue (et quelque part fatale) modernité.

La déesse de la modernité - Liu Xinglang (Bleu de Chine, 1999, 74 p.)

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06 avril 2010

La grande île des tortues-cochons de Liu Sola

Nous sommes en l'an 4000 sur la Grande Ile des tortues-cochons, un archipel perdu au large de la Chine. A partir de cet éden isolé des hommes vient prendre place la légende des tortues-cochons, animaux quasi mythologiques qui incarneraient une femme transformée, après la noyade de son mari, et qui aurait emporté sur son dos ses huit enfants vers les flots. Comme une déesse vénérée sur l'île, ces animaux seraient les premières présences vivantes et les protecteurs de la Grande Ile.

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Une famille illustre vint ensuite à peupler l'île et se l'approprier : ce sont les Tsidehou rebaptisés Ji pour la lignée des descendants à venir. Ces membres sont des éléments rapportés de la Chine, des maillons en fuite vers un paradis terrestre. Un élément déterminant du récit est le pouvoir indéniable des femmes qui sont celles qui kidnappent les hommes et les séquestrent pour pouvoir fonder une famille. Ainsi Ji He le premier homme s'installant sur l'île est un homme qui s'est embarqué dans l'aventure forcé par une femme féline Xisama. D'ailleurs ce n'est pas sans rappeler la légende d'Ulysse retenu prisonnier par la nymphe Calypso.
C'est donc un étrange mélange de futur plein de Préhistoire où ces femmes abattant leurs cartes des pleins pouvoirs. Les désirs bestiaux comme celui de posséder quelqu'un sont ceux qui prédominent.
Du couple improbable (Ji He, Xisama) naissent deux fils au goût diamétralement opposés : l'un aime la guerre, l'autre est un propriétaire terrien très attaché à son commerce. Et à ces membres qui peuplent l'île viennent s'ajouter au fur et à mesure des Chinois de souche qui s'exilent pour s'installer. Quatre générations de Ji viennent se côtoyer entre île et continent, viennent réveiller l'Histoire (la Révolution, la poésie, les légendes) et lui proposent une suite.

C'est tout un petit monde qui prend place avec de multiples figurants qui s'attachent à la Grande Ile puis s'en éloignent pour mieux revenir. Cela m'a fait penser à une scène de théâtre éclairée (l'action principale exposée au grand jour) où de nombreux acteurs viendraient prendre la lumière comme animés d'un sentiment de retraite paisible puis qui se retireraient dans les coulisses (la Chine voisine, plus animée, carrefour des échanges).

Les héros (principaux et secondaires) ne meurent jamais, ils voguent dans un au-delà et réapparaissent pour donner un éclairage nouveau, pour se refaire un moral ou une santé et pour combler les désirs des vivants. Et les femmes une fois de plus tiennent une place de choix car ce sont elles qui dirigent les débats, les repentirs et lamentations. Et c'est enfin une des dernières nées des Ji qui aura l'initiative de retracer la saga, ultime prêtresse de la bravoure familiale.

Un an plus tard, le petit-fils dont rêvait Ji He n'étant toujours pas de ce monde, on fit venir un spécialiste de l'intérieur des terres. Après avoir examiné Xiu'er, il expliqua qu'aucun médicament ne pourrait rien y faire : elle était vierge. (p. 66)

Un roman futuriste me direz-vous? Non c'est un roman qui revient quasiment aux confins des origines dans un fantastique mêlé au manifeste féministe et romantique. C'est un roman qui est dédié au père de l'auteur et qui allie littérature classique et ambitions plus modernes (construction foisonnante, diversité des genres littéraires). Un livre qui m'a touché et qui m'a permis d'imaginer ce que pourrait être un paradis perdu, à l'écart des hommes, dans des temps nettement moins connus.

La grande île des tortues-cochons - Liu Sola (Ed. du Seuil, 2006, 267 p.)

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04 avril 2010

L'or des fous de Rob Schultheis

L'Ouest c'est un territoire sauvage dont les limites sont floues, surtout pour un petit Français qui n'a jamais mis les pieds aux États-Unis. C'est grâce à Rob Schultheis et son intrigant roman qu'on débute un périple dans ce grand Ouest, attirant aujourd'hui touristes mais qui fut un espace déserté et laissant la nature aux commandes.

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Car en 1973, Rob Schultheis a fait ce choix de retour à la nature : il est passé à la banque, a retiré ses économies et est parti avec son baluchon en minibus, direction Telluride dans le Colorado.
On est encore loin de ces villes en pleine croissance et Telluride fait figure de petite ville minière encore retirée du monde. Et si je vous dis que là-bas vivent les loups et grizzlys et que seules quelques familles s'aventurent à peupler les lieux, vous me suivez?

Car à Telluride (surnommée Tell you ride par Schultheis) on sait d'emblée qu'on va à l'aventure, qu'on part pour la débrouille, que lorsqu'il y a grand froid tous les habitants sont frigorifiés, lorsqu'il fait trop chaud les lacs s'assèchent et rendent la vie impossible. On a peine à croire que la population locale est tout à fait dépendante au temps et pourtant ! C'est les yeux exorbités qu'on lit les pages narrant toutes les avalanches qui ont cours dans la région, recouvrant routes et hommes. Cela semble tout bonnement incroyable d'assister à de tels déferlements, à de telles coulées de neige et pourtant c'est monnaie courante là-bas. Mais Telluride réserve aussi de bien belles surprises comme les castors, ouvriers infatigables travaillant à monter des barrages dans la région. La description de ces petites bêtes organisées nous fait chaud au cœur et c'est l'incompréhension lorsqu'on voit qu'avec l'installation de frais retraités c'est le déplacement de familles entières de ces castors qui font "tâche" avec le paysage local en changement.

Car même si l'auteur met l'accent sur l'Ouest à l'époque de son emménagement, on ne peut s'empêcher de regarder trente ans plus tard ce qu'est devenue "sa" ville. C'est maintenant une destination de villégiature pour les riches skieurs venus d'ailleurs. On est pas loin du rêve américain mais celui-ci ne parait pas sensé. En effet, tous ceux qui pensent y trouver un achèvement vers le bien-être, une retraite paisible et cosy, sont bien loin de la vérité. Qu'ils sont drôles ces expatriés qui croient révolutionner l'Ouest en essayant de le conquérant par l'argent : en tentant d'acheter des propriétés, de déloger les vieilles croyances (fantômes entre autres). Mais n'est-ce pas cela justement l'Ouest? Cet étrange mystère qui perdure alors que personne n'y a prise et ceux qui se lancent dans l'investissement sont ceux qui ont le moins de chance de durer dans l'Ouest.

Il est assez incroyable ce livre ! Normalement cela n'aurait pas dû être ma tasse de thé mais j'ai adoré sa manière d'aborder sa région, sa ville ; on sent qu'il l'aime son Ouest. De sa première installation de fortune dans un petit cabanon laissant passer toutes les intempéries à son retour après une expédition digne des plus grands road trips, on suit les pérégrinations de Schultheis avec délectation. C'est une suite de petites chroniques sur l'Ouest, sur la nature, les animaux et sur tous ces personnages que l'on ne voit que dans les films : quelques cow-boys, des indiens...
Merci Monsieur Schultheis pour cette vision inimitable de l'Ouest ! Il nous parait bien indomptable et c'est justement ce peu d'emprise qui nous le rend si cher et surprenant.

Les toponymes, dans cet endroit perdu au milieu de nulle part, sont révélateurs des caprices de la géologie. Paradox Valley, par exemple, est une longue vallée encaissée, bordée des deux côtés par des falaises hautes de plusieurs centaines de pieds. On s'attendrait à ce qu'y coule un torrent? Ou même une rivière? Eh bien non. Rien ne coule au milieu de Paradox. Il faut dire qu'elle n'a pas été formée comme une vallée ordinaire ; elle est apparue à la place quand un vaste gisement de sel s'est effondré sous les strates de grès. C'est en tout cas ce que racontent les géologues. (p. 36)

Et lisez la page 100 que je ne peux dévoiler ici où j'ai eu un fou rire mémorable. Une anecdote sur une bestiole avec une chute absolument géniale ! C'est ça du Schultheis : il a le don de nous raconter la nature comme aucun autre. C'est flamboyant, c'est parfois sublimement ingénieux... voilà ce qu'est l'Ouest, alors embarquez pour Telluride !

L'or des fous : vies, amours et mésaventures au pays des Four Corners - Rob Schultheis (Gallmeister, 2008, 235 p., coll. Nature Writing)

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