23 mai 2010
Année zéro de John Tittensor
John Tittensor est un écrivain australien né en 1941.
Il a quitté l'Australie à la mort de ses deux enfants dans un incendie, en 1982. Traducteur de profession, il vit aujourd'hui à Lyon. Il vient de publier Douze jours en Australie aux Éditions de La Fosse aux Ours.
- La
croisière de Carmody (1997)
- Année zéro (2002)
- Douze jours en
Australie (2008)
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Quel
livre dur et éprouvant ! Non qu'il ait été extrêmement ardu et complexe
mais le sujet est tellement poignant qu'il demande à avoir les nerfs
bien accrochés. Comme spécifié dans la biographie, Tittensor est parti
d'Australie après avoir perdu ses deux enfants, Jonathan et Emma (9 et 7
ans), dans l'incendie de leur maison. Située dans les Dandenongs -
région forestière à une heure de Melbourne - l'intrigue du livre revient
sur le funeste événement et sur le deuil impossible à faire dans
l'année qui suivit la tragédie.
John Tittensor, avant le drame, était
séparé de la mère de ses enfants, Sheila, depuis environ 3-4 ans, il
était resté en bon terme et lui rendait fréquemment visite.
Tous les week-ends, il récupérait les enfants et les ramenait chez sa
nouvelle compagne, Tess avec qui il vivait en compagnie de ses deux
garçons.
Mais cette fameuse nuit du 8 au 9 juin 1982 marqua un coup d'arrêt dans la vie de chacun. Les restes noircis de la maison furent les seuls
vestiges d'un passé qui prit feu en un rien de temps. Sheila, dont la
chambre était située près de la porte d'entrée, arriva à sortir mais
les deux enfants restés endormis dans leur chambre, à l'autre bout de la
maison, ne survécurent pas.
Débute la plus douloureuse année
torturée qu'il ait été donné de vivre à quelqu'un. L'écrivain voit ses
jours n'être plus que des nuits interminables et vides. D'abord
l'incompréhension puis le désespoir et la rage muette qui finit par se
déverser comme un long cri salvateur. John Tittensor évoque ses enfants,
les souvenirs qu'il garde d'eux et la difficile survie au jour le jour.
Il tient à coup de médicaments, d'alcool et grâce à l'indéfectible
soutien de ses proches. Le livre est malgré tout si hanté par cette
douleur insupportable qu'on lit ce livre avec une sorte de malaise et
les yeux emplis de larmes. Car John Tittensor construit son livre comme
un journal et c'est donc en plein cœur d'un carnet de bord, qui
transpire la souffrance, qu'on essaie de comprendre toutes les étapes de
ce père laissé seul dans les décombres.
Je vous assure avoir eu
le cœur gros d'avoir été au bout de ce livre car même si ce livre est un
témoignage émouvant et révoltant d'injustice, on se sent comme un
voyeur qui regarderait par le trou de la serrure un père en train de
s'effondrer. Quoi de plus normal que d'être anéanti en se réveillant un
matin sans les deux êtres qui nous étaient les plus chers au monde ?! Je
crois que ce que j'ai trouvé d'admirable c'est tout ce parcours dans
l'année immédiate qui suivit le drame : lorsque l'écrivain parle avec
des mots simples, pleins de tendresse de ses enfants, lorsqu'il leur
rend de formidables hommages en retournant sur leurs traces (les lieux
où ils ont joué, couru, vécu...), lorsqu'on sent qu'il relève la tête
peu à peu. On n'oublie pas les êtres aimés, on apprend à vivre avec ce
trou béant qui nous transperce la poitrine.
Mon
second souvenir de cette matinée avec David : nous nous étions arrêtés à
flanc de coteau et regardions vers Melbourne ; au prix d'un terrible
effort je parvins à lui dire que je préférais les avoir eus puis perdus
plutôt que de ne les avoir jamais eus. (p. 61)
La musique triste me rend triste ; la musique gaie me
rend triste. (p. 82)
Année zéro - John Tittensor (La Fosse aux Ours, 2002, 138 p.)
22 mai 2010
Récits du bush de Paul Wenz
En route pour le bush australien, dépaysant et splendide de naturel !
Quel court recueil que celui-ci ! Vite lu, vite digéré, il est néanmoins
fort instructif car il s'appuie à identifier l'Australie dans ce qu'on
appelle le bush c'est-à-dire la campagne, loin des grandes villes
urbaines. C'est au travers de trois nouvelles, que je qualifierais
plutôt d'encarts, qu'on intègre certaines notions du bush de l'époque
(début du XXème siècle). Ce sont des instantanés qui sont livrés ici
dans toute la soudaineté et le naturel de personnalités et de paysages
pris sur le vif.
La première nouvelle montre comment les
indigènes s'intègrent aux foyers de riches propriétaires terriens. Ils
sont chargés des tâches ménagères mais sont priés de rester à bonne
distance des enfants. Dans la famille que nous suivons c'est une jeune
indigène Picky qui est adoptée par une famille de blancs. Malgré
l'éducation stricte qu'elle reçoit d'une fervente catholique, Picky
semble malgré tout fascinée par les gens de couleurs et par la vieille
Mary avec qui elle a fui lorsque les "troopers" (police à cheval) les
ont chassé en tuant l'essentiel de leur tribu d'appartenance. Et si les
racines reprenaient le dessus?!
Deuxième nouvelle et toute autre
ambiance. Nous sommes avec les Murphy, famille pauvre où tous
travaillent même le fils Pat. Celui-ci tombe malade ce qui influe sur le
moral de tous. On apprend que dans les régions rurales du bush, la
médecine peine à parvenir aux malades même les plus fiévreux. C'est tout
un décalage et on se rend compte qu'il y a encore fort à faire dans les
campagnes (et pas seulement dans les australiennes).
Troisième
nouvelle et là aussi on découvre un autre angle de vue. C'est à Forbes
qu'un mystère plane puisque des moutons disparaissent régulièrement du
domaine des Campbell. Personne n'est particulièrement soupçonné mais on
ouvre l'œil. Parallèlement, une jeune cavalière, Nora, sème le trouble
chez notre narrateur, Mac Tavish. Deux éléments perturbateurs qui
pourraient malgré tout avoir un lien. C'est une sorte de mise en scène
où les cowboys ont leur place et où le bétail est surveillé de près.
Il était depuis assez longtemps dans le bush pour
avoir appris à lire sur le sol comme dans un livre, et vit de suite les
empreintes fraîches de quelques moutons conduits par un chien et pressés
dans l'angle de la barrière. (p. 51)
L'avantage des
nouvelles est qu'on est immédiatement dans le bain, dans le feu de
l'action de cette atmosphère très spéciale et qui m'était inconnue : le
bush. Cela peut être un inconvénient car les histoires sont très peu
développées, les personnages ne semblent pas avoir de psychologie qui
nous les rendent particulièrement attachants (ils en ont sans doute mais
sont plus dans les faits et gestes que dans le développement
introspectif).
Pour une entrée en matière j'ai trouvé que ces
nouvelles étaient malgré tout très efficaces : le style de Wenz est concis,
ciselé... à la manière de ces grands écrivains sortis d'un entre temps.
Le
vocabulaire empli de ce jargon australien nous met d'autant plus dans
l'ambiance qu'on se laisse prendre au jeu, qu'on tourne les pages avec
entrain, assimilant tout un contexte et une époque.
Une jolie
découverte !
Récits du bush, trois nouvelles australiennes - Paul Wenz (La petite maison, 1998, 55 p.)
17 mai 2010
La chambre d'amie d'Helen Garner
Mon escale australienne n'est pas finie et laissez-moi vous parler aujourd'hui d'un livre qui m'a remuée. Qui ne serait pas touché par un tel sujet?

Nicola est une séduisante sexagénaire originaire de
Sydney. Elle débarque à Melbourne chez son amie Helen qui est disposée à
l'accueillir pendant trois semaines. Un banal séjour touristique me
direz-vous? Il n'en est rien car Nicola est en phase terminale d'un
cancer. Elle vient donc en "pèlerinage" afin de faire une cure de la
dernière chance dans une clinique qui lui promet guérison. C'est donc
une malade très motivée qui se rend quotidiennement à ses séances
curatives afin d'évacuer les toxines et de "faire la peau à ce satané
cancer". Mais on sent qu'Helen est bien plus réaliste sur la situation :
que la clinique parait louche, que les praticiens semblent être des
charlatans qui profitent du désespoir de malades condamnés pour
engranger un bon pactole et donner de grands espoirs de renouveau.
L'histoire
prend un ton très grave au fil du récit lorsque Nicola devient de plus
en plus obstinée et qu'elle garde des œillères malgré les pratiques de
plus en plus douteuses dont elle fait l'objet : injections de vitamine
C, bains de café...
Helen plus lucide se fatigue, presque autant que la malade, à
remuer ciel et terre pour mettre à jour les faiseurs de rêve, pour gérer
les tracas quotidiens (linge à changer, trajets à effectuer : une
occupation de garde-malade à plein temps). Et on a le cœur gros
lorsqu'on voit ce que les deux dames endurent : on se rend compte que
chacune à sa manière tente de lutter et de mener à bien son destin.
C'est difficile de voir qu'au cours des trois semaines toute l'énergie
sera mise à rude épreuve et c'est donc très déroutant de voir le parcours
de ces deux amies quelque part voué à l'échec. Pourtant Nicola est
touchante de courage, fière et altière, toujours arborant un sourire
pour cacher douleur et souffrance. Quant à Helen, pudique et pleine
d'attentions, elle tente de rendre les jours plus faciles, elle tente de
garder la barre haute, de masquer tout le désarroi derrière un entrain
inflexible.
J'en ai eu la boule à l'estomac de lire ce livre et ai réfréné quelques boules de chagrin qui affluaient à la gorge.
Bien que n'ayant jamais côtoyé le cancer de très près, j'ai été touchée
par ces deux destins de femmes qui se jouent en trois semaines. Car le
compte à rebours a commencé, car on sent que le cancer tous les jours
prend du terrain. Et plus on se familiarise à l'environnement
hospitalier aux pratiques louches plus on se dit que la forte Nicola
fonce dans le mur et qu'il faut au plus vite la détourner de ces rapaces
qui la dépouillent (sous et énergie en prennent un coup).
Au gré
des semaines, on passe par différents sentiments : le découragement, la
révolte, la tristesse, l'empathie... car on se rend compte que la
maladie n'épargne personne. Si Nicola est la proie d'un système bien
établi, Helen est elle aussi prise dans la tourmente, obnubilée à l'idée
de sauver son amie.
Terrible témoignage qui ne peut laisser
insensible, d'autant qu'on apprend que le livre est titré d'une histoire vraie. Je le referme ébranlée et me dis qu'il était nécessaire dans
la production éditoriale pour montrer les ravages de la maladie non
seulement sur le corps mais faussant également toute relation humaine.
J'ai commencé par changer le lit de place pour l'orienter nord-sud. N'est-ce pas ainsi qu'on aligne la dormeuse avec l'énergie positive de la planète? C'est ce que Nicola aurait dit. J'ai aussi mis des draps neufs, rose pâle, car elle avait un sens inné des couleurs et parce que le rose flatte même les teints jaunâtres. (p.9)
Quelle claque !
La chambre d'amie - Helen Garner (Philippe Rey, 2009, 138 p.)
15 mai 2010
L'héritage de Miss Peabody d'Elizabeth Jolley
Et si on passait à de la littérature très, très lointaine en embarquant direction Australie. C'est là que nous attend un roman ambitieux et plein de promesses.

Je me suis permise
de mettre la photo de l'édition de chez Rivages qui est bien plus jolie
que celle qui figure sur mon exemplaire.
Tout commence par la lettre d'une romancière australienne, Diana
Hopewell, à une curieuse vieille lectrice de l'autre bout du monde,
Dorothy Peabody, puisque celle-ci réside à Londres. La seconde a
écrit à la première pour lui avouer toute son admiration après la
lecture de son livre Les anges cavaliers.
De cette lettre teintée d'enthousiasme nait une correspondance basée
sur l'écriture fictionnelle. Je m'explique : Diana Hopewell met notre
vieille fille londonienne dans la confidence en lui faisant partager les
prémisses de son prochain roman en cours de rédaction. C'est donc une
deuxième narration qui s'imbrique dans l'échange avec le récit d'une
directrice d'un pensionnat australien (les Hauts du Pin), Miss
Thorne, intransigeante et bien entourée qui vient peupler les lettres.
Car Miss Thorne gère son pensionnat de jeunes filles à la baguette. Ses
amies et professeurs, Miss Edgely et Miss Snowdon, sont des confidentes
de tous les instants. Miss Thorne a également des relations privilégiées
avec ses élèves dont la pauvrette Gwendaline, abandonnée par son père,
et l'énigmatique Debbie, fille de bonne famille et intriguante à la
manière d'une Lolita. Les vacances approchent et nos trois miss (T., E.
et S.) font comme chaque année un pèlerinage en Europe avec des escales
culturelles et gastronomiques à Vienne, Paris et Londres. Gwenda,
laissée seule au pensionnat, est donc invitée à convoler en compagnie
des demoiselles.
Au gré des lettres, on suit les relations ambiguës
qui semblent immuables entre les trois amies, et leurs rapports entre
conflit et attirance avec les adolescentes. Miss Thorne est le pilier
autour de qui toutes gravitent (les personnages sont essentiellement
féminins) et on sent qu'elle jouit de sa position de pouvoir.
Dans
cette mise en abyme du roman dans le roman, Miss Peabody,
l'interlocutrice privilégiée de notre écrivain australien, se prend à la
magie de tous ces personnages qui évoluent au fur et à mesure de
l'échange épistolaire. Car Miss Thorne cultive une part de mystère,
Gwenda semble être un pion facilement manipulable et les autres
personnages mettent un certain piquant à l'action et au voyage
d'apprentissage.
Miss Peabody est quant à elle un personnage bien
plus réel, bien plus terre à terre puisqu'elle vit avec sa mère clouée
au lit, qui sans cesse l'appelle à son chevet. On sent qu'avec
l'imaginaire créé par Diana Hopewell, Miss
Peabody s'élève de ses occupations quotidiennes : de son
travail où elle ne s'épanouit pas, de ses amours inexistants, de son
invisibilité aux yeux du monde. Les lettres sont une échappatoire et au
fil du temps on sent que Miss Peabody ne discerne plus la fiction et la
réalité. Son attente se mue en véritables préparatifs puisqu'elle espère
rencontrer Miss Thorne et toute la troupe lors de la venue anglaise. Et
c'est à partir de ce moment-là qu'un espèce de malaise devient prégnant
: on sent que notre vieille fille est toute entière plongée dans la
fiction avec ses amies imaginaires. Le trouble augmente lorsque Miss
Peabody décide d'aller à la rencontre de la romancière australienne qui a
tout mis en place.
L'écrivain n'a pas d'amis, écrivait la romancière, et ceux qu'il peut avoir ne lisent pas ce qu'il écrit.
Oh ! Miss Peabody retint un cri devant la détresse de cet aveu. Elle saisit son stylo. Oh, Diana, je suis votre amie, écrivit-elle, et je lis et relis chaque mot que vous écrivez. J'adore ce que vous écrivez... Elle posa son stylo. (p. 85)
Je suis partagée entre la satisfaction
d'avoir lu mon premier roman australien et la relative perplexité en
refermant celui-ci. J'ai trouvé que la fiction avait beaucoup
d'agréments : cette histoire qui prend forme au fil des lettres m'a émue
car on voit les pièces d'un puzzle lentement
former la pièce maitresse. Mais la traduction m'a plus d'une
fois dérangée et j'ai été assez opaque à certains éléments du récit. Si
je suppose que le personnage de Miss Peabody aurait dû susciter la
sympathie, pour ma part il m'a laissé froide, voire lasse.
Le livre
m'a fait penser au Cercle littéraire des
amateurs d'épluchures de patates car dans les deux œuvres un
écrivain est le messager, dans les deux livres une concrétisation
éditoriale est au bout. Pour rester dans les parallèles entre livres
laissez-moi évoquer Splash et son
personnage de représentante de l'autorité qui profite de son statut pour
nouer des relations troubles avec ses élèves. Dans ce livre, Miss
Thorne semble profiter des mêmes privilèges pour approcher des élèves en
quête d'écoute. Dans le Jolley le style est exigeant, plaisant mais il
requiert une forte attention car le roman dans le roman, bien
qu'intéressant, nécessite de bien faire la part des choses entre le
premier tableau (Peabody et Hopewell) et le second (Thorne et ses
acolytes). Mais que la narration est ambitieuse ! Que le rythme est
soutenu ! Accrochez-vous et embarquez !
L'héritage de Miss Peabody - Elizabeth Jolley (Deuxtemps tierce, 1988, 185 p.)
10 mai 2010
Black Moon en deux recueils
Attention la première critique date d'il y a un moment mais c'est une piqûre de rappel pour enchainer sur la deuxième critique - Amours d'enfer - qui est le livre que je viens de refermer.
Le livre est un recueil de cinq nouvelles - si je ne m'abuse - dont
l'unique similarité est d'avoi
r pour cadre la nuit et ses ombres
errantes. Paru simultanément à la tétralogie Fascination de
Stephenie Meyer, le recueil peut s'enorgueillir de contenir une nouvelle
de cette auteure devenue phare et que tout le monde s'arrache.
Malgré cet aspect hautement mercantile, qui m'a fait
commander le livre, le contenu mystérieux des nouvelles toutes ici compilées demandait une plus grande attention.
Dans ce livre se trouvent :
des êtres surnaturels, de la magie "noire", des prémisses d'histoires
d'amour et surtout, comme fer de lance, des intrigues bien ficelées et
très rythmées.
Je reprocherai néanmoins à ce recueil d'être très
inégal de qualité. Dans l'aspect original que j'attendais autour d'un
thème commun, j'espérais me heurter à une profusion d'idées, à un
foisonnement de bouleversements et de péripéties. Peut-être suis-je trop
aventurière et que ce recueil dénotait juste des sorties de 2008 par la
réunion de petits textes, tous ombrageux bien que classiquement menés.
Je
me ferais un plaisir de vous raconter l'histoire du bouquet (deuxième
nouvelle) qui m'a tenu en haleine mais l'histoire est si courte
que j'ai peur de trop en dire - maligne la fille, on met du suspense et on ne révèle rien -...
Tentez donc ! Ce sont de bien bons morceaux de nuit.
Nuits d'enfer au paradis - Stephenie Meyer, Meg Cabot, etc. (Hachette, 2008, 408 p., Collection Black Moon)
Je me suis procurée cet ouvrage car j'avais été
déjà bien emballée par un recueil de nouvelles de la même veine sur des
amours naissantes aux premières heures de la nuit. Il s'agissait de Nuits
d'enfer au paradis qui était composé de cinq récits
d'auteurs américains.
Dans Amours d'enfer
j'ai presque eu l'impression d'avoir affaire à une suite, déjà du point
de vue du titre qui fait redondance mais aussi au vu du sujet : les
amours de jeunes adolescents restent en premier plant.
Là aussi
c'est cinq nouvelles toutes orientées "amour déçu" et "êtres
surnaturels". Je tiens à souligner le choix très judicieux
d'avoir choisi de grands auteurs de fictions pour inciter à ouvrir
l'ouvrage. Dans Nuits d'enfer au paradis nous avions droit à Stephenie Meyer et Meg
Cabot, ici c'est Scott Westerfeld
qui s'est prêté à l'exercice du court récit. Et je dois dire que la
performance est réussie car l'histoire écrite par Westerfeld
se suffit à elle-même : un monde futuriste où toutes les
contraintes du genre humain - maladie, sommeil, etc. - ont été rayés de
la carte. Les hommes n'ont plus à dormir, à souffrir d'aucun
virus ni d'aucune gêne corporelle puisqu'ils peuvent se téléporter
n'importe où, n'importe quand.
Dans ce
contexte, le récit commence lors d'un corps de "fléaux" c'est-à-dire
une sorte de thérapie revenant sur les anciens tracas du passé. Le
professeur enseigne à ses élèves ce qu'a été la vie d'avant : lorsqu'on
dormait, mangeait et voyageait, lorsqu'on était dépendant de sa nature
humaine et de ses ressources propres. C'est l'occasion de faire
l'expérience du flash-back avec une mise en pratique de toutes ces
nécessités vitales. Chaque élève a donc pour mission de se confronter à
ce que ses ancêtres ont vécu : la grippe, le besoin de dormir...
J'ai
trouvé très intéressant d'imaginer ce monde en dehors de toute réalité
où nous n'aurions aucune barrière temporelle ou géographique. J'ai
trouvé l'idée fantaisiste mais enrichissante car on se rend compte que
la vie ne se limite pas à des libertés tombées du ciel.
Le fait d'utiliser le mot "rêve" pour définir la phase 5
me donnait l'impression de parler la vieille langue de Shakespeare. Ce
terme avait disparu en même temps que le sommeil. De nos jours, les gens
"rêvaient" seulement d'avoir une maison plus grande ou de devenir
célèbres. (p.46)
[justify]
Seconde nouvelle, changement
de décor avec une plongée dans le folklore écossais avec la
légende des selkies qui définit le fait que des créatures
surnaturelles revêtent un pelage de phoque pour observer les mortels.
Lorsque ceux-ci abandonnent leur pelage et qu'il est récupéré par un
humain, le phoque prenant l'aspect humain et sa voleuse - car les choix
sont souvent déterminés en fonction du sexe - sont ainsi liés ad
vitam eternam. A moins que l'homme - qui était phoque - cherche à
remettre la main sur son pelage pour regagner la mer. Et dans ce récit
c'est une jeune Alana aux amours déçus qui tombe un jour sur une peau
soyeuse laissée à l'abandon sur la plage, au gré d'une balade.
Troisième nouvelle avec une histoire de fantôme qui a été ma préférée et de loin. Car les histoires de fantômes m'ont toujours fascinée et que celle-ci est des plus intrigantes. Une jeune fille endeuillée par la mort de sa petite sœur vient d'arriver dans une nouvelle demeure avec ses parents pour changer d'air. Malgré le nouvel environnement, Brenda - c'est son nom - ne trouve pas le sommeil la nuit et est même sujette à des terreurs nocturnes. Un jeune garçon fantomatique revient perpétuellement hanter son sommeil à la recherche d'une délivrance, d'une main tendue...
La quatrième nouvelle m'a laissé de marbre car je n'ai pas pu trouver de repère chronologique dans le récit et ai eu du mal à planter le décor. Il s'agit d'une fille mal-aimée de sa famille, obligée de quitter l'école, de prendre mari et de fonder une famille comme le veut les traditions fermement établies dans ce coin reculé de la campagne. La jeune fille aime un homme qui lui est détesté de tous de par son étrangeté et ses étranges yeux verts. Envers et contre tout, ils décident de s'unir et de vivre ensemble dans le foyer qu'ils se construisent. Mais cette Cendrillon rejetée de tous mais aimée du plus bel homme de la région ne m'a pas du tout convaincue.
Enfin la dernière nouvelle retrace l'histoire d'amour d'une adolescente, recluse dans ses livres, toujours préférant la bibliothèque à la vraie vie. Désirant être aimée pour ce qu'elle est, Paige tombe un jour sur un garçon de son âge, au regard violet et qui semble tout droit sorti d'une fiction des plus fantastiques. Car parallèlement Paige a mis la main sur un livre étrange, Les immortels, où tout est possible et où l'imaginaire prend décidément bien le pas sur la réalité. On sombre dans une espèce d'univers parallèle ou de paranoïa où on ne sait plus où est le vrai du faux, car tous les éléments se déchainent pour rendre la réalité encore plus magique.
Il
y a du bon dans ce recueil avec quelques nouvelles vraiment
remarquables et d'autres dont la qualité laisse plus à désirer.
Mais je pense que broder autour d'histoires d'amour mêlant adolescents
et êtres sortis de l'"enfer" ne peut être qu'inspirant. J'ai trouvé
intéressant qu'il ne soit question que de jeunes gens curieux et avides
d'aventures. On se rend compte qu'en expérimentant le fantastique,
chacun d'eux trouve une réponse à son errance toute personnelle. Un bon
moment de lecture !
Amours d'enfer - Scott Westerfeld, Melissa Marr, Laurie
Faria Stolarz, Justine Larbalestier, Gabrielle Zevin
(Hachette,
2009, 254 p., Collection Black Moon)
09 mai 2010
Taguera bien qui taguera le dernier
Il y a quelque temps mon amie MyaRosa m'a taguée en me demandant sur quel cr
itère je faisais mon choix de livres. C'est donc avec plaisir que je réponds à cette grande question qu'est "Comment choisis-tu tes livres ?"
Tout d'abord, je suis une récente mais non moins fidèle blogolectrice qui, même avant d'ouvrir mon blog, suivais la mouvance lectrice se développant dans le virtuel. C'est donc riche de conseils avisés d'illustres inconnu(e)s - ou presque - que je cochais quelques bons livres sortis du marasme de l'actualité.
Mais la blogosphère n'a pas été la seule tentatrice à mon palmarès de potentielle lectrice. Mon forum du Club des rats y a été pour beaucoup car c'est lui le premier qui m'a permis de prendre de l'assurance dans mes lectures et qui m'a ouvert d'autres voies - le Nature Writing, la littérature chinoise, entre autres - alors je lui suis redevable de cet esprit d'ouverture.
Pour rester dans le domaine des médias, je peux souligner diverses émissions télévisées ou radiophoniques qui m'ont elles aussi été fatales - ô que j'ai pu noter de titres en une seule écoute ! -. Pour ne citer que quelques unes d'entre elles je nommerais La librairie francophone (sur France Inter et que j'écoute en podcast), Un livre sous le bras (là aussi podcast de je ne sais quelle radio), Le masque et la plume (France Inter toujours), Le café littéraire (sur France 5) et Le coup de cœur des libraires (sur LCI avec notamment le très bon Gérard Collard).
J'aime lire la presse - Muze et Livres Hebdo étant mes préférés - et bien sûr arpenter les rayonnages de ma bibliothèque préférée où j'arrive toujours à entrer avec une envie chèrement notée et à ressortir avec tout autre chose. Bref, c'est ça aussi être lecteur, c'est se laisser happer par des vitrines, des thématiques ou des livres posés là comme ça, des livres cherchant leur lecteur.
Pour rentrer dans le détail de la question, je pourrais aussi dire que je choisis mon livre au vu de la couverture. Je n'ai pas honte de dire qu'une belle présentation originale peut me faire piocher un livre plutôt qu'un autre. J'aime également qu'un livre n'ait pas été chroniqué. Aussi bizarre que cela puisse paraître, lorsque je fais mes choix en bibliothèque, j'aime avoir la primauté du rendu. Ainsi, si je vois que certains de mes choix n'ont pas encore été passés au crible, je me fais un plaisir de me lancer dans des ouvrages laissés dans l'ombre.
J'espère avoir répondu à ce tag bien comme il faut.
J'ai toujours peur d'ennuyer les gens en faisant passer le tag mais je sais que Canel est plutôt demandeuse alors si l'exercice te tente, tu es conviée à répondre à cette question fondamentale toi aussi.
04 mai 2010
Jungle de Monica Sabolo
Et voilà j'ai enfin fini ce livre que j'avais posé le temps de finir mon
Glattauer. Et c'est avec plaisir que je l'ai repris car, que je vous
dise, le premier chapitre est déjà une chute avec un événement fatal qui
nous met dans le bain d'emblée. J'avais lu le billet d'Edelwe très enthousiaste et étais donc enchantée de le lire moi aussi.
L'histoire s'applique à revenir
sur les éléments constitutifs de la vie de ces deux j
eunes
filles - Julia et Louise - qui, bien que de caractère
diamétralement opposé, grandissent telles des sœurs. La narratrice,
Louise, est une jeune aventurière, baroudeuse et curieuse de nouvelles
expériences. Elle est blonde, elle s'habille en treillis et ne fait
attention qu'à la nature qui l'environne. Et Julia est une petite sœur
de cœur, elle est brune, elle est belle et adulée de tous, elle demande
l'attention avec force cris et caprices.
Qu'est-ce qui pourrait les
réunir ces deux jeunes filles? Elles ont joué au parc ensemble, leurs
parents ont sympathisé et les ont rapproché presque malgré elles.
Il
faut signaler ce rôle des parents dès l'enfance car ils auront un rôle
déterminant dans les orientations prises dans leur jeunesse à toutes
deux. Car un jour le père de l'un part avec la mère de l'autre, et nos
deux fillettes sont ainsi élevées comme une fratrie recomposée.
Et Louise
l'indépendante se prend au jeu du double amical et trouve en Julia un
modèle, une sorte d'antagonisme qui élève et pimente la vie.
On
suit dans le récit des épisodes épars de leur vie : leurs souvenirs
communs sont divulgués et on se rend compte de la trame commune qui les
unit. Par exemple, le garçon qui plait à l'une (David puis Bénédict)
devient le challenge à conquérir pour l'autre.
On partage leur
existence quelque part facile et qui pourrait paraître banale pour une
flopée d'adultes mais cette existence a cela d'extraordinaire qu'elle
semble être un seul lien et non deux ficelles qui se relient l'une à
l'autre. Quand Julia souffre de l'absence de son père, c'est Louise qui
la ramasse à la petite cuillère, qui la console comme une sœur, qui joue
quelque part le rôle de paternel.
Oui ce livre a été plaisant,
oui je l'ai lu jusqu'au bout sans déplaisir mais de là à dire qu'il y a
eu un franc plaisir à suivre leurs aventures je ne crois pas. Car
bizarrement, après l'incipit très accrocheur, le récit peine à
décoller et cette succession d'anecdotes a eu du mal à me
distraire ou à provoquer un intérêt plus conséquent que la simple
curiosité. Je peux sans doute expliquer cela par l'antipathie que j'ai
tout de suite éprouvé pour Julia, personnage égoïste et narcissique.
C'est ce qui m'a déstabilisé, que le balance ne penche pas finalement
pour un peu plus de compassion, pour une évolution vers quelqu'un de
plus tourné vers les autres.
C'est en somme une lecture
rafraichissante qui, dès la couverture, nous donne envie de plonger en
plein été mais qui n'arrive pas à aboutir à cette douce chaleur qui
donne envie de s'y repaitre encore et encore.
Un passage malgré tout que j'ai noté où Julia émet son sentiments sur les reptiles qu'elle affectionne particulièrement :
Les reptiles sont des animaux déprimants pour les âmes tendres. Ils n'ont aucune mémoire. Ils ne sont pas romantiques. Ils daignent vous étreindre mais, dans le fond, ils vous échangeraient volontiers contre un tronc d'arbre. (p. 125)
Merci à
et aux éditions Le livre de poche pour ce partenariat !
Jungle - Monica Sabolo (Ed. Le livre de poche, 2007, 248 p.)




