27 juin 2010
L'art de pleurer en choeur de Erling Jepsen
Nous sommes à la fin des années 60 dans une région
reculée du Danemark. Notre petit narrateur, âgé de 11 ans, est très fier
d'avoir pour père un épicier qui vend et encaisse à longueur de
journée. Malheureusement la période n'est pas propice au commerce, toute
la famille est dans le rouge et notre héros voit donc son père
cravacher pour gagner son pain. Survient la mort accidentelle d'une
écolière et, dans le village où tout le monde se connait, il est de bon
ton de participer à tous les événements de la vie locale. Ainsi le père
prononce l'oraison funèbre de la fillette et... c'est le succès !
Il
faut dire que le cher Papa est terriblement éloquent lorsqu'il emploie
ces bons mots qui font pleurer. Le gamin (jamais nommé) n'est pas dupe
et comprend illico presto qu'il y a une ficelle à tirer de ce genre
d'intervention.
Car oui, de cause en conséquence, l'épicerie ne
désemplit pas depuis l'oraison si magistrale.
Le fils souhaite donc
ardemment que son père refasse son apparition dans une église. Peu
importe que la personne décédée soit une vague connaissance, il est
nécessaire de "tirer profit" des deuils récents.
Alors notre
garçonnet, qui a de la suite dans les idées, cherche les potentiels
futurs morts et dresse des listes, fait des pronostics et pense être à
l'origine des meurtres en chaîne dans son entourage.
Il faut dire
qu'il est louche le gamin, qu'il sait discerner les situations qui
l'arrangent ou qui peuvent arranger les siens, mais qu'il ferme les yeux
sur des choses bien plus importantes. Car j'ai évoqué la petite
relation père/fils mais je n'ai pas évoqué la mère qui semble s'effacer
dans le huis clos familial. Quant à la sœur, Sanne, elle tourne peu à
peu à la folie. Son frère est d'ailleurs en colère lorsqu'elle ne
descend pas rejoindre leur père le soir dans le canapé commun en bas. On
sent bien qu'on est loin de la famille unie pour qui tout roule. Il y a
une sorte de coalition entre hommes et les femmes sont soit absentes,
soit consentantes.
Quelle drôle d'ambiance que celle décrite dans ce
livre-là ! Car le ton léger et innocent du gamin contraste énormément
avec toute la gravité des faits. Et on se surprend à comprendre parfois
les réflexions de l'enfant, à sourire avec lui de toute cette noirceur
qu'il dépeint sans le savoir...
Un passage d'une conversation entre la mère et le fils :
"Tu crois que je vais bientôt le revoir?
- Oui, dans pas très longtemps."
J'entends à la façon dont elle me dit ça qu'en fait
elle n'en sait rien du tout, mais qu'elle a envie de me faire plaisir.
C'est souvent difficile d'avoir des réponses claires quand on questionne
les adultes. On dirait qu'ils ont toujours besoin de laisser un peu
d'incertitude dans ce qu'ils disent, mais je crois qu'ils en souffrent
aussi. Quand on est un enfant, il faut les comprendre, et apprendre à
leur pardonner pour simplifier leur vie, et la nôtre aussi parfois.
(p. 283)
Un livre tout à fait surprenant et somme tout très,
très plaisant ! Il est dépaysant et plein d'humour noir, à moins que ce
ne soit une réalité qui dans la bouche d'un adulte lambda aurait, en
temps normal, tout pour déplaire.
L'art de pleurer en chœur - Erling Jepsen (Sabine Wespieser, 2010, 312 p.)
18 juin 2010
La Tenda rouge de Bologne de John Berger
Derrière ce livre énigmatique se cache une formidable leçon de vie qui
se distille sous
les auspices d'une banale promenade dans les rues de
Bologne. Le narrateur parcourt la ville qu'a tant chéri son oncle avant
lui, peut-être pour retourner dans les traces de l'être disparu ou
peut-être pour tenter d'adopter le même regard sur ce qui est au
quotidien. Et c'est une superbe Bologne qui s'anime devant nos yeux
ébahis. Car on sent que le neveu prend à cœur l'exploration de la ville
qui a pris tant de place dans sa famille. Son oncle était un
interlocuteur privilégiait qui savait partager sa passion, communiquer
son enthousiasme sur des petites choses et leurs rapports fraternels ne
sont pas sans rappeler tout l'exemple que représente un parent chez un
enfant. Les dessins agrémentent le texte à merveille et lui donnent même
un autre éclairage derrière leur touchante simplicité. Quant au texte
justement il est d'une belle poésie, tout en finesse et délicatesse car
derrière l'éloge de Bologne se dresse un très bel hommage à l'oncle.
Et
car je crois que ce qui est dit en quatrième de couverture est
particulièrement juste, voici ce livre dont on sort comme d'un très beau
songe d'été :
Du rouge aux fenêtres de la
Piazza Maggiore, et partout, au détour des rues, le souvenir d’un oncle
dont la grande passion fut d’écrire des lettres, en recevoir, et lire,
et voyager. En une centaine de séquences ciselées, fragmentaires,
délicatement rehaussées par les dessins de Paul Davis, ce délicieux
récit-promenade déroule le fil d’une subtile méditation sur la mémoire
et le temps. Une flânerie lyrique à travers les mondes d’une cité sans
âge comme cet oncle Edgar tant aimé que Bologne la rouge fascinait, et
que John Berger
fait revivre en un « cri murmuré ».
J'ai moi-même
relevé un très beau passage :
Chaque fois
que je me tenais près de lui - au sens figuratif ou physique -, je me
sentais rassuré. Le temps le dira, disait-il, et il disait cela d'une
façon telle que je croyais que le temps dirait ce que tous deux nous
serions finalement heureux d'entendre. (p. 18)
La
tenda rouge qui figure dans le titre est un tissu épais qui, en tant
qu'image, désignerait le voile qu'il faut lever pour apercevoir toutes
les beautés dont regorgent la ville. Enfin, ceci n'est que mon
interprétation !
Encore
une jolie découverte signée Télématin ! Merci aux médias qui me donnent
de si bonnes idées pour diversifier le champ des possibles !
La Tenda rouge de Bologne - John Berger ; dessins de Paul Davis (Quidam Editeur, 2009, 105 p., coll. Made in Europe)
16 juin 2010
La beauté du mal de Rebecca James

Good morning Australia ! Voilà un ovni tout droit débarqué de là-bas qui se dévore !
Je vous avoue avoir beaucoup hésité sur la cible concernée par ce
livre car sans doute que les adolescents sont en ligne de mire, il n'est néanmoins pas si léger et est digne d'un
vrai thriller psychologique. Car l'auteur parvient au fil du
texte à nous entrainer loin, très loin dans la tension qui restait déjà
sous-jacente. Je ne suis plus si ado, il n'empêche que j'ai été très
prise par le récit.
Le sujet est tapageur, il ne peut qu'interpeller
: Katherine, notre narratrice, est la fille effacée et introvertie qui
cherche à se faire oublier. Quant à Alice, elle est belle et populaire,
délurée et fantasque elle est tout le contraire de notre héroïne. Malgré
les deux mondes qui séparent ces personnages, une amitié nait et nos
deux copines ne se quittent plus. Rien de plus banal, vous allez
me dire que les contraires s'attirent mais dans cette histoire-là
le revirement fera l'effet d'une claque. Car l'amitié n'est pas sans
danger et que celles qui pactisent avec le diable n'ont qu'à bien se
tenir. Vous devez bien vous douter que je ne vous dis pas tout et que
pour que le mystère reste entier, il faut que je passe sous silence des
éléments in-dis-pen-sa-bles qui font tout le charme du livre. (Mais
vous ne saurez rien de plus, pas la peine de me supplier, faudra le lire
!)
Alors par où commencer dans les remarques? J'en ai à la pelle
car ce roman DOIT faire fureur ! Le style est bon, le
ton est bien enlevé et les flash-backs sont utilisés à bon escient. Les
ingrédients sont donc tous là pour que la magie opère d'autant plus
qu'on ne peut que vouloir savoir où cette amitié va les mener.
Bon
par contre je vous interdis formellement de lire la quatrième de
couverture qui honteusement nous dévoile le gros nœud de
l'histoire. Pourtant l'auteur avait pris soin de nous tenir en haleine
jusqu'à au moins la moitié du roman mais l'éditeur a sans doute préféré
cracher le morceau d'une des ficelles de cette fascinante intrigue.
Bon
je donne mes recommandations mais uniquement pour vous ménager car moi
j'aurais adoré tout découvrir au fur et à mesure du texte.
Passons à
des critiques plus professionnelles ou du moins à des annonces qui
peuvent peut-être mettre du poids dans la balance : "la
destinée de cette jeune mère (l'auteur) [...] est déjà comparée à celle
de J.K. Rowling". Oui rien que cela, une référence à
Rowling ! Et loin de tout nier en bloc, je me dis que Rebecca James nous
a, je dois bien l'avouer, livré un très bon page-turner. Après la
comparaison est un peu forte... quoi qu'il en soit j'adorerais lire
d'autres livres de cette auteur (qui pour l'instant n'en a pondu qu'un
traduit en français).
Autre chose de la plus haute subjectivité : la
couverture française est pas mal avec cette adolescente qui pleure et
dont la larme recèle le visage d'une autre. Mais que dire en comparaison
des autres éditions étrangères?
-1- Édition australienne
-2- Édition américaine


Au final : voilà un fameux volume plein de suspens, une sorte de thriller psychologique qui ne peut que nous plaire à nous autres petits lecteurs friands d'histoires torturées.
PS : Et en prime la bande-annonce du livre en italien est ici !
La beauté du mal - Rebecca James (Oh Editions, 2010, 291 p.)
13 juin 2010
Un silence brûlant de Kate Jennings
Je poursuis mon exploration de la littérature australienne. Et ce livre-là m'a tout particulièrement enthousiasmée !

Nous sommes dans la campagne australienne au moment
du mariage de Rex et Irene. Lui est fermier, elle est
une femme à hommes qui ne se lasse pas de séduire. Ils se marient comme
ça, par la force des choses car à l'époque lorsqu'on se rencontre et
qu'on se plait on se marie.
Puis le quotidien prend le pas et
les éloigne l'un de l'autre. D'autant que Rex vaque à ses
occupations et veille à laisser sa femme tranquille. Une première fille
arrive qui, loin de renforcer le couple, fait s'agrandir le gouffre qui
demeure entre eux. Puis un deuxième enfant rejoint le foyer et le
silence persiste. Irene est irritable, elle est insupportée par les
manies et réponses de son mari. Les enfants l'agacent et son unique
porte de sortie est l'échappatoire du samedi soir c'est-à-dire les bals
ou autres réceptions qui, loin de la rapprocher de son époux, lui
donnent l'occasion de rencontrer de nouveaux hommes et de papillonner à
droite à gauche. Pour Rex c'est une passade qu'il supporte en fermant
les yeux et en étant indulgent mais le malaise perdure et le dialogue ne
s'instaure toujours pas. Nous suivons donc ce jeune ménage aux prises
avec un malaise indomptable qu'ils fuient à tout prix : la
communication.
Ce livre dont je n'avais jamais entendu parler et
dont je ne connaissais ni le contenu ni l'auteur, m'a tout de suite
happée. La structure est des plus plaisantes car ce sont de courts
chapitres qui sporadiquement retracent la vie du couple. De leur
individualité, qui fait leur force, à leur union qui, si fragile, est
constamment menacée, on suit les pérégrinations de chacun avec une sorte
de jubilation. Car si les deux personnages sont loin de se trouver, ils
ne cessent de nous interpeller dans leur mutisme et leur obstination à
cohabiter sans se parler. Le style de Jennings est très plaisant !
Elle parvient, par des anecdotes, à nous clouer à l'intrigue et à nous
interroger sur le dénouement d'une relation qui tangue déjà
dangereusement.
Je suis vraiment très emballée par ce roman
australien, extrêmement prometteur, et compte bien poursuivre dès que
possible avec cette auteur.
Pendant
des années, il avait eu l’impression que ses enfants étaient des
passagers embarqués dans un train qui allait Dieu sait où et qu’il était
au bord de la voie ferrée, silhouette solitaire qui leur faisait signe,
chaleureusement tout d’abord, puis frénétiquement, comme un homme
possédé, jusqu’à ce qu’il n’ait plus que le vide en face de lui.
(p. 175)
Un silence brûlant - Kate Jennings (Eds des 2 Terres, 2005, 181 p.)
Le petit livre des grandes phrases de Gilles Guilleron
Avant toute chose une quatrième de couverture : Chacun d'entre nous a, un jour, prononcé ou entendu une de ces phrases : " A cœur vaillant, rien d'impossible.", " Qui m'aime me suive ! ", " Il ne faut pas être plus royaliste que le roi. ", " Je suis un Berlinois. ", " J'ai fait un rêve. ". Cris de révolte, éclairs de génie, mots d'esprit... l'Histoire est peuplée d'une multitude de ces formules qui nous sont familières mais dont on ignore souvent l'origine. Hommes politiques, militaires, écrivains, explorateurs, scientifiques ou simples citoyens, les auteurs de ces phrases sont célébrissimes ou inconnus ; mais leurs paroles sont désormais inscrites dans la mémoire collective.

Ce petit livre est pour le coup un vrai poche tel qu'on l'entend car il tient sans problème dans toutes les poches avant ou arrière de vos pantalons. Format pratique pour le voyage, le livre n'est tout de même pas très maniable pour une lecture linéaire et suivie. Oui car on l'oublie facilement sous une pile de vêtements et il peut même glisser dans le canapé (comment ça, ça sent le vécu?!). Mais les éditions First n'en sont pas à leur coup d'essai avec les micro formats (signalons toute leur collection de Le petit livre de... aux thématiques très intrigantes) et ces petits volumes ont de quoi être intimistes.Passons au contenu ! Comme annoncé dans la quatrième de couverture, nous avons là un florilège des plus grandes phrases qui ont traversé l'Histoire. Eh oui, qui pourrait me dire d'où vient "Qui m'aime me suive"? C'est un vrai condensé de culture avec de grandes répliques qui se sont imposées au fil du temps. Ainsi par ordre chronologique, des temps anciens à aujourd'hui nous avons droit à une explication contextuelle desdites phrases. J'ai aimé les explications qui tiennent en une ou deux petites pages : pas le temps de s'ennuyer ni d'avoir l'impression d'être noyé sous un flot d'informations. J'ai tout autant aimé les détails apportés en fin de chaque petit teste pour nous donner d'autres pistes ou pour dresser d'autres parallèles tout aussi instructifs. C'est donc un livre où on peut piocher au gré de ses humeurs et picorer à tout moment.
Quant au bémol car j'en ai bien un à formuler : certaines phrases ne m'ont pas paru des plus fondamentales car, sans être un puits de science, j'ai parfois fait des trouvailles plutôt que trouvé des explications sur des formules que je connaissais déjà. Soit, cela a le mérite de la découverte ! Autre chose : ces "grandes" phrases auraient gagné à être plus sélectives et donc à s'arrêter bien avant le XXIème siècle. En effet, je ne suis pas bien sûre que "Lui c'est lui et moi c'est moi !" de Fabius ou un "Travailler plus pour gagner plus" de Sarkozy méritaient leur place aux côtés d'Archimède ou Molière.
Néanmoins, le livre est, je le maintiens, tout à fait sympathique dans l'idée ! On en ressort moins bête et avec comme une envie de se plonger un peu dans l'Histoire de notre pays qui a vu naître tant de personnages aux pensées glorieuses. Un petit condensé de bonheur à prix très doux (2,90€) !
Un autre billet que je rejoins dans le fond et la forme chez Alwenn !
Livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio. Merci pour ce partenariat !
Le petit livre des grandes phrases
Le petit livre des grands phrases - Gilles Guilleron (First éditions, 2010, 156 p.)
12 juin 2010
Snack-Bar Budapest de Marco Lodoli et Silvia Bre
Ah ça, si j'avais pu m'attendre à un tel roman !

C'est bien la première fois que j'ouvre un livre en ayant une idée
totalement erronée de ce qu'il contenait. La couverture assez soignée, à dominante blanc, m'avait orientée vers un livre pour jeunes
adultes (rappelez-vous de la collection Médium de chez L'école des
loisirs qui a bercé mes tendres années) avides de fraiches aventures. Il
faut dire qu'en général je déteste lire les quatrième de couverture.
Comme les films, dont je lis rarement le synopsis, je m'oriente vers les
livres avec une sorte d'instinct.
Mais là l'ambiance est assez
sombre dans cette histoire qui se passe en majeure partie dans le monde de la
nuit. Notre narrateur dépose celle qu'on suppose être sa copine à
l'hôpital pour se faire avorter. Lui reste dans la petite ville
balnéaire à errer en plein hiver. De cette zone de flou absolu on
commence à entrevoir les tenants de l'affaire : pourquoi ils en ont été
réduits à l'avortement, en premier lieu.
L'homme dont on ne connait
pas le nom arpente les rues désertes qu'on image parfaitement dans le
froid insufflé par la solitude et le temps peu clément. On apprend que
c'est un ancien avocat reconverti dans la récupération de l'argent des
machines à sous. Bizarre, bizarre que cette reconversion !
Dans ce
contexte assez trouble, il s'en va donc trouver Molécule, jeune patron
de la pègre locale et tenancier d'un établissement aussi louche que
fastueux. Une relation s'instaure entre ces deux-là : entre notre
narrateur (constamment appelé "Maître" par ceux qui le côtoient) et la
bande à Molécule. L'un est désenchanté, l'autre rêve de paillettes, de
luxe et d'un Las Vegas à ciel ouvert. On comprend donc qu'ils
s'associent pour le meilleur et surtout pour le pire. Car Molécule est
craint dans la ville, qu'il règne sur un réseau de voyous et de
prostituées, ses plans n'ont donc pas à être contrariés.
Nous sommes tous restés à attendre que Molécule dise quelque chose. Du jardin, on a entendu monter des applaudissements pour la conclusion d'un autre strip-tease, probablement encore plus essentiel que le précédent. Le vent attaquait maintenant avec force et déplaçait le noir du ciel, là en haut, libérant des éclaboussures d'étoiles et par moments le scintillement d'une lune réduite à sa plus simple expression, façon drapeau turc. (p. 125)
Mais
pourquoi le titre du livre ? Le snack-bar Budapest est l'endroit miteux
où séjourne notre héros. Lieu de perdition tenu par une famille assez
discrète ; c'est autour de ce repaire plutôt tranquille que tout va se
jouer.
Et en filigrane, on pense à Milena, la jeune fille laissée à
l'hôpital se faire "dégonfler la chambre à air" et on se dit qu'elle est
bien loin de se douter tout ce qui se trame.
Autant l'avouer, ce
n'est vraiment pas dans mes habitudes de lire des polars, thrillers ou
autres romans d'intrigue. C'est donc avec une pointe d'appréhension et
légèrement penaude que je me suis lancée dans la lecture de cet ouvrage.
Ma crainte principale était de tomber sur un enquêteur en bonne et dûe
forme, sur un meurtre à résoudre ou sur des descriptions à la limite du
soutenable. Mais on est (heureusement) bien loin de tout ça et c'est un
roman très gentillet auquel on a affaire.
Les auteurs s'attachent
plus à nous décrire un lieu, un élément déclencheur d'une certaine
tension et tout l'emballement qui s'ensuit, plutôt qu'une enquête policière
comme dans les bons vieux polars qui se respectent. Mais laissez-moi
vous dire que tous ces ingrédients, bien loin de me décevoir, ont
contribué à me faire avancer dans l'ouvrage avec une curiosité
grandissante. Car la nouveauté exalte, car tout ce que je découvrais
dans ce roman ce n'était pas une nuit opaque porteuse de tous les
dangers, mais l'ombre de choses incontrôlables dont on démêle les fils
dans les dernières pages.
Un roman surprenant ! Là on peut le dire, c'est une découverte !
Merci à Babelio pour la découverte dans le cadre de l'opération Masse critique !
Snack-Bar Budapest - Marco Lodoli et Silvia Bre (Les allusifs, 2010, 216 p., Collection 3/4 polar)
09 juin 2010
Concours : et la gagnante est...
Vous avez été 33 à participer au concours pour gagner le nouveau livre de Nick Hornby, Juliet, Naked (sorti chez 10/18). 33 petits papiers qui étaient tous bien présents pour le tirage au sort.

On plie le tout, on met dans la boîte et on secoue bien fort.
Et voilà le résultat !

Emilie, bravo à toi !
Je te contacte tout de suite pour prendre tes coordonnées afin que tu reçoives le livre dans les meilleurs délais.
Merci à tous d'avoir participé !
06 juin 2010
Concours
Il vient de paraître et il est déjà à gagner ici même : le nouveau Nick Hornby promet de faire sensation.

A Gooleness, petite station balnéaire surannée du nord de l'Angleterre, Annie, la quarantaine sonnante, se demande ce qu'elle a fait des quinze dernières années de sa vie… En couple avec Duncan, dont la passion obsessionnelle pour Tucker Crowe, un ex-chanteur des "eighties", commence sérieusement à l'agacer, elle s'apprête à faire sa révolution. Un pèlerinage de trop sur les traces de l'idole et surtout la sortie inattendue d'un nouvel album, "Juliet, Naked", ""mettent le feu aux poudres. Mais se réveiller en colère après quinze ans de somnambulisme n'est pas de tout repos ! Annie est loin de se douter que sa vie, plus que jamais, est liée à celle de Crowe qui, de sa retraite américaine, regarde sa vie partir à vau-l'eau… Reste plus qu'à gérer la crise avec humour et plus si affinités…
Vous voulez gagner ce livre ?
Inscrivez-vous dans les commentaires et vous participerez d'office au tirage au
sort ! Rien de plus simple !
La fin des inscriptions aura lieu mercredi 9 juin à 12h00. Une main innocente
procèdera au dépouillement et un gagnant sera ainsi désigné. Seuls les Français peuvent participer à ce jeu-concours.
Je tiens à remercier Charlotte de Supergazol et les éditions 10/18 qui nous permettent de découvrir un livre qui, je dois l'avouer, est extrêmement tentant.
03 juin 2010
Un certain vertige d'Amanda Lohrey
Amanda Lohrey est une auteur australienne née en 1947 en Tasmanie et qui y vit encore actuellement.

Auteur de cinq romans, tous couronnés par des prix littéraires en Australie, elle est, avec Un certain vertige, publiée en France pour la première fois.

J'aime faire ce genre de rencontres : aller au devant d'un livre, sans réelles attentes mais néanmoins avec l'intime conviction que je vais y trouver mon compte. Un certain vertige, repéré à Télématin, est la vraie bonne surprise que je vais garder dans mes petits papiers un long moment.
Luke et Anna
décident de quitter leur grande ville (jamais nommée) pour s'installer
dans un petit village isolé, Garra Nalla, sur la côte australienne.
C'est un coin perdu au milieu de nulle part, dans une région aride qui,
malgré la proximité de la plage, connait très peu la pluie. L'eau y est
rare, la terre y semble crayeuse et les habitants se comptent sur les
doigts des deux mains.
Pourquoi donc partir s'isoler si loin? Le
jeune couple fait le choix d'abandonner pollution et bruit pour n'avoir
que le minimum vital et des paysages à couper le souffle pour
environnement quotidien. L'asthme d'Anna est aussi un des leitmotivs de
départ. Et il y a ce gamin "le petit" qui les accompagne dans ce choix
de vie. Débrouillard et imprévisible, il semble faire ce qu'il veut et
explore autant qu'il peut la vie sauvage qui lui est nouvelle.
C'est
troublant car Anna semble lasse à nouveau, malgré le changement de
décor, malgré la pureté de l'air et les fréquentes balades en canoë. On
sent comme des non-dits dans leur histoire : on perçoit que la
fuite n'est qu'une échappatoire de plus pour ce couple qui a du mal à
communiquer.
La sécheresse prend place dans le paysage local
et brusquement un incendie fait rage. A travers la décimation de ce
terrain si chèrement acquis, le couple pourrait malgré tout trouver le
chemin de la sérénité.
J'ai aimé le climat un peu "confus"
(vraiment pas au sens péjoratif du terme) qui règne dans ce livre. On
sent qu'à travers un banal déménagement, beaucoup de choses se jouent et
que personne ne peut impunément refaire sa vie. La plume de
Lohrey est toute en finesse, épurée dans le style, pleine de pudeur.
Elle rend bien compte de la tension latente, de ces personnages qui
sont liés mais qui vivent finalement les épreuves de façon totalement
différente.
Même les amis du couple, Gil, Alan ou Bette, ne sauront
faire diversion des réelles problématiques qui sommeillent dans ce
roman. C'est fort et poignant !
Une très belle
révélation dans la lignée des romans australiens tels que j'aurais pu les espérer. Je le suggère à tous ceux qui sont réticents à
l'idée de fourrager en contrée éloignée. L'Australie est décidément en
vogue et quoi de mieux que de flâner en compagnie d'un couple qui a bien
des choses à révéler.
A savoir que je mets ce livre en circulation sur mon forum de lecture. Si certain(s) sont intéressés, je peux vous inclure à la liste. N'hésitez pas car c'est une toute récente sortie de mars 2010.
Un certain vertige - Amanda Lohrey (Mercure de France, 2010, 128 p.)







