08 septembre 2010

L'enfant du fantôme de Sonya Hartnett

Oui je suis faible, oui j'ai succombé à la dernière sortie littéraire de Hartnett mais tout me tentait dans ce petit volume : la couverture avec son bon goût de vacances, le sujet plein d'onirisme et bien sûr cette furieuse envie de retrouver la plume alerte de Sonya Hartnett. A ce propos je tiens d'avance à remercier Gaëlle qui est à l'origine de cet achat !

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Autant vous dire tout de suite que j'ai été assez décontenancée par le style que j'ai découvert dans ce roman. Peut-être parce qu'elle s'adresse aux enfants, l'histoire est incroyablement simple et légère. Ce que je veux dire c'est que j'étais habituée à trouver chez Hartnett des strates de lecture différentes. Ici il s'agit d'une seule intrigue, d'un fil cousu avec précision et méthode sur tout le long. La narratrice c'est Matilda Victoria Adelaide, une vieille femme recluse chez elle. Dans le temps elle fut l'enjouée et obstinée Maddy, la petite fille butée qui trace sa route quelle que soit l'opinion des autres. Elle grandit au début du XXème siècle dans une famille aimante mais ô combien exigeante. Son père elle le surnomme "l'homme de fer", il est inflexible, a voyagé et vécu son lot d'aventures, il est maintenant très attentif à l'éducation de sa fille unique.
Quant à sa mère, elle nourrit elle aussi de grands projets pour elle. Souhaitant la voir mariée, elle complote un avenir pour jeune fille de bonne famille. Sauf que Maddy est imprévisible, elle trouve d'ailleurs un malin plaisir à aller à contrecourant et à se dresser contre son entourage. Elle rencontre Plume, un jeune homme sauvage errant au bord de la plage et s'éprend de lui.
Du gendre fortuné qu'espéraient ses parents on passe au jeune homme bohème plus sensible à la nature qu'aux conventions. Maddy est impulsive, elle suit son cœur, délaisse toute raison et commence une vie au jour le jour avec ce garçon insaisissable que seul l'horizon peut dompter.

C'est plein de poésie et d'onirisme que ce récit de Sonya Hartnett ! C'est étrange de se laisser porter par cette quête de l'amour et ce lent apprentissage des sentiments humains. On sent dans l'éveil de la petite Maddy beaucoup d'aveuglement et de croyances dévotes mais c'est vraisemblablement par l'apprivoisement d'une entité bien plus abstraite, la nature, que passera le salut de la jeune fille.
Au fil du récit on comprend pourquoi un parallèle est dressé entre le récit de la vieille dame et de la fille qu'elle était alors dans sa jeunesse. Tout ce recul, ces métamorphoses qui se sont opérées grâce au regard de l'être aimé ont eu raison de la personne qu'elle est devenue. J'ai aimé le rôle de Plume, être tout droit sorti de l'écume, j'ai aimé tout le vocabulaire australien (pour exemple le nargun, être mi-humain, mi-rocheux qui est le confident de Maddy) et cette sorte de morale qu'on retient à la fin (à vous de la dégager).
Un seul petit bémol pour la traduction. J'avais l'habitude d'un style très fluide et lié dans les deux autres romans de Hartnett. Là j'ai parfois été surprise par les expressions ou autres images. Le langage est poétique mais peut-être trop précieux par moment, cela manque de cohésion et de réalisme. Mais comparé au reste il ne faut pas s'arrêter à ce détail car l'histoire en vaut clairement la chandelle.

L'enfant du fantôme - Sonya Hartnett ; traduction de Fanny Ladd et Patricia Duez (Les grandes personnes, 2010, 155 p.)

Posté par Mélopée à 23:36 - Littérature jeunesse - Permalien [#]
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