01 octobre 2010

Grands espaces de Russell Rowland

Il était temps que je me remette à un vrai grand récit, à une belle fresque familiale car, en suivant dans le temps toute une galerie de personnages, on se rend compte de la profondeur et de la densité d'une histoire.

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Blake Arbukle a 14 ans lorsque commence le roman. Il rentre précipitamment dans le ranch familial où un funeste événement est arrivé : son grand frère, George, a disparu et s'est sans doute noyé dans les eaux tourmentées de la rivière avoisinante. Comme un malheur n'arrive jamais seul, c'est consécutivement que survient la mort de Katie qui plonge un peu plus la famille dans la tourmente. Blake est obligé de rester au ranch pour pourvoir aux tâches qu'accomplissaient George. Car P'pa et M'ma, bien que de fortes personnalités, ne peuvent pas gérer seuls l'entretien du ranch. Il y a les bêtes à sortir, les bouches à nourrir...
C'est sans compter sur le second frère, Jack, qui loin d'être de tout renfort, est quelqu'un d'ombrageux, d'instable, sur qui on peut difficilement compter. On garde sur ce personnage un œil méfiant tout au long du récit car on le sent capable du meilleur mais surtout du pire. Il monopolise l'attention, reste bien présent comme pour chiper la vedette au courageux Blake.

L'histoire couvre la période de 1916 à 1945 et se situe dans le Montana, région qui semble bien aride. C'est donc dans cette partie isolée du monde que l'action se déroule inéluctablement, avec ces paysages qu'on ne peut qu'imaginer. C'est toute une famille qu'on prend plaisir à voir grandir : Blake, à la fin du récit doit avoir une quarantaine d'année. Il y a toute cette évolution, tous ces renversements de situations (Jack l'insaisissable, les deuils, les amours déçus) qui font qu'on suit l'histoire avec avidité. A noter que l'histoire traverse la Grande Dépression et que la famille n'est pas épargnée par la sécheresse et par l'inflation des prix. Cela m'a, sans conteste, rappelé Les raisins de la colère de Steinbeck. Dommage que je n'ai pas noté la page mais Rowland cite d'ailleurs le grand Steinbeck à un moment du récit. J'avais fait le lien de par les descriptions de nature, des petites gens et ai donc été agréablement surprise de retrouver des ingrédients qui me sont chers.

Rien que pour le plaisir je vous livre un passage qui m'a grandement émue :

A une cinquantaine de mètres de nous, un petit troupeau de moutons s'était rassemblé. Pendant un petit moment, ils broutèrent l'herbe qui poussait à leurs pieds, puis ils nous observèrent. Et soudain, comme si l'un d'entre eux avait senti la mort et l'avait signalée aux autres, ils prirent la fuite, tous ensemble, leurs arrière-trains laineux bondissant, chacun à son rythme. Après cela, nous ne fûmes plus entourés que de calme, d'un silence à peine rompu par la stridulation presque inaudible des sauterelles. Le banc des nuages qui était apparu vers midi était maintenant juste au-dessus de nous et n'en bougeait pas. Le fond de l'air était un peu plus frais, comme s'il risquait de pleuvoir. (p. 477)

Et pour lire d'autres beaux avis, rendez-vous chez L'encreuse, Livr-esse ou encore Calypso.

Grand merci à logo_livre_de_pocheet à Logo_blog_o_book

Grands espaces - Russell Rowland ; traduction de Marie-Anne de Kisch (Le livre de poche, 2009, 499 p.)

Posté par Mélopée à 23:15 - Littérature américaine - Permalien [#]
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