30 novembre 2010
Chi, une vie de chat (tome 1) de Konami Kanata
Une belle révélation que ce manga qui est déjà un vrai bel objet à (re)garder. Tout en couleurs et avec un sens de lecture à la française, on est un peu déstabilisé de prime abord et les tons ont tôt fait de nous convertir totalement.

Chi, c'est un petit chaton qui est
recueilli un beau jour par une famille lambda : parents et fils sont en
effet séduits par cette petite boule de poils sur pattes. Mais Chi c'est
un chat qui s'exprime, qui même loin des siens pense à retrouver sa
mère perdue. Peu à peu Chi se familiarise, prend ses marques dans cette
nouvelle demeure où tous se pressent autour de lui pour lui rendre la
vie facile. On lui aménage une litière qu'il considère comme un second
lit tout à fait confortable (mais le but premier, l'assimile-t-il?). On
lui ramène des jouets divers, des pâtés et autres nourritures félines.
Bref Chi est un vrai roi auquel personne ne résiste.
La fenêtre reste
pour lui l'ultime tentation, le vrai volet sur le monde qui le captive
des heures entières. En plus, là-bas il fait beau et chaud ! Mais le
danger plane, les chats sont interdits dans l'immeuble...
Qu'importent les règles, Chi fait ce que bon lui semble et c'est comme ça qu'on l'aime.
Quelle
jolie découverte que ce manga ! Ça réconcilie définitivement avec la
race féline et ces braves bêtes de chats qui sont capables de tout. Chi ne peut, indéniablement, que se faire adopter par la famille (et le lecteur) car il
est encore tout frêle et minuscule. On se prend d'affection pour lui et
on le suit dans un quotidien décidément toujours plein de découvertes.
Mon
copain, qui a vu en ce chaton l'incarnation de son propre chat, a adhéré.
Et moi, j'ai succombé à mon tour car il faudrait être un cœur de pierre
pour passer à côté de ce bien bel ouvrage ! La forme y est pour un peu, le chat y est pour beaucoup ! 
Un beau cadeau de Noël pour tous les amateurs du genre !
_________________________________
Konami Kanata est une mangaka née en 1958 à Nagano.
Elle
publie de nombreux manga racontant des aventures de chats. Possédant
elle-même des chats, c'est un peu de "Pii", sa propre chatte de 8 ans
qu'elle met dans "Chii", son personnage chaton.
Chi, une vie de chat (tome 1) - Konami Kanata (Glénat, 2010, 168 p.)
26 novembre 2010
Quartier lointain de Sam Garbarsky
Eh oui, vous de ne rêvez pas, le célèbre manga de Jirô Taniguchi, Quartier lointain, a été adapté au cinéma. Le plus étonnant de tout ça c'est que c'est un film franco-belge alors qu'on aurait pu s'attendre à une belle découverte japonaise. Soit, passée la surprise, la curiosité est la plus forte, on prend place et finalement le charme opère.
Quartier lointain de Sam Garbarsky
(sortie le 24 novembre 2010)
Thomas a la cinquantaine et est plutôt dans une impasse au niveau de sa vie. Il est dessinateur de BD mais n'a plus d'inspiration. Sa vie de famille part à la dérive avec une femme un peu fuyante et deux petites filles qui semblent l'ignorer. Un jour, dans le train, lors d'une erreur dans sa ville de destination, il descend à la première gare et se retrouve dans la ville de son enfance. Là surgissent de lointains souvenirs de ce petit village de province qui l'a vu grandir. A la suite d'un malaise il se réveille dans son corps d'enfant, le sien, lorsqu'il était ado. Le voilà donc avec un esprit d'adulte dans un corps fluet, et encore non marqué par l'âge, mais aussi dans sa vie d'avant. Car Thomas, comme par enchantement, est revenu non seulement à l'état d'ado mais aussi à l'existence qu'il avait alors ,entouré de sa sœur, de sa mère et de son père. Il retourne sur les bancs de l'école, retrouve sa bande d'amis, recroise la même fille de qui il était secrètement amoureux à l'époque. Est-ce une seconde chance pour changer les choses?
Car
Thomas, le "vrai", l'adulte, a vu son père disparaitre dans la nature
au soir de son anniversaire. Et dans cette nouvelle jeunesse qui lui est
offerte, Thomas veut empêcher ce drame qui a détruit toute une famille.
Le
voilà donc plein d'expérience, plein d'assurance, qui approche la fille
de ses rêves. Il devient la tête de bande mais aussi un petit espion
pour comprendre les sentiments de son père. Car l'anniversaire approche,
il faut à tout prix éviter que le départ se reproduise même dans cette
nouvelle vie.
J'ai fait les choses tout à fait dans le désordre
puisque je n'ai pas lu le manga. Mon copain lui l'a adoré et aurait
grandement aimé venir voir le film avec moi. Voici donc d'entrée le
bémol : le film est diffusé dans très peu de salles malgré une sortie le
24 novembre. Je trouve cela vraiment regrettable car j'ai dû le guetter
pour ne pas le laisser filer.
Pour ce qui est du film en lui-même il
faut aussi que je vous dise que l'enfant qui joue dedans est juste
adorable. Je l'avais déjà repéré dans Jacquou le croquant,
il s'agit de Léo Legrand. Il colle parfaitement à ce rôle d'enfant avec
des manières de grand, que ce soit dans le sérieux des circonstances ou
dans les moments de joie (lorsqu'il danse avec sa mère, accompagne sa
petite sœur à l'école).
Il paraît que le manga se déroule au Japon.
Dans le film c'est en France que tout se passe (le tournage a eu lieu à Nantua, dans l'Ain). C'est donc dans le Sud, après
la guerre que prennent place les personnages. Je ne sais pas si ce
changement de décor influe grandement sur la trame de l'histoire car le
fond est très bien rendu : des non-dits entre les parents (la guerre y
serait-elle pour quelque chose?), des regrets quant à l'amourette qu'il
n'a pas vécu mais qui l'a tant inspiré...
Voilà un film très
plaisant à regarder et que je recommande aux grands rêveurs, à ceux qui
aimeraient pouvoir revenir en arrière pour changer le cours des choses.
Car une présence, une écoute ou seulement l'amour peuvent avoir raison
d'une vie !
21 novembre 2010
Sortilèges d'Aprilynne Pike
Deuxième volet de la série toute féérique d'Aprilynne Pike,
Sortilèges marque une "pause" dans la vie de Laurel. Pour se remettre dans le bain, je vous conseille de relire ma critique du premier tome ici.

Elle a en effet accepté sa condition de fée et part même pendant ses vacances d'été pour un stage de remise à niveau à Avalon, le domaine des fées. C'est toute une découverte que cet univers insoupçonné où elle a grandi petite jusqu'à ce qu'elle soit confiée à ses parents. Oui Laurel a sa chambre à Avalon, elle a même fréquenté l'école mais n'en garde aucun souvenir.
C'est donc un total apprentissages des us et coutumes des fées, de leurs préceptes les uns envers les autres. Car ne nous trompons pas, les fées sont mâles et femelles confondus, la seule caractéristique qui les distingue est leur période de floraison. Laurel en tant que fée d'automne est une des plus respectées, elle va donc devoir s'habituer à vivre parmi les hauts placés. Elle va aussi devoir accepter d'être servie à longueur de journée par des fées de printemps et d'été qui sont la plus grande majorité de la population (80%).
Car Laurel est une mélangeuse (celle qui fait les potions), c'est une des fées les plus rares et les plus importantes d'où les privilèges de la haute caste.
Le gros dilemme qui se pose dans ce volume-ci est le choix que doit faire Laurel entre Tamani (homme fée) et David (humain et petit copain officiel). Car Laurel entre les deux mondes qui l'ont vu grandir, entre la sollicitude de ces deux hommes qui seraient prêts à tout pour elle, entre la vie magique qui s'offre à Avalon et le parcours universitaire qu'elle devrait choisir si elle poursuivait dans son monde normal.
Contrairement
au premier volume que j'avais lu extrêmement vite, j'ai plus peiné sur
celui-là qui m'a paru plus long (il l'est en terme de pages : 460 contre
333 pour le premier) et qui a l'air de "se trainer". J'ai en effet
trouvé quelques longueurs qui m'ont fait plus d'une fois reposer le
livre, ce qui est dommage. Pourtant, le monde des fées, qui m'avait
hypnotisé, méritait amplement qu'on s'y attarde pour découvrir le
fonctionnement de cet univers parallèle, régi par des lois bien autres
que dans notre vie réelle.
J'ai tout de même eu beaucoup de mal à rester concentrer car ce temps de latence (qui m'a sans conteste fait penser à Hésitation de Stephenie Meyer)
où les fondements sont remis en question, où le choix d'un homme va sa
poser incontestablement, vont prendre le pas sur une intrigue à
proprement parler.
En fait, tout le nœud de l'histoire va bel et bien se constituer et se démêler dans les 100 dernières pages.
Néanmoins,
la fin du livre nous ouvre la voie sur un nouveau volume que
j'attendrai avec impatience. Car on ferme le livre en ayant les clés
d'Avalon mais avec de nouvelles questions en tête. Vivement la suite !
Sortilèges - Aprilynne Pike (Ada éditions, 2010, 460 p.)
19 novembre 2010
Pétales de Guadalupe Nettel
Quel très étrange et loufoque recueil de nouvelles que celui que j'ai entre les mains ! Outre la couverture qui m'avait mis sur la voie d'un ouvrage sortant de l'ordinaire, j'ai été intriguée puis happée par ces courts récits qui se lisent les uns après les autres, sans interruption.

Un photographe fasciné par les
paupières immortalise le visage avant et après l'opération qui corrigera
les défauts de ces paupières. Bizarre mais après tout chacun ses goûts
et la "laideur" ou du moins l'aspect peu banal de paupières rebelles à
l'esthétique a finalement de quoi être un grand centre d'intérêt.
Une
femme, en bonne voyeuse, assiste à une scène cocasse chez son voisin
d'en face. Lors d'un dîner galant, celui-ci s'éclipse et va dans la
pièce d'à côté soulager une érection en solitaire. La plume est vive, la
scène se passe comme dans un vaudeville et on ne peut s'empêcher de
sourire en imaginant tout l'extraordinaire de cette situation.
Autre
histoire, changement se sexe : un homme se prend de passion un beau jour
pour le jardin botanique où il croit découvrir sa vraie nature en
côtoyant les cactus. Et si sa femme était une liane rampante, ou pire,
un bonsaï. Voilà notre homme lambda obsédé par sa révélation d'être un
cactus en puissance qui finalement trouve un certain équilibre dans sa
vie dans sa double nature.
Changement de décor et nous voilà face à
un homme qui traque les odeurs des femmes, et plus particulièrement
d'une dénommée Fleur, dans la cuvette des toilettes. Et voilà notre
"fétichiste" qui égrène tous les cafés du coin à la recherche de l'odeur
tant caractéristique de sa Fleur. Là pour celle-ci (de nouvelle), j'ai
dû avoir les sourcils en accent circonflexe tout le long du texte. Je
crois que je serais complètement démunie devant un fou pareil.
Il
y a sûrement dans la vie de tout renifleur un moment de plénitude comme
celui que j'ai connu cette fois-ci dans les toilettes pour dames du
Mazarin. Je ne saurais dire si ce qui me procura autant de plaisir fut
le marbre discret des meubles et du sol, le haut plafond permettant la
libre circulation des odeurs ou bien le vaste cabinet où je me livrai à
une exploration minutieuse. (pp. 94-95).
Je laisse
deux nouvelles dans l'ombre car si j'en dévoilais trop je vous gâcherais
le plaisir de la découverte. Et devant ces obscurs comportements, on
tente de comprendre l'incompréhensible. Certaines nouvelles sont
dérangeantes car les petits plaisirs que chacun cultive sont des jardins
secrets et certains "doivent" rester dans l'ombre. Oui voilà le
sentiment qu'on a, que les jardins secrets sont dévoilés au grand jour,
que les petits écarts de chacun sont ici mis en avant comme des passions
à part entière voire des faire-valoir.
Un livre tout à fait à part, qu'on avale sans trop bien comprendre pourquoi si ce n'est que la plume de Nettel est tout à fait captivante. Elle parvient à nous maintenir accrocher à des détails aussi superflus et extravagants soient-ils.
Merci à Leiloona d'avoir fait voyager ce livre !
Pétales et autres histoire embarrassantes - Guadalupe Nettel (Actes Sud, 2009, 141 p.)
12 novembre 2010
Tag des 15 auteurs
Il circule sur tous les blogs ou presque et c'est A girl from earth et Didi qui m'ont doublement taguée pour que je réponde au tag des 15 auteurs. Le principe est de citer en 15 minutes 15 auteurs marquants et d'expliquer le pourquoi du comment et le comment du pourquoi. Cela tombe à pic car j'ai devant moi une tripotée de minutes pour me plier au jeu.
Alors... quinze auteurs...
Ceux que j'admire ou qui m'ont aidé à franchir des étapes :
- Albert Cohen : une référence pour moi en ce qui concerne la littérature. Quand je pense Cohen je pense à Belle du seigneur (chef-d'œuvre parmi les chefs-d'œuvre) et au Livre de ma mère, et je soupire de ces délicieux souvenirs de lecture.
- Louis-Ferdinand Céline. Ok il fait polémique, ok ce n'est pas un écrivain "sympathique" au sens premier du terme mais avec Voyage au bout de la nuit ça a été la révélation.
- Amélie Nothomb. Je vous l'accorde on passe du coq à l'âne (oh non Amélie n'est pas ânesse, loin de moi cette idée) mais en voilà une avec qui j'ai fait un bout de chemin. C'est avec ses romans que je me suis initiée aux romans pour adultes bref je lui dois une fière chandelle car j'avais cette appréhension d'une littérature trop rigoriste qui m'exclurait, moi et mes petites lectures du dimanche. Et finalement, me voilà !
- Valérie Valère. En voilà une qui a su me bousculer avec son livre plein de révolte Le pavillon des enfants fous. J'étais jeune et je n'imaginais pas que la littérature puisse être un si étroit témoignage criant de révolte.
- John Steinbeck. Voilà un grand Monsieur que j'admire(rai), je crois, pour toute son œuvre. Des Raisins de la colère à A l'est d'Éden, j'ai été happée par ses récits venus d'autres contrées, par ses personnages aux multiples facettes, tour à tour braves ou lâches. Quel grand écrivain !
- Nancy Huston. Ses mots et ses intrigues me font tout simplement vibrer.
Ceux que j'aimerais découvrir :
- Joyce Carol Oates. Je la vois sur beaucoup de blogs mais n'ai jamais transformé cette curiosité en essai. A voir donc !
- Metin Arditi.
- Paul Auster. Jamais lu et pourtant je sens que la magie pourrait opérer.
- Fédor Dostoïevski. Déjà lu avec ses Frères Karamazov qui m'avait énormément plu. Découverte à poursuivre !
- Léon Tolstoï. Quand je pense à Dostoïevski je pense à Tolstoï que je n'ai encore jamais lu mais dont je rêverais de lire Guerre et Paix, si j'en avais le courage. Comment ça les pavés rebutent? ;-)
Ceux que j'aimerais avoir pour amis :
- Valentine Goby. Je l'avais rencontré lors d'un Salon du livre et m'étais fait la réflexion qu'il fallait que je garde un œil sur ce qu'elle allait publier. J'ai donc les yeux bien ouverts depuis !
- Véronique Ovaldé. J'ai apprécié tous ses romans jusque-là. Une imagination débordante !
- Marie-Aude Murail. Une rencontre, je prends Miss Charity et je regarde Madame Murail en me disant qu'elle a accompagné ma jeunesse et qu'elle bercera encore de très bons moments par le futur.
- Alberto Manguel. J'aime sa passion des mots, de la littérature. J'aime qu'il parle des livres et me donne envie d'en découvrir toujours plus. J'aime me sentir inculte devant ces gens qui en savent tant.
Mission accomplie, les 15 sont là et ça n'a pas été une mince affaire de les réunir sans fouiller dans les réponses des autres. Je suis fière de ma petite compilation d'écrivains :)
09 novembre 2010
Le chat qui venait du ciel d'Hiraide Takashi
La couverture est très élogieuse puisqu'elle parle de "roman touché par la grâce" et là grâce dont on parle n'est autre qu'un petit chat qui prend sa place dans la vie des gens.

Je veux juste ajouter ma note
personnelle car ce livre m'a là aussi beaucoup plu. Je crois qu'il n'est
pas nécessaire d'être un grand ami des félins pour trouver de l'écho
dans cette histoire.
Mais c'est vrai que l'histoire tourne autour de
Chibi, surnommé ainsi par le couple qui le voit passer la journée. Et
Chibi c'est un jeune chat qui vagabonde de maison en maison, toujours à
se faire dorloter par ses propriétaires et voisins. Le chat est
indépendant, ça tout le monde le sait, est peut donc passer d'une vie à
une autre : être très heureux auprès de son petit garçon de maître et
aller, loin de son regard, chercher les caresses chez les nouveaux venus
de voisins.
Le fil conducteur c'est cette relation qui s'installe
entre le couple et le chat. La lente adoration de la maitresse (par
intermittence) pour ce bout de félin et la compassion du maître
(toujours par intermittence) à la vue de tant de tendresse.
Bon
j'avoue être moi-même tout à fait adepte des chats. Qu'ils soient petits
ou plus en jambe, aucune différence du moment qu'ils ont pattes,
moustaches et longue queue marquant le tic-tac ! Alors Chibi je me le
suis très bien figuré : un brin snob, un brin adorable, toujours ce
qu'il faut pour se faire ouvrir la porte.
Et ce chat on peut dire
qu'il mène les gens par le bout du museau : il suffit qu'il surgisse et
tout le monde s'affaire pour lui trouver de quoi manger. Alors on suit
les déambulations du chat et surtout ce couple qui se raccroche
finalement à l'animal. Et un jour advient un petit drame, ce genre
d'événement qui retourne l'entourage et vous donne envie de pleurer un
bon coup.
Chibi ne revient plus chez le jeune couple. Est-il enfermé chez ses propriétaires? Lui est-il arrivé un malheur?
On
ne se doute jamais de l'attachement qu'on peut avoir à son animal.
C'est un rapport qui se tisse insidieusement, à l'abri de tous.
Voilà
un livre très poétique ! On ne se lasse pas de Chibi, du couple qui
passe des rires aux larmes. Et quand on n'a pas de chat (ce qui est mon
cas), on a presque envie d'en prendre un illico presto. Comment ça, j'ai
dit "presque"?
Le chat qui venait du ciel - Hiraide Takashi (Editions Philippe Picquier, 2006, 130 p., Picquier poche)
07 novembre 2010
Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa
Premier livre que j'ai lu lors du lecturothon (voir critique du 1er novembre) et stratégiquement il a su m'intriguer suffisamment pour m'ouvrir l'appétit livresque. Car ce livre est un tout petit recueil de nouvelles d'un auteur mort à 35 ans. N'ayant jamais rien lu de lui, j'ai tout de suite été charmée par le ton de ces histoires : froid et précis.

Première nouvelle, "Le masque"
nous laisse entrevoir le personnage d'Heikichi, clown à ses heures
d'autant plus incontrôlable qu'il boit souvent. A l'occasion de ses
beuveries il fait le pitre et amuse la galerie en dansant, arborant son
fameux masque hyottoko. Sauf que le dénouement sera tout autre cette
fois...
Il y a du Maupassant dans cette nouvelle car derrière le
personnage fantasque on sent toute la profondeur d'une personnalité qui
peine à s'exprimer malgré le déguisement, la danse, les fêtes...
Deuxième nouvelle "Un doute"
confronte deux hommes, deux parfaits inconnus qui se retrouvent pour
une confession que l'un fait à l'autre comme pour s'expurger d'une faute
qu'il garderait sur la conscience. L'un est invité pour donner des
cours de morale, l'autre s'invite pour chercher réconfort et écoute. Le
second raconte donc l'histoire d'un tremblement de terre, celui de Nôbi,
qui a dévasté sa vie. Lors de celui-ci, sa femme est restée coincée
sous les décombres, le bas du corps coincé sous une poutre. La fumée se
fait grandissante, l'incendie approche et la femme supplie que son mari
lui vienne en aide. Et cet homme paniqué tente de trouver une solution,
sentant leurs efforts conjoints vains.
Une nouvelle sur le choix qui
bien évidemment laisse place au doute car qui prend une décision doit
toujours peser le pour et le contre, doit toujours être sûr d'être au
clair avec sa conscience. Je ne vous livre pas la fin mais c'est vrai
que cette seconde nouvelle m'a bien fait réfléchir.
Troisième et dernière nouvelle "Le wagonnet"
ou comment une simple distraction peut déraper sans qu'on voie venir
les répercussions. Ryôhei a 8 ans lorsqu'il voit se construire une voie
ferrée à proximité. Débrouillard et toujours avide de nouveautés, ce
sont les wagons, transportant les matières premières, qui retiennent son
attention. Avec son frère et un voisin, il subtilise un jour un
wagonnet pour partir un peu en voyage. Vite rattrapé, il rend l'objet du
délit mais garde un œil sur ces curieux moyens de locomotion. Et un
jours l'occasion de représente, de remonter dans un wagon. Ce sont deux
ouvriers qui proposent qu'il grimpe dans les descentes. Eh hop, le voilà
qui dévale les pentes les unes après les autres, s'éloignant toujours
davantage de son petit village. Puis la prise de conscience survient :
il fait nuit et il est loin de tout en compagnie de parfaits inconnus.
Le voilà donc à courir pour regagner sa confortable chaumière,
trébuchant dans la pierre. Et c'est un petit garçon encore sous le choc
qui franchit les portes de sa maison.
En somme, voilà un petit
recueil sans prétention mais à la plume tout à fait décisive. Car les
histoires sont courtes et très différentes. Le dénominateur commun c'est
cette espèce de noirceur : la peur de la vie, les remords, la nuit
recouvrant tout. Les personnages sont agités de curieux instincts : ils
semblent agir comme des pantins et ne pas avoir de prise sur leur
existence.
J'ai vraiment été happée par ce petit recueil et relirais avec plaisir du Ryûnosuke Akutagawa.
Une vague inquiétude - Ryûnosuke Akutagawa (Editions du Rocher, 2005, 84 p.)
05 novembre 2010
Princesse Sara (tome 2) d'Audrey Alwett et Nora Moretti

Sara est maintenant bien installée dans le pensionnat où elle prend ses
marques. Miss Minchin et Amélia veillent à lui faire la place qu'elle
mérite auprès des élèves, l'appelant "Princesse Sara". Coup de massue
lors de l'anniversaire de la petite protégée, un notaire arrive
précipitamment pour avertir du décès soudain du capitaine Crewe. La
fillette devient donc orpheline de père et de mère et n'a plus aucune
famille à Londres ni ailleurs. Pire que tout, Sara se retrouve sans un
sou car son père se serait ruiné dans un placement sur des mines de
diamants qui ne rapportent rien. Autant dire livrée à elle-même et à son
luxe d'antan, Sara se voit retirer tout son beau mobilier, sa vaste
chambre, ses affaires aux tissus délicats.
Miss Minchin, dans sa
grande "bonté" décide de garder la fillette mais, nourrissant depuis son
arrivée une certaine rancune, préfère la rabaisser au rang de
domestique. Voilà Sara attifée d'une robe de souillon, qui se retrouve
dans une chambre vide sous les combles. Bien que passant d'une extrémité
sociale à l'autre, Sara tente de garder le sourire, de sympathiser avec
l'autre domestique, Becky, qui partage la chambre voisine.
On sent
Sara animée du désir de se faire aimer malgré tout. Car elle se rend
compte que le toit et le repas est loin d'être assuré, que le moindre
faux pas pourrait la priver même du strict nécessaire. Alors la voilà à
se plier à toutes les tâches les plus ingrates, se faisant rudoyer par
les domestiques devenus ses supérieurs hiérarchiques. Mais Sara ne se
démonte pas : Lottie lui voue toujours un amour inconsidéré, Becky elle
aussi devient une amie intime. Il y a aussi la boulotte Ermy qui rode
dans les parages, toujours fascinée par ce qu'a été et ce qu'est
maintenant la petite princesse.
Deuxième tome de la série, on
saura qu'il y en a 4 de programmés, ceci explique les grands raccourcis qu'emprunte cette
saga. Car du premier au deuxième tome il n'y a quasiment pas eu de
transition entre Sara, au plus haut de la pyramide, et Sara, princesse
déchue. On apprend aussi dans le même volume que la petite est
recherchée par un homme venu des Indes. Laissez-moi vous dire qu'on sait
très bien de quoi il en retourne. Il se pourrait donc que la misère, à
laquelle est réduite la fillette, soit de courte durée.
Mais tout
comme dans le dessin animé, on est bien content que Sara garde son âme
d'enfant, qu'elle continue à rêver malgré la dureté des épreuves qu'elle
endure. Car, même au plus bas, Lavinia n'a pas dit son dernier mot et
heureusement que de solides amitiés se sont nouées depuis lors.
Quant
aux dessins, vraiment je ne suis pas fan ! Je pense que la collection
Blackberry, destinée aux petites filles, reste fidèle à sa ligne
éditoriale. Les lectrices seront sans doute friande de toutes les
parures, de tous les contrastes au sein du pensionnat, quant à moi je
crois que je me serais bien contentée de dessins plus sobres et mesurés.
Mais c'est une appréciation d'adulte alors bien sûr elle a peu de poids
face au public ciblé qui, je suis sûre, sera très enthousiaste par ces
dessins très novateurs.
Princesse Sara, 2) La princesse déchue - Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (dessins)
(Editions Soleil, 2010, 48 p., collection Blackberry)
03 novembre 2010
La chambre des vies oubliées de Stella Duffy
Voilà un livre que j'ai lu voilà quatre ou cinq
mois (eh oui j'ai un sacré retard !) mais qui me trottait encore dans la
tête d'où ma critique, même tardive.

En effet, c'est toute la vie d'un quartier pauvre du sud de Londres qui se dessine à travers le prisme de ce roman choral. Je parle de roman choral car Robert (le propriétaire du pressing) cède la place à Marylin, Helen la jeune fille au pair embourbée dans une situation compliquée, ou encore à ce fameux poète jamaïcain qui trouve son inspiration dans la contemplation des autres. Et ce n'est qu'un petit aperçu de la foisonnante galerie de personnages qui se succède à tour de rôle dans le pressing ou dans le quartier proche.
Quoi qu'il en soit, l'histoire principale revient à Robert, tenancier consciencieux de son pressing depuis un paquet d'années. Après ces années de bons et loyaux services, il cherche un successeur pour reprendre l'établissement. Une annonce dans le journal et c'est Akeel, jeune Anglais d'origine pakistanaise qui se présente le premier. D'abord c'est la méfiance quant aux motivations du jeune homme et c'est leur vie en "colocation" qui va leur permettre de mieux s'apprivoiser. Car pendant 1 an Akeel doit apprendre la gestion du pressing dans l'optique de la reprise.
En croisant leur destin, les deux hommes vont vivre une expérience enrichissante d'ouverture à l'autre, d'apprentissage du monde et de leurs semblables. Car Robert garde ses petits secrets, soigneusement conservés, certains au coin de sa tête, d'autres à l'étage du dessus, reliques des propriétaires qui ont confié leurs affaires : tickets de métro, lettres ou listes de course, tout est bon pour garder une trace du temps passé.
Quant à Akeel, jeune marié à Rubeina, jeune femme dynamique et qui a de la suite dans les idées, il cherche à tracer sa voie, à assurer une stabilité à son ménage tout fraichement établi.
Voilà un roman qui d'une part permet de voir l'évolution d'une relation entre deux inconnus qui se sont bien trouvés, de voir la confiance s'établir au fil du temps pour le passage du flambeau.
D'autre part, ce roman permet de voir, comme à travers un kaléidoscope, la vie de ces petites gens du Londres d'en bas. Car tous ces gens qui se croisent ont leurs problèmes, leurs préoccupations et leurs petites misères. C'est quelque part assez touchant de prendre sur le vif les faits de la population locale, d'être introduit de cette manière dans les habitudes d'un quartier "sans histoires".
Le style est vif car cette alternance dans la prise de parole permet de rester attentif à la trame générale. On se sent que toutes les expériences personnelles ont un but commun : l'esquisse d'un quartier de Londres à travers le prisme de gens aux horizons très divers.
Vraiment un bon moment !
La chambre des vies oubliées - Stella Duffy (Grasset, 2010, 379 p.)
01 novembre 2010
Mon père : contes des jours ordinaires d'Aline Giono
Excusez-moi d'être si peu présente ces derniers temps. Je laisse en friche ce blog alors que je continue à lire. Il va vraiment falloir que je vous mette mes dernières critiques. Certaines sont prêtes et ne demandent plus qu'à être en forme. Voilà ma deuxième lecture du lecturothon (challenge comme le RAT mais qui s'est organisé sur mon forum de lectures) et c'est un
livre qui trainait dans ma bibliothèque depuis très, très longtemps.
Rien de tel que d'égrener des livres de sa PAL, ça fait du bien au moral
d'autant qu'avec celui-là c'est une très bonne pioche.

Aline Giono n'est autre que la fille du célèbre écrivain Jean Giono. La fillette raconte son enfance passée à Manosque dans une maison où il fait bon vivre entre une mère bienveillante et pleine de patience, une jeune sœur exubérante et un papa qui fait le plus beau des métiers : "il s'amuse à écrire des histoires pour grandes personnes". Le roman est un condensé d'anecdotes et non pas une biographie sur ce qu'a été Giono père. Je crois que c'est ce qui fait le charme de ce livre. En suivant l'histoire par les yeux de la fillette, on a un aperçu d'une vie de famille dans la campagne d'autrefois. Car la maison est un peu branlante, les gens vont et viennent et il n'y a pas de politesse, tout le monde est le bienvenu. Il y a l'arrière-grand-mère centenaire née sous Louis-Philippe mais aussi l'oncle Kakoun, artiste à ses heures qui abime les livres rien qu'en les regardant. Et il y a la petite dernière (sa sœur cadette), surnommée Gracieuse qui est peu soigneuse mais qui a toutes les manières d'une petite bourgeoise.
Que puis-je dire
sinon que j'ai adoré ce livre et que j'aurais préféré qu'il dure encore
des pages et des pages. Car on s'attache rapidement à cette famille, à
ce grand Jean Giono
qui semble être un patriarche distrait bien qu'aimant. On s'attache à
la mère qui s'attriste que son mari fasse mourir des personnages dans
ses romans. On s'attache à Aline,
débrouillarde mais à qui on ne l'a fait pas : pas de mensonges, pas
d'entourloupes sinon la petite fille se fait justice elle-même.
On
ne peut aussi qu'aimer le brave Kakoun, oncle recueilli de la famille
(il a été choisi par les enfants car il n'a aucun lien de sang), qui ne
mâche pas ses mots et a toujours un sacré panache pour retourner les
situations les plus folles.
J'ai aimé de nombreux passages, certains m'ont fait rire, d'autres m'ont émue et aucun ne m'a laissé indifférente.
Pourtant,
je crois bien que ce que nous possédons de plus sensationnel c'est
notre arrière-grand-mère qui a plus de cent ans ! Alors là, pour en
trouver une pareille, je suis sûre qu'il faudrait faire le tour du pays
plusieurs fois en courant...
Maman
(c'est sa grand-mère à elle) dit que c'est une "célébrité". Imaginez ça
: avoir une "célébrité" dans sa propre famille. [...]
Je
ne lui reproche qu'une chose : comme ma petite sœur, elle casse mes
poupées. Elle oublie que je lui en ai confié une à garder sur ses
genoux, elle se lève et crac, la poupée tombe. Cela tient sans doute à
ce que ma soeur et elle ont tout juste cent ans de différence, à
quelques jours près. Quelle famille ! (p. 25-27)
Maman. - Mon chéri, j'ai quelque chose à te dire, mais surtout, ne te fâche pas !
- Pourquoi veux-tu que je me fâche?
Maman. - Parce que ce que je vais te dire ne te fera pas plaisir. Voilà : tu as changé, je ne te reconnais plus.
Papa, ahuri. - Tu ne me reconnais plus? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
Maman.
-Non, tu n'es plus le même, tu n'es plus aussi gentil qu'avant. [...]
C'est très simple : au début, quand je t'ai connu, tu ne tuais personne.
- Comment ça, je ne tuais personne? Et aujourd'hui, je tue plus qu'avant?
-
Parfaitement. Aujourd'hui, dans tes livres, tout le monde meurt. Tu
fais passer tes personnages de vie à trépas pour un oui, pour un non, tu
les exécutes à chaque page, et tu n'étais pas comme ça avant, et c'est
pourquoi je trouve que c'est méchant et que tu as changé. Voilà ! (p. 30)
Mon père : contes des jours ordinaires - Aline Giono (Gallimard, 1992, 169 p., folio junior)
HS mais je pars quelques jours dans le Sud, je reviendrai courant novembre. A très bientôt !




