12 mars 2011
Danses de guerre de Sherman Alexie
De Sherman Alexie j'avais lu Dix petits indiens, qui m'av
ait charmé de par ses petites nouvelles incisives et cinglantes. Alors quand j'ai eu vent de ce nouveau recueil de nouvelles (couronné par le prix Pen Faulkner 2010), je n'ai pas hésité un instant avant de me plonger dedans. Et retrouver la plume de cet excellent novelliste amérindien a été un vrai bonheur !
Sherman Alexie nous parle d'Indiens, de ceux qui tentent de trouver leur place dans la société américaine. Et ce n'est pas sans mal qu'ils se fraient un chemin et entrent dans le moule. Pour preuve, cet assassin à la peau ni blanche, ni vraiment brune. C'est un Indien de la tribu Spokane, qu'on ne parvient pas à catégoriser. C'est pourtant l'identité de ce meurtrier qui fait débat. Qui est-il? Pourquoi a-t-il tué un Noir? N'est-ce pas toujours les Blancs qui se confrontent aux Noirs?
Il y a aussi cet autre Indien, parcourant les couloirs d'un hôpital à la recherche d'une bonne couverture épaisse (comme celles que font les Indiens) pour couvrir son père opéré. Et la rencontre d'un Indien d'une tribu différente va montrer la solidarité entre ces petites ethnies vivant selon leurs rites.
Mais Alexie ne se borgne pas à décrire des Indiens et uniquement des Indiens. Tous les hommes sont par essence reconnaissables dans ces portraits d'hommes ordinaires tiraillés par les tracas de la vie quotidienne. Tout est sujet à la discussion : la guerre des races, l'alcool et la drogue mais aussi aussi la guerre ou bien la société de consommation. Et les hommes qui prennent place dans ces histoires sont tour à tour des pères, des maris ou des fils. Ils ont cela de commun qu'ils s'interrogent sur l'existence ou sur un élément déclencheur qui bouleverse leur vie. Avec Sherman Alexie on est dans l'instantanéité, dans la description concise de rapports humains. Le fait est qu'il esquisse des histoires (sur)prenantes sur le ton de la blague voire de l'information purement factuelle.
Une fois de plus été happée, embarquée par ces petits récits qu'on se verrait se faire raconter au coin du feu. Car la confrontation de deux êtres engendre tout un lot d'inconnus. S'agirait-il en fait de petites guerres arbitrées par les conventions modernes?
Les récits se succèdent avec un même plaisir, celui de la découverte perpétuelle de ces gens qui ont tant à nous apprendre. Certaines nouvelles se placent sur une ou deux pages, découpées de telle manière qu'on les engloutit comme un encas. D'autres sont plus longues et s'étalent sur des dizaine de pages. Ce style propre à Sherman Alexie, j'y adhère les yeux fermés. Il ne transforme certes pas la réalité mais nous en donne une vision éclairée du point de vue d'un Amérindien lucide et toujours extrêmement droit dans ses positions.
Un petit bonheur de lecture !
Un autre avis chez Folfaerie et bientôt bien d'autres sur Blog-O-Book !
Danses de guerre - Sherman Alexie (Albin Michel, 2011, 194 p., Terres d'Amérique)
Commentaires
J'avais beaucoup apprécié "le premier qui pleure a perdu" car il y avait beaucoup d'humour. Du coup je ne suis pas sûre d'apprécier le même genre de sujet, l'humour en moins...
@ Alex-Mot-à-Mots : Ce sont des nouvelles mais elles valent clairement le détour.
@ Choupynette : Je confirme : Sherman Alexie est un auteur américain à l'âme indienne. Et c'est savoureux à lire !
@ Valérie : Alors il faut passer son chemin sur ce coup-ci. As-tu lu un de ses romans?
@ Tiphanya : Dans celui-ci aussi il y a de l'amour. Après, je ne peux que comparer à ma précédente lecture "Dix petits indiens". Dans "Danses de guerre", il est moins grinçant, plus posé sur sa vision du monde.
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