03 juin 2011

Les trois lumières de Claire Keegan

Oyé oyé jeunes gens ! Si je m'empresse de vous déposer la critique de ce livre c'est que je l'ai dévoré et, par la même occasion, adoré ! En cent pages, on se plonge dans cet espèce de conte et le grand "inconvénient" c'est qu'on ne peut pas le reposer avant de l'avoir fini. C'est donc à 1h du mat' que j'ai achevé ma lecture, fatiguée mais heureuse d'avoir passé un si bon moment !

L'histoire débute sur le trip entrepris par un père qui emmène sa fille dans u3lumieresne ferme du Wexford, au fin fond de l'Irlande rurale. Ce n'est pas un voyage initiatique (quoique !) puisque la fillette doit rester quelques temps chez des gens qu'elle ne connait pas. Sa mère est enceinte et on comprend donc que c'est un peu de répit que cette bouche de moins à nourrir. Voilà donc la fillette fraichement débarquée chez de parfaits inconnus qui l'intègrent immédiatement à leur quotidien entre les travaux que nécessite la ferme et les loisirs annexes (cartes, shopping).
Ce couple, un brin taciturne, les Kinsella l'apprivoisent peu à peu (et réciproquement). Comment se fait-il qu'une si petite fille soit confiée à des gens habitant si loin de chez elle? Est-ce un présage que l'oubli de son père de lui déposer son bagage?
La fillette change, grandit et devient moins peureuse. C'est une fine observatrice qui se nourrit de son environnement : de la nature, de ces gens bienveillants qui l'accueillent sans sourciller. On se plairait à la voir adoptée par cette nouvelle famille qui pourtant n'a rien demandé à personne.
Certains détails sont pourtant troublants : les vêtements dont elle se trouve affublée, la manière qu'on a de lui proposer des sorties incongrues et non forcément adaptées à son âge. Y a-t-il des secrets dans cette maisonnée si chaleureuse?

Elle m'emmène dans la maison. Il y a un moment très sombre dans le couloir ; alors que j'hésite, elle hésite avec moi. Puis nous passons dans la chaleur de la cuisine où il faut que je m'assoie, que je me mette à l'aise. Sous l'odeur de pâtisserie, un désinfectant, un produit javellisé pointe. Elle retire du four une tarte à la rhubarbe qu'elle pose sur le plan de travail pour la laisser tiédir : du sirop bouillonnant prêt à déborder, de fines feuilles de pâte sculptées dans la croûte. Un courant frais souffle par la porte mais ici tout est chaud, tranquille et propre. De grandes marguerites sont immobiles comme le grand verre d'eau dans lequel elles se dressent. Il n'y a trace d'enfant nulle part. (p. 14)

Quelle merveille que ce petit livre ! Le mot qui me revenait sans cesse ce matin en essayant de le qualifier c'est "mignon". Car oui, le texte est adorable, il coule avec une douceur exquise et on se plairait presque à se le faire lire pour bien l'intégrer. J'hésite d'ailleurs à le relire en langue originale.
J'ai aimé ce personnage de petite fille bringuebalée d'une maison à l'autre, sans autre choix que d'accepter et de se forger son propre caractère. On voit les adultes comme elle pourrait les voir : énigmatiques, encombrés par leurs zones d'ombre et c'est quelque part un soulagement que d'évoluer avec cette fillette candide et pleine de rêves.
J'ai aimé la prose très poétique et cette façon de raconter une histoire comme une tranche de vie. Cela a beau être cent pages, elles sont tout à la fois : denses et prometteuses, aérées et trop vite achevées.
Le prochain livre a intérêt à être à la hauteur car cette escale irlandaise a tout d'un joli coup de cœur !

Et je ne suis pas la seule à être élogieuse puisqu'il semblerait que la Toile s'emballe pour ce petit roman. La preuve chez Clara, Jérôme, Leiloona et bien d'autres !

Les trois lumières - Claire Keegan ; traduction de Jacqueline Odin (Sabine Wespieser éditeur, 2011, 100 p.)

Posté par Mélopée à 14:40 - Ils ont fait battre mon coeur - Permalien [#]
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