31 juillet 2011

Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor

Pour certains livres j'ai vraiment l'impression de passer après les grandes vagues de best-sellerisation. Ce fut le cas avec L'attrape-cœur, c'est maintenant le cas avec Inconnu à cette adresse, dont je n'avais pas eu vent jusqu'à ce que je le pioche dans le bac à CD de ma bibliothèque.

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Martin Schulse et Max Eisenstein, deux quarantenaire dans la fleur de l'âge, entretiennent une amitié solide. L'un (Martin) est allemand, l'autre (Max) est un américain d'origine juive, venu étudier en Allemagne. Max retourne aux États-Unis et poursuit sa correspondance avec son vieil ami, avec qui il tient une galerie d'art à San Francisco. Sauf que la correspondance qui est retracée là s'étend de 1932 à 1934 et qu'en Allemagne un homme prend du galon : il s'agit d'Adolf Hitler. Les premières lettres sont pleines d'affection et on sent les deux hommes très attachés. A mesure que le régime politique devient plus totalitaire en Allemagne, Martin s'éloigne, visiblement touché par le discours du Fürher. Max s'accroche à Martin, son ami qu'il ne reconnait plus. Celui-ci l'adjure de cesser toute relation car les missives sont contrôlées et ouvertes par les hommes du régime. Mais Max a une sœur, Griselle, restée au pays, croyant y trouver la gloire en tant qu'actrice. C'est non seulement pour Martin qu'il se fait du souci mais aussi pour cette sœur dont il n'a plus de nouvelles. Que se passe-t-il là-bas? Est-ce aussi trouble pour que les personnalités soient transfigurées et que rien ne soit plus pareil.
Max croit à la rémission, à l'endoctrinement passif pour se faire invisible parmi la foule. Mais si tout n'était pas aussi simple?! Martin se fait plus bref, plus rare et devient cassant, prêt de tout rompre avec son associé pour ne pas vivre la chute.
Les deux protagonistes sont les pantins de ce régime fasciste qui monte en puissance. L'océan a beau les séparer, on sent toute la proximité de leur douleur, de leurs tourments. Une page de l'Histoire est bel et bien en train de s'inscrire...

Maurice Bénichou fait un super Max suppliant, à la limite du pathétique. Il ne se défile à son rôle de vieil ami et pourtant parait se battre contre un mur déjà bien trop haut. Quant à Gérard Desarthe, son brusque changement d'attitude laisse entrevoir un homme qui a peur, un homme qui n'assume pas d'avoir des relations "déshonorantes". Les deux hommes tiennent un échange qui serre la gorge car plus les lettres avancent, plus on sent venir une triste issue. Les voix sont une fois de plus empreintes de mille et unes émotions, que le lecteur emmagasine, d'abord en paix puis inquiet et attristé.
Voilà un livre-audio à mettre entre toutes les oreilles !

Inconnu à cette adresse - Kressmann Taylor ; lu par Maurice Bénichou et Gérard Desarthe (Gallimard, 2004, env. 1h d'écoute, collection Ecoutez lire)

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28 juillet 2011

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes de Jean-Pierre Otte

C'est fou comme certaines personnes peuvent nous inspirer d'emblée une9782260015130FS sympathie sans bornes. Jean-Pierre Otte en fait partie, se mettant en scène dans ce roman aux allures de confession. C'est que l'auteur vient ici se livrer dans un nouveau rôle : celui de lecteur. Il est invité un jour par des amis à prendre part à une réunion de lecteurs pour discuter de ses œuvres. C'est au départ le prétexte invoqué, la bonne excuse pour voir dans un face à face intimiste ce que les autres peuvent penser de ses écrits. Sauf que, passé le narcissisme bien compréhensible de s'entendre parler de soi, Jean-Pierre Otte prend goût à ces réunions mensuelles où tous viennent avec leur bagage de connaissances et de lectures à partager.
Il y Medhi, l'initiateur de ces rencontres, charismatique et toujours généreux en bons mots. Il y a Pol-Emile, l'éternel timide, qui semble chercher dans les livres des réponses à ses interrogations envers les femmes. Il y a Bella et Eliane, les deux femmes du cercles, celles qui relancent le débat mais aussi prennent note de tout ce qui se dit dans ces petits comités. Et au-delà de toutes les discussions, il y a les plats qu'on imagine chaleureusement cuits au coin du feu : les châtaignes servies dans des corbeilles qu'on se passe de main en main, les tartes chaudes, les crêpes fourrées et les bons vins. D'abord se jaugeant les uns les autres, on comprend qu'au fil du temps, les langues se délient et l'atmosphère se détend, on traite de tous les sujets liés à littérature à bâtons rompus. Et après les réunions, les convives poursuivent leur vie en s'invitant pour des moments privilégiés : virée en voiture, déjeuner familial dans une sorte de "squat"...
Les lecteurs deviennent des amis et apprécient à leur pleine valeur des moments de retrouvailles où un thème est donné et où chacun est écouté, fort de ses apartés culturels.
Mais à quoi bon les grands discours?! Voici quelques citations :

Le héros ou l'héroïne semble vivre ce que nous vivons ou ce que nous voudrions vivre. Nous trouvons par lui, par elle, à comprendre notre propre avancée dans la vie, nos épreuves, nos déceptions, nos malaises et nos espoirs. Comme si, au creuset du livre, dans un espace intime jamais vu, jamais nommé, nous rencontrions quelqu'un au visage dérobé avec qui partager notre expérience, quelqu'un qui en même temps partagerait la sienne avec la nôtre et nous aiderait à ne plus nous sentir seul, ou du moins à nous sentir moins seul, isolé, en pure perte au milieu du monde. (p. 145)

J'ai compris que je n'étais en rien un écrivain, et je suis revenue à la lecture, qui offrait une part tout aussi créative. C'était en ouvrant des livres que j'avais commencé à vivre et c'est en continuant de lire que j'élargissais mon petit monde, découvrais des mondes que n'étaient pas les miens et que je pouvais partager. (p. 236)

L'écriture de Jean-Pierre Otte est généreuse comme le personnage et convive qu'on imaginerait volontiers déblatérer autour des livres des heures et des heures. On se dit qu'une telle description d'un cercle de lecteurs ne peut qu'inciter au partage de ses émotions. Et en bonus, on trouve à la fin du livre, la liste des œuvres évoquées mais aussi un récapitulatif des plats dégustés pendant les rencontres. On croirait bien, avec tout ça, avoir pris part à ce secret conciliabule.

D'autres avis très positifs chez Pascale et Plume !

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes - Jean-Pierre Otte (Julliard, 2011, 253 p.)

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25 juillet 2011

Une histoire des haines d'écrivains d'Anne Boquel et Etienne Kern

book_cover_une_histoire_des_haines_d_ecrivains___de_chateaubriand_a_proust_25483_250_400Quand une amie m'a prêté ce livre, je me suis tout d'abord dit "quel intérêt y a-t-il à parler des relations orageuses entre écrivains?". C'est donc dans cet état d'esprit que j'ai commencé cet essai, un peu circonspecte (car peu habituée aux essais) et peu convaincue de le lire jusqu'au bout.

Sauf que les deux auteurs, anciens élèves de l’École normale supérieure, ont un certain talent pour nous emporter dans les turpitudes d'écrivains qui, par leur nom, nous sont devenus familiers. C'est qu'ils ont fait un formidable travail de recherche pour nous pondre cet essai des plus intéressants !
"Avez-vous bien des ennemis" demande Balzac à Eugène Sue et lui de répondre "Oh ! très bien, parfaits et en quantité". Car avoir des ennemis est une préoccupation de taille pour ces écrivains aux egos surdimensionnés (je ne parle pas de Balzac ou Sue en particulier) car qui dit ennemi dit peut-être jalousie et convoitise.
Depuis l'essor de la presse et le tirage de plus en plus élevé des ouvrages, il y a de quoi regarder chez son voisin et pinailler. Zola innove avec son naturalisme et s'octroie les foudres des Anciens. Pour Hugo, Le rouge et le noir est écrit en patois. Quant à Sainte-Beuve, il est traité sans ménagement de "Sainte-Bave" par ce même Hugo". Les grands noms alternent et se succèdent dans toutes ces anecdotes issues d'un autre temps qui mettent en lumière des écrivains qui se savent importants et en jouent pour se tirer la couverture à soir.
Rien de tel que d'égratigner, les rivaux de la scène littéraire pour faire jaser dans les salons et s'attirer de la renommée. Certains comme Edmond de Goncourt accusera Zola de puiser dans son œuvre à chaque nouvelle parution (pour exemple : Germinie Lacerteux serait selon lui à l'origine de L'assommoir) : un plagiat savamment orchestré, en somme, qui aura tôt fait d'énerver l'illustre Zola passant derrière tout ça.
Ce qui est assez drôle dans cet essai c'est qu'on se rend compte que tout est motif à discorde : les amours des uns et des autres, les adultères, les romans trop avant-gardistes, les attitudes en société...

Pour finir, je ne peux que dire que cet ouvrage est excellent. Il fait sourire et donne un nouvel éclairage à ces sommités littéraires qui ont su s'imposer à travers les siècles. C'est de bonne guerre que de chercher querelle auprès de condisciples car ces gens-là de cessent d'innover et de briller de par leurs trouvailles langagières.
Ce livre s'engloutit comme un récit et c'est bien une histoire que les deux auteurs nous content ici. Une histoire construite à partir de solides références mais qui se laisse suivre sans effort aucun.
Merci à l'amie qui m'a prêté ce livre et qui, décidément, me connait peut-être mieux que moi-même ! Maintenant, je compte bien mettre la main sur Une histoire des parents d'écrivains, des deux mêmes essaiyistes.

Une histoire des haines d'écrivains - Anne Boquel, Etienne Kern (Flammarion, 2009, 336 p.)

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22 juillet 2011

Autobiographie d'un visage de Lucy Grealy

784361Lucy a 9 ans lorsqu'on lui découvre un cancer (du visage) dont le pronostic vital est extrêmement faible. La fillette, qui rêvait d'être différente tient enfin sa revanche : voilà une occasion pour elle d'exister aux yeux des autres et d'avoir de l'importance. Seulement, passée la "joie" d'être traitée comme une enfant à part, le traitement va prendre le dessus, avec son lot de souffrances et de contraintes. Sa mère, qui l'accompagne, la force à ne pas pleurer et à chaque fois c'est la même histoire : Lucy craque et se trouve honteuse d'être faible face à ce qu'elle subit. La fillette est touchante car elle enchaine les rendez-vous à l'hôpital sans trop broncher et avec même l'espoir de se faire des amis là-bas, qui la comprendront. Elle devient plus faible, plus vulnérable et cherche à comprendre, au fil du temps, pourquoi c'est elle qui doit être tenue à l'écart, pourquoi elle loupe des mois d'école pour la chimiothérapie.
C'est que malgré tout, on essaie de la ménager et sa vie reste, quelque part, tout ce qu'il y a de plus banal : elle est passionnée par les animaux et exerce un petit job dans un ranch, où elle s'occupe de chevaux. Elle reste avec des amis occasionnellement et a une vie de famille normale, entourée de ses frères et sœurs.
Mais voilà, certains signes ne trompent pas : son père semble fuir l'hôpital, mal à l'aise devant la maladie de Lucy. Et le regard des inconnus se fait de plus en plus insistant, de plus en plus méchant lorsqu'il s'agit de la puberté et que Lucy ne veut qu'une chose : se faire aimer pour ce qu'elle est.

Plus tard, adolescente, j'ai eu un boulot dans une bibliothèque et, un jour que je rangeais les livres sur une étagère, dans la section médecine, je suis tombée par hasard sur un bouquin qui traitait des cancers chez les enfants. J'ai sorti le gros volume, l'ai posé sur la table et l'ai ouvert à la page de mon cancer, le sarcome d'Ewing. Là, j'ai lu un bref descriptif des symptômes, suivi des statistiques de mortalité. On estimait les chances raisonnables de survie à cinq pour cent.
[...] J'ai levé les yeux du livre. La pièce était déserte, j'étais étourdie par les néons blafards et la quantité d'étagères que j'avais encore à ranger. Cinq pour cent. Il fallait que je dise quelque chose, sauf qu'il n'y avait personne alentour et que je ne savais pas quoi dire. Posant la main sur mon cou, que j'ai senti palpiter, je suis restée quelques minutes pétrifiée, sur le point de bouger, de parler, de m'asseoir, de faire quelque chose. Puis ça m'est passé. J'étais déjà sur l'autre rive, vaguement consciente d'avoir oublié quelque chose, un nom, un objet ou une émotion, que j'aurais voulu retenir et que j'avais bêtement laissé filer entre mes doigts. (p. 66)

Ce livre est un témoignage poignant et bouleversant sur la vie d'une fillette, transfigurée par un cancer qui peu à peu la ronge. Les années passent et la vie devient plus difficile lorsqu'elle se regarde dans une glace et ne se reconnait pas. On a la gorge serrée en lisant ce texte et jusqu'à la toute fin, on se dit que Lucy Grealy (car c'est l'auteur elle-même dont il est question) est décidément un petit brin de femme bien courageux avec qui on souhaiterait échanger et lier une forte amitié.
Autobiographie d'un visage - Lucy Grealy (Editions Autrement, 2010, 197 p., collection Littératures)

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21 juillet 2011

Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes

65147399Honte à moi, je ne connaissais Barthes que de nom et n'ai jamais été plus intéressée que ça. En voyant que Fabrice Luchini avait lu une partie des Fragments d'un discours amoureux, j'ai été intriguée par le sujet. Luchini parlant de l'amour, voilà qui pouvait être intéressant. Effectivement, l'écoute est à la hauteur d'un texte qui semble extrêmement fort et efficace. Les intonations de Luchini se marient formidablement avec les mots de Barthes.

Quelques mots et leur définition, nous sont donc livrés avec talent. L'absence, l'attente ou la jalousie sont quelques uns des termes abordés. On écoute avec fébrilité car Luchini est habité par ce qu'il raconte et c'est amplement communicatif !
Et comme la première lecture ne suffit pas (quelques secondes ou minutes d'inattention et on a l'impression d'avoir manqué l'essentiel), on se repasse le CD avec joie, soit par bribes, soit en continu. Le plaisir n'en est pas amoindri, loin de là et on se plairait à se le repasser dès que possible !

Rien de pompeux ou d'ampoulé, comme je m'y attendais. C'est une belle surprise !

Fragments d'un discours amoureux - Roland Barthes ; lu par Fabrice Luchini (Audiolib, 2011, 1h10 d'écoute)

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20 juillet 2011

Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu

Pour qui aime l'univers poétique de Mathias Malzieu, ce n'est pas un dépaysem66373572_pent que ce nouvel ouvrage. De prime abord, on peut souligner la beauté de la couverture avec une superbe illustration. Puis, on feuillette et on tombe sur une pléthore d'illustrations toutes plus belles les unes que les autres.

Quant à l'histoire, c'est Tom Cloudman qui campe le personnage d'un cascadeur malheureux. Ses performances tournent au fiasco et il se retrouve en fin de compte à l'hôpital. Lui, qui a la bougeotte, est obligé de composer avec ce repos forcé. Hospitalisé longtemps, il déambule la nuit dans les couloirs et tombe un jour sur une femme, mi-humaine, mi-oiseau qui lui propose un pacte.
Car lui qui rêve de s'échapper, semble bien obligé de rester immobilisé. Où trouvera-t-il son échappatoire? Est-ce dans les plumes d'oreiller, matière à sa nouvelle invention : des ailes qui lui permettront de voler?
Le style de Malzieu est une fois de plus tout en poésie et en onirisme. On flirte avec la réalité tout en se disant que les prémices d'une histoire d'amour sont bel et bien en train de faire surface. C'est un conte qui ravira les grands enfants, les jeunes adultes et plus âgés car tout ceux qui apprécient l'univers musical du chanteur y retrouveront toutes les mélodies d'un texte savamment orchestré.

Un bien joli objet, dans le fond et dans la forme, que nous a encore pondu le chanteur !

Métamorphose en bord de ciel - Mathias Malzieu (Flammarion, 2011, 157 p.)

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19 juillet 2011

Tokyo, fin d'un monde de Junichi Noujou

Voici aujourd'hui un manga qui m'a alerté dès la couverture par son parti pris de dessins extrêmement travaillés. Ca passe ou ça casse... pour moi c'est passé très largement !

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Yuma Oda est un jeune homme loin d'être ordinaire. A l'époque du lycée, il a plongé sa classe dans une léthargie dont seule une camarade s'est sortie. Cette jeune fille, Miho Omori, travaille maintenant au
"bureau des recherches des communications futures" et est intriguée par Yuma Oda, qu'elle ne peut oublier. Comment a-t-il fait pour léviter en pleine classe? Quel est cet étrange pouvoir qui lui a permis
d'hypnotiser une vingtaine d'adolescents?
Une notion se dégage, celle des "hommes du futur" qui sont, comme leur nom l'indique, des êtres venus du futur pour accomplir des actes surnaturels et peut-être menacer les êtres présents et leur destinée.
Mais si une catastrophe semble être à craindre, notre équipe de choc du "bureau des recherches..." est bien sur le coup pour enrayer tout péril guettant la ville.

Outre l'histoire pleine de mystère et de suspense, les dessins ultra réalistes ont en tout premier lieu attiré mon attention. Habituellement, un manga se caractérise par ses dessins faits à la va-vite, ici les
dessins sont très travaillés. Les expressions des personnages, saisissantes car tellement vraies, font de ce Tokyo, fin d'un monde un manga aux allures de petite BD fantastique.
J'ai hâte de lire la suite... !
Et un exemple de ces dessins ultra réalistes qui, j'espère, achèveront de vous convaincre :

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Je vous renvoie à l'excellente critique de Choco.

Tokyo, fin d'un monde - Junichi Noujou (Delcourt/Akata, 2011, 192 p.)

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18 juillet 2011

Le Horla de Guy de Maupassant

Quel bonheur de plonger dans l'univers extraordinaire du Horla ! Et de bien bell22810555_4094698e manière !

Il est des classiques qu'on sait qu'on ne lira pas, malgré le fait qu'ils soient considérés comme des incontournables. Le Horla en fait incontestablement partie (je parle effectivement que pour cas et félicite tous les gens qui lisent Le Horla, au collège ou à un autre moment Wink) et je l'ai toujours évité car il me semblait que c'était une lecture à lire dans le cadre scolaire. Ayant passé ce stade, depuis bien longtemps déjà, la solution du livre-audio s'est imposée comme une facilité.


Bien m'en a pris car, aimant beaucoup Michael Lonsdale, le récitant, je me suis tout de suite immergée dans l'univers étrange, frisant la paranoïa, du personnage principal. La voix de Lonsdale se prête tout à fait au cadre, à l'atmosphère étranges et à la lente dégénérescence du personnage.
Le Horla, c'est cette puissance supérieure qui semble occuper le personnage ou du moins vouloir lui rendre la vie dure. Il rôde à proximité et semble vouloir prendre la place du protagoniste. L'histoire évolue de manière à ce que le Horla peu à peu s'impose, que la folie devienne omniprésente. Oscillant vers le fantastique, cette nouvelle n'en est pas moins un formidable exposé de la détresse psychologique humaine. Comment réagir lorsqu'on se sent menacé non pas par les autres mais par un autre "moi"?


La patte de Michael Lonsdale est du plus bel effet et rend l'écoute encore plus attentive. Je me plairai à écouter d'autres récits lus par ce très bon acteur. Maupassant y trouve là une seconde jeunesse !
Et aussi incroyable que cela puisse paraître, ça donne envie de lire Maupassant dans le texte. Fort heureusement, j'ai de quoi faire dans ma PAL pour satisfaire cette envie.

Le Horla - Guy de Maupassant ; lu par Michaël Lonsdale (Audiolib, 2009, 1h d'écoute)

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08 juillet 2011

Ces mots que l'on retient de Maria Judite de Carvalho

9782729119348FSGraça revient dans la demeure familiale après un départ qu'on imagine précipité. Elle a surpris sa belle-mère en train d'embrasser son cousin, Vasco. Témoin de cette scène, Graça fulmine, rumine et décide de tout révéler à son père. C'est la mise à la porte de la belle-mère et son père, d'ordinaire heureux et compréhensif, ne lui pardonne pas d'avoir rapporté un si lourd secret. Toute la famille est brisée et Graça, dévoilée aux yeux de tous comme la mauvaise langue, est obligée de fuir.C'est donc dans ce retour aux sources, une plongée dans la vie de l'époque lorsqu'elle-même, petite fille, était amoureuse du cousin Vasco. Si la scène du baiser surpris est aussi douloureuse, c'est bien que Graça espérait avoir son cousin pour elle toute seule. Le mal est fait, la vérité a éclaté et personne n'a été épargné.Graça a maintenant la quarantaine passée, elle est seule et vit toujours au présent cette mésaventure de son enfance. Tous les objets sont marqués du sceau de la tromperie et de la trahison. Et curieusement, cette belle-mère, qui a été désavouée, cherche à la revoir. Comment se fait-il que tant d'années après, l'histoire soit encore si vivante?On suit le personnage d'une Graça tourmentée. Entre l'enfance et l'âge adulte, les petits maux restent les mêmes, les personnages restent inchangés et le père est le grand absent de la situation, comme toujours effacé derrière ses "femmes".

Car ce récit est avant tout une histoire de souffrance résolument féminine. Les années, loin d'avoir effacé les souvenirs, ont ravivé douleur et jalousie. Comment les choses se seraient-elles passées si Graça s'était tue? La famille aurait-elle implosé, en dépit de son silence?

Le titre, Les mots que l'on retient, est une ultime attache au passé dont Graça ne peut se défaire. Pour vivre, elle doit faire avec, et ses mots, tels des boulets, elle doit les trimballer car c'est elle qui les a formulés.

Ces mots que l'on retient - Maria Judite de Carvalho (La différence, 2011, 116 p.) 

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06 juillet 2011

Heurs et malheurs du trou du cul de Francisco de Quevedo

Qu'il est provocant ce livre ! Le titre est l'étendard du contenu, autant dire que Fra9782842058609_GRANDEncisco de Quevedo, écrivain espagnol du XVIIe siècle, n'y est pas allé par quatre chemins : le trou de cul mérite pour lui tout un éloge. C'est un vibrant hommage qu'il fait à nos sombres derrières, toujours dissimulés et dont on préfère taire l'existence.

Quevedo veut au contraire souligner toute l'utilité d'un trou du cul : "Nous ajouterons en outre que le trou du cul est plus nécessaire que les yeux ; car sans yeux on peut vivre, mais sans trou au cul, ni mourir ni vivre".

Les propos tenus peuvent prêter à sourire mais c'est curieux d'écrire très sérieusement sur cette partie du corps qui est toujours refoulée et encore moins décrite. Alors c'est frais de voir avec l’œil d'un ancien, ce que notre infime intimité a de pouvoir et d'utilité. J'ai aimé le culot (sans mauvais jeu de mots) de cet auteur qui va à contre-courant des bien-pensants. Certains le rapprochent de Rabelais autant dire qu'il sait tenir la comparaison. Quant au reste de ce petit recueil, il fait part des grands malheurs que peut rencontrer un trou du cul (laissez-moi vous dire que je ne pouvais pas imaginer un tiers de tous les périls
d'un derrière, même bien caché). Puis, une enfilade de poèmes satiriques et burlesques nous laissent entrevoir un Quevedo amer et menant de bonne guerre des estocades à son ennemi de l'époque, Luis de Gongora. On se dit que notre auteur en a beaucoup sur le cœur et qu'il a trouvé une bien belle manière de défier les bonnes consciences.

Heurs et malheurs du trou du cul - Francisco de Quevedo (Editions Mille et une nuits, 2006, 78 p.)

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