27 octobre 2011
Désolations de David Vann
Après avoir écouté le premier roman de David Vann, raconté formidablement par Thierry Janssen, j'avais dans l'idée de rempiler avec l'auteur mais cette fois-ci pour une immersion dans son texte, dans ses mots figés sur la page. Et c'est donc avec grand plaisir que j'ai reçu et lu cet ouvrage, le deuxième de Vann, intitulé Désolations.

Gary et Irene vivent en Alaska, sur les rives de Skilak Lake depuis déjà trente ans. Vieux couple ayant élevé ses deux enfants, Mark et Rhoda, c'est l'heure pour eux de faire une mise au point et de donner un semblant de relief à leur quotidien. Ni une ni deux, c'est Gary qui mène les projets du couple en insistant pour construire une cabane où ils termineront leurs jours. Bon gré mal gré, Irene suit même si tout la pousse à entériner le projet : elle tient à sa maison et son confort mais c'est aussi ses récentes migraines qui la contraignent à rester au calme et à se ménager. C'est pourtant tout le contraire qui se profile car la construction de la cabane occupe à plein temps le couple et notamment Gary qui voit là le départ d'une nouvelle vie faite d'aventure et de retour à la nature.
Parallèlement à leur projet, on suit Rhoda qui est étroitement liée à la vie de ses parents. Elle s'inquiète de de la rusticité de la cabane, des maux de tête inexpliqués de sa mère, de la rigidité de son père inébranlable quant au tour que prendront les événements (ce sera la cabane ou rien). Mais Rhoda est aussi une femme qui pense à l'avenir et qui croit le voir lumineux et sûr auprès de son compagnon, Jim, qui est dentiste et qui a tout d'un bon parti. Mais ne reproduit-elle pas le schéma paternel en se liant à quelqu'un de foncièrement différent? N'est-elle pas immature et aveugle? Elle est touchante de sincérité et de naïveté mais c'est aussi un être sans cesse pris à témoin à ses dépens. Lorsqu'elle n'est "utilisée" comme médiatrice, elle est campée à son rôle de femme au foyer, maitresse des fourneaux. Et le reste? Serait-on là pour elle si elle se retrouvait dans la difficulté? C'est impuissant qu'on voit le personnage de Rhoda se démener entre ses différents rôles : fille modèle et à l'écoute, compagne dévouée et idéaliste.
La nature dans ce roman est partie prenante en particulier dans ces moments où elle se déchaine lorsque la cabane prend forme. On entrevoit le paysage désolé, terrifiant et glacial qui est le cadre d'une histoire personnelle, celle d'un couple qui construit sur des bases instables le théâtre de leur vie. Et comme dans une mise en scène, tandis que la nature se fait plus "traitresse" et hostile, c'est la relation de Gary et d'Irene qui s'étiole, chacun rongeant son frein. Qu'en sera-t-il lorsque l'un et l'autre dévoileront leurs griefs et rancœurs? Bien que la cabane progresse, que les provisions affluent, on sent approcher une terrible menace qui n'est pas seulement climatique.
Par ailleurs, ce que je retiens de Désolations, c'est le caractère très affirmé des personnages masculins, tous voués à fuir leurs responsabilités. Quand Gary comprend que l'état de santé d'Irene ne se prête pas au bricolage ou au camping, loin d'en tenir rigueur, il hausse le ton et menace implicitement de tout quitter pour mener son rêve tout seul. En désespoir de cause, Irene, serviable et poussée dans ses retranchements, doit se faire une raison et n'a pas à discuter. Gary a déjà un train d'avance vers l'extérieur, un modèle de vie moins rangé, plus conforme à ses ambitions. Égoïsme, quand tu nous tiens !
Quant à Jim, quelle brute épaisse ! On lui donnerait bien deux claques s'il n'était pas le porte-monnaie de l'histoire. Ok il approvisionne Rhoda et lui permet de garder le lien avec ses parents, néanmoins c'est aussi quelqu'un d'obtus, de peu porté sur le dialogue et très tourné vers lui-même. Si les femmes pouvaient se rebeller et porter leur voix au chapitre on se dit que l'histoire pourrait être différente.
Voilà un roman prenant et dont la force tient vraisemblablement dans le "choc" des générations. Et si le modèle familial était amené à se reproduire? Et si les parents étaient loin de donner l'exemple?!
Livre lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire organisés par Priceminister. Merci à Rémi Gonseau pour l'envoi ! Pour vous procurer le livre, cliquez ici !
Désolations - David Vann ( Gallmeister, 2011, 296 p.)
20 octobre 2011
La fille tombée du ciel d'Heidi W. Durrow
Je viens de finir ce livre à l'instant et c'est aussitôt que j'ai envie de vous en parler car il m'a plu et que je ne veux omettre aucun détail.

Rachel est une fillette, blanche par sa mère Danoise, noire par son père Afro-Américain de l'US Air Force. C'est déjà sa couleur de peau qui la différencie car elle est "clarifiée" et a hérité des jolis yeux bleus de sa mère. Elle est placée, très tôt, chez sa grand-mère après un grand drame qui a fait voler sa famille en éclats. Son frère, sa soeur, sa mère sont décédés dans de tragiques circonstances. Quant à son père, il semble avoir fui ses responsabilités sans depuis lors avoir donné aucun signe de vie à sa fille. Rachel grandit avec des souvenirs plus ou moins brumeux de ce qui a pu se passer ce jour-là où tout a basculé. Dans sa "nouvelle" famille, du côté paternel, il y a grand-mère qui est intransigeante avec son caractère bien trempé mais il y a aussi tante Loretta, femme compréhensive et bienveillante. C'est un cocon qui l'accueille, à l'abri du monde et des hommes. Et la vie pourrait s'arrêter là, à ce nouveau départ placé sous les meilleurs auspices... sauf que Rachel cherche des réponses, devient rebelle et veut se libérer de sa cage dorée.
Qu'ai-je aimé dans ce livre? Disons, que l'originalité de la narration réside dans ce récit de Rachel qui, encore enfant, livre ses impressions comme dans un journal intime. On la sent frêle, seule et pourtant elle fait face au quotidien avec un grand courage et une belle détermination. On sent qu'en plus du drame personnel, Rachel doit en plus assumer sa couleur de peau qui n'est ni tout à fait blanche, ni vraiment noire. A l'école, les garçons l'intriguent, à la maison sa tante la fascine, sa grand-mère est un exemple de femme de fer. La plume d'Heidi W. Durrow est belle et retranscrit formidablement la vie d'une petite fille un peu paumée. Et certains passages fendent juste le coeur et arracheraient bien plus d'une larme (exemple criant page 111). De plus, j'aime ces romans qui ne divulgent leurs ficelles qu'au fil de la narration, nous laissant au départ interrogatif pour finalement nous quitter bluffé par le tour qu'ont pris événements. En somme, c'est émouvant, c'est bien écrit et c'est clairement un vrai page-turner !
Je m'insurge souvent contre les bandeaux apposés aux livres qui vantent les "livres du siècle". Ici, le bandeau fait état d'un livre "dans la lignée de L'attrape-coeur et de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur". C'est pile ce que j'en pense ! Superbe et qui va me trotter dans l'esprit un petit moment !
Livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique organisée par Babelio. Merci !
La fille tombée du ciel - Heidi W. Durrow (éditions Anne Carrière, 2011, 273 p.)
15 octobre 2011
Le langage secret des fleurs de Vanessa Diffenbaugh

Victoria s'ouvre peu à peu, apprivoisée par ce nouvel entourage qui l'encourage et la plébiscite. C'est que ses réalisations atteignent la perfection, sont des œuvres-d'art de sensibilité et de finesse. Le succès est au rendez-vous et la clientèle se bouscule afin d'avoir droit aux conseils personnels et si avisés de Victoria.
Dans l'ombre, une présence plane toujours sur notre jeune femme en construction. Une entrave la replonge sans cesse en arrière, à l'époque où elle vivait chez une femme, une certaine Elizabeth, mère de substitution, qui lui a donné le goût des autres et de la nature. Que s'est-il passé pour que Victoria soit désormais seule aujourd'hui?
Voilà un beau livre doudou qui fait plaisir à lire car il est réconfortant. On se sent d'emblée en empathie pour cette demoiselle qui, à l'aube de sa vie adulte, a déjà subi brimades et désamour. Trouver une échappatoire dans les fleurs parait revêtir de multiples charmes et diverses perspectives pour la suite : devenir fleuriste, enfin trouver son moyen de communication, partir en quête de l'inconnu, de la fleur rare dont personne ne se doute...
Victoria se construit une carapace de fleurs et plantes, rempart contre le monde mais aussi expression de sa sensibilité et de sa curiosité pour le monde. On se prendrait à rêver que tous les esseulés et laissés-pour-compte s'investissent dans une passion et que la reconnaissance et l'amour soient à portée de tous. Victoria galère mais elle s'en sort car c'est une battante. Dénigrez-la et elle vous congédiera avec des fleurs ! Quel plus beau châtiment que de se faire remercier en toute intelligence. C'est brillant, c'est doux, c'est coloré et ça en deviendrait presque poétique, si on se laissait totalement imprégner par le texte.
Des ombres profondes et complexes. La fleur [de cerisier] qui occupait la feuille entière était d'une beauté inouïe. Je me mordis la lèvre.
A son retour, Grant me regarda avec insistance.
- Signification? lança-t-il.
- Bonne éducation.
Il secoua la tête.
- Caractère de ce qui est éphémère. La beauté et la fragilité de l'existence. (p. 223)
Et en bonus à la fin du livre, vous pourrez vous référer au dictionnaire des fleurs de Victoria ! Au moins, j'ai pu y découvrir la signification de ma fleur préférée, le lys. A ce propos, savez-vous ce que signifie la rose orange?
Le langage secret des fleurs - Vanessa Diffenbaugh (Presses de la Cité, 2011, 404 p.)
03 octobre 2011
Concours photo
Bonjour les amis,
Je sors un peu de ma tanière car je participe actuellement à un concours de photos décalées organisé par Libfly. Ca se passe ici ! Si ma photo vous plait (Quand souffle le vent du nord) n'hésitez pas à voter pour moi sur le post consacré, à la suite des messages : "vote 1" si c'est votre préférée ou sinon "vote 2" ou "vote 3", si d'autres photos vous tapent plus dans l'oeil.
Je vous assure d'avance de ma reconnaissance éternelle et vous remercie, d'ores et déjà, d'apporter votre soutien à ma modeste photo faite avec les moyens du bord. Et si le vent du nord pouvait vous aussi vous souffler
...
Pour voter, il suffit d'être inscrit à Libfly ; si vous ne l'êtes pas déjà, rendez-vous ici et ensuite vous n'avez plus qu'à vous rendre là pour voter !
Campagne électorale? Presque !
Allez, on y croit !![]()
Edit du 12/10 : J'ai atteint la première place du concours photo et c'est en grande partie grâce à vous qui avez voté. Merci à tous, ça met du baume au coeur !










