20 décembre 2011

L'Unité de Ninni Holmqvist

Immersion dans le domaine de la science-fiction avec ce récent ouvrage venu de Suède. Normalement, je suis peu encline à lire dans ce domaine et pourtant... on n'est pas à l'abri d'une surprise ! grosse_surprise_32

Vous avez cinquante ans (soixante pour les hommes), vous n'avez ni conjoint, ni enfants... Bienvenue à l'Unité !

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Dorrit vient ainsi d'arriver à l'Unité après une vie paisible auprès de son chien Jock. Elle a pourtant connu les tourments d'une vie amoureuse et sexuelle bien remplie, en compagnie de Nils, un homme marié. Mais à l'heure où il n'est plus possible d'être mère, les individus tels que Dorrit sont considérés comme des superflus. Les autres, ceux qui ont une vie de famille et des enfants constituent la très enviée caste des nécessaires. Une fois entré dans l'Unité, sorte de refuge sécurisé où sont envoyés les superflus, il n'y a pas de possibilité d'en sortir. Et y être intégré comporte des avantages comme d'avoir à disposition un appartement confortable, des loisirs variés, de la nourriture à volonté. Les célibataires s'y retrouvent entre eux et peuvent donc passer du bon temps sans se soucier d'éventuels problèmes matériels.
Le seul inconvénient notable c'est que ce séjour est soumis à une clause non négociable : tout arrivant est susceptible de faire l'objet d'un "don" au profit des nécessaires de l'extérieur. Ainsi, les organes peuvent êtres prélevés chez les superflus pour favoriser les nécessaires. Tant qu'il s'agit d'un rein, cela reste admissible. Mais que penser du "don final" qui plane comme une menace chez tous les résidents? Comment vivre en sachant que cœur, cerveau ou poumons peuvent êtres transférés à tout moment à quelqu'un de plus "utile" à la société?

J'ai trouvé ce livre palpitant dans le sens où la science-fiction marquait une frontière infime avec la réalité. En effet, les humains restent semblables dans l'Unité, ils sont juste soumis à des tests et traités comme des cobayes. Seul apparait ce paradis empoisonné qu'est l'Unité où tous vont, passés la limite d'âge, mais dont personne ne revient. La dictature de la famille impose cette politique d'exil des célibataires et on prend peur de la résignation des résidents, à la merci de leurs bourreaux. Les nécessaires savent-ils d'où viennent les organes qui les sauvent?
C'est dans cette froideur méticuleuse, dans cette opacité du système, que j'ai trouvé la fascination et le plaisir de la lecture. Plus on découvre le petit monde de l'Unité, plus on se dit qu'une rébellion doit fomenter.
Dorrit est un personnage central qui déjoue quelque part les usages mis en place. C'est une battante qui s'accroche à la vie, qui ne renonce pas et qui a toujours le secret espoir d'un ailleurs où le temps ne serait pas compté. Et que dire du chapitre final? J'en ai été bouleversée... rien que ça ! Et ce n'était pourtant pas gagné car je m'engageais sur le terrain de la SF à reculons !

L'Unité - Ninni Holmqvist (Ed. Télémaque, 2011, 270 p.)

Posté par Mélopée à 15:53 - Littérature scandinave - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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11 décembre 2011

Le Terre fredonne en si bémol de Mari Strachan

Quelquefois il y a certains livres qui vous enchantent. Vous ne savez pas exactement pourquoi mais les mots font résonnance et les pages s'enchainent on ne peut plus naturellement. Ce fut le cas avec ce livre voyageur qui m'a lui-même transportée !
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Gwenni Morgan est une petite fille âgée de douze ans et demi. Résidant dans un petit village du pays de Galles, c'est une fillette aventureuse et pleine d'imagination. Elle se passionne pour les romans policiers et prétend à qui veut la croire qu'elle vole la nuit au-dessus des maisons. Voilà qu'un jour, le berger du village disparait et Gwenni se met en devoir de résoudre l'énigme : où a-t-il bien pu passer? Comment a-t-il pu abandonner sa femme et ses deux petites filles? Gwenni n'en démord pas, il y a quelque chose de louche là-dessous et c'est en puisant dans ses connaissances inspirées de ses lectures, qu'elle se met à interroger tous les villageois. Quelqu'un l'aurait-il vu? Avait-il quelque chose à se reprocher?
En vraie grande personne, Gwenni continue son enquête et finit par alerter les honnêtes gens. Et c'est aux oreilles de ses parents que ça retombe. Loin de renoncer, elle usurpe une vieille photo du disparu et met dans la confidence son amie Alwenna. Peut-être qu'à deux, le problème sera plus vite résolu...

En voilà un drôle de personnage, à la fois attachant et bienveillant. Cette petite Gwenni nous surprend de par sa gravité et sa constance dans la prise en main de l'affaire (mais où est la police? Wink ). On a l'impression de suivre un adulte miniature sur les traces d'une grande personne déraisonnable. Parallèlement, on découvre la famille de Gwenni, unie et solidaire mais dont les personnalités semblent très différentes : une mère instable, un père sur la réserve (bien que toujours à la défendre), une sœur rebelle. Lorsque la nouvelle de la disparition se propage, les esprits s'échauffent et personne n'en sort indemne car peut-être que chacun à sa part de responsabilité dans cette mystérieuse énigme.

Outre l'histoire qui est tour à tour drôle ou grave, c'est le style tout en poésie de Mari Strachan qui m'a tenu en haleine. Rien qu'au titre et à la couverture, j'étais déjà sous le charme, mais en parcourant les pages (qui défilent très vite), la magie a plus qu'opéré. La description du village en effervescence, des petites rumeurs circulant à droite à gauche, a attisé d'autant plus ma curiosité. Et le personnage central de Gwenni a achevé d'enfoncer le clou car sa force de caractère est admirable et même à son jeune âge, on la sent déterminée et pleine de courage. Elle m'a quelque part rappelé les personnages de Finnigan et moi de Sonya Hartnett ou la jeune héroïne dans Les trois lumières de Claire Keegan. J'ai été au bord du ravissement tout au long de cette histoire. On sent que Mari Strachan aime les mots et qu'elle les met habilement en scène. Quant à moi, elle a réussi à m'emporter et j'ai achevé ma lecture à regret. Vivement un prochain livre !

 Je remercie grandement Mya qui a fait voyager ce livre ! Ce fut un bonheur de lecture !

La Terre fredonne en si bémol - Mari Strachan (NiL éditions, 2011, 378 p.)

Posté par Mélopée à 17:14 - Littérature anglaise - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 décembre 2011

No kid, quarante raisons de ne pas avoir d'enfant de Corinne Maier

Je sens que quand vous lirez ce billet, vous vous direz que la Mélopée est une vieille fille, un brin anarchiste, féministe, égoïste (et plein de mots en "iste"). Il n'en est rien, je me documente et ça donne ça :

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Ce livre s'est un peu imposé tout seul après ma lecture du dernier de Linda Lê, A l'enfant que je n'aurai pas. Souhaitant me renseigner davantage sur le sujet de la non-maternité, je suis tombée sur cet essai qui a créé la polémique à sa sortie puisqu'il est véritablement un pamphlet contre le fait d'avoir des enfants. L'auteur est pourtant elle-même mère de deux enfants, mais cet essai montre bien la déception engendrée par cette filiation. Et en un listing de quarante points, l'auteur dévoile 40 arguments qui pourraient venir à bout des futures mères les plus en mal d'enfant.

Corinne Maier dépeint des situations de la vie courante, lève le voile sur tous les déboires qu'apporte la maternité puis la parentalité. Et il y a du véridique dans ses exemples comme ces parents qui, trop fiers de leur progéniture, exhibent ledit enfant, le mettent en scène dans des faire-parts, blogs ou autres billets de nouvelles. Et que dire de l'autocollant "bébé à bord", un indispensable assez futile pour tous ces parents, bien heureux de proclamer qu'un petit être trône à l'arrière de la voiture. Même si les situations m'ont fait sourire, m'ont donné à réfléchir, à voir d'autres aspects du débat, j'en suis tout de même ressortie critique car mon idée reste la même : j'aurai des enfants ! Soit, des désillusions, comme partout, on peut en avoir, mais renoncer à cette chance de devenir mère, ça non ! En tout cas, pas pour moi !

Finalement, j'ai pris ce livre au 34ème degré et y ai quelque part trouvé matière à rire, à gentiment me "choquer" ou simplement à me confronter à un autre point de vue. Mais tout compte fait, n'est-ce pas la polémique, d'un avis à contre-courant de l'opinion publique, qui est la véritable matière de ce livre? Je m'interroge et lui accorde le bénéfice du doute car ce livre reflète une originalité et un militantisme revendiqué. Mais qui est égoïste, pour le coup? Est-ce la mère frustrée ou celle qui, campée dans sa propre vie sans aucune autre forme de descendance, rumine son aigreur de la vie?

Avant de me faire lyncher, je tiens à dire que je ne prête aucun jugement sur le choix de vie des uns et des autres. A celles qui ont choisi d'enfanter, tant mieux, à celles qui ont choisi de ne pas en être, tant mieux aussi... 0063

No kid, quarante raisons de ne pas avoir d'enfant - Corinne Maier (Michalon, 2007, 170 p.)

Posté par Mélopée à 23:25 - Du côté des essais - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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04 décembre 2011

L'unique objet de mon désir de Frédéric Teillard

FT

Un homme (Gilles), sa femme (Alix) sont les personnages bien ancrés dans ce roman. Gilles est écrivain et il est laissé seul au moment de Noël, livré à ses pages blanches. Pendant ce temps-là, Alix fuit le domicile pour retrouver Nino, son amant, en Normandie. Une bête histoire d’adultère, vous allez me dire ? Pas tout à fait car, tour à tour, ces deux êtres séparés prennent la parole et donnent corps à leurs doutes, leurs envies, leurs espoirs. Pour Gilles c’est une habitude que d’écrire sur la vie. Pour Alix, la confession sur son journal intime tient plus de l’échappatoire, de la thérapie pour trouver sens à ce qui lui échappe.

Gilles persiste à vouloir écrire son nouveau roman mais manque d’inspiration Quant à Alix, c’est du bon temps qu’elle cherche à trouver auprès de Nino, exact opposé de son mari Gilles. Mais n’est-ce pas illusoire de prêter un semblant renouveau à une histoire faite de passion et de chair ? Toute la fiction s’écoule ici pendant la période de Noël, habituellement heureuse et conviviale mais qui est ici charnière en termes de construction et de déconstruction de couple.

Je me suis retrouvée dans ce roman, en particulier empathique par les déambulations d’Alix, tournée vers une vie faite d’imprévus tout en étant nostalgique de ses années de complicité avec Gilles. Doit-elle le quitter ou lui donner une nouvelle chance ? Paradoxalement, c’est aussi cette ambivalence des sentiments qui peu à peu a commencé à m’échauder. Qu’Alix prenne ses responsabilités, si tant est qu’elle ait les clés de son cœur ! De toute façon, ça me fait toujours bondir quand le sujet traite de près ou de loin de l'adultère. Il n'en fallait pas plus pour que je démarre au quart de tour wink

C’est un court roman dont la dynamique repose sur l’alternance de styles : Gilles est un littéraire, un prosateur maniant mots et réflexions avec brio. Pour Alix, la confession est plus énergique, peut-être plus intime et confuse car c’est de son corps et de son âme dont il s’agit. C’est une aventure (extra)conjugale qu’on suit avec plaisir, pressé d’en découvrir le dénouement mais aussi interpellé par le style et par cette intrigue amoureuse qui en concernera plus d’un.

Livre lu dans le cadre des chroniques

L'unique objet de mon désir - Frédéric Teillard (Galaade, 2011, 224 p.)

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Posté par Mélopée à 18:29 - Littérature française - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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