20 janvier 2012

Nord perdu suivi de Douze France de Nancy Huston

Eh oui, je suis encore là à vous vanter Nancy Huston. Et c'est avec un texte diamétralement diférent de mes précédentes lectures, que j'aborde aujourd'hui. J'espère qu'il vous charmera autant que moi.

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Ce livre est sans doute le plus autobiographique qu'il m'ait été donné de lire de Nancy Huston. Avec ses mots toujours justement pesés, elle donne corps à un aspect de sa vie qui l'a profondément marquée. En effet, à peine majeure, elle a décidé de partir faire ses études à Paris. Par la suite elle est restée en France et y réside d'ailleurs toujours actuellement. C'est son expérience d'expatriée, de toute jeune débarquée en territoire français, dont elle nous fait part. Et en la matière, elle en a à raconter car Nancy Huston est une baroudeuse à qui on ne la fait pas : elle a déjà beaucoup bougé notamment en Allemagne, quand elle était enfant, avec son père et sa belle-mère et est donc quelque part investie par ses voyages. Mais c'est la France qui l'attire, la gagne et lui donne envie de s'enraciner. L'intérêt de ce livre réside particulièrement dans son ressenti du français comme langue étrangère, langue à apprivoiser et qui est moins aisée que son anglais maternel. On peut d'ailleurs relever qu'elle prend bien plus de plaisir à jurer en français qu'en anglais (comme si elle ne possédait pas complètement tous les sens de son vocable).
J'ai aimé la manière dont Nancy Huston évoque son expérience car on sent l'appréhension qui a dû l'habiter à son arrivée. tout comme sa volonté de bien faire et d'être comme tout le monde. Mais rien n'est gagné comme en témoigne la première conversation téléphonique, à son arrivée à Paris, qui la décontenance complètement (pour les mots exacts, je vous laisse lire le passage que je n'ai pas relevé). J'ai retenu, par contre, toute sa volonté de s'intégrer (familièrement, on pourrait dire qu'elle a la niak), son besoin de communiquer, sa curiosité vis-à-vis de notre langue (et c'est qu'elle en a emmagasiné du vocabulaire, bien plus que certains)...
Même si, comme le titre l'indique, Nancy Huston dit avoir perdu le Nord en arrivant parmi nous, elle n'en est pas moins très lucide sur son besoin d'apprendre et c'est avec un réel plaisir qu'on la voit confronter deux idiomes : le français et l'anglais. Le texte est parsemé de réflexions dont on se nourrit avidement. Quant à moi, j'ai trouvé le passage qui suit très véridique :

Pourtant l'explication est simple. Ces souvenirs étaient morts d'inanition. Un souvenir, il faut lui rendre visite de temps à autre. Il faut le
nourrir, le sortir, l'aérer, le montrer, le raconter aux autres ou à soi-même. Sans quoi, il dépérit
.
(p. 99)

Vient ensuite un autre texte intitulé Douze France qui, en quelques pages, dresse un portrait global de la France en douze adjectifs. La France est ainsi résumée à ses grandes caractéristiques, ses forces ainsi que ces charmes par l'œil neuf d'un étranger intransigeant. Car si Nancy Huston a choisi de rester parmi nous, c'est que la France est une terre d'adoption qui l'a charmée et la surprise, bien loin de sa famille canadienne, restée au pays. Les mots de Nancy Huston ont tôt fait de nous conquérir et on prendrait bien d'autres goulées de sa "perte de repères".

Nord perdu suivi de Douze France - Nancy Huston (Actes Sud Léméac, 1999, 130 p.)

Posté par Mélopée à 15:30 - Littérature canadienne - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Je n'ai lu qu'un texte de Nancy Huston, à l'époque beaucoup de billets m'avaient tentée mais finalement j'ai un peu oublié ces projets de lecture... pourtant le texte que tu présentes ici me tenterait... je la note dans un coin de ma tête pour une prochaine lecture

    Posté par Lou, 08 février 2012 à 22:37
  • @ Lou : En fait, je pense que tu devrais au moins essayé celui-ci. Ca se lit très vite et c'est prenant ! Pour moi c'est du bon, même si je ne suis pas très objective concernant Nancy Huston

    Posté par Mélopée, 10 février 2012 à 21:10

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