27 janvier 2012
Take shelter de Jeff Nichols
Une fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous parler aujourd'hui d'un film qui m'a beaucoup touché. Il ne passe pourtant pas dans les grandes salles et mériterait plus de suffrages. Il a par ailleurs remporté lle Grand Prix de la semaine internationale de la critique du festival de Cannes ainsi que le Grand Prix du festival de Deauville. Quoi de plus engageant pour s'aventurer dans les salles obscures?
(sortie le 4 janvier 2012)

Curtis LaForche est un américain ordinaire vivant avec sa femme et sa petite fille, Hannah, sourde-muette. Un jour des cauchemars l'empêchent de dormir : des visions de tempête l'assaillent sans arrêt. Ces mauvais rêves se répètent et fragilisent Curtis qui est hanté nuit et jour par ces images. Et si l'Apocalypse se préparait avec pour commencement des tempêtes surgissant de nulle part? C'est que Curtis s'en rend malade et projette même de réhabiliter l'abri anti-tempête qui était à l'abandon dans le jardin. Dans sa folie naissante, il entraine sa famille (sa femme le voit changer de comportement, devenir anxieux, insomniaque et irritable). Son métier d'ouvrier en pâtit évidemment puisqu'il ne peut plus assurer ses chantiers, il prête bien trop attention aux phénomènes climatiques, aux oiseaux dans le ciel (nécessairement de mauvais augure). Ses cauchemars sont de plus en plus effrayants et impliquent tout son entourage : son collègue de travail dont il est pourtant très proche, sa femme et, bien sûr, sa fille. Le monde est hostile autour de lui et la tension monte d'un cran lorsqu'il s'agit de prendre son mal à bras-le-corps. C'est qu'il y a des antécédents dans sa famille puisque sa mère, schizophrène, a été internée dès l'âge de 30 ans dans une résidence médicalisée. Et si Curtis prenait le même chemin? Et s'il devenait complètement fou?
Durant tout le film, les visions sont traitées comme les images réelles et il est difficile de faire la distinction entre les deux mondes. C'est justement dans cette ambiguïté cultivée qu'on se dit que la réalité découle du rêve et inversement. Tout est étrangement imbriqué et fascinant ! Les images qui peuplent ses cauchemars sont volontiers angoissantes mais elles n'en sont pas moins d'une beauté macabre. Que dire du nuage d'oiseaux (corbeaux?) qui vole au-dessus de sa tête? C'est beau et étrange car la trajectoire n'est pas naturelle et traduit une sorte d'affolement et de danger environnant.
J'ai trouvé l'esthétique du film et la finesse du scénario implacables. On est embarqué dans la trame et on tremble des cauchemars qui se multiplient, de ce pauvre homme qui ne sait plus quelles sont les frontières de son hallucination.
Quant à la fin, c'est juste une merveille ! Elle peut-être sujette à diverses interprétations. Je l'avais comprise d'une manière, mon copain d'une autre et toutes deux restent plausibles. On quitte ce film charmé et un peu subjugué du traitement fait à l'histoire.
Un film à distinguer très nettement des productions actuelles et qui donne à réfléchir sur son avenir, ses peurs et le tour que prend la planète !
Commentaires
J'ai aussi adoré ce film ! Je le trouve très fin, et très intelligent - même s'il m'a donné quelques cauchemars la nuit qui suivait.
En revanche, je ne vois qu'une seule interprètation à la fin. Je me demande quelle est la seconde que vous avez eu.
@ Céline : Tout à fait d'accord avec toi ! En ce qui concerne la fin, je crois que c'est moi qui ai bien divagué, mon copain lui était persuadé du dénouement.
@ Hérisson : Je te le recommande car dans la nuée des films qui sortent, il est pour moi hors du lot en ce début d'année !
J'avais vu la bande annonce qui ne m'avait pas plus attirée plus que cela. Et puis trop de films à voir, une sélection naturelle se fait !
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