01 mars 2012
Sincères condoléances d'Erling Jepsen

Allan est un écrivain à succès qui, à la quarantaine passée, a un vide dans sa vie. En effet, depuis 9 ans, il n'a pas revu ses parents, s'étant brouillé avec son père. Au début du roman, il apprend la mort du paternel et décide d'envoyer un message aux endeuillés : sa mère, son frère aîné (Asger). C'est donc en deux petits mots, à la fois simples et solennels, qu'il fait part de sa compassion (sincère ou simple prétexte?). C'est le début d'une relation que se renoue entre une famille qui avait complètement éclatée avec les années. D'un côté il y avait les parents et l'énigmatique Asger, de l'autre il y a avait Allan et sa sœur abusée, Sanne. C'est d'ailleurs après avoir dénoncé les faits dans son roman (L'art de pleurer en chœur), qu'Allan s'était attiré les foudres de son père qui ne lui avait, dès lors, jamais plus adressé la parole.
Reprise d'une relation dite harmonieuse entre ceux qui restent, autour du défunt père qui a laissé une ombre planer chez les siens. C'est qu'il en imposait le papa ! Maintenant qu'il n'est plus là, la fratrie est plus détendue, les projets fleurissent. Déjà, c'est une première, Allan retourne séjourner dans la demeure familiale, laissant femme et enfant derrière lui. De là naissent les soupçons sur ce qui aurait pu sembler être une délivrance : comment le père est-il mort? Comment se fait-il que la mère soit si peu larmoyante? La mort est-elle vraiment naturelle? Allan se met donc en quête d'une vérité dans une investigation minutieuse où il interroge famille et personnel hospitalier. Effectivement les éléments concordent dans le sens d'un événement fâcheux où le père aurait été victime. De qui? D'une machination?
J'ai une fois de plus dévoré ce second volet d'un héritage familial décidément lourd à porter. Les personnages sont tout autant névrosés que dans le premier : la mère vénale, le fils aîné influençable, la fille complètement dévastée par les abus subis dans l'enfance. Elle n'est pas nette cette famille et c'est tous les travers qu'on suit avec délectation. D'une part on compatit aux interrogations d'Allan qui sont tout à fait fondées, d'autre part, on assiste à la "résurrection" de la mère, heureuse de retrouver ses enfants mais aussi, étrangement, très empressée de déménager.
La plume d'Erling Jepsen est toujours aussi tonitruante et triomphante. On sourit à quelques répliques bien senties, à sa liberté de ton qui nous décontenance autant qu'elle nous enchante. C'est que les liens qui unissent chacun paraissent bien complexes. Il est tout à fait certain qu'une famille comme celle-là, il vaut mieux ne la voir que dans des romans
Si son père savait qu'il était là, il ne serait pas content. Il refusait de voir son fils quand il était en vie ; pourquoi aurait-il changé d'avis sous prétexte qu'il était mort? (p. 279)
A recommander, une fois de plus !
Sincères condoléances - Erling Jepsen (Sabine Wespieser, 2011, 328 p.)
Commentaires
Comme Clara, je ne connais pas cet écrivain. Mais tes chroniques (je suis allée lire aussi la première) me donnent envie de saisir l'opportunité de faire sa connaissance !
Moi j'ai vérifié si le premier est à la bibli, et non! Snif! car j'adore cette maison d'édition et lui fais confiance (euh, à toi aussi, hein! ^_^)
Ces deux livres semblent bien intéressants. Je les note tous les deux mais je suppose qu'il faut commencer par le premier nécessairement, non?
@ Clara : Je ne peux que confirmer !
@ Tinusia : J'ai déjà fait pas mal de convaincus dans mon forum de lectures. Je suis sûre que tu seras ravie de le découvrir.
A vue de nez comme ça, le sujet ne me correspondrait pas, mais tu défends bien ce livre, et puis j'ai lu peu d'auteurs danois. Il faudrait peut-être que je commence par le premier!
@ Aifelle : Ravie de te faire une piqûre de rappel car j'ai vraiment beaucoup aimé les deux Jepsen.
@ A girl from earth : Je pensais au départ un peu comme toi, "qu'est-ce que c'est que cet ovni? hum un Danois?!" et puis finalement j'ai lu la quatrième de couverture, puis le bouquin complet et, à croire que j'ai vraiment accroché, j'ai prolongé le plaisir avec ce deuxième volet.
@ Leiloona : J'ai découvert Sabine Wespieser avec "L'art de pleurer en choeur" et "Les trois lumières". Je ne peux qu'être d'accord, cela m'a donné envie d'approfondir mon exploration de leur production éditoriale.
@ Michel : Merci en tout cas ! Ce n'est pas avec ce roman qu'on aura envie de découvrir le Danemark mais il est tellement décalé qu'on y prend goût.
@ Géraldine : A priori je te conseillerais de commencer par le un. Les deux se complètent même si effectivement il est tout à fait possible de lire le deuxième sans le un.
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