18 mai 2012

Les affligés de Chris Womersley

Une fois n'est pas coutume, le livre qui suit un régal ! Oui, notez bien, un ré-gal !

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Ce roman s'échelonne entre deux dates charnières : 1909 et 1919. Entre les deux il y a eu la Grande Guerre et une épidémie de grippe espagnole qui a dévasté tout le pays. Nous sommes en Australie et le narrateur, Quinn Walker, est un jeune soldat qui vient d'être démobilisé et qui rentre au pays. Il a vécu en France et en Angleterre mais l'histoire le rattrape et c'est à Flint, en Nouvelles-Galles du Sud, qu'il décide de reprendre le cours de sa vie. Une sombre tragédie qui n'a jamais été véritablement éclaircie l'implique directement. Lorsqu'il avait 16 ans, un meurtre a eu lieu, celui de sa jeune sœur, Sarah, âgée de 12 ans, auquel il a assisté et pour lequel il est reconnu coupable. En effet, il tenait l'arme du crime, un couteau, au moment de la découverte du corps. Quelle est son implication? Pourquoi se trouvait-il là? Est-ce bien lui le meurtrier ou n'est-ce pas plutôt une terrible machination?
Quoi qu'il en soit, Quinn décide de se confronter à la réalité, d'assumer ses responsabilités et d'enfin faire le jour sur les étranges manigances qui auréolent cette triste affaire. Bien que se cachant aux alentours de la maison familiale, il fait tout de même la connaissance de Sadie, une fillette de douze ans débrouillarde et vivant curieusement seule. Que sait-elle des histoires de famille, elle qui semble avoir le troisième oeil? Elle lui sera d'une aide précieuse pour reprendre contact avec le réel et pour croire de nouveau en l'humanité.

Attention pépite ! Ce livre, je l'ai dévoré en un temps record car l'histoire est palpitante, haletante ! On se prend au jeu de l'énigme qui se dresse comme un mur infranchissable avec cet impossible retour d'un homme que la population a appris à haïr avec les années (et tout concorde pour qu'il soit haïssable, lui le traitre, le lâche qui a fui devant l'épreuve). Car, qu'il ait soit parti tout de suite après le meurtre constitue une preuve irréfutable de son association à la macabre affaire et, qui plus est, cette assertion est renforcée par la rumeur d'une liaison incestueuse avec cette jeune sœur. Il tend donc le bâton pour se faire battre en revenant dans sa famille, où les hommes rêvent de le pendre et de faire justice à la pauvre innocente assassinée. C'est lui qui a entrainé sa sœur à l'extérieur, c'est avec elle qu'il fomentait les 400 coups, il est donc quasi assuré que le grand frère a bel et bien abusé de la situation. Même si les circonstances méritent un éclaircissement, l'assassin est tout trouvé et il a entaché la réputation de la famille. La fratrie des trois enfants (l'aîné William, Quinn puis Sarah) n'est plus, la mère est au plus mal et le père, alcoolique et influençable, n'est plus que l'ombre de lui-même. Est-ce que le retour du fils honni pourrait redonner une aura d'harmonie dans la commune et parmi les siens?
Dois-je dire que c'est très bien écrit? Car ça l'est, indubitablement et c'est une des grandes forces de ce roman.
La narration est portée par ce "prétexte" terrible, par les mystères, par les rencontres et bien sûr par la vérité. Et elle n'épargnera personne, même ceux qui ont cherché à la dissimuler.

- Ton signalement avait été envoyé partout à la police, tu sais. Il y avait même une récompense. Un traqueur s'est lancé à ta recherche, mais la tempête avait effacé toutes tes traces. Ta disparition était si... -elle chercha son mot- totale. Je t'ai pleuré, Quinn. Robert et ton père ont dit à tout le monde ce qu'ils avaient vu...
Il tituba en avant, l'interrompant.
- Ce qu'ils croient avoir vu...
(p. 60-61)

De plus la trame tient en haleine car jusqu'au bout on se demande comment la situation a pu dégénérer à ce point? J'ai trouvé les personnages formidablement bien campés entre une Sadie mystérieuse mais qui tient vraisemblablement les clés de l'histoire, ou encore Quinn qui n'a pas été épargné par la vie (il est d'ailleurs méconnaissable car mutilé de guerre). Et les parents sont-ils manipulés ou acteurs de cette vie d'infamie?
C'est un récit génial ! Il va sans dire que je lirai coûte que coûte les autres livres de ce jeune auteur prometteur.
Et en plus, c'est accessoire, mais la couverture est à la hauteur de la menace sur le point de jaillir.

Les affligés - Chris Womersley ; traduction de Valérie Malfoy (Albin Michel, 2012, 319 p., collection Les grandes traductions)

Posté par Mélopée à 21:07 - Littérature australienne - Permalien [#]
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