31 mai 2012

Charivari de Machida Kô

Comme je l'avais annoncé dans un post précédent, j'entame une période consacrée à la littérature japonaise. Je ne vous promets pas de nombreux billets, ni une constante en la matière mais j'essaierai d'alimenter ma culture lacunaire. Et je commence donc aujourd'hui avec un petit ovni (ouvrage volubile non identifié wink) .

721_2

Ce livre porte à merveille son titre puisqu'il est tout bonnement un charivari de pensées et d'errances. C'est bien l'impression qu'il m'en reste, quelques jours après en avoir fini la lecture. Ce n'est d'ailleurs pas un signe de fouillis intellectuel puisque le jeune héros semble se complaire dans sa vie de désordre et de débauche. Le narrateur déambule la plupart du temps dans Tokyo, un brin désabusé, avec une vie assez assommante, en se laissant porter, en fréquentant les boîtes de nuit et en évitant consciencieusement sa femme.

J'ai d'ailleurs particulièrement aimé la description de celle-ci :

La Satoe que j'avais connue au pub était, disons, du genre maigrichon, et voilà qu'en trois mois, depuis qu'avait débuté notre vie commune, elle avait doublé de volume. J'emploie le mot "volume" pour signifier non qu'elle s'était bêtement empâtée, mais qu'elle s'était dilatée, et cela de façon tout à fait insolite : son visage avait pris l'apparence d'un ballon de caoutchouc, s'était bouffi au point que le nez et les yeux semblaient enfoncés dans la chair, ses traits étaient méconnaissables, plus le moindre relief de son ancienne beauté, je dirais même plus : ce nez et ces yeux occultés par la chair faisaient d'elle un horrible monceau de chair. (p. 50)

Je dois bien avouer que cette description dénuée d'amour et, au contraire, faisant l'apanage d'une beauté en déperdition, m'a bien fait rire. Si en trois mois la malheureuse épouse s'attire déjà de telles foudres de son conjoint, qu'en sera-t-il après plusieurs années de mariage? Mais le narrateur est tellement goujat, tellement sûr de lui et de sa supériorité qu'on a l'indulgence de croire que Satoe est en fait une jeune femme bien plus agréable qu'il ne nous le donne à penser.

L'auteur mélange avec brio les styles d'écriture, pouvant passer du dialecte local à une langue bien plus soutenue. Et bizarrement cela tient la route dans cet entremêlement de non-sens, de futilités et de contraintes bien réelles. Ces cent et quelques pages se focalisent en un monologue, où rien n'est épargné, sur l'aspect mouvant de la vie d'un jeune anti-héros avec lequel on aurait toutes kes difficultés à évoluer, en temps normal.

Un livre étonnant qui, grâce à certains passages pleins de piquant, m'a fait tantôt sourire, tantôt rouspéter de le voir si imbu de lui-même, si hardi au reproche. Mais dans le fond, cet homme-là on préfère largement l'accompagner en fiction quitte à le voir complètement passer à côté de la vie, la vraie.

Charivari - Machida Kô ; traduction de Jacques Lalloz (Ed. Philippe Picquier, 2004, 124 p.)

Posté par Mélopée à 15:11 - Littérature japonaise - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

Commentaires

  • J'aime beaucoup tes OVNI.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 31 mai 2012 à 16:01
  • Ben dis donc, tu m'épates avec tes découvertes japonaises. Je ne connaissais pas et ça me tente carrément! Mais tu le vends bien. Noté!

    Posté par A_girl_from_eart, 31 mai 2012 à 23:11
  • Quel goujat ce "Héros" :-S
    Il gagne a être connu uniquement dans la fiction en effet !
    Tiens il y a longtemps que je n'ai pas lu des livres des éditions Picquier il faudra que j'y remédie
    Bon WE Mélopée Bisous !

    Posté par Didi, 02 juin 2012 à 11:03
  • J'ai un eu de mal avec la littérature japonaise !!

    Posté par Malika, 03 juin 2012 à 11:02
  • Il y a trois ans, je me suis lancée dans la découverte de la littérature japonaise mais pas avec grand succès... Du coup, j'ai un peu laissée tomber. Mais tu me donnes bien envie de retenter l'expérience avec ce titre : je note !

    Posté par Lounima, 03 juin 2012 à 22:46
  • Une période japonaise ? ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre !

    Posté par Choco, 21 juin 2012 à 00:44
  • @ Alex : Ils atterrissent toujours sur moi

    @ A girl from earth : C'est incroyable ce que ça peut renfermer la littérature japonaise ! Je crois, qu'à bien y réfléchir, j'aime presque autant que la littérature islandaise.

    @ Didi : Picquier est une référence en ce qui concerne la littérature asiatique. J'y trouve toujours mon compte quand je cherche un bon récit dépaysant ! Et ce fut le cas une nouvelle fois !

    @ Malika : Peut-être faudrait-il tenter celui-ci?!

    @ Lounima : Je serais ravie de te réconcilier avec la littérature japonaise. Je touche du bois de continuer sur cette lancée en découvrant de fort bons ouvrages...

    @ Choco : Merci bien ! Je suis toujours très inspirée par tes billets et c'est un des facteurs qui a contribué à me retourner vers la littérature de là-bas.

    Posté par Mélopée, 28 juin 2012 à 10:25

Poster un commentaire