10 juin 2012

L'anniversaire de la salade de Tawara Machi

Tawara Machi est une modeste professeur de littérature au lycée de Kanagawa lorsque parait en 1987 son recueil de poèmes. Il s'agit de tankas qui sont des poèmes construits sous une forme de 5-7-5-7-7 syllabes, pour le rythme et concrètement en français ça donne des constructions très séquencées avec des majuscules en cours de vers et des découpes originales. Voilà un livre atypique, raffraichissant et à déguster par à-coups !
tawara10

Le tanka est une des formes traditionnelles de la poésie orientale avec le haïku mais ici il est modernisé de par les sujets traités. En effet, c'est une toute jeune femme qui livre ses ressentis de la vie quotidienne, des petites choses courantes propres à la nouvelle génération. Elle a d'ailleurs été considérée comme une "poétesse de fast-food" car ses poèmes peuvent parler au plus grand nombre. Pour preuve, ce livre est devenu un best-seller avec trois millions d'exemplaires vendus dont un million dès les trois premiers mois. C'est suffisamment intrigant pour le souligner car la poésie jusque-là était quelque dévolue à une certaine élite. Ici Tawara Machi a vulgarisé les tankas avec une facilité déconcertante comme on l'apprend en fin de livre grâce aux propos de son maître Sasaki Yukitsuna, mais aussi d'elle-même et de son traducteur. Ce dernier pointe d'ailleurs toute la difficulté de retranscrire les poèmes dans toute leur vivacité, leur ingéniosité. Je lui tire mon chapeau car j'ai bu ce recueil avec grand intérêt, découvrant le quotidien d'une japonaise virtuose qui a composé tous ses tankas à 24 ans.
"Matin d'août", par exemple, explore le chagrin amoureux et la désillusion. Sujet banal mais mené avec panache et primé au prix du tanka Kadokawa, tout comme un autre, "Match de base-ball". Comme les titres le suggèrent, c'est dans les activités courantes, les préoccupations adolescentes que l'auteur vient piocher ses sujets de prédilection.

On a l'impression de déambuler dans les rues de Tokyo ou bien ailleurs (mais bien loin !), pris par la main au détour de ces vers légers, pleins d'insouciance mais nourris d'une grande force évocatrice. Et c'est juste un bonheur !


Les fêtes de la ville de Goa
Je voudrais bien les connaître mais ici
"Vaste sous le ciel" le pays de Yamato !

Quelqu'un venu maintenant me chercher
Fini désormais !
Flash à la sortie du métro

Attendre qui? Pour moi attendre quoi?
"Attendre" ce verbe d'un bond
devient intransitif

Vendues par lots de cinq cents yens
elles n'ont pas l'air contentes
ces tomates alignées en devanture

Ces fèves éparpillées comme notes de musique
dissipent mon chagrin
dans la cuisine
  (p. 60)

La couverture, fraiche et rigolote, met bien dans le bain de ce recueil qui en surprendra plus d'un. Pour une initiation à la poésie contemporaine, j'ai été servie ! Et cela me donne le goût d'approfondir ce genre particulier tout aussi légitime et exigeant que sa cousine la littérature.

L'anniversaire de la salade - Tawara Machi ; traduction de Yves-Marie Allioux (Ed. Philippe Picquier, 2008, 111 p.)

Posté par Mélopée à 15:40 - Poésie - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

Commentaires

  • Très original ce titre !! . Je ne connaissais pas du tout les tankas, je connaissais les haikus mais pas les tankas.

    Posté par Lilibook, 10 juin 2012 à 18:26
  • En fait ce n'est pas la sale, mais la salade !

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 13 juin 2012 à 10:12
  • @ Lilibook : Tout comme toi, j'ai vu déferler les haïkus mais les tankas m'étaient inconnus. Même si la forme est déstabilisante au départ, les sujets y sont légers et c'est donc agréable à lire !

    @ Alex : Merci de l'info, c'est corrigé !

    Posté par Mélopée, 28 juin 2012 à 10:19

Poster un commentaire