23 août 2013

Les perroquets de la place d'Arezzo d'Eric-Emmanuel Schmitt

La température monte d'un cran après les premières neiges du précédent Gallay. Ici, le très médiatique Schmitt nous convie à une partie de dupes où charme et sexualité se disputent les faveurs de protagonistes pris au piège.
Avec Schmitt j'étais habituée aux courts récits, aux nouvelles ou à du théâtre plutôt bref (rien de péjoratif là-dedans). Mais le dernier venu de cette rentrée littéraire tient un peu de tout à la fois et m'a plus d'une fois fait penser à un bon vaudeville bien étoffé quantitativement.

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A Bruxelles, autour de la place d'Arezzo, tous les habitants reçoivent une mystérieuse enveloppe avec ce petit mot "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé : tu sais qui."
 
Eh bien, je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi je trouve le concept brillant car cette déferlante d'amour venue d'un expéditeur inconnu engendre tout un lot de rencontres, malentendus, quiproquos et même trahisons. Tous croient en leur admirateur secret mais, bien sûr, il diffère pour chacun.
 
Du couple de gays instable à l'homme politique frustré en passant par les fleuristes, jardiniers ou autres familles dé ou recomposées... le quartier se dessine par petites touches. Le déclencheur que constitue ce bout de papier permet des connexions entre ces voisins perpétuels, spectateurs ordinaires d'un "coup monté" bien au-delà de leur seul ressort. Au centre de la place, aras, perroquets et autres volatiles exotiques peuplent de leurs couleurs et de leurs cris la scène commune. Entres humains et volatiles un certain accord se crée : là où une douce folie règne à l'extérieur, cela s'agite aussi dans les ménages.
 
Le roman est divisé en plusieurs parties : "annonciation", "magnificat", "répons", "dias irae" qui sont autant de tableaux où les diverses histoires évoluent mais où la trame elle-même prend le lecteur à témoin d'une gigantesque machination. Comme dans une pièce de théâtre, on assiste à plusieurs actes où les personnages sont les pantins d'un corbeau anonyme qui ne semble pourtant pas leur vouloir du mal. Mais qui sait...
Comme dans tous les romans de Schmitt, et encore plus avec celui-là, l'intrigue est extrêmement bien construite et l'auteur nous balade avec un entrain tout à fait palpable parmi ce petit peuple des abords d'Arezzo, forcé de communiquer, bousculé par un mot anodin qui trouve en chacun un écho particulier. On s'y laisse prendre à ce roman et, pour ma part, ça a été une lecture ininterrompue des plus plaisantes qui m'a procuré curiosité, jubilation et même "émoustillage" (car cela dévie parfois sur des terrains bien plus érotogènes).
 
- En sexualité, le raffinement est féminin.
- Le raffinement ou la perversion ?
- Perversion, c'est le mot bourgeois pour raffinement. Nous, les femmes, nous sommes plus inventives, plus romanesques, plus aventureuses, car nous sommes complexes. Déjà, ne serait-ce que parce que, physiquement, nous avons trois manières de jouir.
- Trois ?
Elle se redressa, nue, lui fourra son pubis sous le nez.
- Devant, milieu, derrière. A cela, tu ajoutes le cerveau. Quatre ! (p. 332)
 
Qu'il est impertinent et racoleur ce Schmitt ! Il a bien fait de tenter la comédie de mœurs à l'échelle locale car le puzzle amoureux, libertin, enfiévré s'assemble à merveille.

Les perroquets de la place d'Arezzo - Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 2013, 729 p.)

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2/6

Posté par Mélopée à 17:25 - Littérature française - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Ah ben si je devais me remettre à Schmitt, ce serait celui-là ! Tu l'as bien vendu.

    Posté par A_girl_from_eart, 24 août 2013 à 00:18
  • J'ai trouvé ce roman sympa mais pas inoubliable.

    Posté par Valérie, 24 août 2013 à 12:34
  • Je suis tentée, ce roman a l'air réussi.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 25 août 2013 à 18:27

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