26 août 2013

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Je ne sais même pas par où commencer pour dire à quel point j'ai aimé ce livre. Il avait déjà tout pour me plaire (personnages islandais aux noms improbables, moutons élevés au grand air, plume littéralement envoûtante dès les premières lignes) alors mon billet s'achèvera logiquement sur un immense coup de coeur, premier de la rentrée littéraire.
 
helga
 
On dit que ce sont les premières secondes qui déterminent un achat. Ici je crois que j'aurais acheté (c'est un cadeau) ce livre dès l'incipit :
 
A Kolkustadir, le 29 août 1997
Chère Helga,
 
 
Certains meurent de causes extérieures. D'autres meurent parce que la mort depuis longtemps soudée à leurs veines travaille en eux, de l'intérieur. Tous meurent. Chacun à sa façon. Certains tombent par terre au milieu d'une phrase. D'autres s'en vont paisiblement dans un songe. Est-ce que le rêve s'éteint alors, comme l'écran à la fin du film ? Ou est-ce que le rêve change simplement d'aspect, acquérant une autre clarté et des couleurs nouvelles ? Et celui qui rêve, s'en aperçoit-il tant soit peu ? (p. 9)
 
Bjarni Gislason, fermier et pêcheur, écrit à Helga tout au long du livre. Il l'a aimée du plus profond de son être et a vécu avec elle une passion. Elle, vivait dans la ferme voisine avec son mari Hallgrimur et leurs deux enfants. Lui, était en ménage avec Unnur, une femme qui ne pouvait pas avoir d'enfant. Vous comprenez maintenant pourquoi leur amour, bien que passionné et puissant, soit resté un secret.
 
Mais pourquoi Bjarni écrit-il maintenant ? Âgé et solitaire il livre ses tourments qui, toute sa vie durant, n'ont cessé de l'occuper. A travers des jumelles, des moments volés, ce petit couple de fermiers prend forme dans une terre reculée où les travaux manuels occupent petits et grands. Un autre quotidien s'esquisse, bien éloigné de la fascinante vie citadine de Reykjavik. Nous sommes en effet dans le canton d'Hörgá, situé dans le nord de l'île où la civilisation fait peur et où les bonheurs simples sont dans les champs. Ce sont les animaux qui rassurent à travers l'élevage de moutons et la pêche quotidienne. Toute une poésie de la nature transparait dans cette relation intime : le souffle du vent, les vagues capricieuses, le foin et les odeurs...
 
Cela tient véritablement du conte que cette histoire transcrite en long monologue bouleversant de sincérité, si proche des ressentis mais aussi agité par la crainte perpétuelle de laisser échapper un bonheur tout à portée.
 
J'ai fantasmé pour combler les lacunes de mon existence, compris que l'être humain peut faire de grands rêves sur un petit oreiller. (p. 104)
 
Tous les ingrédients sont là pour en faire un étonnant coup de cœur en pleine campagne islandaise, en un autre temps, vers d'autres amours. C'est doux et sensible et les mots demeurent, en suspens, dans une valse des émotions.
 
Livre offert par mon amoureux. Aucun doute, c'est une (super) bonne pioche !
 
La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson (Zulma, 2013, 130 p.)
 
 
 
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Posté par Mélopée à 00:08 - Littérature scandinave - Permalien [#]
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