20 septembre 2013

Volt d'Alan Heathcock

Encore une fort agréable surprise que ce recueil de nouvelles publié dans la très bonne collection "Terres d'Amérique" des éditions Albin Michel. Je peux m'y fier en toute sécurité car toutes mes lectures jusque-là ont été couronnées de succès : Le canyon de Percy, Danses de guerre d'Alexie, Famille modèle de Puchner...

 

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Huit nouvelles composent ce recueil, toutes se déroulant à Krafton, petite ville de l'Amérique profonde. Les multiples personnages qui peuplent ces récits ont des personnalités et des motivations pour le moins troublantes. Ainsi en est il de Winslow, ce fermier qui du jour au lendemain quitte sa femme Sadie après un malheureux accident qui a coûté la vie à leur fils Rodney. Cette vie rude, qui n'épargne personne le conduit à redémarrer ailleurs un semblant de vie normale, sous une autre identité. Mais est-ce bien irréversible de couper les ponts lorsque le silence se fait plus pesant encore ?

 

Autre ambiance et tout autre enjeu dans la seconde nouvelle avec un père qui incite son fils à brûler le corps d'un homme tué par accident. Si la complicité est induite dans les liens du sang, faut-il pour autant se salir les mains au nom d'un péché à absoudre à deux ? Il y a un certain malaise dans ce climat familial où les hommes, entre eux, se font justice de père en fils afin que rien ne transparaisse aux yeux de l'extérieur.

 

Troisième nouvelle avec Helen, shérif de Krafton qui, à cinquante ans passés, décide de venger la mort d'une jeune fille disparue. C'est là aussi assez sombre car de flash-backs au règlement de compte, un an plus tard, les protagonistes s'insinuent dans une étrange affaire macabre. C'est tout à la fois louche, insidieux et en même pétri de justice.

 

Je ne compte pas dicter toutes les idées de chaque nouvelle car l'effet de surprise doit garantir un plaisir en plus. Je peux juste affirmer que je me suis plongée dans ces histoires, pour la plupart accablantes, avec un intérêt croissant. Le style d'Heathcock est âpre (très masculin, je trouve, même s'il est difficile d'apparenter un style à un sexe) et laisse place à une petite ville soudée, aux aspérités insoupçonnées. Les personnages se croisent entre les nouvelles : Helen la shérif, le pasteur Hamby, le petit Vernon... tous forment cette étrange communauté aux lourds secrets mais pleins d'individualités.

Les choses disparaissaient. Les gens disparaissaient. Les nuages laissaient la place au soleil qui laissait la place à la nuit. Seuls les sentiments, comme les esprits, perduraient, gravés à l'arrière de nos yeux, mêlés à notre moelle. (p. 219)

Bien plus qu'une succession d'histoires, ce livre fait la part belle à une frange de la population, à ce cercle restreint de Krafton survolté (titre tout à fait bien porté s'il en est). C'est farouchement maitrisé et ça donne envie d'y rester jusqu'à la dernière étincelle.

 

Volt - Alan Heathcock ; traduit par Olivier Colette (Albin Michel, 2013, 296 p., coll. Terres d'Amérique)
 
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8/12

Posté par Mélopée à 15:16 - Littérature américaine - Commentaires [0] - Permalien [#]
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