20 octobre 2013

En Amazonie : infiltré dans le meilleur des mondes de Jean-Baptiste Malet

Je lis généralement très peu d'essais, non que ça ne m'intéresse pas mais parce que je trouve davantage d'inspiration dans les fictions. Mais celui-ci ayant une problématique très actuelle dans le domaine du livre, m'a beaucoup intéressée dans mon approche du circuit mercantile. L'auteur, journaliste, a infiltré en tant que salarié intérimaire un entrepôt de la grande marque américaine, Amazon.
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Pendant quatre mois il a été picker (le jargon anglais est de rigueur dans le boulot pour inspirer le travail d'équipe dans la bonne ambiance), c'est-à-dire sélectionneur de marchandise, en horaire de nuit de 21h30 à 4h50. Il raconte dans cet essai la phase de recrutement mais aussi la position des politiques quant à l'implantation des nouvelles usines Amazon. Là où les librairies ferment une à une, écrasées par les leaders culturels, le gouvernement finance la grande firme et par là même les contrats précaires et, par voie de conséquence, cautionne l'hégémonie d'Amazon qui pourtant paie la majorité de ses impôts au Luxembourg.

 

Le syndicat de la librairie française considère aujourd'hui que, à proportions égales, la librairie indépendante française représente une activité qui génère deux fois plus d'emplois que les grandes surfaces culturelles, trois fois plus que la grande distribution et, selon les chiffres de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, dix-huit fois plus que le secteur de la vente en ligne dont Amazon est le fleuron. En d'autres termes, il faut dix-huit fois moins d'employés dans un entrepôt logistique d'Amazon que dans une librairie indépendante, celle du centre-ville que vous fréquentez souvent, pour vendre le même volume de livres. (p.110)

 

Autant dire que les chiffres sont criants et qu'il me sera difficile d'investir à nouveau dans le système d'Amazon alors que, travaillant dans la chaîne du livre (en bibliothèque), je soutiens tous les maillons et en particulier les libraires. Voilà un livre qui se lit comme un page-turner, enquêtant de manière approfondie, grâce à la tenue d'un carnet de bord, sur la vaste entreprise qui se fiche assez de la concurrence déloyale sur le livre (livraison offerte quel que soit le montant commandé). Un livre est un produit comme un autre, au même titre qu'un jouet ou un jeu vidéo et la politique maison veut qu'on fasse du profit en acheminant au plus vite tout et n'importe quoi.

 

Expérience tout à fait édifiante et qui n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd...
PS : Çà me fait rire parce qu'Amazon le détient à son catalogue aussi ce livre-ci !

En Amazonie : infiltré dans le meilleur des mondes - Jean-Baptiste Malet (Fayard, 2013, 155 p.)

Posté par Mélopée à 17:25 - Du côté des essais - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Très intéressant. Je note. Le problème, c'est que le consommateur lambda s'en fout un peu des chiffres et des coulisses. Lui ce qu'il recherche, c'est son intérêt. Livraison gratuite. Très bien. Commande à 3h du mat'. Livre disponible méga rapidement sans se déplacer. Parfait. D'ailleurs le libraire à 20km ne l'avait pas. Sans parler des éditeurs qui vendent autant aux libraires indépendants qu'aux GSS, qu'à Amazon, ils ne peuvent pas vraiment se permettre de faire du tri... C'est vraiment un cercle vicieux.

    Posté par A_girl_from_eart, 21 octobre 2013 à 21:48
  • Je n'avais pas fait le rapprochement avec le Grand Groupe…..

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 24 octobre 2013 à 10:55

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