26 novembre 2013

Confiteor de Jaume Cabré

Voilà le livre qui m'a occupée un bon moment ! Et ce n'est pas pour dire qu'il m'a barbée, bien au contraire... Cette histoire-là est tout aussi savoureuse et engageante que le laisse à penser la couverture. En route pour un Barcelone d'un autre temps !

Confiteor-de-Jaume-CabréConfiteor, c'est-à-dire je confesse, est le récit d'Adrià Ardèvol à la femme tant aimée, Sara Voltes-Epstein. Mais ce n'est pas seulement l'ultime confession, c'est aussi la retranscription de toute une histoire de famille à travers l'enfant et surtout son sacro-saint violon, un Storioni transmis par le père mais qui pourrait ne pas avoir livré tous ses secrets. La petite histoire, celle d'un enfant sommé d'apprendre et les langues et le violon, est à mettre en regard de la grande Histoire car le roman traverse six siècles, va à l'origine du mal, s'insinue même dans les camps nazis et tout est, au final, irrémédiablement lié.
Le livre accompagne Adrià dans ses premiers souvenirs de jeunesse, dans son éducation, dans son départ pour Tübingen, dans son amitié pour Bernat, camarade violoniste, tiraillé entre instrument et écriture. Ce n'est pas seulement l'apprentissage de la vie, c'est aussi la découverte de racines troubles, de mystères entourant le bureau du père, véritable sanctuaire d'apothicaire.

C'est troublant et même déconcertant car Adrià s'exprime en "je" puis c'est le "il" qui s'infiltre au détour d'une même phrase. Dédoublement de la personnalité ou simple fantaisie dans le style ? Je crois que la question est bien au-delà car tout le récit est un exercice formidablement mené intégrant ellipses et digressions, mises en abyme et grands raccourcis. J'ai été parfois interloquée par des dialogues abracadabrantesques (comme le parallèle entre le vendeur d'aspirateurs et le retour de l'amoureux éconduit, mais me comprendront uniquement ceux qui l'ont lu) mais qui donnent à la scène et à l'ensemble un aspect des plus savoureux.

Avec l'exposé de ta vie seulement à grands traits, comme si tu faisais une ébauche au fusain, soulignant une ombre, négligeant une ligne, tu revendiquais le droit de garder tes secrets pour toi, la chambre close de l'histoire de Barbe-Bleue. (p. 711)

Je me doutais que la tâche serait ardue de vous donner envie de lire ce Confiteor - qui pourtant a été salué par la critique - car les presque 800 pages, on les sent bien peser dans le sac et l'histoire est si dense que la retranscrire en quelques mots se révèle bien mission impossible. Si vous avez envie de vivre une expérience inédite avec un livre foisonnant et plein de promesses, c'est vers celui-ci qu'il faut vous orienter. Dans Confiteor il n'y a pas de faux-semblants, le personnage d'Adrià est tout à la fois impétueux, agaçant et revêche mais son histoire ne peut que nous le rendre sympathique, même au-delà des dernières pages.

Confiteor - Jaume Cabré ; traduction d'Edmond Raillard (Actes Sud, 2013, 779 p.)

photo

12/12

37612903_p

Posté par Mélopée à 00:14 - Littérature espagnole - Permalien [#]
Tags : , , ,