09 décembre 2013

Les mouettes de Sándor Márai

C'est aujourd'hui que je découvre l'oeuvre de l'auteur hongrois Sándor Márai qui m'avait déjà embarquée avec ses Étrangers. Ici, me voilà en partance au dos de mouettes pour une virée dans un froid glacial, période incertaine où deux êtres sont tout de même voués à se rencontrer (attention aux étincelles !).

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C'est en 1942 que Sándor Márai écrit Les mouettes, roman inclassable mais qui a néanmoins un écho lointain de cette guerre que le peuple hongrois connaîtra lui aussi. Budapest, dans le bureau d'un haut fonctionnaire, une jeune femme arrive afin de régulariser sa situation. Elle s'appelle Aino Laine ("Vague unique"), est Finlandaise et arrive seule en quête de reconstruction. C'est pour rester en Hongrie qu'elle cherche à obtenir de précieux papiers. L'homme est saisi et ébranlé devant l'apparition qui lui rappelle la silhouette d'une femme connue et qui s'est suicidée quelques années auparavant. La ressemblance est si frappante que l'entretien, d'abord très formel, bascule vers un interrogatoire en règle, teinté d'une certaine séduction où les jeux de pouvoir s'inversent, où le passé ressurgit. Sándor Márai s'attarde sur ces deux personnages qui en cachent peut-être un troisième mais les identités sont troubles et la seule situation présente compte. La relation fictionnelle est magnétique et emplie de mystères. Qu'elle évolue donc et que les mouettes demeurent, une fois pour toutes !

 

Les mouettes sont posées sur les rives de ces lacs minuscules et c'est de là qu'elles s'envolent, mues par des incitations obscures ou des informations mystérieuses, on dirait que quelque chose leur vient à l'esprit ou que quelqu'un leur souffle une nouvelle concernant la vie, la nourriture, les événements. Elle prennent leur envol par groupes de trois, quatre, leurs battements d'ailes effleurent la surface de la rambarde et elles tournoient en l'air. Elles crient et descendent en chute libre comme des suicidées. (p. 42)

 

Le récit est prenant car, dans une situation identique, que ferions-nous, nous lecteurs ? Si le fantôme d'un être chéri se matérialisait à notre porte, n'aurions-nous pas quelque raison de croire à une coïncidence plus qu'étrange ? Tout au long de cette lecture je me suis mise tour à tour dans les deux positions : celle de l'homme, dans l'attente et hanté par les souvenirs, puis dans celle de la femme, prise au piège de son image mais amusée de la situation.
Je tiens à souligner l'impeccable traduction qui confère un incroyable côté onirique à l'ensemble. C'est très beau et l'entretien fictif gagne vraiment à être lu et éprouvé !

 

Les mouettes - Sándor Márai ; traduction de Catherine Fay (Albin Michel, 2013, 225 p.)

Posté par Mélopée à 22:52 - Littérature des Balkans - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

  • J'aime lire de bons commentaires sur une livre qui est dans ma PAL!!

    Posté par Jules se livre, 10 décembre 2013 à 02:14
  • J'avais lu son dernier roman, qui m'avait déçu. Mais il faudra que je laisse une autre chance à l'auteur.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 10 décembre 2013 à 13:46
  • De cet auteur je n'ai lu que Les braises mais wouf, quel récit ! Je compte bien continuer à explorer son oeuvre.

    Posté par A_girl_from_eart, 10 décembre 2013 à 23:30
  • @ Jules : J'imagine ! J'aime aussi quand ça se passe dans ce sens-là !

    @ Alex : Oui, je ne peux que t'y encourager. A priori ses oeuvres sont de qualité inégale. Ici, c'est très prenant !

    @ A girl from earth : Celui-ci a paru juste derrière "Les braises", une sorte de souffle après un récit dense. J'ai très envie de lire "Les braises" maintenant !

    Posté par Mélopée, 11 décembre 2013 à 23:15
  • Oh oh je note !

    Posté par Liliba, 22 décembre 2013 à 17:01

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