11 janvier 2014

Canada de Richard Ford

Belle année à tous ! Je la commence sans bilan (on ne se refait pas) et avec un livre qui me tentait déjà depuis septembre. J'ai vu certains commentaires circuler évocant un livre ennuyeux et plein de stéréotypes. Le fait d'habiter loin du Canada me l'a fait ressentir différemment car j'y ai au contraire trouvé beaucoup de dépaysement.

canada

Great Falls, Montana dans les années 60. Dell a 15 ans et a une sœur jumelle prénommée Berner. Leurs parents sont très mal assortis : l'un est un fameux gaillard un peu rustre, l'autre est une Polonaise plutôt malingre tombée enceinte beaucoup trop tôt. Ils emménagent ensemble contre l'avis de tous. Pour donner raison à tous, Bev (le père) traficote dans des larcins impliquant des Indiens et voués à être découvert. Un jour, une idée folle leur traverse l'esprit : commettre un hold-up dans une banque du Dakota du Nord pour rembourser des dettes.
Ils sont tous deux rattrapés et envoyés en prison, laissant deux enfants promis à l'Assistance sociale. Berner fuit et Dell, grâce à la complicité d'une voisine, se réfugie au Canada chez un proche (...de la voisine).
La première partie se déroule aux États-Unis, quant à la seconde, elle suit le séjour chez Arthur Remlinger, propriétaire bienfaiteur qui l'a pris sous son aile. Il travaille, copine avec Charley Quarters l'assistant du boss et essaie de survivre sans se faire repérer.
Après le drame de la séparation infligée par l'emprisonnement des deux parents, intervient un autre drame qui secouera d'autant plus le jeune homme.
C'est un roman ponctué de grands désordres, de petites tragédies jalonnés de divers affrontements. Les adultes semblent prendre des décisions d'enfants (rester entre eux malgré l'entourage, le hold-up) quand les enfants eux-mêmes sont mis en position d'adultes (se débrouiller seuls, fuir, penser au futur).
Richard Ford nous livre un portrait de famille brillant car, bien que soudée, les frontières spatiales séparent ceux qui s'aiment presque bien plus que la prison qui retient les parents.

[...] je crois que, quand on meurt, c'est qu'on y consent. On cesse de lutter. C'est comme de rêver. Ca fait du bien. Vous n'imaginez pas que ça puisse en faire ? De céder, tout simplement. De plus lutter, lutter, lutter. L'inquiétude viendra à la fin, avec le regret. (p. 475)

J'ai pris volontairement un passage situé à la toute fin du livre car c'est vraiment celui qui m'a le plus bouleversée. Cette écriture parcellaire, toute en délicatesse clôt le livre à merveille et m'a laissé une impression d'achèvement tant stylistique que fictionnel.
Cette rentrée littéraire de septembre recèle bien des trésors... en littérature française et surtout dans le domaine étranger !
Canada - Richard Ford (Éd. de l'Olivier, 2013, 477 p.)

Posté par Mélopée à 12:59 - Littérature américaine - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

  • Pas fan d'écriture parcellaire. Sauf quand elle ets bien écrite, ce qui est rare.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 13 janvier 2014 à 14:54
  • J'ai déjà croisé ce titre sur un blog et il me tente beaucoup ! Tu as l'air emballée

    Posté par Céline, 14 janvier 2014 à 11:38
  • Je viens de terminer ce roman et je l'ai également beaucoup aimé!

    Posté par Mango, 04 novembre 2014 à 13:07

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