02 mars 2014

Les bonnes gens de Laird Hunt

Roman de la rentrée littéraire de janvier, vous ne pourrez pas rester de marbre devant ce récit puissant où tous les personnages ont leur part d'ombre et de sadisme. Dans quel enfer sommes-nous plongés ?

Voilà un roman oppressant et ambitieux qui s'étend de 1830 à 1930, traversant ainsi la Guerre de Sécession, aux Etats-Unis. L'action principale du roman se situe dans une ferme du Kentucky où Ginny, vieille dame à présent, se raconte. Elle est partie à l'aube de ses quatorze ans pour suivre un lointain parent, Linus Lancaster qui a fait miroiter à sa famille la vie de riches propriétaires terriens. Le couple s'installe ensemble dans une bâtisse qui est en fait loin d'être un palace. Mais ils ont à leur service des esclaves dont deux filles aux noms de fleurs, Cleome et Zinnia, âgées de dix et douze ans. C'est un avantage certain d'être servis alors, même si les jours ne sont pas toujours roses et que Linus s'occupe plus de ses porcs que de sa femme, celle-ci a l'avantage de la compagnie permanente de ces filles.

Mais le climat vire aigre lorsque le maître des lieux abuse des filles et que Ginny en cultive une certaine rancœur. Alors que Cleome et Zinnia sont livrées à elles-mêmes, soumises à l'entretien de la maison et rudoyées, Ginny adopte la même attitude que son mari, froide et distante. Le ton des confidences se fait plus lointain et le couple devient ensemble capable des pires rudesses. Pourtant un jour les esclaves se rebellent et Linus est assassiné. Laissée à deux filles déchaînées de violence, Ginny doit maintenant lutter pour sa survie. Et c'est incroyable comme le quotidien peut se révéler rude quand on est seule et sans espoir ! 

Le livre est très sombre mais j'ai quelque part été très intéressée par le retournement de situation : les esclaves qui prennent le dessus sur leurs maîtres. Cette période de tension est très bien transcrite et on sent toute la nervosité entre Blancs et Noirs. Par peur de l'autre, les puissants asservissent et les esclaves se soumettent. Mais comme rien n'est figé et que justice a voix au chapitre, Cleome et Zinnia, en couple infernal, font à leur tour subir brimades et sévices à celle qui reste, Ginny la lâche, solidaire de son mari. On comprend ainsi pourquoi, des dizaines d'années après, Ginny est rebaptisée par ses voisins Scary Sue.
Avant et après ces épisodes, on fait connaissance de personnages annexes, d'une histoire familiale plus complexe et toutes les ramifications se révèlent au grand jour, laissant place à une certaine compassion là où la pitié n'a plus de place.

 

Jadis, j'ai vécu en un lieu peuplé de démons. J'en étais un aussi. (p.33)

 

Les bonnes gens - Laird Hunt (Actes Sud, 2014, 242 p., coll. Lettres anglo-américaines)

Posté par Mélopée à 17:24 - Littérature américaine - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    J'ai trouvé ce roman intéressant et très bien écrit.

    Posté par Valérie, 04 mars 2014 à 21:41
  • Tu m'intrigues. Je note, malgré la couverture un peu glaçante.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 09 mars 2014 à 11:26

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