28 août 2014

[Rentrée littéraire] Cataract City de Craig Davidson

Passons à la littérature étrangère qui, ça ne se dément pas, est selon moi de meilleure qualité notamment pour cette rentrée littéraire. Le Canadien Craig Davidson peut être connu parmi nous car il a écrit la nouvelle Un goût de rouille et d'os, adapté par Jacques Audiard au cinéma. 

Dans ce nouveau roman, il évoque une amitié de deux jeunes, du même âge, ayant vécu au même endroit (dans la ville frontière du Canada et des États-Unis, nommée Niagara Falls) et ayant pourtant évolué bien différemment. Le premier c'est Owen Stuckey, un solide gaillard très sportif mais dont le destin ne sera pas celui espéré. Quant au second, il s'agit de Duncan Diggs qui est sans doute le plus écorché des deux.
Pourquoi ces deux personnages sont-ils pourtant liés par une amitié si vive ? 

 

Il se trouve que le roman se forge autour d'un drame qui prend en otage les deux enfants. Ils ont douze ans lorsqu'ils sont enlevés, au cours d'une dispute entre parents (les leurs, mais pas seulement), par un vieil alcoolique de catcheur, Bruiser Mahoney, un modèle pour les deux gamins. Mais le chemin est long (il les conduit dans une forêt dense et insondable) et le temps se ralentit pour les garçonnets qui n'ont jamais (sur)vécu livrés à eux-mêmes.
La narration prend un tour angoissant là où l'homme qui fait rêver (le catcheur idolâtré) tombe le masque pour ne laisser place qu'au prédateur, au vieux déséquilibré complètement esseulé. Nul doute que cet épisode traumatisant de l'enfance a toute son importance dans les petites carences identitaires des deux hommes en devenir. Leur but est le même : quitter Cataract City mais leurs moyens ne sont pas les mêmes.
Owen veut se faire vengeance en devenant policier. Quant à Duncan, il enchaîne les mauvaises fréquentations, s'accroche aux combats de chiens et d'hommes, se passionne pour les courses de lévriers (et de voitures, mais ça remonte à plus loin). Pour résumer, l'un serait plus le justicier tandis que l'autre tournerait malfrat mais le récit n'est pas aussi manichéen.

 

Ce que j'en retiens davantage c'est que c'est une histoire d'hommes où les bagarres vont bon train, où il est difficile (voire impossible) de se dépêtrer de son propre passé. Au moment où s'ouvre le roman, Duncan sort de prison et Owen l'attend à la sortie. Mais qu'ont-ils à se dire ? Y a-t-il de la rancune derrière les trajectoires opposées de ces deux vieux copains ?

 

Ma vie restait ancrée à Cataract City. Une petite existence resserrée - de celles que je préfère, finalement. Edwina, Dolly et moi - un cercle fermé dans lequel j’étais pleinement satisfait. Mais la ville étant ce qu'elle est, et moi ce que je suis, les choses allaient forcement mal tourner. (p. 231)

 

Il est des romans noirs qui marquent et vous donnent envie d'aller au plus profond des ténèbres pour justement remonter les victimes, consoler la veuve et l'orphelin. Ici, ce roman d'une amitié indestructible est profondément marquée par un lieu et par un événement (l’enlèvement). Vous retiendrez votre souffle dans la première partie du roman, à la suite des enfants, puis vous respirerez à demi lorsque vous constaterez leurs efforts immodérés de lutte pour s'en sortir. Dans le lot il y a Edwina la femme (la seule du roman, c'est simple !) qui laisse échapper la lumière, qui semble une échappatoire à la gangrène misérabiliste dans laquelle sont voués la plupart des jeunes hommes confrontés à la crise. C'est très poignant et c'est, pour le moment, le premier roman que je sors du lot de la rentrée littéraire ! Une pépite de dureté mais qui se laisse polir sous les doigts !
Cataract City - Craig Davidson ; trad. de Jean-Luc Piningre (Albin Michel, 2014, 483 p., coll. Terres d'Amérique)
challenge rentrée littéraire 2014 1% logo
2/6

Posté par Mélopée à 17:00 - Littérature canadienne - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Commentaires

    Premier avis que je croise sur ce titre et tu te fais tentatrice !

    Posté par Noukette, 28 août 2014 à 23:41
  • Roman noir, pépite de dureté... hmmm a priori pas le genre de romans vers lesquels je fonce mais ce que tu en dis donne envie de le découvrir quand même. Il faudra que je sois d'humeur, juste.

    Posté par A_girl_from_eart, 30 août 2014 à 01:20

Poster un commentaire