30 août 2014

[Rentrée littéraire] L'audience d'Oriane Jeancourt Galignani

Aujourd'hui je vous entraine dans un récit assez trash  (car ultra réaliste) où le sexe rythme des relations défendues, où une vie est mise à nu, où la grande machine qu'est la Justice est déjà en marche. Vous serez assez mal à l'aise, assez désarçonné par les attitudes des uns et des autres mais vous serez sans doute soufflé par le déroulement de ce procès où l'accusée est seule contre tous.

Dans une petite ville du Texas, une jeune femme de trente ans attend son jugement. Elle est professeure de mathématiques et a, dans le cadre de son métier, côtoyé quatre garçons, quatre élèves pourtant majeurs. Alors que son mari est soldat en Afghanistan, que ses enfants l'attendent à la maison sans trop comprendre, se joue à l'audience le destin d'une femme qui a choisi de garder le silence.

On suit l'itinéraire de Deborah Aunus, femme complètement paumée, seule à devoir gérer le quotidien mais aussi soumise à des pulsions incontrôlables. Le récit débute sur une séquence de séduction entre la prof et un élève. Faire succomber le jeune homme c'est quelque part avoir un certain pouvoir et c'est ce sentiment grisant d'être infaillible qui pousse Deborah à approcher d'autres garçons. Loin de se cacher ce petit manège, la prof évoque avec le puis les garçons cette amitié amoureuse et, ce qui la fera tomber, sera sûrement cette orgie malsaine d'un rapport à plusieurs.

 

Ces photos ne peuvent pas être simplement crues, elles doivent ne laisser aucune ombre, aucun interstice qui échapperait au regard. Peut-être faut-il à Chris voir et revoir le fond de son ventre pour dissiper la fumée ocre d'un soir de fusillade, le reflet de métal des mortiers, la cendre qui tombe du ciel et les corps-allumettes qui flambent. (p. 117)

 

Le récit déroule l'ensemble du procès mais revient aussi, à chaque intervention des protagonistes, sur des épisodes marquants, des scènes censurées qui sont pourtant dévoilées au grand jour et qui sont souvent relayées à grand renfort de caméras et autres vidéos. Là où l'accusée garde le silence, les jurés palissent et les témoins défilent, tous les pions d'une machination bien plus grande encore.

 

Je n'étais pas au courant que de telles relations pouvaient bien avoir existé. Pour avoir, depuis, enquêté, je me suis rendue compte que les relations prof/élèves étaient chose "courante" aux États-Unis (du moins plus médiatisées outre Atlantique) et que de vraies relations amoureuses s'étaient tissées de cette manière. Même si ça n'a rien de choquant dans le sens où tous les intervenants sont consentants et majeurs, ce qui peut par contre influer le jugement est le rapport de hiérarchie entre la prof et les garçons.

 

Le récit est bien mené, ponctué de flash-backs et la personnalité de la protagoniste principale reste pour le lecteur, comme pour les jurés, opaque. Quelles sont ses motivations ? Est-elle dépressive ou a-t-elle quelque chose à prouver ? Nul ne le sait et le procès s'achève sur des non-dits et sur une justice implacable qui écrase tout sur son passage. Mais que sait-on au juste ? Et en sait-on assez ?
L'audience - Oriane Jeancourt Galignani (Albin Michel, 2014, 296 p., coll. Romans français)
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3/6

Posté par Mélopée à 17:00 - Littérature française - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Encore un sujet qui me rebute ! Décidemment !!!

    Posté par Géraldine, 06 septembre 2014 à 22:58

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