08 septembre 2014

[Rentrée littéraire] Pas pleurer de Lydie Salvayre

Deux voix s'entremêlent dans ce récit qui propulse le lecteur à l'été 1936, peu avant la guerre d'Espagne. Il y a d'une part Georges Bernanos qui assiste horrifié aux exactions faites à la population par le gouvernement. Il fait partie de la jeune génération qui se révolte et a un regard lourd de reproches face aux tortures infligées par les miliciens. Tout cela étant cautionné par l'Église ce qui lui semble d'autant plus outrageant.

Il y a quelque chose, disait-il, de mille fois pire que la férocité des brutes, c'est la férocité des lâches. (p. 212)

D'autre part il y a Montse, la grand-mère de la narratrice qui elle n'a gardé que les jours heureux liés à l'insurrection libertaire. Dans son mélange de français et d'espagnol (le fragnol), elle raconte son histoire mais aussi ses amours et ses idéaux. C'est une touchante petite dame qui se dessine à nous, toute en gouaille et férocité.

Ne persiste en sa mémoire que cet été 36, où la vie où l'amour la prirent à bras-le-corps, cet été où elle eut l'impression d'exister pleinement et en accord avec le monde [...] (p. 278)

Il y a quelque chose de prenant dans ce contraste d'opinions, dans la révolte de Bernanos qui s'étalera dans son livre Les grands cimetières sous la lune, et dans l'histoire d'amour tempétueuse de Montse. Le lecteur s'accroche à cette "mauvaise pauvre" qui a gardé tout un parler catalan et s'exprime avec émotion sur une jeunesse quelque peu raccourcie. Plus qu'un épisode historique, Lydie Salvayre nous déploie une narration superbement imbriquée, tantôt légère et tantôt bien plus péremptoire et près des faits.

Ce roman est sur la première liste du Goncourt (et je le comprends aisément). L'auteur sera en débat dans notre belle bibliothèque du XVIIIème arrondissement. N'hésitez pas à venir écouter la discussion qui, j'en suis sûre, sera passionnante !
En attendant je vous invite à écouter l'émission "Les bonnes feuilles" (sur France Culture) où elle était passée en août pour lire les premières pages et raconter cette touchante expérience teintée d'autobiographie.

Pas pleurer - Lydie Salvayre (Éd. du Seuil, 2014, 288., coll. Cadre rouge)

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5/6

Posté par Mélopée à 14:00 - Littérature française - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Ça donne envie, à te lire. J'espère pouvoir le lire dans pas trop longtemps.^^

    Posté par A_girl_from_eart, 08 septembre 2014 à 23:03
  • Je l'ai lu et apprécié mais je ne comprends pas qu'il figure dans la liste Goncourt. Pour moi, l'auteur n'a pas réussi à écrire un texte littéraire. On est parfois beaucoup trop proche de la leçon d'histoire.

    Posté par Fleur, 12 septembre 2014 à 23:02
  • Je dois le lire pour le club lecture. Il ne me tentait pas, au départ.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 13 septembre 2014 à 21:52
  • Bonsoir Mélopée, très beau roman qui a mérité son prix. C'est le premier roman de Lydie Salvayre que je lisais. Bonne soirée.

    Posté par dasola, 14 février 2015 à 18:50

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