21 octobre 2014

Mon combat. 1, La mort d'un père de Karl Ove Knausgaard

Mon attention a été attirée sur ce livre-ci suite à la chronique, dans Le masque et la plume (ici), du second volet s'intitulant Un homme amoureux (paru en septembre 2014). L'intervention de Patricia Martin relatant un plaisir coupable à lire au-delà des cent pages, qu'elle s'était fixée, m'a donnée le goût de m'intéresser à cette oeuvre autobiographique. Et pour pouvoir lire ce second volet, j'ai décidé de commencer par le premier, datant de 2012.



J'ai lu de tout sur Karl Ove Knausgaard : du Proust norvégien au Judas littéraire s'étant attiré les foudres de toute sa famille... mais qu'en est-il vraiment ? Knausgaard signe une autobiographie en six volumes de plus de 3600 pages (à quarante ans seulement) qui a connu un vrai succès en Norvège et tente maintenant de s'imposer à l'étranger. Avec ce premier volume, on s'immerge dans la vie de l'auteur au moment du décès de son père, vrai chamboulement mais aussi épisode pivot dans la vie de l'auteur. Car Knausgaard livre tout de ce moment de deuil : de la période antérieure où Karl Ove craignait et évitait le père jusqu'à la découverte du corps, de la misère dans laquelle le père s'était muré.
C'est tout à fait un déballage du linge sale en public et quelque part le lecteur peut se sentir un peu nauséeux d'être ainsi pris à parti dans l'intimité d'une famille en complet manque de communication. Il y a le fameux père, professeur, marié et en même temps très secret et taiseux. Jusqu'au divorce qui interviendra à la quasi majorité de l'écrivain, les parents peinent à se faire aimer des deux enfants. Yngve, le frère ainé se brouille avec le paternel tandis que Karl Ove le fréquente avec parcimonie. C'est assez troublant car lorsque le père commence à boire, les enfants sont témoins du spectacle affligeant du laisser-aller progressif mais n'interviennent pas. Y a-t-il un fond de pensées suicidaires derrière cette autodestruction alcoolique lente mais irrémédiable ?
Et que penser des passages où Karl Ove raconte avoir souvent écouté le journal télévisé en espérant que son père soit parmi les victimes d'accidents, de tragédies quotidiennes ? Cela fait tout bonnement froid dans le dos ! Mais il faut lire l'ensemble pour commencer à se faire une idée sur tout le bagage familial et l'ensemble de non-dits qui sont trimballés à travers tout le pays.

Alors, je dois le concéder tout net : j'ai aimé (sinon plus) lire ce livre ! C'est de la littérature-vérité qui se donne un point d'honneur à livrer les faits en toute sincérité quitte à montrer le côté crasse des êtres humains. L'exposé de la famille de Knausgaard nous rend l'ensemble assez noir entre un père démissionnaire, une mère souvent lointaine et injoignable, une grand-mère rendue sénile et sans doute sujette à Alzheimer. Voilà de quoi brosser le portrait d'une famille norvégienne de tous les jours, livrée aux quatre vents, indélébile sous les mots intransigeants du fils, l'auteur.

[...] nous ne connaissons personne ici.
Cela ne nous manque pas, en tout cas pas à moi, car de toute façon, je ne retire aucun bénéfice du contact avec les autres. Je ne dis jamais ce que je pense vraiment, ni ne dévoile mes convictions, au contraire, je me range systématiquement à l'avis de la personne avec qui je parle et je fais semblant de m'intéresser à ce que les gens disent.
(pp. 38-39)

Je suis étonnée que le livre n'ait pas eu plus de retentissement en France car c'est foncièrement un phénomène littéraire et même si les propos sont loin d'être à la faveur des gens décrits, l'ensemble de ce premier roman est virevoltant et fascinant. Il n'y a pas de véritable chronologie et si l'étape première se focalise sur le père et sa mort, l'auteur parvient déjà à nous rendre très concrète sa vie de famille en tant que fils et en tant que père lui-même. Cela rebondit de l'enfance à l'âge adulte, des premières bêtises aux grosses responsabilités qu'engendrent le deuil et le fait d'être père.

C'est difficile à expliquer mais c'est tout bonnement addictif et je suis tout à fait certaine de lire l'ensemble de l'autobiographie car le travail entrepris est admirable et qu'à mon sens il n'a pas volé sa place de best-seller norvégien. De là à conseiller aveuglément l'auteur, je ne sais pas, mais il y a quand même un grand talent qui se cache dans toutes ces pages.

Peu de critiques pour le moment mais néanmoins je vous suggère de lire l'excellent billet de Cuné.

Mon combat ; livre premier. La mort d'un père - Karl Ove Knausgaard ; trad. par Marie-Pierre Fiquet (Denoël, 2012, 582 p., coll. Denoël & d'ailleurs)

Posté par Mélopée à 17:22 - Littérature scandinave - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

    Malgré tout, tu as aimé ce déballage.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 21 octobre 2014 à 20:57
  • Bizarrement, malgré ton enthousiasme j'ai vraiment l'impression que ce n'est pas pour moi.

    Posté par Karine:), 22 octobre 2014 à 04:11
  • Oui mais 6 volumes de plus de 3600 pages quand même...^^ Sinon j'étais bien tentée.

    Posté par A_girl_from_eart, 22 octobre 2014 à 23:27
  • Tu me donnes envie de le lire.

    Posté par Agnès, 27 octobre 2014 à 15:23
  • C'est difficile d'attendre la suite en traduction, hein ? Moi aussi je suis accro )

    Posté par Cuné, 28 novembre 2014 à 06:18

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