02 novembre 2016

Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd

Il s'appelle René Descartes, elle s'appelle Helena Jans. Il est Français, elle est Hollandaise. Il est catholique, elle est protestante. Il est philosophe, elle est simple servante. Je pourrais continuer un moment car le fossé, qui sépare les deux personnages de ce livre, est grand.

Helena, tout juste majeure, arrive à Amsterdam pour occuper une place de servante. Elle est embauchée par Monsieur Sergeant, un libraire qui voit chez lui passer de grands noms de la société, parmi eux se trouve le philosophe. Le récit s'échelonne entre 1632 et 1640, période où Descartes effectue de nombreux voyages aux Pays-Bas.

Descartes voyage avec son valet, Limousin, qui est en charge de ses affaires privées. Rapidement, Descartes découvre qu'au-delà des menus travaux, Helena, la servante de la maison, sait lire et écrire. Pour sa condition et pour son sexe, c'est un fait rare qui suscite sa curiosité. Il converse de plus en plus avec elle et une relation intime s'instaure entre eux (bien que lui ait plus de deux fois son âge).

Descartes, bien que toujours appelé "Monsieur", transmet sa scienceà cette élève consciencieuse et réfléchie. Il travaille déjà à son "Discours sur la méthode" (1637) et n'est pas avare en explications. Helena admire le maître et écoute avec attention tous les résultats de ses expériences. Lorsque la relation prend un tour plus étroit encore, il est déjà trop tard : les racontars vont bon train, le ventre d'Helena s'arrondit.

Pour l'époque, la différence de classes rend une quelconque union impossible. Mais pour que Descartes continue à mener ses recherches en poursuivant son rôle de tuteur auprès de l'enfant, il les isole. Francine, leur fille, sera baptisée mais le sera au seul nom de sa mère.

Helena se démène et s'élève pour permettre au ménage de connaître un semblant de vie de famille. Elle se donne corps et âme pour aller au bout de sa passion tout en laissant le grand penseur à ses travaux.

Roman d'émancipation et de liberté où Helena dépasse sa condition et se montre femme-courage, c'est aussi un manifeste de l'amour vrai. Quel que soit l'âge, quelle que soit l'époque, deux êtres qui s'aiment peuvent toujours trouver une communion d'esprit dans la douceur d'un foyer.

#MRL16

Les mots entre mes mains / Guinevere Glasfurd ; trad. par Claire Desserrey (Préludes, 2016, 442 p.)

Posté par Mélopée à 14:25 - Littérature anglaise - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Une bien belle conclusion.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 04 novembre 2016 à 12:00

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