22 février 2012
Memories of Sand de Frezzato

Quatre nouvelles, quatre histoires sans texte, telle est la construction de cette BD mise en place dans cet ouvrage. C'est un très bel album au format à l'italienne qu'on feuillette avidement, complètement décontenancé par les images, par les formes, par la densité des images. La rose, première nouvelle, est la fleur posée sur le sexe d'une demoiselle, elle-même allongée sur une mini-planète colorée. Un homme vole, plane à toute allure et plonge voire dégringole dans un abime doucereux. C'est la fleur au loin qui lui donne des ailes, quel plus bel atterrissage que de se poser entre ses pétales? Cette escapade parait être sans fin car la terre ne fait pas blocage et que les obstacles sont minces. Il n'y a que la rose qui attire l'homme telle un aimant, passage obligé vers une autre sphère onirique. Rappelons qu'en plus la rose est tout à fait représentative de la fille qui est ici devenue une femme particuliètement voluptueuse.
Deuxième nouvelle, La clef. Une montagne avec un arbre à son sommet, dans son ombre c'est un sanglier monté d'une demoiselle qui siègent. La voilà qui semble actionner un mécanisme et dont la poitrine s'ouvre pour en laisser sortir un petit homme ensommeillé. Il sort une photo qui réveille des souvenirs. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises dans cette histoire à tiroirs où les êtres renferment d'autres êtres miniatures, bien vivants. C'est en somme le jeu des poupées russes où on ne sait pas où s'arrête infiniment petit.
Dans Le parapluie, troisième nouvelle, on change de ton avec des couleurs plus sombres, plus tourmentées. Un homme, tout de rouge vêtu, se balade sur son monocycle. Sur sa route, il rencontre une pluie de cartes puis une jeune femme qui semble attirer les trombes d'eau. Ni une, ni deux, il l'enlève pour la déposer dans la verdure d'une forêt inoffensive. Tout est bien qui finit bien et le parapluie peut lui être laissé au bord de la route.
Dans la quatrième et dernière nouvelle intitulée Le petit cochon, il y a effectivement un cochon, et pas qu'un ! Que font-ils? A quoi servent-ils? Je vous laisse le découvrir. Quoi qu'il en soit, liberté aux cochons !
Cet album m'a procuré d'étranges sensations ! Je n'ai pas pu m'empêcher d'être extrêmement intriguée voire hypnotisée par certains dessins où les personnages évoluent torse nu, chevauchant sangliers ou cochons dans des paysages indéfinissables. J'ai trouvé original le traitement réservé aux êtres, à la nature. au temps et surtout à la symbolique de l'amour. Car en cherchant bien un dénominateur commun, vous verrez que c'est l'amour qui relie les récits bien qu'il prenne des formes variées, tantôt frôlant l'érotisme, tantôt teinté de solitude ou de silence. Les récits nous livrent des dessins se suffisant à eux-mêmes. Le texte aurait été superflu et cela donne à réfléchir sur l'imaginaire toujours plus étendu grâce à la force des illustrations. Par ailleurs, la première nouvelle m'a tout à fait rappelé le film d'animation Des idiots et des anges de Bill Plympton, film où un homme imbus de lui-même se voit pousser des ailes. Et que de chevauchées dans la ville de nuit. (Tout comme le film) j'ai beaucoup aimé !
Merci à
et aux éditions
pour l'envoi de cette très belle BD !
Memories of Sand - Frezzato (Mosquito, 2012, 72 p.)
19 juillet 2011
Tokyo, fin d'un monde de Junichi Noujou
Voici aujourd'hui un manga qui m'a alerté dès la couverture par son parti pris de dessins extrêmement travaillés. Ca passe ou ça casse... pour moi c'est passé très largement !

Yuma Oda est un jeune homme loin d'être ordinaire. A l'époque du lycée, il a plongé sa classe dans une léthargie dont seule une camarade s'est sortie. Cette jeune fille, Miho Omori, travaille maintenant au
"bureau des recherches des communications futures" et est intriguée par Yuma Oda, qu'elle ne peut oublier. Comment a-t-il fait pour léviter en pleine classe? Quel est cet étrange pouvoir qui lui a permis
d'hypnotiser une vingtaine d'adolescents?
Une notion se dégage, celle des "hommes du futur" qui sont, comme leur nom l'indique, des êtres venus du futur pour accomplir des actes surnaturels et peut-être menacer les êtres présents et leur destinée.
Mais si une catastrophe semble être à craindre, notre équipe de choc du "bureau des recherches..." est bien sur le coup pour enrayer tout péril guettant la ville.
Outre l'histoire pleine de mystère et de suspense, les dessins ultra réalistes ont en tout premier lieu attiré mon attention. Habituellement, un manga se caractérise par ses dessins faits à la va-vite, ici les
dessins sont très travaillés. Les expressions des personnages, saisissantes car tellement vraies, font de ce Tokyo, fin d'un monde un manga aux allures de petite BD fantastique.
J'ai hâte de lire la suite... !
Et un exemple de ces dessins ultra réalistes qui, j'espère, achèveront de vous convaincre :

Je vous renvoie à l'excellente critique de Choco.
Tokyo, fin d'un monde - Junichi Noujou (Delcourt/Akata, 2011, 192 p.)
02 décembre 2010
Black Butler (tome 1) de Yana Toboso
Il m'intriguait ce manga, je ne vous le cache pas. Disons que j'étais tout à fait sceptique devant les couvertures mais que j'ai voulu en avoir le cœur net en y fourrant mon nez. Et c'est finalement une bonne pioche !

Sebastian est un machiavélique (comment le mot est déjà sorti?)
majordome au service de Ciel Phantomhive, jeune comte de 12 ans. Homme à
tout faire gérant de main de maître tous les tracas du quotidien, il
est la tête pensante de toute la maisonnée. Car toute une galerie de
personnages défile dans le manoir : May Linn la femme de chambre,
Finnlan le jardinier, Bardroy le jardinier et on ne peut pas dire qu'ils
sachent gérer l'imprévu ou même mener leurs tâches à bien.
Heureusement
que notre cher majordome est là pour pallier aux failles des uns et des
autres, c'est un employé modèle. Voilà pour le cadre du manga et
pourtant... tout parait rose or la noirceur n'est jamais loin. Déjà la
couverture et les dessins sont à forte tendance gothique avec des coupes
de cheveux très stylisées, des visages quasi efféminés... on sent la
touche féminine derrière tout ça.
Et c'est justement les ressorts
sombres qu'on peut deviner au fil du manga qui nous intriguent. On nage
en plein mystère avec ce majordome trop "parfait" ne peut que dissimuler
certains vices. Quels sont-ils? Qu'a-t-il à gagner de la tenue de la
maison entière?
Heureusement que mon copain a acheté ce manga car
je serais certainement passée à côté de cette belle découverte. Au
départ je m'étais dit que ça ne serait pas pour moi : trop "girly", trop
esthétiquement pour la gente féminine et finalement on m'a détrompé ou
du moins derrière tout ça l'intérêt peut bel et bien se réveiller.
C'est
évidemment Sebastian qui fascine car il dégage une certaine aura :
quelque part charmant, quelque part imprévisible et inaccessible.
Voilà
un premier tome qui éveille sensiblement la curiosité. Je suis d'ores
et déjà en train de poursuivre ma lancée grâce au prêt gracieux des
quatre autres volumes déjà parus. Et qu'il me tarde de regarder l'animé !
Car les sombres histoires pleines de mystère et d'élégance, ça a de
quoi en attirer plus d'un.
Merci à mon mien de m'avoir initié à ça ! Je recommande à mon tour chaudement !
Un avis un peu mitigé du côté de Matilda et un autre nettement plus enthousiaste chez Axl.
Black Butler (tome 1) - Yana Toboso (Kana, 2010, 184 p.)
30 novembre 2010
Chi, une vie de chat (tome 1) de Konami Kanata
Une belle révélation que ce manga qui est déjà un vrai bel objet à (re)garder. Tout en couleurs et avec un sens de lecture à la française, on est un peu déstabilisé de prime abord et les tons ont tôt fait de nous convertir totalement.

Chi, c'est un petit chaton qui est
recueilli un beau jour par une famille lambda : parents et fils sont en
effet séduits par cette petite boule de poils sur pattes. Mais Chi c'est
un chat qui s'exprime, qui même loin des siens pense à retrouver sa
mère perdue. Peu à peu Chi se familiarise, prend ses marques dans cette
nouvelle demeure où tous se pressent autour de lui pour lui rendre la
vie facile. On lui aménage une litière qu'il considère comme un second
lit tout à fait confortable (mais le but premier, l'assimile-t-il?). On
lui ramène des jouets divers, des pâtés et autres nourritures félines.
Bref Chi est un vrai roi auquel personne ne résiste.
La fenêtre reste
pour lui l'ultime tentation, le vrai volet sur le monde qui le captive
des heures entières. En plus, là-bas il fait beau et chaud ! Mais le
danger plane, les chats sont interdits dans l'immeuble...
Qu'importent les règles, Chi fait ce que bon lui semble et c'est comme ça qu'on l'aime.
Quelle
jolie découverte que ce manga ! Ça réconcilie définitivement avec la
race féline et ces braves bêtes de chats qui sont capables de tout. Chi ne peut, indéniablement, que se faire adopter par la famille (et le lecteur) car il
est encore tout frêle et minuscule. On se prend d'affection pour lui et
on le suit dans un quotidien décidément toujours plein de découvertes.
Mon
copain, qui a vu en ce chaton l'incarnation de son propre chat, a adhéré.
Et moi, j'ai succombé à mon tour car il faudrait être un cœur de pierre
pour passer à côté de ce bien bel ouvrage ! La forme y est pour un peu, le chat y est pour beaucoup ! 
Un beau cadeau de Noël pour tous les amateurs du genre !
_________________________________
Konami Kanata est une mangaka née en 1958 à Nagano.
Elle
publie de nombreux manga racontant des aventures de chats. Possédant
elle-même des chats, c'est un peu de "Pii", sa propre chatte de 8 ans
qu'elle met dans "Chii", son personnage chaton.
Chi, une vie de chat (tome 1) - Konami Kanata (Glénat, 2010, 168 p.)
05 novembre 2010
Princesse Sara (tome 2) d'Audrey Alwett et Nora Moretti

Sara est maintenant bien installée dans le pensionnat où elle prend ses
marques. Miss Minchin et Amélia veillent à lui faire la place qu'elle
mérite auprès des élèves, l'appelant "Princesse Sara". Coup de massue
lors de l'anniversaire de la petite protégée, un notaire arrive
précipitamment pour avertir du décès soudain du capitaine Crewe. La
fillette devient donc orpheline de père et de mère et n'a plus aucune
famille à Londres ni ailleurs. Pire que tout, Sara se retrouve sans un
sou car son père se serait ruiné dans un placement sur des mines de
diamants qui ne rapportent rien. Autant dire livrée à elle-même et à son
luxe d'antan, Sara se voit retirer tout son beau mobilier, sa vaste
chambre, ses affaires aux tissus délicats.
Miss Minchin, dans sa
grande "bonté" décide de garder la fillette mais, nourrissant depuis son
arrivée une certaine rancune, préfère la rabaisser au rang de
domestique. Voilà Sara attifée d'une robe de souillon, qui se retrouve
dans une chambre vide sous les combles. Bien que passant d'une extrémité
sociale à l'autre, Sara tente de garder le sourire, de sympathiser avec
l'autre domestique, Becky, qui partage la chambre voisine.
On sent
Sara animée du désir de se faire aimer malgré tout. Car elle se rend
compte que le toit et le repas est loin d'être assuré, que le moindre
faux pas pourrait la priver même du strict nécessaire. Alors la voilà à
se plier à toutes les tâches les plus ingrates, se faisant rudoyer par
les domestiques devenus ses supérieurs hiérarchiques. Mais Sara ne se
démonte pas : Lottie lui voue toujours un amour inconsidéré, Becky elle
aussi devient une amie intime. Il y a aussi la boulotte Ermy qui rode
dans les parages, toujours fascinée par ce qu'a été et ce qu'est
maintenant la petite princesse.
Deuxième tome de la série, on
saura qu'il y en a 4 de programmés, ceci explique les grands raccourcis qu'emprunte cette
saga. Car du premier au deuxième tome il n'y a quasiment pas eu de
transition entre Sara, au plus haut de la pyramide, et Sara, princesse
déchue. On apprend aussi dans le même volume que la petite est
recherchée par un homme venu des Indes. Laissez-moi vous dire qu'on sait
très bien de quoi il en retourne. Il se pourrait donc que la misère, à
laquelle est réduite la fillette, soit de courte durée.
Mais tout
comme dans le dessin animé, on est bien content que Sara garde son âme
d'enfant, qu'elle continue à rêver malgré la dureté des épreuves qu'elle
endure. Car, même au plus bas, Lavinia n'a pas dit son dernier mot et
heureusement que de solides amitiés se sont nouées depuis lors.
Quant
aux dessins, vraiment je ne suis pas fan ! Je pense que la collection
Blackberry, destinée aux petites filles, reste fidèle à sa ligne
éditoriale. Les lectrices seront sans doute friande de toutes les
parures, de tous les contrastes au sein du pensionnat, quant à moi je
crois que je me serais bien contentée de dessins plus sobres et mesurés.
Mais c'est une appréciation d'adulte alors bien sûr elle a peu de poids
face au public ciblé qui, je suis sûre, sera très enthousiaste par ces
dessins très novateurs.
Princesse Sara, 2) La princesse déchue - Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (dessins)
(Editions Soleil, 2010, 48 p., collection Blackberry)
12 octobre 2010
Princesse Sara (tome 1) d'Audrey Alwett et Nora Moretti
Autant le dire d'emblée, je ne pouvais passer à côté de l'adaptation en BD du roman de Frances Hodgson Burnett, Petite princesse. Bon autant l'avouer, moi c'est le dessin animé Princesse Sarah qui m'avait tapé dans l'œil et qui est restée pour moi une référence depuis ma plus tendre enfance.

Sara
est une jeune fille qui a grandi aux Indes avec son père, le capitaine
Crewe. Sa mère, française, est décédée et c'est donc dans un parfait
petit cocon qu'elle a vécu jusque là, dans le faste et les richesses. La
BD commence sur la décision du père de placer Sara dans une institution
anglaise pour parfaire son éducation. C'est dans le pensionnat très
strict de Miss Minchin que la jeune fille va passer ses prochaines
années.
Et c'est un déploiement de toutes les merveilles de ce monde
qui accompagne l'arrivée de la fillette. Dotée d'un très beau trousseau,
d'une chambre à la hauteur de son rang social, elle attise les
jalousies. Mais Sara reste très humble vis-à-vis de ses camarades, ne se
vantant pas de sa "supériorité". C'est Émilie, la poupée qu'ils ont
acheté avec son père, qui retient son attention, qui devient sa
confidente. Dans le sillon de Sara il y a la méchante Lavinia, envieuse
de s'être fait voler la vedette, il y aussi la potelée Ermengarde et la
petite Lottie, orpheline de mère également.
Une notion à
souligner pour tous les adeptes du dessin animé (je ne dois pas être la
seule) : une partie de l'histoire à été revisitée au profit d'une
version "steam punk". Ne me demandez pas de quoi il s'agit car je suis
assez nulle dans ces différents genres de la science-fiction ! D'après
l'histoire, j'en conclus qu'on a voulu une sorte de modernisme qui
confère une aura magique à l'action. En effet, quelques personnages sont
en fait des automates, appelés des "live dolls". Je pense à Amélia
(rappelez-vous, c'est la bienveillante demoiselle qui seconde Miss
Minchin), à Mariette (la femme de chambre de Sara) qui peuvent se
détraquer et donc on remonte le mécanisme comme sur des poupées. On
apprend d'ailleurs que c'est le capitaine Crewe qui est à l'origine de
la fabrication de ces automates d'où sa considérable fortune.
Maintenant
place aux bémols même si je pense qu'on peut passer outre. Je pense
notamment aux dessins de la BD qui m'ont quelque part un peu dérangé.
J'aurais souhaité des personnages plus fidèles à la réalité car les
visages de ceux-ci me paraissaient plus correspondre à ceux des Totally Spies
qu'à ceux de la Princesse Sarah que j'avais adoré à l'écran. Il n'y a
qu'à voir les grands yeux ou les cheveux violets de la petite Sara de la
BD...
Mais j'imagine que c'est un choix ! C'est vrai que jusqu'au bout la physionomie des personnages m'aura "choqué".
Mais
il n'en demeure pas moins que j'ai suivi ce premier tome avec plaisir,
que j'ai même enchaîné sur le deuxième tome dont je vais vous parler
tout prochainement.
Princesse Sarah : 1) Pour une mine de diamants - Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (dessins)
(Éditions Soleil, 2009, 48 p., Collection Blackberry)
06 octobre 2010
Syndrome 1866 de Naoyuki Ochiai
J'ai incontestablement bien accroché à ce manga dont la couverture m'avait intrigué et devant laquelle je passais en sachant que j'allais tôt ou tard y venir. Et que j'avais raison !

Miroku est comme beaucoup de jeunes actuellement, un neet (not in employment, education or training)
c'est-à-dire un jeune homme en rupture sociale : qui ne suit plus aucun
cursus et qui est sans emploi. Bref, il est bien isolé et presque en
rupture familiale puisqu'il vit loin de sa mère et de sa soeur de qui
il cherche à s'éloigner.
Un soir dans la rue il se fait aborder
par une collégienne (Risa) qui lui propose ses services en tant que
prostituée. Choqué, il décide de remonter la filature et tombe sur
Hiraku, proxénète en puissance et pourtant elle aussi collégienne.
Miroku décide donc d'observer le manège et peu à peu germe en lui
l'idée de se venger. Car Risa est traitée comme un chien, qu'elle
s'exécute sans discuter et qu'Hiraku amasse le pactole sans aucun
remords et fait même preuve d'un sadisme rare pour quelqu'un de son
âge. Même si notre héros est étranger à l'affaire, il n'en reste pas
moins outré, révolté et décide d'éliminer Hiraku, celle qui de son
plein gré soumet et rabaisse les gens.
Est-ce un bien pour la
société de se faire justice soi-même? Est-on suffisamment distancié et
raisonnable pour tirer les ficelles et décider de l'existence d'autrui?
La quatrième de couverture nous indique que c'est une adaptation libre de Crime et châtiment de Dostoïevski. Autant vous dire que la référence m'a pour le moins interpellé car, même si je n'ai pas lu ce chef-d'œuvre russe, Les frères Karamazov restent dans mes top 5 des meilleurs livres lus jusque-là. Donc voilà, citez Dostoïevski et vous pouvez être sûr que je courrai derrière !
J'ai
eu un peu de mal à me faire au dessins qui ne ressemblaient pas à ceux
que j'avais vus dans d'autres mangas : moins stylisés, moins
"approfondis". Toutefois, une fois prise dans l'action j'ai été
embarquée par le fil narratif : par ce héros qui a l'air de perdre les
pédales face à une injustice parmi tant d'autre. On lui sent l'âme d'un
justicier mais a-t-il les épaules suffisamment solides pour supporter
les "outrages" subis par de parfaits inconnus?
Voilà un premier tome
qui a tenu toutes ses promesses : il m'a posé de vraies interrogations,
m'a incité à me procurer la suite et c'est bien quelque chose que je
vais lire illico presto.
C'est un fait, j'aime les mangas
ambitieux, les mangas à suspense qui soulèvent des problématiques, qui
soulignent les grands maux de notre siècle et ici j'ai été servie !
Syndrome 1866 - Naoyuki Ochiai (Delcourt, 2010, 228 p.)
07 septembre 2010
Lydie de Zidrou et Jordi Lefèbre

Tout se passe dans l'impasse du "bébé à
moustaches", cadre de vie d'une petite famille installée depuis
longtemps au 3bis. Dans la maisonnée il y a Camille, la fille un peu
simplette sur qui tout le monde se retourne avec indulgence. Il y a le
père, homme intègre et protecteur, qui veille sur sa fille unique,
depuis le deuil de sa femme. Et enfin il y a un nouveau-né qui vient de
naître au domicile. La BD commence ainsi, sur cette naissance qui aurait
tout de miraculeux pour sublimer la vie de ces deux êtres esseulés.
Mais le bébé de Camille, Lydie, est mort-né. C'est l'affliction dans le
foyer, un drame pour la jeune fille qui vivait dans l'attente d'être
maman.
On vit quasiment sous le même toit dans l'impasse et les
habitants sont donc au courant les premiers. Chez tous on compatit, on
se lamente sur le sort de la pauvre Camille sur qui la vie s'acharne.
Mais voilà qu'un beau jour Camille accourt, son bébé est revenu à la
vie. Stupéfaction d'abord puis tous se rendent compte que Camille rêve
toute éveillée. Elle hallucine la petite présence, croit de toutes ses
forces (et est sans doute convaincue) du retour de Lydie. Les habitants,
d'abord décontenancés, ne peuvent que jouer la comédie devant cette
mère qui a retrouvé la joie de vivre. Tout le monde met la main à la
pâte pour que Lydie grandisse comme n'importe quel enfant : le médecin,
la boulangère, les enfants du quartier et même l'institutrice, tous font
une place à cette petite fille invisible.
Cette
BD est un grand, très, très grand coup de cœur ! La couverture m'avait
intrigué et j'ai donc pris un grand plaisir à lire cette histoire
hors-du-commun. C'est toute la solidarité d'un village qui se met en
branle pour faire renaître de leurs cendres une mère et sa fille. On est
touché de la simplicité de cette brave Camille qui lutte pour avoir
droit elle aussi à sa part de maternité. Quant aux dessins ils sont
juste très beaux, sobres comme sur une photographie en noir et blanc
mais aussi empreints d'une sorte de mélancolie reflétée dans des
personnages hauts en couleur. Pour ma part cela m'a rappelé les dessins
de Sylvain Chomet (dont j'avais adoré Les triplettes de Belleville et L'illusionniste), d'une grande force poétique et tout en nuances.
C'est
un vrai bonheur de prendre part à cette vaste entourloupe qui est en
fait un mensonge qui ne peut que faire du bien à l'âme et au cœur. On
ferme la BD avec le sentiment d'avoir grandi et de pouvoir accepter même
les plus grands bobards à partir du moment où ils peuvent rendre la vie
meilleure.
Merci à Belle Sahi et Val d'en avoir parlé, sans vous je crois bien que je serais passée à côté !
Lydie - Zidrou et Jordi Lefèbre (Dargaud, 2010, 56 p., Collection Long courrier)
22 août 2010
Dengeki Daisy de Kyousuke Motomi
Depuis la mort de son frère, l'unique parent qui lui restait, Teru vit seule, avec pour soutien moral, le téléphone portable que son frère lui a donné et sur lequel elle reçoit les mails d'un personnage mystérieux se faisant appeler "Daisy". Un jour, pour une raison idiote, elle se retrouve à travailler au service de Hurosaki, le gardien du lycée aux allures de voyou. Mais ce vaurien n'aurait-il pas quelque chose à cacher à Teru?

J'avoue avoir été très
emballée par l'intrigue avec ce mystérieux Daisy qui est la présence
bienfaitrice tapie dans l'ombre. Ce moyen d'échanger uniquement par mail
m'a d'autant plus intrigué qu'on sent une relation de frère et sœur qui
s'instaure au travers des mots réparateurs. Car Teru est encore très
marquée par la mort de ses parents, elle se sait pauvre et seule, et a
du mal à faire face aux moqueries quotidiennes dont elle est l'objet au
lycée. D'autant que ce fameux Hurosaki, devenu maître en l'art de
soumettre ces boucs émissaires attitrés, s'acharne à lui mener la vie
dure.
Un premier volume que j'ai emprunté car il figurait dans
les nouveautés. L'intrigue est assez sympathique même s'il semble
évident que le mal est représenté par les "filles à papa" et le bien par
les petites "Princesse Sarah" en puissance. J'ai hâte que la suite soit
en bibliothèque pour que je puisse savoir quelles sont les motivations
de Hurosaki, quels sont les griefs de Teru et comment le gentleman Daisy
("Dengeki" veut dire "prince charmant") va intervenir et se rendre
d'autant plus indispensable.
Oh et puis c'est indéniable qu'on ne peut qu'émettre de grandes hypothèses sur l'identité du prince masqué. Qui pourrait bien entretenir le mystère? Ne va-t-il pas y avoir de grands rebondissements pour que cette amitié fraternelle dépasse les frontières du virtuel?
Dengeki Daisy - Kyousuke Motomi (Kaze, 2010, 192 p.)
20 août 2010
Mon printemps de Jiro Taniguchi & Morvan
Capucine vient d'avoir 8 ans. C'est une petite
fille comme les autres... A un détail près :
Capucine est porteuse de trisomie 21. Le pire pour elle, c'est qu'elle
n'en a que très peu les caractéristiques physiques : les braves gens ne
comprennent donc pas pourquoi elle est "si bizarre"...
Premier volet de ce polyptyque en quatre parties, quatre saisons, c'est au printemps que démarre l'histoire. Nous faisons connaissance d'une petite fille enjouée, Capucine, choyée par ses parents et sa famille, qui évolue dans un monde un peu trop grand pour elle. En effet Cap' (comme elle est surnommée) a du mal à s'adapter à son environnement quotidien : à cette tante qu'elle blesse sans le vouloir, à cette école où elle regarde les mots comme s'ils étaient de beaux dessins abstraits. Car Capucine est trisomique et le CP est une étape délicate pour elle. Elle tente de faire plaisir, de répondre en classe aux questions de la maitresse mais tout tombe toujours à plat. C'est donc une année charnière où Capucine va être confrontée à ses propres problèmes mais aussi à ceux des autres.

(La planche est assez illisible mais sur certaines autres critiques, dont les liens sont en bas, j'ai vu qu'elle passait mieux)
Moi cette BD m'a touchée et je savais que ce serait le cas car j'avais eu vent du sujet et m'étais dit que ça m'intéresserait de voir le quotidien d'une handicapée dans ces jeunes années qui forgent et marquent une vie. Les dessins sont superbes grâce au trait impeccable de Jean-David Morvan. Quant à l'histoire, elle est touchante, émouvante mais en même temps pleine de finesse car on ne jette pas un regard de commisération sur la petite Capucine. On est prêt à l'épauler dans toutes les épreuves auxquelles elle aura à se confronter : "une école de la République qui la pousse vers la sortie", une famille qui en vient à douter du fait d'avoir gardé l'enfant après tant de luttes et d'échecs.
Sans conteste je suivrai les trois autres tomes de près. Voilà une belle entrée dans le monde de Taniguchi et une excellente collaboration avec un auteur français qui augure de bien beaux ouvrages futurs ! Qu'il me tarde de les lire !
C'est Hérisson qui m'a précédé dans cette lecture et qui a elle aussi beaucoup apprécié le tout. Saxaoul et Mango ont été les déclencheurs de cette quête. Et autant ajouter Cacahuète qui en a fait une chouette critique également ! Mais beaucoup de blogueurs ont succombé, vous laisserez-vous tenter également?
Mon année : 1. Printemps - Jiro Taniguchi & Morvan (Dargaud, 2009, 64 p.)






