22 juillet 2010
Jimmy et le Bigfoot de Pascal Girard
Aujourd'hui je vais vous parler d'une BD (encore?!) qui a su me surprendre et bien agréablement même. Autant dire que les BDs sont un genre à part auquel je m'adonne de temps en temps pour me "forcer" à mettre un peu d'image avec un texte.
J'ai donc reçu Jimmy et le Bigfoot de Pascal Girard, aux éditions de la Pastèque.

Autant vous dire tout de suite que j'ai eu un bon aperçu de la BD avant même de l'avoir en main. En fouinant à droite à gauche j'ai donc découvert que c'était un produit tout ce qu'il y a de plus québécois. A moi le dépaysement avec un texte qui sent bon les sonorités venues d'ailleurs. Eh oui, nous sommes dans le Saguenay, région "perdue" du Québec où Jimmy, un adolescent presque comme tous les autres, mène son bout de chemin sans rien demander à personne.
Mais Jimmy a cédé - ou s'est laissé convaincre -, il s'est fait filmer alors qu'il dansait. Ni une, ni deux son copain diffuse la pépite sur Youtube. Direct c'est le buzz et le vidéo est visionnée plus de 950 000 fois. La célébrité dont il rêvait est-elle maintenant à portée? Dans son bled tout le monde se connait, Jimmy connait en fait "la joie" d'être approché, imité voire même merchandisé, bref il devient une sorte de risée sur qui tout le monde se retourne.
En plus de l'effet boule de neige, Jimmy a un oncle solitaire tout ce qu'il y a de plus sympa. C'est un "bate de gars" comme on dirait chez nous. Voyant les retombées sur son neveu, il décide de filmer et de mettre sa vidéo où il a croisé un Bigfoot sur le net. Et rebelote pour le pauvre Johnny qui revient, de fait, sur le devant de la scène. Je vous épargne sa vie annexe toute compliquée avec une fille qu'il aime en secret, un copain qui flambe en public et un chat assez casse-pied. Et si vous voudriez même entendre parler de Chicoutimi, oui il en est fait mention dans cette BD (frérot, spéciale pensée pour toi).
Bienvenue dans le Saguenay, bienvenue dans le royaume d'un jeune qui flirte avec tout et surtout avec ces nouveaux médias qu'on ne contrôle pas ! Un langage fleuri, des dessins simples et aux teintes assez chaudes, voilà de quoi voyager sans trop dépenser. J'ai aimé les expressions québécoises, j'ai aimé le pauvre Jimmy qui a l'air d'être complètement dépassé par les événements et j'ai aimé le prologue qui ouvre encore de nombreuses voies sur la suite. Vraiment du bon tout ça !
Merci à
et aux éditions de la Pastèque !
Pour d'autres avis, je vous conseille d'aller jeter un œil chez Celsmoon et Kikine qui ont elles aussi passé un bien bon moment en compagnie de Jimmy.
Jimmy et le Bigfoot - Pascal Girard (Editions de la Pastèque, 2010, 48 p.)
20 juillet 2010
Rebecca de Martin Matje et Götting
Mon travail étant maintenant, pour quelques mois, de cataloguer des livres au sein d'une bibliothèque spécialisée dans la jeunesse, il m'arrive de lever les yeux et de tomber sur des ouvrages qui m'intriguent. Celui-ci ne pouvait que me taper dans l'œil, car l'illustration était déjà suffisamment équivoque. Surtout qu'en y regardant de plus près on tombe sur une sorte de vérité universelle (oh oui, au moins !) : "En finissant un bon livre, il semble que l'on quitte un ami" (Voltaire). Moi je dis qu'en guise d'introduction c'est tout de même très prometteur ! Et là je lis la quatrième de couverture et me dis que c'est tout moi cette petite fille dont je vais vous parler.

Rebecca
est une petite fille comme les autres mais ce qui la caractérise
davantage c’est qu’elle aime les livres. Elle aime tous les livres et
leur voue une telle admiration qu’elle flâne sans cesse dans les
librairies, qu’elle tente de partager (ou d'imposer, au choix
) son goût de
la lecture à son frère et aux amis de celui-ci. Rien de très fructueux
jusque-là mais Rebecca persiste et nous livre, à travers diverses
planches des récits de son quotidien.

On partage aussi toute sa consternation devant le manque total d’intérêt que montrent frère et amis lorsqu’elle tente de les initier au plaisir de la fiction. Mais que voulez-vous, on ne choisit pas ses frères, on ne peut que composer avec leurs passions à eux.

Pour entrer dans le vif du sujet laissez-moi vous dire que Rebecca est
une ardente fan de « Majestia », personnage phare de son auteur préférée
: Patricia Caduck. Tout n’est plus que futilité lorsque Majestia entre
en scène et là aussi son entourage a du mal à suivre.
C'est une BD
qu'on prend plaisir à lire (et c'est peu de le dire, je ronchonnais en voyant la fin approcher). Déjà son petit format à l'italienne est
vraiment très pratique pour la lecture. Et cette manière de suivre le
quotidien par série de quatre ou cinq images c'est tout de même
appréciable. Un enfant y trouvera son compte car il s'identifiera à l'un
des deux personnages (frère ou soeur, faites votre choix) et un adulte y
trouvera une autre réflexion. Car là on s'interroge sur la lecture, on
s'amuse de ces tranches de vie et on dévore les pages sans les voir
passer. Rebecca et son indomptable Majestia ont eu raison de moi.
Dommage qu'il n'y ait pas de suite ou de variante car les livres
traitant de livres sont toujours foisonnants d'idées et pleins de belles trouvailles.
Dessinée par Martin Matje et écrite par J.C.
Götting, cette série inaugurée dans Je Bouquine sous le titre "Rebecca
bouquine" vous permettra de faire le point sur cette pertinente
question.
Rebecca - Martin Matje et J. C. Götting (P.M.J. Editions, 1999, 38 p.)
01 juillet 2010
Je peux t'appeler Jean-Pierre? de Pauline Perrolet
Peu de choses à dire sur Pauline
Perrolet car elle vient de publier sa première BD aux éditions
Jean-Claude Gawsewitch. Rappelez-vous, c'est la même maison d'éditions
qui nous avait fait découvrir Moi vivant, vous
n'aurez pas de pause.
Après ses études à l’Ecole
Supérieure des Arts Saint-Luc à Bruxelles, Pauline Perrolet a lancé son
blog, Les
BD de Pauline et mis son talent d’illustratrice au service de
grandes marques telles qu’Orange, Canderel etc. Aujourd’hui, Pauline
Perrolet se consacre à la BD. Je vous conseille vivement d'aller
découvrir son blog qui met en ligne de sympathiques planches dont je ne
me lasse pas. C'est par ici.
(Source de la mini-bio : Jean-Claude Gawsevitch)
Et maintenant, voilà ce qui nous intéresse !

Elles s’appellent Monique, Betty, Lulu,
Odette, Claire ou encore Marguerite... Elles nous parlent de leurs
galères avec les hommes, de leurs histoires d’amour. Qu’elles soient
jeunes, vieilles, jolies ou moches, elles ont toutes un charme
irrésistible ! Dans la lignée de Claire Bretecher, Pauline Perrolet
signe une BD, Je peux t’appeler Jean-Pierre ?, où elle dresse des
portraits de femmes avec une bonne dose d’humour piquant.
Voilà
l'entrée en matière, voilà ce qui nous attire d'emblée lorsqu'on tourne
le livre. Et moi ce qui m'a interpelé encore plus c'est d'ouvrir cette
fameuse BD, de jeter quelques coups d'œil et de me dire "tiens c'est moi
ça", "tiens celle-là elle me rappelle telle copine". Car ces portraits
de femmes sont d'un mordant qui fait, si ce n'est rire, au moins
sourire. J'ai été particulièrement amusée par la femme - dont je n'ai
pas retenu le nom
- qui a
un prétendant un peu pot de colle et qui, lorsqu'il s'énerve de son
indifférence, retient finalement son attention. C'est tellement drôle,
tellement vrai ! Il faut qu'on soit un minimum "bousculées", nous femmes
aux goûts les plus select, nous qui ne regardons que les éphèbes
lointains et mystérieux. Soyez hautain et tranchant dans vos réponses,
vous serez à peu près sûr de nous avoir pendues à vos lèvres.
Avec
Dominique, découvrez l'art de jouer sur les quiproquos pour faire dire a
votre homme ce que vous voulez entendre. Avec Claire et Paloma,
apprenez a gérer la vie a deux, l'adultère et les défauts de l'autre en
toute sérénité ! Parce que ce sont des filles comme nous, venez
découvrir les histoires de ces drôles de dames.
(Source : www.bdenfant.info)
Moi j'aime et adhère à ce genre de projets ! Car même si les dessins n'ont rien de transcendant, ils nous invitent à nous pencher sur toutes les turpitudes que nous, demoiselles en mal d'amour, pouvons rencontrer. C'est jubilatoire de voir les hommes comme des spectateurs, de voir que les femmes ont vraiment un rôle à jouer dans les relations amoureuses. Je veux la suite ! (Qui semble d'ores et déjà en préparation)
Je recommande pour une pause détente sous un bon parasol et les pieds dans le sable chaud !
Pour un aperçu de ces condensés d'humour, n'oubliez pas, c'est ici !
Je peux t'appeler Jean-Pierre? - Pauline Perrolet (Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2010, 96 p.)
27 février 2010
Kurosagi, livraison de cadavres (T.1) d'Eiji Otsuka
Karatsu Kuro, étudiant dans une fac bouddhiste se retrouve bien
malgré lui entrainé
à rejoindre l'Amicale des étudiants. Derrière cette
communauté se cache un groupe de curieux personnages tous dotés de
pouvoirs particuliers, qui se chargent d'élucider les meurtres en
mettant la main sur les cadavres. Car les corps froidement tués ont encore bien des secrets à transmettre à des humains bien trop terre à terre pour remonter jusqu'aux assassins.
Une opération de bienfaisance que d'interpeller ces âmes en souffrance, mais est-ce bien pour la bienséance?
Plein
d'énigmes que ce premier tome nous propose : c'est un Karatsu bien
intégré se révélant indispensable qui semble prendre les rênes et mener
la bande.
Série peu commune dont la trame est engageante. On
ne se lasse pas des pouvoirs de chaque membre : l'un est télépathe,
l'autre a la faculté de parler aux extraterrestres et ainsi de suite.
C'est donc une bande bien insolite qui se forme et c'est bien connu :
l'union fait la force. Quand il s'agit de faire parler les morts plus
rien n'est impossible et le dénouement est à la hauteur de la sentence.
A
ne pas mettre toutefois entre toutes les mains car certains dessins
sont effectivement bien gores ! Interdit aux moins de 15 ans selon
l'éditeur et j'en conviens car certaines images sont assez crues, même pour un manga. Cela reste de la même veine que le fameux Ikigami, préavis de mort dont j'ai parlé récemment.
Ces mangas à suspens reposent sur de solides fondations : un élément perturbateur et toute l'intrigue qui se construit autour de cet obstacle à surmonter. Ici l'obstacle est le mort à qui il faut tenter de rendre la paix éternelle.
Kurosagi, livraison de cadavres (T.1) - Eiji Otsuka (Pika, 2006, 208 p.)
24 février 2010
Après l'amour, la sueur des hommes a l'odeur du miel de Mari Okazaki
Voici un manga qui regroupe cinq nouvelles qui laissent une grande place
au côté yuri (relations homosexuelles féminines) dans
la trame narrative. Pour exemple, la première nouvelle donne lieu à
l'installation de la cousine de notre personnage féminine. Et cette
arrivée vient perturber l'équilibre de notre héroïne, troublée par cette
grâce toute féminine si différente d'elle-même.
En ce qui concerne
la seconde nouvelle, elle m'a largement fait penser à "Ponyo sur la falaise" de Miyasaki (film d'animation
que j'avais adoré). La nouvelle est placée sous le signe de l'onirisme
avec une jeune femme, Moeko, qui en promenant son chien tombe sur une
plante qui prend peu à peu visage humain. Et de fil en aiguille la jeune
pousse qui va être personnifiée sous le nom de Kusako va attirer toute
la sympathie et toute l'affection de notre protagoniste. Quand la nature
devient un prétexte à l'évasion et à l'abandon, le réalisme perd de son
intérêt et en devient tout juste secondaire.
Dans la troisième
nouvelle c'est là aussi une histoire anecdotique qui met en scène deux
jeunes femmes, deux êtres à la dérive. Ce qui les lie? Elles sont
voisines et l'une en crise de somnambulisme vient toujours à terminer
ses nuits devant la porte de la seconde. Message caché, besoin de prise
en charge? Quoi qu'il en soit la belle voisine endormie réveille des
sentiments étranges chez notre narratrice qui entre irritabilité,
curiosité grandissante et malaise en vient à redouter les nuits, à
craindre cette intrusion inconsciente.
Dans la quatrième nouvelle
nous intégrons l'univers scolaire où plutôt l'absentéisme scolaire avec
une jeune fille qui vient porter les cours à une camarade qui déserte
les bancs de l'école. En effectuant le portage elle tombe toujours sur
la chambre du grand frère, jouxtant celle de son amie. Et ce huis-clos
familial, ce voyeurisme tout juste caché suscite chez les uns et les
autres des désirs de toujours pousser plus loin la porte des intimités.
Et si le grand frère entrait dans le jeu en tentant de séparer les deux
amies?
Dans la dernière nouvelle on retourne à l'école avec
l'arrivée d'une nouvelle professeur qui est bien loin de faire
l'unanimité chez ses élèves. Seul notre protagoniste semble éprouver un
vif intérêt à cette nouvelle arrivée qui tente tant bien que mal de
donner vie à la musique chez ses adolescents en quête de sens.
Une
piste domine dans ces nouvelles, celle de la nécessité de fuir la
solitude. On sent confusément que les personnages, essentiellement
féminins, sont des êtres fragiles et dont le mal de vivre trouve un peu
d'apaisement dans la cohabitation avec les autres. Quant au titre, il
s'avère assez énigmatique car il fait référence à la première nouvelle
et désigne la sueur de la jeune cousine tout juste débarquée qui sent
l'homme. Cette confusion des genres, des sens accentue l'ambigüité des
sexes, et nous amène à croire que même si cette mention de sueur est
désagréable, l'odeur de miel est elle attractive. Entre rejet et
fascination, nos personnages sont donc sujets à des émotions contraires
qu'ils ne contrôlent pas.
En définitive, c'est un recueil qui m'a
laissé perplexe car les images sont belles, les histoires sont très
diverses mais on ne voit pas trop où le mangaka veut nous mener. On
arrive à chaque dénouement en se disant qu'on n'a peut-être pas cerné le
fin mot de l'histoire. Tout est en suggestion, en poésie on se dit
que la subtilité nous échappe peut-être, mais on se laisse volontiers emporter dans le flot des sentiments.
Après l'amour, la sueur des hommes a l'odeur du miel - Mari Okazaki (Delcourt, 2005, 155 p.)
13 février 2010
Catsby (T.1) de Doha
Moi, c'est Catsby. Un matou âgé de 26 ans et des poussières. Un
traîne-pattes sans ambition. (...) Pour un mâle qui n'a pas fait les
grandes écoles ni une spécialité prometteuse, le droit de choisir un
métier est un luxe. La seule chose qui me console, c'est le fait qu'il
n'y ait pas que moi qui soit dans la merde...
Voici donc le
quotidien d'un jeune chat chômeur et désœuvré. Il vient de subir une
rupture amoureuse et se remet tant bien que mal sur ses pattes. Avec un
colocataire chien, compagnon d'infortune c'est une vie de bohème qui
s'offre à lui. Et ce titre de Catsby (ou The Great Catsby en anglais) n'est pas sans rappeler Gatsby le Magnifique de Fitzgerald : même désinvolture feinte, même classe naturelle...
La série Catsby
a d'abord été diffusée par son auteur, Kang Do-ha, sur internet, avant
d'être publiée sous forme de livre. Elle sera prochainement portée à
l'écran. La série s'inscrit par ailleurs dans un ensemble plus vaste :
une trilogie consacrée à la jeunesse urbaine contemporaine, Drama of Youth, dont Catsby est le premier volet. Kang Do-ha a commencé à dévoiler en 2006 les premières images du second volet de ce projet, Romance Killer. De quoi se familiariser aux manhwas (bande-dessinées coréennes) en douceur...
Waw,
j'ai adoré ce personnage de chat ! Prendre des traits félins fait
passer de nombreux messages par détournement
mais les problèmes
d'actualité (le chômage) ou les désillusions amoureuses sont des soucis
qui nous interpellent. En plus les dessins sont superbes et l'histoire
tient toutes ses promesses.
Pour preuve, j'ai achevé dans la foulée le 2 et le 3 et me réserve les trois derniers tomes pour mes heures perdues. Car mine de rien on s'attache à ces personnages presque humains qui connaissent tout le tragique d'une société en branle. Je recommande !
Catsby (T.1) - Doha (Casterman, coll. Hanguk, 224 p.)
31 janvier 2010
Brothers (T.1) de Sho-U Tajima
Dans cette série il y a trois personnages : Shunpei Akai (le fils aîné), Anko (la sœur cadette) et Kyohei
(le second fils). Ils sont triplés dizygotes et ont tous 14 ans.
Shunpei est blond (bizarre pour un japonais), il est l'idole des filles
mais c'est aussi le bouc émissaire de son prof de sport. Anko est quant
à elle une fille adulée que tous les garçons admirent. Enfin Kyohei
est, quant à lui, joueur de guitare dans un groupe de rock. Ils
partagent une relation fusionnelle qui frôle l'ambiguïté car les deux
frères convoitent leur petite sœur. Ils la protègent, la chérissent,
l'excluent de toute relation normale. Mais Anko semble se complaire
dans les relations exclusives avec ses frères et tente même d'attiser
leur jalousie. Dans ce récit, on place le cadre d'une relation malsaine
mais que le mangaka a souhaité plus suggérée que réellement mise en
œuvre dans une réalité.
Eh bien, j'ai bien aimé le dessin
notamment celui en couverture et ceux en pleine page qui révèlent des
personnages très stylisés. Mais le scénario de ces deux frères qui
pourraient se battre pour vivre une relation avec leur sœur m'a mise
mal à l'aise. Le mangaka l'évoque d'ailleurs dans la bouche de Shunpei
qui s'adresse à Kyohei tu te crois capable d'épouser Anko?! On est frères et sœur à la fin !!! On n'est pas dans un manga !!!
Je crois que c'est justement le souci : pour moi, même dans un manga, ce genre de fantasmatique m'échappe !
Mais je crois que je me procurerai quand même les autres tomes pour voir comment la relation va évoluer.
Brothers (T.1) - Sho-U Tajima (Glénat, 2007, 182 p.)
30 décembre 2009
Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses de Leslie Plée
Leslie vient de terminer ses études et vient s'installer à Rennes
auprès de son petit-ami. La vie semble lui sourire car peu de temps
après elle décroche un emploi dans une grande surface culturelle pour
travailler en tant que libraire. Dans cette BD, l'auteur nous livre
tout son cheminement de l'enchantement des premiers temps après
l'embauche jusqu'à sa toute récente démission. Et la BD est savoureuse
d'anecdotes qui collent parfaitement à la situation des libraires.
Pressés de vendre le livre comme n'importe quelle marchandise, nos
vendeurs sont en fait exploités jusqu'à cette mémorable réplique d'un
des chefs de rayon "moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses".
Effectivement,
les conditions de travail paraissent assez pénibles : chacun pour soi
dans son rayon mais tous endoctrinés pour faire du profit.
Les dessins
épurés rendent bien justice à ces situations grotesques
rendues au
mieux. Je pense que en bon bibliophile qui se respecte, on envierait quiconque de travailler en librairie pour le
plaisir de côtoyer des livres mais on se rend rapidement compte que le
charme quasi désuet de la profession de libraire pâtit des exigences du
marché. La majorité du temps est employée à la manutention et les
conseils prodigués restent excessivement rares.
Désopilant par moment, j'ai apprécié cette BD qui est tout à fait réaliste et nous permet de plonger dans l'envers du décor.
Lu aussi par Emeraude, Reno, Jean-François, Laure, Estelle, Clarabel, Laël, MichelH, Théoma et je vous conseille aussi le très beau blog de l'auteur Leslie Plée !
Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses ou Comment j'ai cru devenir libraire - Leslie Plée (Jean-Claude Gawsewitch, 2009, 95 p.)
21 décembre 2009
Ikigami (tome 1) de Motorô Mase
Mon initiation aux mangas est toute récente car j'étais auparavant totalement réfractaire à ce genre que je qualifiais (à tort) de torchon. Pour moi les mangas se cantonnaient à être ces scénarios pour petites adolescentes avides de super pouvoirs ou d'amours bien mièvres.
C'était sans compter ma découverte des seinen (mangas pour adultes) qui recèlent des séries passionnantes. J'ai en plus la chance d'avoir un manga café dans ma ville (Amiens) où il est possible de s'installer toute une après-midi dans une petite pièce aménagée avec une conso et de découvrir tous les tomes 1. De l'incitation à sortir le porte-feuille après me direz-vous ! Eh oui... j'ai succombé pour les suites, toute penaude et déjà assoiffée de m'y replonger !
Première immersion : Ikigami de Motorô Mase

Nous sommes dans une société bien particulière car des mesures ont été prises pour créer une civilisation meilleure. A leur entrée à l'école les enfants sont vaccinés et sur 1000 d'entre eux, une micro-capsule nocive a été injectée qui explosera lorsque l'étudiant aura entre 18 et 24 ans. Cette menace tend à rendre toute la valeur de la vie à ces enfants ultra protégés et trop gâtés. Ainsi, le fonctionnaire Fujimoto que nous suivons a pour mission de délivrer le sésame (l'Ikigami) indiquant la sentence terrible qui fait l'effet d'une bombe sur tous les condamnés à mort. Et ces jeunes gens sont bouleversants : ils profitent des derniers moments pour régler leurs comptes ou pour réaliser leurs rêves.
Là aussi c'est une bien bonne surprise que ce manga au procédé implacable. Les arrêts de mort sont comme des révélateurs de conscience sur l'injustice du sort, du hasard et sur la troublante politique japonaise. Cette loi sur la "prospérité nationale" interroge d'autant plus que la mise en scène du conservatisme mêlée aux innovations achèvent de nous interloquer sur cette fameuse sélection de l'État.
J'ai tout simplement adoré ce thriller d'anticipation qui s'est trouvé en rupture de stock à sa sortie en France (comme je le comprends!) et vais m'empresser de lire la suite !
Ikigami, préavis de mort (T1) - Motorô Mase (Asuka, 2009, 206 p.)




