15 mai 2012

Une histoire des parents d'écrivains d'Anne Boquel & Etienne Kern

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Après avoir lu et adoré Une histoire des haines d'écrivains, je ne pouvais que me précipiter vers ce second livre des mêmes essayistes, qui est, on peut le dire d'emblée, tout aussi génial. Car, on s'en doute un peu, les parents ont une influence énorme sur leur rejeton, qu'il soit écrivain ou autre. Dans le cas présent, il est curieux voire délectable de constater que les réactions quant à la vocation de leur fils, fille sont on ne peut plus contrastées. Entre les parents de Robbe-Grillet qui jubilent des publications de leur fils et les parents de Lamartine ou Baudelaire qui, au contraire sont déçus du choix de carrière de leur fils, il y a un monde. En effet, choisir d'être écrivain n'est pas anodin surtout pour des parents espérant un salaire assuré dans des métiers plus convenables, plus établis aux yeux de la société.

Outre les réactions épidermiques de ces parents tourmentés, il y a ceux qui collent parfaitement à la réputation faite dans les livres comme la mère de Jules Renard, avec qui les relations ont été tendues, comme il l'exprime dans Poil de carotte. Et encore plus poussé, il y a Hervé Bazin dont la mère semble bien être une Folcoche des plus détestables. Par ailleurs, il y a aussi des parents qui lisent avec attention toutes les œuvres parues et qui s'offusquent lorsque la fiction ne rejoint pas la réalité. Ainsi, la mère de Sartre nie l'enfance telle qu'elle est racontée dans Les mots.
D'un autre point de vue, j'ai adoré la réaction de Madame de Lamartine (encore elle) à la lecture de ces vers :

Déjà l'herbe qui croît sur les dalles antiques
Efface autour des murs les sentiers domestiques
Et le lierre flottant comme un manteau de deuil,
Couvre à demi la porte et rampe sur le seuil.


Où celui-ci est-il allé pêcher l'idée du lierre? Pour ne pas laisser courir les commérages sur l'infidélité à la réalité, Madame de Lamartine décide donc de planter le fameux lierre. C'est assez touchant de prêter tant de crédit aux mots !

Tout au long de cet essai, on constate que les écrivains ne sont pas égaux devant la littérature ni surtout devant leurs géniteurs. Tandis que certains sont soutenus (ainsi de Pierre Verne qui peu à peu laisse sa chance à Jules et le corrige même dans ses innombrables fautes d'orthographe), d'autres suscitent l'indifférence (comme la mère d'Apollinaire qui disait que "rien [ne la poussait] à s'intéresser à la littérature, surtout à la[si]ienne") voire l'hostilité pure et dure.

J'ai appris beaucoup de choses avec ce livre et ai trouvé particulièrement instructives les notices biographiques, en fin de livre, qui donnent un autre éclairage sur l'écrivain engendré ainsi que sur ses œuvres. En effet, ces repères concrets m'ont permis de mieux cerner le contexte dans lequel évoluent ces écrivains de tout temps mais tous influencés par une famille omniprésente. Un vrai plaisir de lecture ! Et dire que c'est du réel...

Une histoire des parents d'écrivains - Anne Boquel & Etienne Kern (Flammarion, 2012, 316 p., collection Essais)

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09 mai 2012

Au Japon ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime - Elena Janvier

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Je suis tombée sur ce petit livre un peu par hasard, en farfouillant sur ce qui se faisait sur le Japon car j'envisage de lire prochainement des romans de là-bas. L'idée d'une présentation en abécédaire avec de constants allers-retours entre France et Japon m'a charmée. Et les mots-clé sont particulièrement significatifs pour exposer des divergences qui placent le Japon sur un piédestal oriental. D'autant plus que toutes ces observations sont pointées avec beaucoup d'humour. On sent un certain plaisir à évoquer des évidences ou à brouiller les pistes en énonçant des propos qui nous échappent, nous pauvres Français reclus.
Je ne résiste pas à l'envie de vous mettre quelques exemples de définitions :

Moustiques : Au Japon, les moustiques sont noirs mais tachetés de blanc. On se surprend à trouver cela assez joli, ça change des coccinelles. Pour le reste, ils font exactement le même boulot que tous les moustiques du monde. (p. 53)

Le plus chouette c'est d'évidemment de débuter le livre par le mot "amour" avec cette formule - particulièrement intrigante - qui donne son nom au livre. Car le saviez-vous qu'on disait "il y a de l'amour" et non pas "je t'aime"? Ce qu'ils sont impersonnels ces Japonais ! Tiens d'ailleurs, petite observation mais il est dommage qu'on n'ait pas les traductions de toutes ces formulations. Car même pour ceux qui n'y comprennent rien (moi compris), avoir vent de vocabulaire japonais dans le lot, cela aurait apporté un charme en plus.

Et comme nous sommes principalement ici pour parler livre, je ne pouvais que vous livrer ce passage concernant le livre de poche qui est juste irrésistible :

On a beau être un livre de poche sans prétention, au Japon on a tout de même sa dignité : on porte jaquette et marque-page, couverture finement toilée et parfois même un véritable signet tissé en pages centrales. Au moment de régler votre achat, le libraire vous propose de couvrir votre livre, pour éviter de le salir dans les transports ou de l'endommager au contact des divers objets de votre sac. (p. 71)

Si seulement en France on en prenait de la graine !
En conclusion, même si le ce petit "guide" est fin, il n'en est pas moins fort utile pour appréhender la culture nippone, pour se faire une mise en bouche des habitudes et trains de vie. Cela m'a donné le goût de me rapprocher de leur civilisation car, dans leurs différences, ils semblent étrangement fascinants !

Et sur l'auteur, ou plutôt les auteurs : Elena Janvier est un heureux trio de trois jeunes Françaises ayant vécu au Japon. (Source : Arléa)

Au Japon ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime - Elena Janvier (Arléa, 2012, 125 p.)

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06 décembre 2011

No kid, quarante raisons de ne pas avoir d'enfant de Corinne Maier

Je sens que quand vous lirez ce billet, vous vous direz que la Mélopée est une vieille fille, un brin anarchiste, féministe, égoïste (et plein de mots en "iste"). Il n'en est rien, je me documente et ça donne ça :

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Ce livre s'est un peu imposé tout seul après ma lecture du dernier de Linda Lê, A l'enfant que je n'aurai pas. Souhaitant me renseigner davantage sur le sujet de la non-maternité, je suis tombée sur cet essai qui a créé la polémique à sa sortie puisqu'il est véritablement un pamphlet contre le fait d'avoir des enfants. L'auteur est pourtant elle-même mère de deux enfants, mais cet essai montre bien la déception engendrée par cette filiation. Et en un listing de quarante points, l'auteur dévoile 40 arguments qui pourraient venir à bout des futures mères les plus en mal d'enfant.

Corinne Maier dépeint des situations de la vie courante, lève le voile sur tous les déboires qu'apporte la maternité puis la parentalité. Et il y a du véridique dans ses exemples comme ces parents qui, trop fiers de leur progéniture, exhibent ledit enfant, le mettent en scène dans des faire-parts, blogs ou autres billets de nouvelles. Et que dire de l'autocollant "bébé à bord", un indispensable assez futile pour tous ces parents, bien heureux de proclamer qu'un petit être trône à l'arrière de la voiture. Même si les situations m'ont fait sourire, m'ont donné à réfléchir, à voir d'autres aspects du débat, j'en suis tout de même ressortie critique car mon idée reste la même : j'aurai des enfants ! Soit, des désillusions, comme partout, on peut en avoir, mais renoncer à cette chance de devenir mère, ça non ! En tout cas, pas pour moi !

Finalement, j'ai pris ce livre au 34ème degré et y ai quelque part trouvé matière à rire, à gentiment me "choquer" ou simplement à me confronter à un autre point de vue. Mais tout compte fait, n'est-ce pas la polémique, d'un avis à contre-courant de l'opinion publique, qui est la véritable matière de ce livre? Je m'interroge et lui accorde le bénéfice du doute car ce livre reflète une originalité et un militantisme revendiqué. Mais qui est égoïste, pour le coup? Est-ce la mère frustrée ou celle qui, campée dans sa propre vie sans aucune autre forme de descendance, rumine son aigreur de la vie?

Avant de me faire lyncher, je tiens à dire que je ne prête aucun jugement sur le choix de vie des uns et des autres. A celles qui ont choisi d'enfanter, tant mieux, à celles qui ont choisi de ne pas en être, tant mieux aussi... 0063

No kid, quarante raisons de ne pas avoir d'enfant - Corinne Maier (Michalon, 2007, 170 p.)

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25 juillet 2011

Une histoire des haines d'écrivains d'Anne Boquel et Etienne Kern

book_cover_une_histoire_des_haines_d_ecrivains___de_chateaubriand_a_proust_25483_250_400Quand une amie m'a prêté ce livre, je me suis tout d'abord dit "quel intérêt y a-t-il à parler des relations orageuses entre écrivains?". C'est donc dans cet état d'esprit que j'ai commencé cet essai, un peu circonspecte (car peu habituée aux essais) et peu convaincue de le lire jusqu'au bout.

Sauf que les deux auteurs, anciens élèves de l’École normale supérieure, ont un certain talent pour nous emporter dans les turpitudes d'écrivains qui, par leur nom, nous sont devenus familiers. C'est qu'ils ont fait un formidable travail de recherche pour nous pondre cet essai des plus intéressants !
"Avez-vous bien des ennemis" demande Balzac à Eugène Sue et lui de répondre "Oh ! très bien, parfaits et en quantité". Car avoir des ennemis est une préoccupation de taille pour ces écrivains aux egos surdimensionnés (je ne parle pas de Balzac ou Sue en particulier) car qui dit ennemi dit peut-être jalousie et convoitise.
Depuis l'essor de la presse et le tirage de plus en plus élevé des ouvrages, il y a de quoi regarder chez son voisin et pinailler. Zola innove avec son naturalisme et s'octroie les foudres des Anciens. Pour Hugo, Le rouge et le noir est écrit en patois. Quant à Sainte-Beuve, il est traité sans ménagement de "Sainte-Bave" par ce même Hugo". Les grands noms alternent et se succèdent dans toutes ces anecdotes issues d'un autre temps qui mettent en lumière des écrivains qui se savent importants et en jouent pour se tirer la couverture à soir.
Rien de tel que d'égratigner, les rivaux de la scène littéraire pour faire jaser dans les salons et s'attirer de la renommée. Certains comme Edmond de Goncourt accusera Zola de puiser dans son œuvre à chaque nouvelle parution (pour exemple : Germinie Lacerteux serait selon lui à l'origine de L'assommoir) : un plagiat savamment orchestré, en somme, qui aura tôt fait d'énerver l'illustre Zola passant derrière tout ça.
Ce qui est assez drôle dans cet essai c'est qu'on se rend compte que tout est motif à discorde : les amours des uns et des autres, les adultères, les romans trop avant-gardistes, les attitudes en société...

Pour finir, je ne peux que dire que cet ouvrage est excellent. Il fait sourire et donne un nouvel éclairage à ces sommités littéraires qui ont su s'imposer à travers les siècles. C'est de bonne guerre que de chercher querelle auprès de condisciples car ces gens-là de cessent d'innover et de briller de par leurs trouvailles langagières.
Ce livre s'engloutit comme un récit et c'est bien une histoire que les deux auteurs nous content ici. Une histoire construite à partir de solides références mais qui se laisse suivre sans effort aucun.
Merci à l'amie qui m'a prêté ce livre et qui, décidément, me connait peut-être mieux que moi-même ! Maintenant, je compte bien mettre la main sur Une histoire des parents d'écrivains, des deux mêmes essaiyistes.

Une histoire des haines d'écrivains - Anne Boquel, Etienne Kern (Flammarion, 2009, 336 p.)

Posté par Mélopée à 13:31 - Du côté des essais - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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