21 août 2011

Au commencement la nuit était musique d'Alissa Walser

La rentrée littéraire se poursuit avec cet ouvrage à la très belle couverture, chez Actes Sud. Il sort début septembre et est tout à fait surprenant !
Nous sommes à Vienne en 1777 et l'heure de gloire pourrait bien arriver pour l'ém51ofgs10inent médecin, Mesmer. Premier magnétiseur de l'histoire, il est chargé de redonner la vue à la fille du secrétaire de la cour. La demoiselle, Maria Theresa Paradis, particulièrement douée au piano doit pouvoir évoluer en societé, or sa cécité l'exclut des milieux mondains. Ses parents, ayant fait le tour de tous les spécialistes reconnus, s'adressent maintenant à Mesmer, leur ultime espoir. Mais n'est-ce pas vain de confier son enfant à cet homme aux pratiques mystérieuses? N'est-il pas un imposteur?
Maria Theresa reste donc avec les autres patients, en résidence permanente. Son quotidien est rythmé par les exercices et la musique. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, le miracle a l'air d'avoir lieu : la jeune fille recouvre peu à peu la vue. Les parents sont avertis et le bruit commence à courir que cette petite prodige pourrait bien honorer son rang, dans peu de temps. Mesmer cherche à temporiser, même si la notoriété soudaine sur sa pratique du magnétisme le flatte et le place lui aussi sur le devant de la scène. C'est le traitement sur la durée qui sera garant de la réussite de l'entreprise. Seulement, on s'impatiente et bientôt Maria Theresa Paradis est arrachée à sa maison pour s'exhiber sur scène, forte de son nouveau regard et de ses petites mains virevoltant sur le piano.

Que n'ai-je pas l'habitude de m'aventurer dans de tels romans ! C'est qu'un roman historique creuse les sillons d'un autre temps et que la vraie histoire des Paradis et du magnétiseur Mesmer me faisaient cruellement défaut. J'ai eu beau chercher matière à m'accrocher à cette fiction, j'ai comme survolé l'histoire car mon intérêt s'est fait fluctuant. Certes, rendre la vue à une aveugle est au fond un concept qui peut marcher, seulement Mesmer est loin d'être sympathique et la jeune pianiste m'a plus qu'agacé dans son entêtement à plaire aux uns et aux autres.
La plume d'Alissa Walser est néanmoins touchante, voire poétique et cela, je l'ai ressenti dès le titre. Il a pris tout son sens au fil des pages et c'est bien là une réussite.
Et les phrases sont courtes, concises, elles nous interpellent à chaque respiration. J'ai aimé cette poésie et ce parti pris de rendre le texte brut, plein de points et d'interrogations.

Dans sa chambre, le silence. Un silence étrange. Dense. Où sont les pigeons? Elle s'arrête. Pas même de pigeons endormis? Il est sans doute plus tard qu'elle ne croit. Est-ce que ce sont des taches, là, ou est-ce qu'elle se trompe? Les taches semblent fiables. C'est déjà ça. Fiables dans leur vacillement et leur tremblement agités. A son image. Elle renoue le bandeau autour de ses yeux. S'imagine qu'elle a pris soin d'eux, les a mis au lit. Comme la bonne la mettait au lit autrefois. Ils peuvent maintenant se reposer, Maria et ses yeux. Sommeiller doucement dans le fauteuil. Laisser défiler la journée depuis une hauteur sûre. (p. 122)

Encore un roman de la rentrée littéraire dont je ressors globalement satisfaite. J'ai eu l'impression avec celui-ci d'avoir exploré un pan de l'histoire. Je vous invite à vous renseigner sur l'histoire de Maria Theresa Paradis et de son docteur Mesmer, personnages qui ont bel et bien existé et dont la relation apportera, ne serait-ce qu'un instant, la lumière.

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Au commencement la nuit était musique - Alissa Walser (Actes Sud, 2011, 256 p.)

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Posté par Mélopée à 21:03 - Littérature allemande, autrichienne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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07 juin 2011

La septième vague de Daniel Glattauer

La_septieme_vague_170x253Ayant été complètement charmée par le principe d'échange de mails de Leo et Emmi, découvert dans Quand souffle le vent du nord, je ne pouvais qu'être enchantée qu'une suite m'attende. Car Leo et Emmi, sont des personnages avec lesquels on évolue en toute intimité presque en tant que canal commun. Le fait même qu'ils nous introduisent dans leurs messages, nous rend voyeurs de leur bonheur.

Attention ça va spoiler !

Ce second tome commence sur un sentiment d'amertume car Emmi n'a toujours pas digéré sa rancoeur  suite au départ précipité de Leo à Boston. Là-bas, il y rencontre Pamela avec qui il entame une histoire. De son côté, Emmi entérine la hache de guerre avec son mari Bernhard, pour le bien-être de ses enfants et pour enfin trouver la paix.
Mais le dialogue reprend malgré tout entre les deux qui n'arrivent pas à se quitter. C'est que leur lien virtuel est fort et qu'en deux ans et quelques, ils ont noué une relation basée sur le dialogue et la confiance. On a bien l'impression que leur relation platonique prévaut à leur "vraie" vie. Déjà, les deux se placent au centre, quant aux autres ils gravitent et donnent une échappatoire à leur propre histoire.
Mais on sent une Emmi amère, à l'humour grinçant et qui peut être parfois rancunière. On sent qu'elle n'a pas pardonné à son correspondant épistolaire qui l'a planté aussi bien en face à face que derrière son sempiternel écran. Quant à Leo, il ne sait pas ce qu'il veut. Entrant dans le jeu de l'indécision, des volte-face, du silence, il se fait désirer. Déjà qu'Emmi est particulièrement exaspérante dans son rôle de titilleuse professionnelle, ledit Leo lui rend la réplique à merveille. Ces deux-là sont faits pour s'entendre c'est sûr !
En somme, j'ai découvert dans La septième vague des personnages particulièrement horripilants (ce qui m'avait peut-être distrait au tout départ). On a sans cesse l'impression qu'ils trompent leur monde (Bernhard et Pamela en particulier) et se testent en même temps eux-mêmes. Mais est-ce donc cela le jeu de l'amour?!

Mon impression est ainsi nuancée : d'une part j'ai retrouvé la forme tant aimée (quel bonheur que ces petits mails éparpillés de ci de là au gré de la journée !), d'autre part je me suis heurtée à des personnages de plus en plus infantilisés par leur jeu virtuel.
On voudrait que les cœurs s'emballent et c'est en cela que Quand souffle le vent du nord aurait suffi. Or, ce deuxième volume semble stagner dans un réel brouillard. Y a-t-il une réelle évolution des sentiments? Est-ce que le temps écoulé a permis d'entretenir la passion ou, du moins, le lien amical?
J'en doute car la frustration est grande et il me semble peu vraisemblable de tenir deux ans en vivant à proximité (ou du moins au départ) sans se voir. A l'heure où les gens se fixent des rendez-vous pour le soir même, cette relation perd en crédibilité.
Malgré tout j'ai lu ce second volet en deux jours car oui c'est expéditif et c'est un appel au rêve, à la magie de l'instant. On se plairait pourtant à croire en tout cela et à se dire qu'Emmi et Leo font bien de prendre leur temps, ils n'ont que ça devant eux.

Un bon moment mais cette suite était-elle vraiment indispensable?
La question reste en suspens !

Merci à Stephie d'avoir fait voyager ce livre !

La septième vague - Daniel Glattauer (Bernard Grasset, 2011, 348 p.)

Posté par Mélopée à 13:16 - Littérature allemande, autrichienne - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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