19 avril 2012
Les larmes noires de Mary Luther d'Anna Jean Mayhew
Ce livre, je l'ai croisé au hasard sur la table d'une librairie. Sa couverture m'a interpelé avec ces deux personnages attendrissants qui semblent regarder vers un même ailleurs. Et en lisant la quatrième de couverture, j'ai tout de suite su que c'était pour moi puisqu'il était question d'un long périple à travers les États sudistes où la ségrégation fait rage. Ça n'a pas été sans me rappeler l'excellent roman de Kathryn Stockett, La couleur des sentiments, et même si la comparaison peut paraitre hâtive, cet ouvrage inconnu m'a laissé présager du meilleur et je crois pouvoir affirmer que je ne m'y suis pas trompée.

Nous sommes en août 1954 en Caroline du Nord. Jubie, 13 ans, est heureuse puisqu'elle part en vacances avec sa mère, son petit frère Davie, ses deux sœurs Stell (l'aînée) et Puddin ainsi qu'avec la bonne, Mary, que Jubie adore. Tout le monde est heureux de quitter la maison où les relations commençaient à être orageuse entre les parents et les enfants en étaient les témoins directs.
Mary est assise à l'arrière et tient lieu de compagnie et d'aide car le père fait défaut, il est resté à Charlotte pour des raisons obscures aux enfants (c'est après tout une affaire de grands, alors mieux vaut ne pas trop ressasser doutes et interrogations). C'est P'tite Mary (la fille de la bonne) qui s'occupe de lui qui est un peu porté sur la bouteille et ne sait pas gérer la maison tout seul. Pour les hôtes de voyage, il y a une étape à Pensacola chez l'oncle Taylor et ce n'est que le début d'une fuite en avant. Attention aux cahots, la traversée n'est pas de tout repos et on assiste à une délimitation des gens selon leur couleur.
C'est drôle comme certains romans vous happent, vous terrassent - le mot est fort mais le sujet est grave alors il me parait approprié - et vous laissent complètement déboussolé, à la merci d'émotions confuses. Celui-ci m'a plu ! Immensément même ! Je l'ai lu en étant immergée dans l'histoire de cette famille, sentant une menace sourdre mais ne sachant d'où le bât allait blesser. C'est donc avec le cœur suspendu que j'ai vu la narration gagner en intensité et surtout en tension et ai été complètement fauchée par le rebondissement qui touche chaque protagoniste, de près ou de loin. C'est poignant de justesse et ça m'a aussi permis d'intégrer des situations aberrantes, concernant la condition des Noirs, pendant cette période de ségrégation raciale aux États-Unis : ne pas se baigner avec les Blancs, se faire tout petit dans les restaurants, hôtels et autres lieux publics. Je vous en livre un extrait :
Nous prîmes le bus numéro 3 pour nous rendre au centre-ville. Stell et moi nous assîmes sur le banc derrière le conducteur et Mary partit vers le fond. Ses mollets tout maigres dans ses grosses chaussures mauves me faisaient penser à Minnie, la femme de Mickey. Une ligne jaune tracée sur le sol séparait le devant du derrière. Plus loin vers le fond, on devinait les restes effacés d'une ligne plus ancienne. Quand la compagnie de bus s'était rendue compte qu'il y avait bien plus de gens de couleur que de Blancs, ils avaient un peu avancé la ligne. Malgré tout, le fond était toujours bondé. (p. 159)
En définitive, j'ai été bluffée par ce roman en apparence léger puisque le voyage, comme trame de départ, est une joie pour tous les passagers. Seulement, comme dans tout bon roman, rien ne se passe comme prévu ! C'est l'atmosphère pesante qui prend fort à propos le dessus sitôt que les régions traversées sont moins amènes. On sent de l'hostilité envers les Noirs, on se doute que l'équilibre de toute une population ne tient qu'à un fil. C'est terrible et effrayant d'autant plus qu'on se l'imagine du point de vue d'une adolescente dont la bonne fait partie intégrante de la famille.
J'ai aimé les surnoms charmants des personnages : Meemaw pour la grand-mère, Stell, Puddin... on se sent déjà dans une fratrie resserrée où la bonne, Mary, a bel et bien toute sa place.
Oserai-je vous dire que l'auteur de ce roman avait 71 ans lorsqu'elle a signé ce premier roman? Qu'elle nous en donne encore d'aussi fameux, c'est - presque - un ordre !
Les larmes noires de Mary Luther - Anna Jean Mayhew (Balland, 2012, 381 p.)
15 février 2012
Le lanceur de couteaux de Steven Millhauser
Actuellement j'ai la main particulièrement heureuse dans mes lectures. Pourvu que ça dure ! En attendant, voici un récent recueil de nouvelles qui m'a entrainé vers d'étranges contrées d'où je ne suis pas tout à fait revenue. Belle surprise !

Quelle riche idée qu'a eu Albin Michel de traduire les douze nouvelles présentes dans ce recueil épatant ! Car Steven Millhauser a une plume vraiment superbe, ciselée et tranchante qui colle à brûle-pourpoint au nom de l'ensemble. J'ai découvert ici des historiettes où le fantastique n'est jamais bien loin d'une réalité qui se délite dans des nimbes quasi parallèles. Mon attention a été particulièrement captée par la première nouvelle : Le lanceur de couteaux où un public hypnotisé assiste à un numéro de magie hors du commun : les couteaux traversent la pièce et se plantent formidablement, à fleur de peau, une sorte de grâce émanant du lanceur chevronné. Le spectacle vire à la fascination malsaine puisque les proies volontaires saignent parfois, le sourire aux lèvres, hébétées et comme envoutées. Que se passe-t-il? Le faste et les paillettes ne cachent-ils pas un véritable cauchemar?
J'ai aussi beaucoup aimé la deuxième nouvelle où un jeune homme se rend au domicile d'un ami d'enfance l'ayant convié à son mariage prochain. Il est certain qu'il est préférable de faire connaissance avec l'heureuse élue avant les réjouissances.
Sauf qu'arrivé à destination, il s'avère que le fiancé compte s'unir à... une grenouille. Essaie-t-on de berner notre narrateur? Celui-ci feint l'indifférence ou du moins ne montre pas qu'il est complètement perplexe par la situation.
Intérieurement il se questionne, le prend-on pour un sot? Son ami veut-il le mettre à l'épreuve? En s'impliquant dans ce jeu de dupes, il pense être à la hauteur de son compagnon qui pourrait d'un instant à l'autre révéler la supercherie. C'est au premier qui craquera en somme. Sauf que...
Je me dois de vous parler d'une autre nouvelle qui m'a particulièrement captivée. Paradise Park, c'est son nom et pourtant le parc qu'elle décrit est loin d'être exempt de tout défaut. Son propriétaire, Danziker, a de nombreuses idées d'attractions toutes plus folles les unes que les autres. Pour donner libre cours à son imagination, il aménage un second parc en sous-sol où les manèges seront toujours plus impressionnants et les univers toujours plus développés, peuplés de créatures fantastiques et de recoins intrigants. Peu à peu les parcs se multiplient, sur différents niveaux, et les recettes ne font pourtant pas un bond phénoménal, bien au contraire. C'est que certains endroits sont plutôt malfamés car des petites frappes y ont fait leurs quartiers.
J'ai aimé dans cette nouvelle le début, où le parc paraît rayonnant et où son directeur, plein d'ambition, met du cœur à l'ouvrage. Puis la dégringolade de réputation, malgré les inventions toujours plus imprévisibles, m'a quelque part été un peu jubilatoire. On imagine le tenancier s'enfoncer dans son projet de parc ahurissant car il voit les choses en trop grand. Son entreprise souterraine est ce qui a l'air de lui tenir le plus à cœur même si c'est ce qui rencontre le moins de public (il creuse son trou, et c'est le cas de le dire !). La fin est quant à elle remarquable puisqu'elle est comme un bouquet final grandiloquent. Le feu d'artifice, on se le figure parfaitement à la lecture des dernières lignes où le parc est illuminé d'une aura particulière.
En conclusion, même si je n'ai évoqué que trois nouvelles, toutes sont délicieusement oniriques, fantastiques et bien écrites. Il y en a pour tous les goûts : des sorties nocturnes mystérieuses, un mari vengeur, des tapis volants, des automates, un vol en ballon... Le mélange hétéroclite nous entraine dans de nombreuses directions et nous suivons ce conteur de talent qu'est Steven Millhauser avec un enthousiasme grandissant.
Il est dur de dresser une critique d'un patchwork de nouvelles, quoi qu'il en soit c'est une véritable réussite qui séduira de nombreux lecteurs adeptes de rêves et d'évasion.
Un simple mot pour conclure? Merci ! ![]()
Mes copinautes de lien : Clara, Yv, Nina.
Le lanceur de couteaux - Steven Millhauser (Albin Michel, 2012, 304 p.)
05 février 2012
Le canyon de Benjamin Percy
Par ce week-end de grand froid, j'avais besoin de me réfugier dans un livre puissant, à la narration intense et pleine de péripéties. C'est chose faite avec ce tout récent ouvrage, Le canyon, qui déferle sur les blogs et remporte déjà des échos très positifs. Quant à moi, je suis emballée, ni plus ni moins !

La famille Caves a un rituel : aller chasser à Echo Canyon, dans l'Oregon. De père en fils, c'est une transmission que celle de partir un week-end entre hommes, isolés au milieu de nulle part. Cette année les choses changent puisqu'un projet immobilier menace de de dénaturer ce lieu préservé. Chez les Caves, Paul (le grand-père) est d'avis de remettre ça : partir une fois de plus avec son fils, Justin mais aussi avec son petit-fils, Graham pour qui c'est une première. Trois générations devraient donc aller de concert pour ce week-end de chasse qui s'annonce rude, dans une nature hostile, où la forêt se fait menaçante et où un danger imperceptible plane. D'un autre point de vue, se place Karen (la femme de Justin) qui reste à la maison en ayant formulé une seule requête : que Graham revienne sain et sauf. N'est-elle pas un peu autoritaire voire tyrannique, cette mère qui ne s'aventure pas hors de la chaleur du foyer? Quoi qu'il en soit, elle poursuit confortablement sa vie, laissant les hommes à leurs affaires de famille mais ayant toujours voix au chapitre tout au long de la narration.
Pour donner encore plus de piment à l'histoire, vient s'ajouter un jeune soldat, Brian, qui est de retour d'Irak et dont les souvenirs le hantent en permanence. Sa reconstruction est longue et difficile d'autant qu'il se sent seul et handicapé. Quel est le lien entre eux deux? Que vient-il faire à proximité? C'est ce qu'il vous est donné de découvrir dans cette histoire palpitante où la chaleur du feu crépitant vient vous bercer tout au long des pages mais où le danger omniprésent vous fait tourner les pages fébrilement, soupçonneux quant au tour que prendront les événements. Mais c'est le paysage et ses acteurs qui rendent la narration intense et à couper le souffle.
Paul se frotte la tête et la barbe avec la serviette avant de la jeter sur un rondin près du feu. "Quelque chose est venu rôder tout près cette nuit. Pas vrai, Boo?" Il s'accroupit à côté du chien, lui serre le cou et l'embrasse sur le museau. "Qu'est-ce que tu sens, Boo Boo? Un raton laveur? Un opossum? Le grand méchant loup?" (p. 164)
La quatrième de couverture m'a tout de suite fait penser aux romans de David Vann. Ayant beaucoup apprécié les deux, je ne pouvais que m'y retrouver dans cette histoire où la bravoure côtoie la peur et où les éléments naturels parfois dépassent de loin la simple expérience humaine. Oserai-je le dire que j'ai préféré le tout récent Percy aux deux raz-de-marée Vann? J'ai trouvé l'histoire étoffée d'une dimension contemporaine avec le sujet de la guerre qui transparait en filigrane dans le récit de Brian. J'ai également appris beaucoup à la vie animale et notamment sur les ours et les serpents grâce aux remarques des trois hommes, testant leurs connaissances les uns les autres. C'était très plaisant de les voir s'affronter dans un bras de fer mais aussi de voir leurs peurs, leurs failles qui se révèlent là où le vernis social n'est plus.
Un grand roman que j'ai dé-vo-ré ! La collection "Terres d'Amérique" de chez Albin Michel recèle de bien agréables trouvailles ! Pas de doute, dans ce cas précis, foncez !
Des avis enthousiastes ont commencé à fleurir comme chez Clara et plus nuancés chez Cuné et Yv .
Le canyon - Benjamin Percy (Albin Michel, 2012, 349 p., collection Terres d'Amérique)
27 octobre 2011
Désolations de David Vann
Après avoir écouté le premier roman de David Vann, raconté formidablement par Thierry Janssen, j'avais dans l'idée de rempiler avec l'auteur mais cette fois-ci pour une immersion dans son texte, dans ses mots figés sur la page. Et c'est donc avec grand plaisir que j'ai reçu et lu cet ouvrage, le deuxième de Vann, intitulé Désolations.

Gary et Irene vivent en Alaska, sur les rives de Skilak Lake depuis déjà trente ans. Vieux couple ayant élevé ses deux enfants, Mark et Rhoda, c'est l'heure pour eux de faire une mise au point et de donner un semblant de relief à leur quotidien. Ni une ni deux, c'est Gary qui mène les projets du couple en insistant pour construire une cabane où ils termineront leurs jours. Bon gré mal gré, Irene suit même si tout la pousse à entériner le projet : elle tient à sa maison et son confort mais c'est aussi ses récentes migraines qui la contraignent à rester au calme et à se ménager. C'est pourtant tout le contraire qui se profile car la construction de la cabane occupe à plein temps le couple et notamment Gary qui voit là le départ d'une nouvelle vie faite d'aventure et de retour à la nature.
Parallèlement à leur projet, on suit Rhoda qui est étroitement liée à la vie de ses parents. Elle s'inquiète de de la rusticité de la cabane, des maux de tête inexpliqués de sa mère, de la rigidité de son père inébranlable quant au tour que prendront les événements (ce sera la cabane ou rien). Mais Rhoda est aussi une femme qui pense à l'avenir et qui croit le voir lumineux et sûr auprès de son compagnon, Jim, qui est dentiste et qui a tout d'un bon parti. Mais ne reproduit-elle pas le schéma paternel en se liant à quelqu'un de foncièrement différent? N'est-elle pas immature et aveugle? Elle est touchante de sincérité et de naïveté mais c'est aussi un être sans cesse pris à témoin à ses dépens. Lorsqu'elle n'est "utilisée" comme médiatrice, elle est campée à son rôle de femme au foyer, maitresse des fourneaux. Et le reste? Serait-on là pour elle si elle se retrouvait dans la difficulté? C'est impuissant qu'on voit le personnage de Rhoda se démener entre ses différents rôles : fille modèle et à l'écoute, compagne dévouée et idéaliste.
La nature dans ce roman est partie prenante en particulier dans ces moments où elle se déchaine lorsque la cabane prend forme. On entrevoit le paysage désolé, terrifiant et glacial qui est le cadre d'une histoire personnelle, celle d'un couple qui construit sur des bases instables le théâtre de leur vie. Et comme dans une mise en scène, tandis que la nature se fait plus "traitresse" et hostile, c'est la relation de Gary et d'Irene qui s'étiole, chacun rongeant son frein. Qu'en sera-t-il lorsque l'un et l'autre dévoileront leurs griefs et rancœurs? Bien que la cabane progresse, que les provisions affluent, on sent approcher une terrible menace qui n'est pas seulement climatique.
Par ailleurs, ce que je retiens de Désolations, c'est le caractère très affirmé des personnages masculins, tous voués à fuir leurs responsabilités. Quand Gary comprend que l'état de santé d'Irene ne se prête pas au bricolage ou au camping, loin d'en tenir rigueur, il hausse le ton et menace implicitement de tout quitter pour mener son rêve tout seul. En désespoir de cause, Irene, serviable et poussée dans ses retranchements, doit se faire une raison et n'a pas à discuter. Gary a déjà un train d'avance vers l'extérieur, un modèle de vie moins rangé, plus conforme à ses ambitions. Égoïsme, quand tu nous tiens !
Quant à Jim, quelle brute épaisse ! On lui donnerait bien deux claques s'il n'était pas le porte-monnaie de l'histoire. Ok il approvisionne Rhoda et lui permet de garder le lien avec ses parents, néanmoins c'est aussi quelqu'un d'obtus, de peu porté sur le dialogue et très tourné vers lui-même. Si les femmes pouvaient se rebeller et porter leur voix au chapitre on se dit que l'histoire pourrait être différente.
Voilà un roman prenant et dont la force tient vraisemblablement dans le "choc" des générations. Et si le modèle familial était amené à se reproduire? Et si les parents étaient loin de donner l'exemple?!
Livre lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire organisés par Priceminister. Merci à Rémi Gonseau pour l'envoi ! Pour vous procurer le livre, cliquez ici !
Désolations - David Vann ( Gallmeister, 2011, 296 p.)
20 octobre 2011
La fille tombée du ciel d'Heidi W. Durrow
Je viens de finir ce livre à l'instant et c'est aussitôt que j'ai envie de vous en parler car il m'a plu et que je ne veux omettre aucun détail.

Rachel est une fillette, blanche par sa mère Danoise, noire par son père Afro-Américain de l'US Air Force. C'est déjà sa couleur de peau qui la différencie car elle est "clarifiée" et a hérité des jolis yeux bleus de sa mère. Elle est placée, très tôt, chez sa grand-mère après un grand drame qui a fait voler sa famille en éclats. Son frère, sa soeur, sa mère sont décédés dans de tragiques circonstances. Quant à son père, il semble avoir fui ses responsabilités sans depuis lors avoir donné aucun signe de vie à sa fille. Rachel grandit avec des souvenirs plus ou moins brumeux de ce qui a pu se passer ce jour-là où tout a basculé. Dans sa "nouvelle" famille, du côté paternel, il y a grand-mère qui est intransigeante avec son caractère bien trempé mais il y a aussi tante Loretta, femme compréhensive et bienveillante. C'est un cocon qui l'accueille, à l'abri du monde et des hommes. Et la vie pourrait s'arrêter là, à ce nouveau départ placé sous les meilleurs auspices... sauf que Rachel cherche des réponses, devient rebelle et veut se libérer de sa cage dorée.
Qu'ai-je aimé dans ce livre? Disons, que l'originalité de la narration réside dans ce récit de Rachel qui, encore enfant, livre ses impressions comme dans un journal intime. On la sent frêle, seule et pourtant elle fait face au quotidien avec un grand courage et une belle détermination. On sent qu'en plus du drame personnel, Rachel doit en plus assumer sa couleur de peau qui n'est ni tout à fait blanche, ni vraiment noire. A l'école, les garçons l'intriguent, à la maison sa tante la fascine, sa grand-mère est un exemple de femme de fer. La plume d'Heidi W. Durrow est belle et retranscrit formidablement la vie d'une petite fille un peu paumée. Et certains passages fendent juste le coeur et arracheraient bien plus d'une larme (exemple criant page 111). De plus, j'aime ces romans qui ne divulgent leurs ficelles qu'au fil de la narration, nous laissant au départ interrogatif pour finalement nous quitter bluffé par le tour qu'ont pris événements. En somme, c'est émouvant, c'est bien écrit et c'est clairement un vrai page-turner !
Je m'insurge souvent contre les bandeaux apposés aux livres qui vantent les "livres du siècle". Ici, le bandeau fait état d'un livre "dans la lignée de L'attrape-coeur et de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur". C'est pile ce que j'en pense ! Superbe et qui va me trotter dans l'esprit un petit moment !
Livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique organisée par Babelio. Merci !
La fille tombée du ciel - Heidi W. Durrow (éditions Anne Carrière, 2011, 273 p.)
15 octobre 2011
Le langage secret des fleurs de Vanessa Diffenbaugh

Victoria s'ouvre peu à peu, apprivoisée par ce nouvel entourage qui l'encourage et la plébiscite. C'est que ses réalisations atteignent la perfection, sont des œuvres-d'art de sensibilité et de finesse. Le succès est au rendez-vous et la clientèle se bouscule afin d'avoir droit aux conseils personnels et si avisés de Victoria.
Dans l'ombre, une présence plane toujours sur notre jeune femme en construction. Une entrave la replonge sans cesse en arrière, à l'époque où elle vivait chez une femme, une certaine Elizabeth, mère de substitution, qui lui a donné le goût des autres et de la nature. Que s'est-il passé pour que Victoria soit désormais seule aujourd'hui?
Voilà un beau livre doudou qui fait plaisir à lire car il est réconfortant. On se sent d'emblée en empathie pour cette demoiselle qui, à l'aube de sa vie adulte, a déjà subi brimades et désamour. Trouver une échappatoire dans les fleurs parait revêtir de multiples charmes et diverses perspectives pour la suite : devenir fleuriste, enfin trouver son moyen de communication, partir en quête de l'inconnu, de la fleur rare dont personne ne se doute...
Victoria se construit une carapace de fleurs et plantes, rempart contre le monde mais aussi expression de sa sensibilité et de sa curiosité pour le monde. On se prendrait à rêver que tous les esseulés et laissés-pour-compte s'investissent dans une passion et que la reconnaissance et l'amour soient à portée de tous. Victoria galère mais elle s'en sort car c'est une battante. Dénigrez-la et elle vous congédiera avec des fleurs ! Quel plus beau châtiment que de se faire remercier en toute intelligence. C'est brillant, c'est doux, c'est coloré et ça en deviendrait presque poétique, si on se laissait totalement imprégner par le texte.
Des ombres profondes et complexes. La fleur [de cerisier] qui occupait la feuille entière était d'une beauté inouïe. Je me mordis la lèvre.
A son retour, Grant me regarda avec insistance.
- Signification? lança-t-il.
- Bonne éducation.
Il secoua la tête.
- Caractère de ce qui est éphémère. La beauté et la fragilité de l'existence. (p. 223)
Et en bonus à la fin du livre, vous pourrez vous référer au dictionnaire des fleurs de Victoria ! Au moins, j'ai pu y découvrir la signification de ma fleur préférée, le lys. A ce propos, savez-vous ce que signifie la rose orange?
Le langage secret des fleurs - Vanessa Diffenbaugh (Presses de la Cité, 2011, 404 p.)
30 août 2011
La comtesse et les ombres de Carey Wallace
La rentrée littéraire est plus que jamais dans le vent. Voici un nouvel ouvrage paru le 11 août qui a, d'ores et déjà, une couverture des plus alléchantes.
Nous som
mes au XIXe siècle, dans une vallée italienne. La comtesse Carolina Fantoni s'apprête à épouser le plus beau parti de la région, Pietro, convoité de nombre de ces démoiselles. A l'heure de ce grand événement, un autre problème vient agiter Carolina : elle est en passe de perdre la vue. Son entourage ferme les yeux (c'est le cas de le dire) et ce mariage, heureux pour les deux familles, ne fait pas totalement le bonheur de la mariée. C'est que Turri, un inventeur fantasque, occupe ses pensées. Le mariage a lieu mais Carolina et Turri ne rompent pas les liens pour autant ; ils se retrouvent régulièrement au bord du lac de la demoiselle, abri de tous ses tourments et préoccupations. Leur amitié est indéfectible et ce n'est pas leur mariage respectis qui les ramène à davantage de raison. Turri continue à explorer les berges, parfois accompagné de son fils Antonio, à expérimenter de nouvelles idées, comme son ingénieuse machine volante. Lorsque Carolina perd la vue, la beauté des paysages s'arrache à elle et l'indifférence des uns et des autres la ramène à triste condition de femme du monde. Un jour, Turri lui fait porter une machine à écrire, la première du genre qui lui permettra de communiquer en dépit de sa cécité. Une nouvelle échappatoire s'offre à elle avec cette invention géniale garante d'une certaine autonomie.
- Je dormais sur la rive, raconta-t-il. Je me suis réveillé lorsqu'il a commencé à pleuvoir. Je me suis assis, prêt à me réfugier dans la maison, et alors j'ai réfléchi. Je me suis demandé ce que je verrais si je m'allongeais ici et regardais le ciel.
- Qu'avez-vous vu?
- La pluie, répondit-il avec un nouveau sourire. Ensuite, elle est tombée dans mes yeux et je n'ai plus rien rien vu du tout. (p. 73)
Je dois le confesser, je n'ai pas aimé ce livre. Ce n'est pas faute de l'avoir regardé sous tous les angles en librairie, attirée par cette très belle couverture et son résumé aguicheur. J'ai succombé et me le suis offert ! Seulement, au bout de quelques pages de lecture, j'ai compris que la magie n'opérerait pas. Le style est (trop?) simple, les dialogues sont d'une platitude sans nom et les personnages perdent toute crédibilité avec leurs agissements d'enfants. De plus, on se perd dans les réflexions de Carolina, d'abord voguant dans l'obscurité puis murée dans un noir d'encre. Elle digresse dans des apartés oniriques où parfois le rêve semble rejoindre la réalité. J'ai dû reprendre certains passages, perplexe quant à l'évolution de ses rêves, où la faculté de voir lui est rendue. Certes, il peut paraitre logique de rêver avec de vraies images, toutefois les passages manquaient cruellement de vraisemblance. Le trio fou (Carolina/Pietro/Turri) m'a été antipathique du début à la fin et ce n'est pas la bonne (dont je viens même d'oublier le nom) qui rattrape le tout, inventant des histoires pour divertir Carolina. On se croit dans un conte pour enfants alors que les personnages sont des adultes, devraient faire rêver, et ne font en fait que sourire de par leurs extravagances et futilités.
Certaines tournures de phrases m'ont également gênée. Citons par exemple une phrase (que je n'ai pas réussi à retrouver et que je citerai donc approximativement) qui dit à peu près ceci "Il la regarda avec ses yeux". Hum ! Peut-on regarder avec ses pieds? Ou encore : "des pas l'attendaient devant la maison". Y a-t-il une quelconque figure de style derrière tout ça? Je vous avoue qu'en fin de roman, j'ai été lasse de reprendre des passages, cherchant des sens cachés ou une poésie que je n'aurais su cerner. Bref, moi qui aime une langue fluide où tout coule de source, je n'ai pas pu m'empêcher de buter sur ces petits défauts.
Première déception de cette rentrée littéraire. Il en fallait bien une et il est certain que passer après de beaux coups de coeur comme La couleur des sentiments, A l'enfant que je n'aurai jamais et Famille modèle n'aura pas été salutaire pour La comtesse et les ombres qui ne peut espérer tenir la comparaison.
Je tiens tout de même à saluer le très beau site internet de l'auteur ici avec tout plein de papillons, comme j'aime ![]()
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La comtesse et les ombres - Carey Wallace (Presses de la cité, 2011, 269 p.)
09 août 2011
Famille modèle d'Eric Puchner

Warren Ziller a tout quitté (son Wisconsin, son métier) pour venir s'installer avec sa famille dans la Californie rêvée. C'est qu'il espère faire fortune dans l'immobilier en vendant des propriétés perdues dans le désert. Le hic c'est qu'une décharge pas loin est en train de se construire. Espérant flouer son monde en vendant tout de même les maisons déjà en place, il engage tout l'argent de la famille dans la désastreuse entreprise.
Dans sa course effrénée à l'argent (qu'il espère) facile, il y a les membres collatéraux qui le suivent dans l'aventure. C'est sa famille qui va pâtir en premier lieu de l'inconscience du paternel. Parmi eux, il y a la mère, femme toute puissante et un brin castratrice, qui se sent bien dans le luxe (mais durera-t-il?). Ensuite il y a Dustin, l'aîné de la fratrie, un ado rebelle, accro à la guitare et un brin goujat avec les filles. Puis c'est Lyle, la cadette, influençable et délurée, elle n'a qu'une idée : se faire un nom dans la société. Enfin le petit dernier c'est Jonas, l'extraterrestre de la fratrie, aux idées un peu morbides, aux manies agaçantes et qui s'isole du reste du monde.
D'entrée de jeu on se dit que cette famille, même si elle est loin d'être "parfaite", est en fait comme toutes les familles, avec son lot de petites misères, d'habitudes et de travers. Sauf que tout dérape rapidement vers un joyeux n'importe quoi : Warren (le père) persiste à croire que son investissement dans l'immobilier deviendra rentable et lorsqu'il prend conscience des dommages sur le budget familial mais aussi sur les siens, il est peut-être déjà trop tard.
Je ne veux pas trop dévoiler tous les ingrédients qui pimentent l'action car c'est dans cette totale découverte que j'ai pris le plus de plaisir. Plus on voit la famille s'engluer dans ses problèmes, plus on sent que la chute sera rude. Les enfants sont comme tous les enfants : à tester les adultes, à jouer avec le feu lorsqu'ils sont en groupe, mais ils sont quand même des êtres en construction, avec des rêves, des projets qu'ils comptent bien réaliser.
La trame avance et cette famille Ziller fait peu à peu face à ses difficultés. Elle ne les pallie pas mais prend conscience de son cauchemar américain devenu réalité.
Au pays des oiseaux sous-marins, tout est inversé. Par exemple, les poissons volent dans le ciel et font leur nid dans les arbres. Les sconses sentent aussi bon que les fleurs. Lorsqu'ils se marient, les gens disent : "Je te hais". Le prêtre annonce : Vous pouvez maintenant donner un coup de poing à la mariée. Les filles font pipi debout. Au pays des oiseaux sous-marins, c'est en courant le plus lentement qu'on gagne aux jeux olympiques. L'enfance est le pire moment de la vie ; plus on vieillit, plus on devient heureux. Et puis c'est avant la naissance qu'on va au paradis. Quand quelqu'un meurt, on distribue des cigares. Au pays des oiseaux sous-marins, il y a un proverbe qui dit : "Des chez-soi, on en a par millions". (p. 479)
Ce que j'ai aimé le plus dans ce livre, ça a été le style de l'auteur qui est pour moi incomparable. Il dresse un monde fragile, tenu par des illusions, et se fait un malin plaisir à faire évoluer ses personnages dans des situations qui tiennent du tragi-comique. Car dans la débâcle qu'on observe, on ne peut s'empêcher de rire, d'être sidéré par les réactions des uns et des autres : la mère versant un petit verre d'urine dans le café de son mari (qui la délaisse depuis ces derniers temps... et il y a de quoi !). Plus les personnages sont empêtrés dans leur misérable condition, plus on jubile. Car les pages défilent et avec frénésie on veut savoir jusqu'où toute cette arnaque pourra aller. Et laissez-moi vous dire qu'on n'est pas au bout de ses surprises !
Une plume précise et incisive, racontant un fiasco familial avec brio. Entre l'hilarité et le désespoir, le lecteur a tôt fait de choisir son camp. J'ai été happée de bout en bout (et pourtant il est rare que je ne flanche pas lorsque ça excède 500 pages) et couronne donc ça d'un énorme coup de cœur.
31 juillet 2011
Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor
Pour certains livres j'ai vraiment l'impression de passer après les grandes vagues de best-sellerisation. Ce fut le cas avec L'attrape-cœur, c'est maintenant le cas avec Inconnu à cette adresse, dont je n'avais pas eu vent jusqu'à ce que je le pioche dans le bac à CD de ma bibliothèque.

Martin Schulse et Max Eisenstein, deux quarantenaire dans la fleur de l'âge, entretiennent une amitié solide. L'un (Martin) est allemand, l'autre (Max) est un américain d'origine juive, venu étudier en Allemagne. Max retourne aux États-Unis et poursuit sa correspondance avec son vieil ami, avec qui il tient une galerie d'art à San Francisco. Sauf que la correspondance qui est retracée là s'étend de 1932 à 1934 et qu'en Allemagne un homme prend du galon : il s'agit d'Adolf Hitler. Les premières lettres sont pleines d'affection et on sent les deux hommes très attachés. A mesure que le régime politique devient plus totalitaire en Allemagne, Martin s'éloigne, visiblement touché par le discours du Fürher. Max s'accroche à Martin, son ami qu'il ne reconnait plus. Celui-ci l'adjure de cesser toute relation car les missives sont contrôlées et ouvertes par les hommes du régime. Mais Max a une sœur, Griselle, restée au pays, croyant y trouver la gloire en tant qu'actrice. C'est non seulement pour Martin qu'il se fait du souci mais aussi pour cette sœur dont il n'a plus de nouvelles. Que se passe-t-il là-bas? Est-ce aussi trouble pour que les personnalités soient transfigurées et que rien ne soit plus pareil.
Max croit à la rémission, à l'endoctrinement passif pour se faire invisible parmi la foule. Mais si tout n'était pas aussi simple?! Martin se fait plus bref, plus rare et devient cassant, prêt de tout rompre avec son associé pour ne pas vivre la chute.
Les deux protagonistes sont les pantins de ce régime fasciste qui monte en puissance. L'océan a beau les séparer, on sent toute la proximité de leur douleur, de leurs tourments. Une page de l'Histoire est bel et bien en train de s'inscrire...
Maurice Bénichou fait un super Max suppliant, à la limite du pathétique. Il ne se défile à son rôle de vieil ami et pourtant parait se battre contre un mur déjà bien trop haut. Quant à Gérard Desarthe, son brusque changement d'attitude laisse entrevoir un homme qui a peur, un homme qui n'assume pas d'avoir des relations "déshonorantes". Les deux hommes tiennent un échange qui serre la gorge car plus les lettres avancent, plus on sent venir une triste issue. Les voix sont une fois de plus empreintes de mille et unes émotions, que le lecteur emmagasine, d'abord en paix puis inquiet et attristé.
Voilà un livre-audio à mettre entre toutes les oreilles !
Inconnu à cette adresse - Kressmann Taylor ; lu par Maurice Bénichou et Gérard Desarthe (Gallimard, 2004, env. 1h d'écoute, collection Ecoutez lire)
22 juillet 2011
Autobiographie d'un visage de Lucy Grealy
Lucy a 9 ans lorsqu'on lui découvre un cancer (du visage) dont le pronostic vital est extrêmement faible. La fillette, qui rêvait d'être différente tient enfin sa revanche : voilà une occasion pour elle d'exister aux yeux des autres et d'avoir de l'importance. Seulement, passée la "joie" d'être traitée comme une enfant à part, le traitement va prendre le dessus, avec son lot de souffrances et de contraintes. Sa mère, qui l'accompagne, la force à ne pas pleurer et à chaque fois c'est la même histoire : Lucy craque et se trouve honteuse d'être faible face à ce qu'elle subit. La fillette est touchante car elle enchaine les rendez-vous à l'hôpital sans trop broncher et avec même l'espoir de se faire des amis là-bas, qui la comprendront. Elle devient plus faible, plus vulnérable et cherche à comprendre, au fil du temps, pourquoi c'est elle qui doit être tenue à l'écart, pourquoi elle loupe des mois d'école pour la chimiothérapie.C'est que malgré tout, on essaie de la ménager et sa vie reste, quelque part, tout ce qu'il y a de plus banal : elle est passionnée par les animaux et exerce un petit job dans un ranch, où elle s'occupe de chevaux. Elle reste avec des amis occasionnellement et a une vie de famille normale, entourée de ses frères et sœurs.
Mais voilà, certains signes ne trompent pas : son père semble fuir l'hôpital, mal à l'aise devant la maladie de Lucy. Et le regard des inconnus se fait de plus en plus insistant, de plus en plus méchant lorsqu'il s'agit de la puberté et que Lucy ne veut qu'une chose : se faire aimer pour ce qu'elle est.
Plus tard, adolescente, j'ai eu un boulot dans une bibliothèque et, un jour que je rangeais les livres sur une étagère, dans la section médecine, je suis tombée par hasard sur un bouquin qui traitait des cancers chez les enfants. J'ai sorti le gros volume, l'ai posé sur la table et l'ai ouvert à la page de mon cancer, le sarcome d'Ewing. Là, j'ai lu un bref descriptif des symptômes, suivi des statistiques de mortalité. On estimait les chances raisonnables de survie à cinq pour cent.
[...] J'ai levé les yeux du livre. La pièce était déserte, j'étais étourdie par les néons blafards et la quantité d'étagères que j'avais encore à ranger. Cinq pour cent. Il fallait que je dise quelque chose, sauf qu'il n'y avait personne alentour et que je ne savais pas quoi dire. Posant la main sur mon cou, que j'ai senti palpiter, je suis restée quelques minutes pétrifiée, sur le point de bouger, de parler, de m'asseoir, de faire quelque chose. Puis ça m'est passé. J'étais déjà sur l'autre rive, vaguement consciente d'avoir oublié quelque chose, un nom, un objet ou une émotion, que j'aurais voulu retenir et que j'avais bêtement laissé filer entre mes doigts. (p. 66)
Ce livre est un témoignage poignant et bouleversant sur la vie d'une fillette, transfigurée par un cancer qui peu à peu la ronge. Les années passent et la vie devient plus difficile lorsqu'elle se regarde dans une glace et ne se reconnait pas. On a la gorge serrée en lisant ce texte et jusqu'à la toute fin, on se dit que Lucy Grealy (car c'est l'auteur elle-même dont il est question) est décidément un petit brin de femme bien courageux avec qui on souhaiterait échanger et lier une forte amitié.









