11 décembre 2011
Le Terre fredonne en si bémol de Mari Strachan

En vraie grande personne, Gwenni continue son enquête et finit par alerter les honnêtes gens. Et c'est aux oreilles de ses parents que ça retombe. Loin de renoncer, elle usurpe une vieille photo du disparu et met dans la confidence son amie Alwenna. Peut-être qu'à deux, le problème sera plus vite résolu...
En voilà un drôle de personnage, à la fois attachant et bienveillant. Cette petite Gwenni nous surprend de par sa gravité et sa constance dans la prise en main de l'affaire (mais où est la police?
Outre l'histoire qui est tour à tour drôle ou grave, c'est le style tout en poésie de Mari Strachan qui m'a tenu en haleine. Rien qu'au titre et à la couverture, j'étais déjà sous le charme, mais en parcourant les pages (qui défilent très vite), la magie a plus qu'opéré. La description du village en effervescence, des petites rumeurs circulant à droite à gauche, a attisé d'autant plus ma curiosité. Et le personnage central de Gwenni a achevé d'enfoncer le clou car sa force de caractère est admirable et même à son jeune âge, on la sent déterminée et pleine de courage. Elle m'a quelque part rappelé les personnages de Finnigan et moi de Sonya Hartnett ou la jeune héroïne dans Les trois lumières de Claire Keegan. J'ai été au bord du ravissement tout au long de cette histoire. On sent que Mari Strachan aime les mots et qu'elle les met habilement en scène. Quant à moi, elle a réussi à m'emporter et j'ai achevé ma lecture à regret. Vivement un prochain livre !
Je remercie grandement Mya qui a fait voyager ce livre ! Ce fut un bonheur de lecture !
La Terre fredonne en si bémol - Mari Strachan (NiL éditions, 2011, 378 p.)
03 novembre 2010
La chambre des vies oubliées de Stella Duffy
Voilà un livre que j'ai lu voilà quatre ou cinq
mois (eh oui j'ai un sacré retard !) mais qui me trottait encore dans la
tête d'où ma critique, même tardive.

En effet, c'est toute la vie d'un quartier pauvre du sud de Londres qui se dessine à travers le prisme de ce roman choral. Je parle de roman choral car Robert (le propriétaire du pressing) cède la place à Marylin, Helen la jeune fille au pair embourbée dans une situation compliquée, ou encore à ce fameux poète jamaïcain qui trouve son inspiration dans la contemplation des autres. Et ce n'est qu'un petit aperçu de la foisonnante galerie de personnages qui se succède à tour de rôle dans le pressing ou dans le quartier proche.
Quoi qu'il en soit, l'histoire principale revient à Robert, tenancier consciencieux de son pressing depuis un paquet d'années. Après ces années de bons et loyaux services, il cherche un successeur pour reprendre l'établissement. Une annonce dans le journal et c'est Akeel, jeune Anglais d'origine pakistanaise qui se présente le premier. D'abord c'est la méfiance quant aux motivations du jeune homme et c'est leur vie en "colocation" qui va leur permettre de mieux s'apprivoiser. Car pendant 1 an Akeel doit apprendre la gestion du pressing dans l'optique de la reprise.
En croisant leur destin, les deux hommes vont vivre une expérience enrichissante d'ouverture à l'autre, d'apprentissage du monde et de leurs semblables. Car Robert garde ses petits secrets, soigneusement conservés, certains au coin de sa tête, d'autres à l'étage du dessus, reliques des propriétaires qui ont confié leurs affaires : tickets de métro, lettres ou listes de course, tout est bon pour garder une trace du temps passé.
Quant à Akeel, jeune marié à Rubeina, jeune femme dynamique et qui a de la suite dans les idées, il cherche à tracer sa voie, à assurer une stabilité à son ménage tout fraichement établi.
Voilà un roman qui d'une part permet de voir l'évolution d'une relation entre deux inconnus qui se sont bien trouvés, de voir la confiance s'établir au fil du temps pour le passage du flambeau.
D'autre part, ce roman permet de voir, comme à travers un kaléidoscope, la vie de ces petites gens du Londres d'en bas. Car tous ces gens qui se croisent ont leurs problèmes, leurs préoccupations et leurs petites misères. C'est quelque part assez touchant de prendre sur le vif les faits de la population locale, d'être introduit de cette manière dans les habitudes d'un quartier "sans histoires".
Le style est vif car cette alternance dans la prise de parole permet de rester attentif à la trame générale. On se sent que toutes les expériences personnelles ont un but commun : l'esquisse d'un quartier de Londres à travers le prisme de gens aux horizons très divers.
Vraiment un bon moment !
La chambre des vies oubliées - Stella Duffy (Grasset, 2010, 379 p.)
23 décembre 2009
Amour et pois de senteur de Sophie Dahl
Je vais vous avouer être bien contente de voir que Sophie Dahl est encore restée dans l'ombre malgré ce baume pour le cœur que je vais vous présenter, car à moi de vous le faire connaître. Enfin mon enthousiasme a été de courte durée quand je me suis aperçue que je ne remettais pas la main sur ce
livre (pourtant chèrement acheté). Mon souvenir pour ce petit récit est
malgré tout vivace ce qui me permet d'en dresser quelques mots.
Avant tout, présentation succincte de l'auteur : Sophie Dahl est mannequin et elle est surtout la petite-fille de Roald Dahl. D'où ma curiosité poussée pour ce petit livre sorti de nulle part. Car si le talent est héréditaire, il me fallait absolument lire Amour et pois de senteur.
Pierre
est une jeune femme insouciante et bien dans sa peau. Jeune princesse
des temps modernes, elle se fait littéralement envouter par un bel
apollon, artiste-peintre de surcroit qui lui laisse entrevoir des
lendemains de rêve. Commence une folle passion entre nos deux
personnages, lui à l'allure dégingandée, elle fantasque et
imprévisible. Mais une fausse note vient rapidement enrayer la douce
idylle de nos tourtereaux et Pierre s'en va incidemment chercher refuge
ailleurs, loin de celui qui lui a brisé le cœur. L'histoire ne peut se
terminer sur la fanaison de notre brindille et c'est une fin heureuse
qui se profile.
Quelle petite merveille de douceur
et de fraicheur ! Outre les dessins qui nous rappellent ceux de William
Blake qui illustraient l'œuvre de Roald Dahl,
le ton est donné : le conte de fées peut commencer. Donc oui, les
dessins apportent une touche remarquable et donnent une valeur ajoutée au fil conducteur. C'est un récit attendrissant tout autant que positif et
il en faut du positivisme en ces temps moroses où le quotidien nous
fait déchanter. Le style est fin, original et l'histoire qui pourrait
sembler être un remake d'un des Disney a juste la prétention de nous tirer des sourires toutes les deux pages. Le livre laisse une place à l'imaginaire et nous offre un
excellent aperçu de l'amour avec un grand A.
Voilà un livre qui convient bien à cette période de fêtes : pour prolonger le rêve et se laisser bercer par une belle histoire !
Allie en a parlé.
Amour et pois de senteur - Sophie Dahl (Albin Michel, 2006, 80 p.)
14 décembre 2009
La fille de l'irlandais de Susan Fletcher
Evangeline
Green a huit ans et vit seule avec sa mère, une jolie trentenaire
solitaire. Précocement orpheline, Eve est confiée à ses grands-parents
résidant dans un petit village isolé du Pays de Galles, loin de
Birmingham d'où elle est originaire. Dans la bourgade tous se cotoient
et Evangeline suscite la méfiance voire le mépris de certains
villageois. En effet, la petite fille a une indomptable crinière
rousse, une peau de poupée en porcelaine, elle est frêle et seule.
Lorsqu'une camarade de classe disparaît tous les soupçons se portent
sur Eve.
La mort de sa mère demeure suspecte, son père a fui lâchement à sa naissance, se pourrait-il qu'elle soit maudite?
Après Avis de tempête, j'étais impatiente de découvrir le premier livre de Susan Fletcher.
Son style est toujours tout en finesse, tout en précision. La nature
demeure omniprésente et le huis-clos familial permet de cerner
l'intimité imposée face au deuil. J'avais relevé un sublime passage
décrivant une poire avec tant de justesse et de drôlerie que cela
m'avait fait sourire. Ma mère a malheureusement subtilisé le livre
aussitôt après ma lecture.
Ce
livre pose le problème de l'acceptation de soi et des autres lorsqu'ils
sont différents. Les enfants ne sont pas toujours très tendres entre
eux et j'ai apprécié la plume alerte de Fletcher.
J'attends le troisième roman avec impatience.
Un bon point pour ce livre en comparaison d'Avis de tempête : le livre est en poche donc à moindre coût pour les paniers percés que nous pouvons être. Par contre je n'aime pas du tout la couverture !
Parce que j'aime beaucoup la plume de Susan Fletcher je lui mets un 8/10 ! Pour vous conforter dans le positif Clochette l'a lu, Sablachallandaise aussi !
La fille de l'irlandais - Susan Fletcher (J'ai lu, 2008, 320 p.)




