21 janvier 2012
L'espèce fabulatrice de Nancy Huston
Non, non, non, la semaine n'est pas finie et pour cause, j'ai encore quelques petits Huston à vous communiquer. Le dernier en date m'a été extrèmement ardu à critiquer. Et pourtant c'est un essai qui pourrait en harponner plus d'un... il s'agit de L'espèce fabulatrice !

Pourquoi ai-je choisi un essai de Nancy Huston plutôt que ses narrations qui elles, me font rêver? C'est qu'ici il est question de livres, de l'Homme et de l'imagination, trois sujets qui m'intriguent et sur lesquels j'aime bien lire. Connaissant la plume affutée de l'auteur, je me doutais que j'allais trouver du plaisir à ses bons mots. Et ça ne manque pas car le récit est ponctué d'anecdotes culturelles qui le rendent dynamique et empreint d'un intérêt certain. Je tiens à le redire, il m'est extrêmement difficile de faire une critique de cet essai car il flirte avec des questions philosophiques et des abstractions dont je n'arriverai pas à dessiner les contours. Par exemple, que sont ces arché-textes que Nancy Huston évoque à tour de bras comme les ciments d'une croyance à laquelle chaque peuple se réfère? Pour moi, simple lectrice, cela me parait immensément nébuleux...
L'auteur ponctue son discours avec des comparaisons très pertinentes sur les bonobos ou autres chimpanzés et nous-mêmes, modestes humains. Au contraire de l'espèce animale qui vit, se nourrit et meurt sans s'encombrer d'une imagination fertile, l'Homme lui est capable, et même, enclin à fabuler, à tergiverser et à s'élever des contraintes uniquement matérielles. En cela, rien qu'en écrivant, l'Homme invente et se complait dans des contes et des mythes qui l'éloignent d'une réalité où le cycle de vie et de mort est pourtant inexorable. La recherche du sens est une quête qui lui est propre car les animaux eux n'agissent pas avec raison.
Tant dans son émergence historique que dans sa consommation courante, le roman est inséparable de l'individu. Il est intrinsèquement civilisateur. (p. 179)
Cet essai nous interroge sur la lecture, sur notre besoin de lire. Quel est son impact sur nos vies? Y a-t-il un effet de miroir sur notre vie de tous les jours? En quoi un texte peut-il bouleverser nos croyances et fondements?
En somme, Nancy Huston formule des pistes qui nous donnent envie d'aller toujours plus loin dans l'analyse de nos raisonnements. Ce qui touche aux livres et aux mots est pour moi une gageure qui en concernera plus d'un. Je vous souhaite d'y trouver vous aussi matière à réfléchir. Pour ma part, j'y ai trouvé grandes idées et petits clins-d'oeil. Saviez-vous, ainsi, qu'un Américain sur deux lit un livre ou moins par an (c'est aussi consigné dans le livre)? C'est tout bonnement navrant ! Alors lisez mes amis... et pas que du Nancy Huston ![]()
L'espèce fabulatrice - Nancy Huston (Actes Sud/Léméac, 2008, 197 p.)
20 janvier 2012
Nord perdu suivi de Douze France de Nancy Huston
Eh oui, je suis encore là à vous vanter Nancy Huston. Et c'est avec un texte diamétralement diférent de mes précédentes lectures, que j'aborde aujourd'hui. J'espère qu'il vous charmera autant que moi.

Ce livre est sans doute le plus autobiographique qu'il m'ait été donné de lire de Nancy Huston. Avec ses mots toujours justement pesés, elle donne corps à un aspect de sa vie qui l'a profondément marquée. En effet, à peine majeure, elle a décidé de partir faire ses études à Paris. Par la suite elle est restée en France et y réside d'ailleurs toujours actuellement. C'est son expérience d'expatriée, de toute jeune débarquée en territoire français, dont elle nous fait part. Et en la matière, elle en a à raconter car Nancy Huston est une baroudeuse à qui on ne la fait pas : elle a déjà beaucoup bougé notamment en Allemagne, quand elle était enfant, avec son père et sa belle-mère et est donc quelque part investie par ses voyages. Mais c'est la France qui l'attire, la gagne et lui donne envie de s'enraciner. L'intérêt de ce livre réside particulièrement dans son ressenti du français comme langue étrangère, langue à apprivoiser et qui est moins aisée que son anglais maternel. On peut d'ailleurs relever qu'elle prend bien plus de plaisir à jurer en français qu'en anglais (comme si elle ne possédait pas complètement tous les sens de son vocable).
J'ai aimé la manière dont Nancy Huston évoque son expérience car on sent l'appréhension qui a dû l'habiter à son arrivée. tout comme sa volonté de bien faire et d'être comme tout le monde. Mais rien n'est gagné comme en témoigne la première conversation téléphonique, à son arrivée à Paris, qui la décontenance complètement (pour les mots exacts, je vous laisse lire le passage que je n'ai pas relevé). J'ai retenu, par contre, toute sa volonté de s'intégrer (familièrement, on pourrait dire qu'elle a la niak), son besoin de communiquer, sa curiosité vis-à-vis de notre langue (et c'est qu'elle en a emmagasiné du vocabulaire, bien plus que certains)...
Même si, comme le titre l'indique, Nancy Huston dit avoir perdu le Nord en arrivant parmi nous, elle n'en est pas moins très lucide sur son besoin d'apprendre et c'est avec un réel plaisir qu'on la voit confronter deux idiomes : le français et l'anglais. Le texte est parsemé de réflexions dont on se nourrit avidement. Quant à moi, j'ai trouvé le passage qui suit très véridique :
Pourtant l'explication est simple. Ces souvenirs étaient morts d'inanition. Un souvenir, il faut lui rendre visite de temps à autre. Il faut le
nourrir, le sortir, l'aérer, le montrer, le raconter aux autres ou à soi-même. Sans quoi, il dépérit. (p. 99)
Vient ensuite un autre texte intitulé Douze France qui, en quelques pages, dresse un portrait global de la France en douze adjectifs. La France est ainsi résumée à ses grandes caractéristiques, ses forces ainsi que ces charmes par l'œil neuf d'un étranger intransigeant. Car si Nancy Huston a choisi de rester parmi nous, c'est que la France est une terre d'adoption qui l'a charmée et la surprise, bien loin de sa famille canadienne, restée au pays. Les mots de Nancy Huston ont tôt fait de nous conquérir et on prendrait bien d'autres goulées de sa "perte de repères".
Nord perdu suivi de Douze France - Nancy Huston (Actes Sud Léméac, 1999, 130 p.)
19 janvier 2012
L'empreinte de l'ange de Nancy Huston
C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé la Nancy Huston que j'avais tant aimé dans Ligne de faille et La virevolte (car là oui j'y ai trouvé du romanesque et de l'intrigue). C'est ainsi, dès les premiers mots, les premières pages, la narration m'a happé et j'ai filé suivre des personnages encore très habilement esquissés par l'auteur.

Ici on découvre une jeune femme énigmatique, Saffie, une allemande débarquant au printemps de 1957 à Paris. Cherchant un emploi, elle se retrouve en tant que domestique au service du flûtiste de renom, Raphaël Lepage. Celui-ci tombe rapidement amoureux et lui ouvre bien plus que sa porte. C'est un petit couple qui se forme. Banal en somme sauf que Saffie ne se départ pas de son masque d'indifférence, de son désintérêt de tout et même des autres. Raphaël est pour elle un homme comme un autre à un détail près, il l'entretient dans un cocon douillet. Bientôt la jeune femme tombe enceinte et c'est un espoir pour Raphaël. Et si la maternité pouvait l'éveiller à la vie et aux sentiments les plus simples?
Rien ne se passe comme prévu car Saffie exècre d'avance le petit être qu'elle porte en elle. Si seulement il pouvait disparaitre...
Surgit dans sa vie, le salvateur luthier Andras, un juif hongrois qui répare l'instrument de son mari. Mais bien plus que la flute, il répare aussi les affects de Saffie et lui donne goût à la vie, aux promenades, aux discussions animées. Ainsi Raphaël est heureux, depuis qu'il joue, se déplace et gagne encore en prestige, sa femme elle aussi s'illumine. Est-ce un rêve? Comment se fait-il que cela se soit fait si naturellement? Et ce déclic, est-il vraiment de son ressort?
On suit les personnages avec un plaisir grandissant. Plus la situation s'installe (cette double vie qui convient à tous), plus la chute parait être inéluctable. Et qu'elle sera raide ! Car l'enfant (Emil), au départ non désiré du couple légitime, est un excellent prétexte pour sortir et se rendre chez Andras. Il grandit et se plait à ce manège avec ses deux papas : l'un qui le met mal à l'aise (Raphaël), l'autre qui lui fabrique des jouets et s'occupe de lui (Andras).
Il est terrible ce livre en cela qu'on se dit qu'une relation amoureuse ne peut contenir que deux personnes. L'irruption de la troisième est source de souci tout autant que de joie et de déraison. On se prépare à une confrontation, à un malsain déballage du linge sale en public... et l'issue nous surprend malgré tout. Qu'est-ce que j'ai pu détester la Saffie aux deux visages ! Profiteuse d'un confort qu'elle ne mérite pas, elle vit dans l'amour absolu de deux hommes, bientôt comblée par un enfant qui la vénère également. Et dans tout cela elle jongle avec habileté pour ne pas éveiller les soupçons de la concierge, ni choisir entre un homme plutôt que l'autre. L'infidélité me fera toujours bondir je crois, quel qu'en soit le motif. L'histoire de Saffie qui nous est dévoilée peu à peu ne trouve pas grâce à mes yeux pour la rendre plus humaine. Je la plains, elle et la censure qu'elle s'inflige sur son passé. Si seulement elle trouvait comment se donner exclusivement à un seul homme !
Mais pour le style de l'histoire, j'y ai trouvé du plaisir, car les personnages m'ont paru réalistes, la trame elle aussi est "tendance". Mais c'est bien les cinquante dernières pages qui m'ont le plus intéressé car enfin la tension se lève. C'est presque un soulagement que l'histoire ne reste pas dans ce huis-clos cantonné à trois personnages (avec comme "otage" privilégié l'enfant) !
Encore un très bon Huston dans ma bibliothèque ! Et dans la vôtre?
L'empreinte de l'ange - Nancy Huston (Actes Sud, 2004, 327 p., collection Babel)
18 janvier 2012
Histoire d'Omaya de Nancy Huston
Etant davantage portée à soutenir ses oeuvres, vous pouvez penser que j'aime tout d'elle et qu'elle pourrait écrire avec les pieds que je serais toujours à la soutenir. Loin de moi cette idée et je le prouve aujourd'hui avec ce livre qui m'a laissé complètement sur la touche. Elle ne m'avait pas habituée à ça, Nancy !

Les lectures de Nancy Huston s'enchainent mais ne se ressemblent pas. Pour preuve, je suis passée complètement à côté de cette histoire rocambolesque. Omaya est une jeune femme un peu paumée qui a sans doute subi des attouchements sexuels car elle vit dans une sorte de délire frisant la paranoïa. Une plainte est déposée et pourtant la Justice peine à la croire. C'est le début de son récit témoignant d'une grande souffrance, d'un profond mal-être où Omaya demande de la reconnaissance et une sentence pour ses bourreaux. Les lieux paraissent troubles, insécures comme le métro où tous les contacts semblent être "permis". Quelle peut-être l'échappatoire pour enfin reprendre goût à la vie?
Je crois que le plus compliqué dans ce texte c'est que la narratrice alterne le "je", le "elle" et parle d'Omaya comme s'il s'agissait d'une autre., foncièrement différenciée Dès les premières pages je me suis demandée qui était qui et pourquoi la situation était si alambiquée. Car en plus du jeu je/elle, les actions s'enchainent sans lien évident. Les flash-backs renvoient à la scène de "viol" mais aussi au moment du dépôt de plainte au commissariat, ou aux discussions avec Cybèle, sa mère. De plus, un certain nombre de personnages me sont apparus confus et sans identités affichées : le Hibou, Alix... apportaient-ils vraiment quelque chose à l'histoire? Car dans le drame que vit Omaya, on sent que son désarroi est communicatif, que son histoire l'empêche de progresser, de tourner la page et de vivre en harmonie avec les autres. Néanmoins, était-il nécessaire de semer le lecteur avec toutes ces situations parallèles? Je crois que pour davantage d'empathie, l'histoire aurait gagné en simplicité.
Je ne renonce pas pour autant en ma découverte de la suite des œuvres de Nancy Huston mais Omaya sera vite oubliée, elle et son infortune auxquelles j'ai eu bien du mal à m'identifier. Demain, on passera à quelque chose de nettement meilleur !
12 mars 2010
La virevolte de Nancy Huston
Attention, écrivain-chouchou : risque de totale subjectivité !
Ce livre aurait pu être un modeste petit ouvrage échoué entre deux pavés et oublié sitôt refermé. En ce qui me
concerne il connaitra un autre destin car je le laisserais volontiers sur la table de chevet de ma mère
pour qu'elle puisse y puiser toutes les facettes du genre humain. Je
parle du genre humain mais c'est bel et bien la femme qui est sous les
projecteurs dans cette histoire de danseuse empêchée dans sa vocation.
Je
m'explique : Lin est une étoile émérite qui a à première vue tout
pour être heureuse avec une vie de famille bien remplie et un mari
Derek qu'elle croit aimer. Viennent s'ajouter au portrait de la petite
famille parfaite : deux petites filles qui, en requérant éducation et
attention, détournent peu à peu leur mère de son vrai rêve, danser.
Et
l'histoire gagne en profondeur avec le temps qui passe, avec les
enfants qui grandissent et cette étrange impression de passer à côté de
sa vie. Mais noyer le poisson ne le fait pas disparaitre et quoi qu'on
fasse il remontera toujours à la surface. C'est le cas avec cette
passion débordante qui la rappelle à elle fréquemment. Et les moments se
font de plus en plus pressants, de plus en plus difficiles à canaliser.
L'esprit vagabonde et même si Lin reste à la maison, ses pensées et ses
gestes sont tous tournés vers la danse. A quoi bon résister?
[Risque de spolier]
Le
livre se compose de deux parties avec la première qui retrace la vie de
famille rangée avec un quotidien qu'on se plait à retracer chaque jour
: repas, toilette, discussions entre amis/famille, boulot.
Dans la
seconde partie Lin prend son envol. On ne sait pas trop comment ni à
quel moment l'abandon de domicile a eu lieu mais la danseuse a regagné
ses ballerines. Et c'est dans cette partie que les doutes entrent en
jeu : que Derek s'organise avec deux fillettes un peu perdues et
traumatisées. Lin quant à elle ne vit plus que pour sa passion, égoïstement et avec bien peu de scrupules sur les dégâts collatéraux engendrés par son choix : elle
enchaine les représentations, flirte avec le chef d'orchestre et envoie
valser toute sa vie établie. Au revoir maison, enfants ; bonjour
hôtels, paillettes et troupe de danse !
Le style de Nancy Huston,
il n'y a pas à dire on adhère ou on abhorre. Pour ma part je suis
charmée par ses trouvailles linguistiques, par sa manière de placer et
déplacer le temps, de le faire filer selon que la frustration soit là
ou que les liens familiaux se dénouent. C'est l'impression curieuse
qu'on a avec un tel livre : qu'on a la possibilité de briser toutes les
barrières temporelles, de pouvoir accélérer le vide existentiel pour
revenir sur les moments-clé qui marquent une vie.
Et dans le sillage
de Lin c'est Derek, ce sont les deux fillettes et les proches qui sont
en pleine tempête, témoins d'une destinée qu'ils ne peuvent contrôler.
Pour résumer : je crois que ce livre est vraiment admirable et qu'il
donne une envie folle de poursuivre dans les pas d'une écrivain dont les
ficelles nous ensorcellent.
Le genre de petites phrases piquantes qui me fait sourire : Évidemment que je fais attention, sœurette. Les capotes sont le premier pas sur le chemin des décapotables. (p.160)
Je tiens à remercier ma belle aBeiLLe qui m'avait offert ce livre lors du swap des plages. Voilà un livre que je ne regrette pas d'avoir lu. Oh, loin de là !


La virevolte - Nancy Huston (J'ai lu, 2006, 189 p.)
10 janvier 2010
Les filles de Lori Lansens
Rose et Ruby Darlen sont deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas que cela, elles sont craniopages c'est-à-dire qu'elles sont reliées par la tête depuis leur naissance. Dans ce livre, Rose entreprend de livrer l'autobiographie de leur vie à toutes deux. Nées un jour de tornade à l'hôpital de St. Jude's de Leaford, les deux petites filles sont recueillies par tante Lovey et oncle Stash. Elles grandissent et développent des personnalités à part entière. Distinctes de par bien des manières, elles ont des centres d'intérêt différents : Rose aime le sport, écrire et la littérature en général et Ruby se passionne pour la télévision et la culture amérindienne.
Si c'est bien entendu Rose qui se lance dans la grande entreprise d'écrire le roman de leur vie, Ruby vient au fil de la narration livrer son expérience, apporter son émotivité, ses craintes et ses espoirs. On oublie au fur et à mesure que les filles sont reliées irrémédiablement et ne peuvent être séparées (elles partagent une veine essentielle). On s'attache à ces petits bouts de femmes qui sont bien loin d'être la bête curieuse à laquelle on s'attendrait avoir affaire.
Ainsi, on est touché par le récit de cette enfance heureuse, entourées d'une famille aimante, les sœurs siamoises sont pleines de projets, de rêves. Elles mordent la vie à pleines dents : font des bêtises, découvrent l'amour, l'injustice du regard des autres. Elles n'oublient rien et compatissent aux opinions contraires : à la mère qui ne les a pas élevées, à Madame Merkel (la voisine) qui les craint, au prêtre qui refuse de les baptiser...
Au fil du récit on se dit que, même s'il est difficile de comprendre et d'accepter ces êtres qui sortent de la "norme", les deux sœurs mériteraient d'être appréciées et écoutées.
Puis la détérioration de leur état de santé laisse clairement à penser que Rose et Ruby sont menacées dans leur corps. Pleines de vie, elles profitent des instants de bonheur, elles voyagent, travaillent et rencontrent des gens. On croise donc les doigts pour qu'elles puissent continuer à croquer la vie doublement !
Voilà un livre qui m'a profondément ému et marqué. J'en avais déjà entendu parler dans son édition canadienne mais cette parution française a achevé de me convaincre. Déjà, et même si cela peut paraître accessoire, j'ai adoré la couverture française que je trouve très belle et suggestive. Ensuite, j'ai particulièrement aimé la construction du roman avec l'alternance des points de vue (Rose/Ruby) qui accentue cette impression de deux personnalités bien affirmées.
De plus j'ai trouvé que l'histoire gagnait en intensité grâce aux nombreux flash-bashs, grâce aux analogies des souvenirs racontés (le passé d'oncle Stash et de tante Lovey ont ainsi un fort écho dans la construction des filles).
Pour moi, ce livre est un coup de cœur ! Et il s'est imposé d'emblée car le style de l'auteur m'interpelle et la narration et si rondement menée qu'on ne peut qu'y trouver une résonance dans sa propre histoire individuelle.
Être aussi différentes que nous a quelque chose d'aliénant, bien sûr, mais c'est aussi fascinant. Il s'agit pour nous, je crois, d'une occasion unique d'observer notre génération sans y participer à part entière. (p. 50)
Pour d'autres avis, allez voir chez Jules, Allie, Sabrina, Suzan, Venise, Sophie. Dans l'ensemble, c'est que du positif !
Je tiens donc à remercier, tout particulièrement, pour ce partenariat
et les éditions de ![]()
Les filles - Lori Lansens (Ed. de l'Archipel, 2010, 374 p.)
11 décembre 2009
Comme une odeur de muscles de Fred Pellerin
Esimésa
c Gélinas,
dernier-né d'une innombrable fratrie fait son entrée dans le monde tel
un conquérant. Placé sous l'égide de sa marraine, il parcourt le
village de Saint-Elie-de-Caxton, cheveux au vent et l'air vaillant - du
moins, c'est comme cela que je me l'imaginais. C'est sans compter une
particularité plus anormale que gênante : il n'est l'ombre de personne
et encore moins de lui-même. Sa quête du "Graal" est donc d'acquérir
l'ombre manquante. Suivant les trois préceptes dictées par la sorcière
du village, il suit à la lettre les bons offices afin de toujours
rester sur le droit chemin.
Waw, quelle belle découverte que
cette panoplie livre/CD qui a selon moi de nombreux atouts pour charmer
tout un chacun. Les jeux de mots sont foisonnants (sans lui, il était sans ailes),
les tournures d'esprit sont recherchées et subtiles. Il m'a été plus
aisé de lire d'abord pour m'imprégner du style et des différents
procédés employés. Écouter a été plus distrayant car je me laissais la
liberté de perdre le fil et de glisser sur la voix et les intonations
décidément bien différentes Outre Atlantique.
Pour ceux qui
parviennent à conjuguer les deux supports simultanément, je tire mon
chapeau car à l'oral Fred est plus évasif. Un autre charme, une autre
lecture que la parole !
J'ai donc évidemment particulièrement
apprécié pour les éclats de rire lors de la découverte du texte, pour
les digressions tirées d'on-ne-sait-où et pour ce fabuleux vocabulaire
manié tambour battant.
Une belle échappée dans le Québec d'autrefois et un 8/10 à la clé !
Comme une odeur de muscles - Fred Pellerin (Ed. Planète Rebelle, 2005, 150 p.)




