18 janvier 2011
Library Wars, Tome 1 : Conflits de Hiro Arikawa
Hiro Arikawa est une auteur japonaise née en 1972 à Kôchi, dans l'île de Shikoku. Elle fait ses études dans le Kansai où elle vit toujours aujourd'hui,
menant une vie de femme au foyer un brin (voire carrément) paresseuses,
selon ses propres dires. Elle manie un Kansai-ben (dialecte régional)
plutôt insolite et factice, mâtiné d'accent de sa chère terre natale
dont elle parle toujours avec ferveur - et un certain chauvinisme. Elle a
gagné le dixième prix Dengeki (catégorie roman) en 2004 avec Shio no machi.
Le livre, a été très apprécié pour son histoire d'amour entre héros et
héroïne dont l'âge et la classe sociale sont opposés. Suivront Sora no naka, Umo no soko, la série Library Wars, Reintsurii no kuni ou encore Kujira no kare... Elle est également auteure de nouvelles, publiées dans diverses revues. Library Wars
est arrivé en tête du classement Hon no zasshi pour le premier semestre
2006, et s'est classé 5e du Grand Prix des Libraires 2007.
Nous sommes au Japon en 2019 et l'organisation de
la société a bien chang
é : le comité d'amélioration des médias censure
de plus en plus d'ouvrages. Pour contrer cette oppression, les
bibliothèques se sont organisées en trois corps : les bibliothécaires
(qui assurent le travail normal), le personnel de défense (qui protège
la bibliothèque) et enfin le support logistique (qui coordonne l'action
des deux autres corps).
Autant dire que les structures sont plus efficaces
et qu'en plus de former du personnel de bibliothèque, on forme aussi les
jeunes à l'attaque c'est-à-dire à l'unité de défense : il est
nécessaire de pouvoir intervenir dans les bibliothèques et de faire
valoir son droit de préemption (droit suprême qui autorise le personnel
de défense à récupérer tout ouvrage subtilisé).
Iku, jeune
adolescente rêveuse et idéaliste, aspire justement à intégrer le
personnel de défense afin de rendre justice aux démunis et de faire
reculer la censure. En effet, lorsqu'elle était jeune, alors qu'elle
allait se faire confisquer un livre soumis à la censure, un héros
vengeur (du corps de défense) lui a remis l'ouvrage sans contrepartie.
De
cet épisode marquant, Iku retient l'homme qui lui a permis la liberté
de lire le livre qu'elle souhaitait et elle s'est mise à marcher dans
ses traces, avec l'espoir de le rencontrer à nouveau pour le remercier.
Voilà donc notre adolescente qui fait l'apprentissage d'une formation
très complète marquée par un entrainement très soutenu (tirs,
hélicoptères...), par une connaissance des bibliothèques qu'elle
ignorait jusque-là... bref, elle n'est pas simple la vie de défense des
libertés. D'autant plus que ce sont les hommes qui normalement
s'orientent dans ce corps-là. Ses parents ne sont pas au courant de son
choix et ses supérieurs lui mènent la vie dure. Il y a Dojo, très à
cheval sur le règlement et qui se moque gentiment du motif qui a conduit
Iku à être dans le corps de défense (en effet, la jeune fille parle
avec ferveur du justicier qui a marqué son enfance). Il y a Tezuka, son
camarade qui a toutes les capacités et se sent lésé d'être avec une
fille. Enfin, il y a Shibazaki, sa camarade bibliothécaire, qui en pince
pour le rigide Dojo.
Les journées s'organisent entre entrainements,
apprentissage sur le terrain et missions commandos. La vie en
bibliothèque, laissez-moi vous le dire, et finalement bien loin d'être
de tout repos.
J'ai trouvé que d'inscrire l'histoire dans moins
d'une décennie était instructif car l'aspect censure peut toujours
surgir d'un instant à l'autre. Nous ne sommes pas à l'abri de
restrictions, que ce soit en bibliothèque ou ailleurs, et d'ancrer la
narration ainsi dans un futur presque immédiat, cela m'a permis de
considérer des aspects qui je pensais enfouis dans le passé. Cette
organisation, très structurée, m'a semblé très bien conçue car on sent
une réelle menace planant sur les bibliothèques (et l'auteur en fin de
livre nous offre une annexe avec une description des grades
imaginaires). Ce n'est peut-âtre pas le cas aujourd'hui, mais qui nous
garantit que ces services soient ouverts et pluridisciplinaires sur le
long terme?
En somme, c'est un Japon fictif qui se dessine sous nos
yeux et on se plait volontiers à imaginer un pan de société où la
culture serait un privilège. Non pas que la censure soit une solution
pour prendre conscience de la valeur de nos écrits défendus, mais la
bibliothèque, telle que décrite, gagne en prestige. Tous savent que ce
sont les bibliothécaires et leurs collègues de défense, qui font régner
l'harmonie et permettent un libre accès aux supports et à l'information.
Un
premier tome qui est en fait très prometteur. Il y a une bonne dose de
dialogues, des personnages très attachants (quoique tous un peu butés de
caractère) et une intrigue qui se renouvèle en permanence. La suite
sera-t-elle aussi plaisante à lire? Telle est la question !
A noter : une série de mangas, adaptée du livre, Library Wars : love and war, vient de sortir. Je viens d'acheter les trois premiers tomes et pourrai ainsi comparer l'adaptation !
Library Wars, Tome 1 : Conflits - Hiro Arikawa (Glénat roman, 2010, 225 p.)
09 novembre 2010
Le chat qui venait du ciel d'Hiraide Takashi
La couverture est très élogieuse puisqu'elle parle de "roman touché par la grâce" et là grâce dont on parle n'est autre qu'un petit chat qui prend sa place dans la vie des gens.

Je veux juste ajouter ma note
personnelle car ce livre m'a là aussi beaucoup plu. Je crois qu'il n'est
pas nécessaire d'être un grand ami des félins pour trouver de l'écho
dans cette histoire.
Mais c'est vrai que l'histoire tourne autour de
Chibi, surnommé ainsi par le couple qui le voit passer la journée. Et
Chibi c'est un jeune chat qui vagabonde de maison en maison, toujours à
se faire dorloter par ses propriétaires et voisins. Le chat est
indépendant, ça tout le monde le sait, est peut donc passer d'une vie à
une autre : être très heureux auprès de son petit garçon de maître et
aller, loin de son regard, chercher les caresses chez les nouveaux venus
de voisins.
Le fil conducteur c'est cette relation qui s'installe
entre le couple et le chat. La lente adoration de la maitresse (par
intermittence) pour ce bout de félin et la compassion du maître
(toujours par intermittence) à la vue de tant de tendresse.
Bon
j'avoue être moi-même tout à fait adepte des chats. Qu'ils soient petits
ou plus en jambe, aucune différence du moment qu'ils ont pattes,
moustaches et longue queue marquant le tic-tac ! Alors Chibi je me le
suis très bien figuré : un brin snob, un brin adorable, toujours ce
qu'il faut pour se faire ouvrir la porte.
Et ce chat on peut dire
qu'il mène les gens par le bout du museau : il suffit qu'il surgisse et
tout le monde s'affaire pour lui trouver de quoi manger. Alors on suit
les déambulations du chat et surtout ce couple qui se raccroche
finalement à l'animal. Et un jour advient un petit drame, ce genre
d'événement qui retourne l'entourage et vous donne envie de pleurer un
bon coup.
Chibi ne revient plus chez le jeune couple. Est-il enfermé chez ses propriétaires? Lui est-il arrivé un malheur?
On
ne se doute jamais de l'attachement qu'on peut avoir à son animal.
C'est un rapport qui se tisse insidieusement, à l'abri de tous.
Voilà
un livre très poétique ! On ne se lasse pas de Chibi, du couple qui
passe des rires aux larmes. Et quand on n'a pas de chat (ce qui est mon
cas), on a presque envie d'en prendre un illico presto. Comment ça, j'ai
dit "presque"?
Le chat qui venait du ciel - Hiraide Takashi (Editions Philippe Picquier, 2006, 130 p., Picquier poche)
07 novembre 2010
Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa
Premier livre que j'ai lu lors du lecturothon (voir critique du 1er novembre) et stratégiquement il a su m'intriguer suffisamment pour m'ouvrir l'appétit livresque. Car ce livre est un tout petit recueil de nouvelles d'un auteur mort à 35 ans. N'ayant jamais rien lu de lui, j'ai tout de suite été charmée par le ton de ces histoires : froid et précis.

Première nouvelle, "Le masque"
nous laisse entrevoir le personnage d'Heikichi, clown à ses heures
d'autant plus incontrôlable qu'il boit souvent. A l'occasion de ses
beuveries il fait le pitre et amuse la galerie en dansant, arborant son
fameux masque hyottoko. Sauf que le dénouement sera tout autre cette
fois...
Il y a du Maupassant dans cette nouvelle car derrière le
personnage fantasque on sent toute la profondeur d'une personnalité qui
peine à s'exprimer malgré le déguisement, la danse, les fêtes...
Deuxième nouvelle "Un doute"
confronte deux hommes, deux parfaits inconnus qui se retrouvent pour
une confession que l'un fait à l'autre comme pour s'expurger d'une faute
qu'il garderait sur la conscience. L'un est invité pour donner des
cours de morale, l'autre s'invite pour chercher réconfort et écoute. Le
second raconte donc l'histoire d'un tremblement de terre, celui de Nôbi,
qui a dévasté sa vie. Lors de celui-ci, sa femme est restée coincée
sous les décombres, le bas du corps coincé sous une poutre. La fumée se
fait grandissante, l'incendie approche et la femme supplie que son mari
lui vienne en aide. Et cet homme paniqué tente de trouver une solution,
sentant leurs efforts conjoints vains.
Une nouvelle sur le choix qui
bien évidemment laisse place au doute car qui prend une décision doit
toujours peser le pour et le contre, doit toujours être sûr d'être au
clair avec sa conscience. Je ne vous livre pas la fin mais c'est vrai
que cette seconde nouvelle m'a bien fait réfléchir.
Troisième et dernière nouvelle "Le wagonnet"
ou comment une simple distraction peut déraper sans qu'on voie venir
les répercussions. Ryôhei a 8 ans lorsqu'il voit se construire une voie
ferrée à proximité. Débrouillard et toujours avide de nouveautés, ce
sont les wagons, transportant les matières premières, qui retiennent son
attention. Avec son frère et un voisin, il subtilise un jour un
wagonnet pour partir un peu en voyage. Vite rattrapé, il rend l'objet du
délit mais garde un œil sur ces curieux moyens de locomotion. Et un
jours l'occasion de représente, de remonter dans un wagon. Ce sont deux
ouvriers qui proposent qu'il grimpe dans les descentes. Eh hop, le voilà
qui dévale les pentes les unes après les autres, s'éloignant toujours
davantage de son petit village. Puis la prise de conscience survient :
il fait nuit et il est loin de tout en compagnie de parfaits inconnus.
Le voilà donc à courir pour regagner sa confortable chaumière,
trébuchant dans la pierre. Et c'est un petit garçon encore sous le choc
qui franchit les portes de sa maison.
En somme, voilà un petit
recueil sans prétention mais à la plume tout à fait décisive. Car les
histoires sont courtes et très différentes. Le dénominateur commun c'est
cette espèce de noirceur : la peur de la vie, les remords, la nuit
recouvrant tout. Les personnages sont agités de curieux instincts : ils
semblent agir comme des pantins et ne pas avoir de prise sur leur
existence.
J'ai vraiment été happée par ce petit recueil et relirais avec plaisir du Ryûnosuke Akutagawa.
Une vague inquiétude - Ryûnosuke Akutagawa (Editions du Rocher, 2005, 84 p.)




