17 janvier 2012
Ultraviolet de Nancy Huston
Ladies and gentlemen, j'annonce : une semaine entièrement consacrée à Nancy Huston sur ce blog. Vous allez me dire que ça commence mal avec un premier billet le mardi... soit, la régularité ce n'est pas mon fort mais du Nancy Huston il va y en avoir, et pas qu'un peu. Car il est grand temps de faire de la place à une auteur que j'affectionne particulièrement (souvenez-vous, je m'étais laissée porter par La virevolte). Et quoi de mieux qu'un coup de coeur en littérature jeunesse pour continuer en beauté?

12 janvier 2012
Le voyage du prince Tudorpah de Denis Tesle et Gilles Leroux
Il est presque temps d'aller dormir, voici donc l'heure idéale pour vous parler du conte du prince Tudorpah raconté par le formidable Arthur H.

Le royaume des nuages roses vit une période mouvementée : son prince, Tudorpah, ne trouve plus le sommeil. Cela tombe mal car la fête annuelle doit se tenir et le projet est compromis au vu de l'état de fatigue du souverain. Un ultime recours semble se dessiner en la personne du sage Babu, qui vit au milieu de la jungle. Ni une, ni deux, voici le prince qui prend la route afin de guérir son mal étrange. En chemin, il rencontre un chapardeur qui le détrousse, c'est le rusé Monkimane, qui est en terrain conquis au milieu de nulle part. Et c'est en guide que celui-ci se décide à accompagner notre prince jusqu'à Babu. Mais les deux acolytes ne sont pas au bout de leurs surprises car les personnages se succèdent : Babu et sa nuée de lucioles enchanteresses, Tar l'habile joueur de sitar, la douce Lalita, la guérisseuse Somma. Il y a aussi le méchant vizir Kouroustan qui semble être à l'origine du complot (et s'il convoitait le royaume?) et qui n'a pas dit son dernier mot, employant tous ses pouvoirs pour compromettre l'aventure. Heureusement, la magie est omniprésente, les personnages sont braves et courageux et la musique est le remède à tous les maux.
La musique est effectivement très importante dans le déroulement de ce conte. En effet, les musiciens Lalita et Tar sont envoutants et riches de nombreux chants mystérieux. Quant à la voix qui campe ce conte, il s'agit du bien connu Arthur H. qui tient parfaitement le fil de l'histoire. Le prince Tudorpah est encore jeune et c'est donc plein d'empathie qu'on suit ses insomnies qui pourraient bien devenir une catastrophe pour tous ses sujets. Sa voix se module agréablement selon les personnages rencontrés (pas loin d'une dizaine) et on délaisse volontiers le texte pour écouter cette exotique histoire.
Quant aux dessins de François-Marc Baillet, ils sont très beaux et collent parfaitement à mon ressenti de l'histoire. On est porté avec ces couleurs chaudes, ces visages ronds, vers un ailleurs accueillant.
Voilà une expérience à conseiller aux grands comme aux petits ! Personnages et paysages nous font voyager bien au-delà de nos frontières. Et sans passeport, en plus !
Livre reçu pour l'opération Masse critique de Babelio en partenariat avec les éditions Eveil et découvertes. Merci pour ce très bel ouvrage !
Le voyage de prince Tudorpah - Denis Tesle et Gilles Leroux ; illustrations de François-Marc Baillet ; conte raconté par Arthur H. (Éveil et découvertes, 2010, 34 p. + 1 CD)
27 janvier 2011
Dom Juan, d'après Molière
Quel bel album ! 
J’ai succombé à l’appel de Babelio en voyant les propositions de titres de cette collection, Grands maîtres, développée par AdLibris. Ayant déjà lu le classique de Molière, j’étais bien curieuse de voir ce que cela pouvait donner en adaptation et surtout à l’écoute (car l’ouvrage est bel et bien accompagné d’un CD audio). Mon intérêt serait-il le même ? Avant même d’avoir écouté l’histoire, j’ai pu apprécier la couverture, les dessins et me rendre compte à quel point j’avais un bel objet entre les mains.
Ici c’est une adaptation (par Michel Francesconi) de la célèbre comédie de Molière, Dom Juan. Donc le texte est une « réécriture » afin de rendre le texte accessible aux plus jeunes.
Première impression, d’emblée positive, avec des dessins très frais, très gais et colorés qui s’étalent en pleine page en vis-à-vis du texte. En feuilletant, je prends donc plaisir à découvrir le très beau travail de Simon Kroug, l’illustrateur, qui représente à merveille mes vieux souvenirs du grand Dom Juan.
Ensuite, on passe au texte car l’intérêt est bien de suivre l’histoire en l’écoutant racontée par Alain Carré. Et là aussi c’est une bonne surprise puisque la voix est chaleureuse, pleine d’entrain, aux intonations bien placées permettant de donner un réel plus au texte. Quant au texte, il est très clair et m’a sans conteste remémoré ma lecture de la pièce que j’avais déjà beaucoup aimée.
La lecture est extrêmement plaisante et laisse le sourire tout de long car Alain Carré prête sa voix à chaque personnage en modulant sa voix pour les hommes comme pour les femmes. L’histoire est bien connue puisque Dom Juan est même entré dans le vocabulaire commun des séducteurs invétérés. Notre noble personnage est un homme de peu de paroles, toujours attiré par les charmes de ces demoiselles. Pourtant marié à Elvire (qui a quitté le couvent pour lui), il s’ennuie d’elle et collectionne les conquêtes à droite à gauche. On le suit faisant du gringue à des paysannes, Mathurine puis Charlotte qu’il confronte même effrontément. Et ces voix paysannes dans nos oreilles sont pleines d’un patois attendrissant, Alain Carré nous les rend charmantes et chaleureuses.
Il est constamment suivi par son infatigable serviteur, Sganarelle, lui pourtant fatigué par les excès et fourberies de son maître. Poursuivis par les frères d’Elvire, ils se déguisent et vont par les grands chemins, en fuite. Ils rencontrent un mendiant, que Dom Juan s’amuse à bafouer avant de lui offrir une pièce d’or.
Puis Dom Juan secourt un homme qui n’est autre que le frère d’Elvire et se voit donc tiré d’affaire pour un temps. Dom Juan est un homme qui cherche l’aventure, s’amuse dans le mensonge et la bassesse. Il y a toutefois des signes, des personnes qui tentent de le ramener dans le droit chemin : son père qui le menace, Elvire qui le supplie, Sgnanarelle qui lui expose son point de vue et cet étrange commandeur de pierre qui a bien l’air d’avoir une mission à accomplir.
Voilà une pièce qu’on redécouvre avec plaisir et un brin de nostalgie ! Je n’ai pas lâché le texte malgré la voix scotchante et ai trouvé ce double suivi tout à fait adapté.
J’ai passé un excellent moment avec Dom Juan et reconnais que je renouvèlerais l’expérience sans hésiter !
Un autre avis lui aussi enthousiaste chez La fée bourbonnaise.
Merci à Babelio pour cette nouvelle édition de Masse critique, qui a encore été riche en découverte.
Dom Juan, d'après Molière (AdLibris, 2010, 35 p., collection "Grands maîtres")
21 novembre 2010
Sortilèges d'Aprilynne Pike
Deuxième volet de la série toute féérique d'Aprilynne Pike,
Sortilèges marque une "pause" dans la vie de Laurel. Pour se remettre dans le bain, je vous conseille de relire ma critique du premier tome ici.

Elle a en effet accepté sa condition de fée et part même pendant ses vacances d'été pour un stage de remise à niveau à Avalon, le domaine des fées. C'est toute une découverte que cet univers insoupçonné où elle a grandi petite jusqu'à ce qu'elle soit confiée à ses parents. Oui Laurel a sa chambre à Avalon, elle a même fréquenté l'école mais n'en garde aucun souvenir.
C'est donc un total apprentissages des us et coutumes des fées, de leurs préceptes les uns envers les autres. Car ne nous trompons pas, les fées sont mâles et femelles confondus, la seule caractéristique qui les distingue est leur période de floraison. Laurel en tant que fée d'automne est une des plus respectées, elle va donc devoir s'habituer à vivre parmi les hauts placés. Elle va aussi devoir accepter d'être servie à longueur de journée par des fées de printemps et d'été qui sont la plus grande majorité de la population (80%).
Car Laurel est une mélangeuse (celle qui fait les potions), c'est une des fées les plus rares et les plus importantes d'où les privilèges de la haute caste.
Le gros dilemme qui se pose dans ce volume-ci est le choix que doit faire Laurel entre Tamani (homme fée) et David (humain et petit copain officiel). Car Laurel entre les deux mondes qui l'ont vu grandir, entre la sollicitude de ces deux hommes qui seraient prêts à tout pour elle, entre la vie magique qui s'offre à Avalon et le parcours universitaire qu'elle devrait choisir si elle poursuivait dans son monde normal.
Contrairement
au premier volume que j'avais lu extrêmement vite, j'ai plus peiné sur
celui-là qui m'a paru plus long (il l'est en terme de pages : 460 contre
333 pour le premier) et qui a l'air de "se trainer". J'ai en effet
trouvé quelques longueurs qui m'ont fait plus d'une fois reposer le
livre, ce qui est dommage. Pourtant, le monde des fées, qui m'avait
hypnotisé, méritait amplement qu'on s'y attarde pour découvrir le
fonctionnement de cet univers parallèle, régi par des lois bien autres
que dans notre vie réelle.
J'ai tout de même eu beaucoup de mal à rester concentrer car ce temps de latence (qui m'a sans conteste fait penser à Hésitation de Stephenie Meyer)
où les fondements sont remis en question, où le choix d'un homme va sa
poser incontestablement, vont prendre le pas sur une intrigue à
proprement parler.
En fait, tout le nœud de l'histoire va bel et bien se constituer et se démêler dans les 100 dernières pages.
Néanmoins,
la fin du livre nous ouvre la voie sur un nouveau volume que
j'attendrai avec impatience. Car on ferme le livre en ayant les clés
d'Avalon mais avec de nouvelles questions en tête. Vivement la suite !
Sortilèges - Aprilynne Pike (Ada éditions, 2010, 460 p.)
08 septembre 2010
L'enfant du fantôme de Sonya Hartnett
Oui je suis faible, oui j'ai succombé à la dernière sortie littéraire de Hartnett mais tout me tentait dans ce petit volume : la couverture avec son bon goût de vacances, le sujet plein d'onirisme et bien sûr cette furieuse envie de retrouver la plume alerte de Sonya Hartnett. A ce propos je tiens d'avance à remercier Gaëlle qui est à l'origine de cet achat !

Autant vous dire tout de suite que j'ai été
assez décontenancée par le style que j'ai découvert dans ce roman.
Peut-être parce qu'elle s'adresse aux enfants, l'histoire est
incroyablement simple et légère. Ce que je veux dire c'est que j'étais
habituée à trouver chez Hartnett des strates de lecture différentes. Ici
il s'agit d'une seule intrigue, d'un fil cousu avec précision et
méthode sur tout le long. La narratrice c'est Matilda Victoria Adelaide,
une vieille femme recluse chez elle. Dans le temps elle fut l'enjouée
et obstinée Maddy, la petite fille butée qui trace sa route quelle que
soit l'opinion des autres. Elle grandit au début du XXème siècle dans
une famille aimante mais ô combien exigeante. Son père elle le surnomme
"l'homme de fer", il est inflexible, a voyagé et vécu son lot
d'aventures, il est maintenant très attentif à l'éducation de sa fille
unique.
Quant à sa mère, elle nourrit elle aussi de grands projets
pour elle. Souhaitant la voir mariée, elle complote un avenir pour jeune
fille de bonne famille. Sauf que Maddy est imprévisible, elle trouve
d'ailleurs un malin plaisir à aller à contrecourant et à se dresser
contre son entourage. Elle rencontre Plume, un jeune homme sauvage
errant au bord de la plage et s'éprend de lui.
Du gendre fortuné
qu'espéraient ses parents on passe au jeune homme bohème plus sensible à
la nature qu'aux conventions. Maddy est impulsive, elle suit son cœur,
délaisse toute raison et commence une vie au jour le jour avec ce garçon
insaisissable que seul l'horizon peut dompter.
C'est plein de
poésie et d'onirisme que ce récit de Sonya Hartnett ! C'est étrange de
se laisser porter par cette quête de l'amour et ce lent apprentissage
des sentiments humains. On sent dans l'éveil de la petite Maddy beaucoup
d'aveuglement et de croyances dévotes mais c'est vraisemblablement par
l'apprivoisement d'une entité bien plus abstraite, la nature, que
passera le salut de la jeune fille.
Au fil du récit on comprend
pourquoi un parallèle est dressé entre le récit de la vieille dame et de
la fille qu'elle était alors dans sa jeunesse. Tout ce recul, ces
métamorphoses qui se sont opérées grâce au regard de l'être aimé ont eu
raison de la personne qu'elle est devenue. J'ai aimé le rôle de Plume,
être tout droit sorti de l'écume, j'ai aimé tout le vocabulaire
australien (pour exemple le nargun, être mi-humain, mi-rocheux qui est
le confident de Maddy) et cette sorte de morale qu'on retient à la fin
(à vous de la dégager).
Un seul petit bémol pour la traduction.
J'avais l'habitude d'un style très fluide et lié dans les deux autres
romans de Hartnett. Là j'ai parfois été surprise par les expressions ou
autres images. Le langage est poétique mais peut-être trop précieux par
moment, cela manque de cohésion et de réalisme. Mais comparé au reste il
ne faut pas s'arrêter à ce détail car l'histoire en vaut clairement la
chandelle.
L'enfant du fantôme - Sonya Hartnett (Les grandes personnes, 2010, 155 p.)
12 août 2010
Les aventures de Magic Pudding de Norman Lindsay
Je voulais absolument lire ce livre pour rester dans ma lignée australienne mais aussi car j'avais besoin de quelque chose d'extravagant, d'un peu "hors du commun". En plus il est dur de viser des auteurs jeunesse dans un pays si éloigné et, après renseignement, il me semblait évident que j'allais adhérer à cette histoire farfelue.

Autant vous le dire d'emblée, ce livre a connu un succès retentissant en Australie et a même été adapté à l'écran en 2000, avec Elle McPherson entre autres.
Benjamin Bouchebleue (quoique je lui préfère largement son nom anglophone Bunyip Bluegum) est un koala qui souhaite partir à l'aventure.
Son oncle, très respectable et toujours de bon conseil, lui suggère de
parcourir le monde sans tarder. Ni une, ni deux, voilà Benjamin parti
sur les routes australiennes.
En chemin il rencontre Corentin, un petit homme au caractère bien trempé, et Raoul Rasemottes, pingouin aux courtes pattes. Ces deux-là possèdent un pudding qui fait leur festin à tous les repas
: steak rognons ou confiture, c'est au choix. Il suffit de faire
tourner le moule à pudding et l'assaisonnement se dispose comme par
magie. Sauf que le tentateur pudding, en plus d'être pour tous les
goûts, a la faculté de parler, de marcher et surtout de ronchonner. Il a
même un prénom, Albert, et entretient de curieuses conversations avec
ses propriétaires. Les trois s'allient donc pour poursuivre leur route
ensemble avec leur plat du jour toujours à portée.
Mais voilà que la joyeuse troupe croise Judas Wombat et Patelin l'Opossum
qui ne rêvent que d'une chose : dérober le précieux pudding. Et les
farces s'enchainent entre les assaillants et leurs poursuivants, chacun
tentant de garder la mainmise sur Albert. Une course poursuite prend
place avec nos trois héros qui sont souvent malmenés mais que ne
ferait-on pas pour le meilleur des puddings?
Que d'exotisme, que
de bonheur ! On s'évade loin, loin avec cette histoire ! J'ai d'ailleurs
bassiné tout mon entourage en parlant du Magic Pudding car je trouvais
les personnages tous plus charmants les uns que les autres. On se
croirait à mi-chemin d'un remix des Fables de La Fontaine et d'Alice au pays des merveilles.
Rien ne semble trop incroyable dans le monde de Benjamin Bouchebleue et
on ne s'étonne même pas lorsque le fameux pudding se met à prodiguer
sermons et remontrances.
En plus les animaux, très caractéristiques
de l'Australie, ont eu le don de m'enchanter. Voyager avec un koala en
croisant un opossum, un wombat ou même un péramèle (de la famille des
marsupiaux), il ne m'en fallait pas plus pour avoir l'impression d'être
en territoire inconnu peuplé de joyeuses bestioles.
Le récit est
parsemé de petits dessins de l'auteur lui-même. J'ai été bluffée car les
dessins correspondent en tout point à une situation, un gag ou même aux
gros traits d'un personnage. Quelques pages de planches en couleurs
nous présentent les protagonistes au fil de l'histoire. De Benjamin à
Riz au lait (le cuisinier et précédent propriétaire du pudding) en
passant par Pamphile Petibeurre, c'est toute une galerie qui défile
devant nous. Je vous laisse d'ailleurs le soin de découvrir les
rencontres de voyage car chaque personnage a son petit charme et son look qui lui est propre.
Pour
ma part je voulais vous montrer Albert le pudding qui m'a beaucoup fait
rire - quel ronchon ce pudding, on le croirait tout droit sorti d'une
mine - :

Une histoire légère, fantaisiste et ô combien divertissante ! Vous avez plus de 9 ans - osez me dire le contraire
-, alors foncez !
Les aventures de Magic Pudding - Norman Lindsay (Anatolia, 1993, 151 p.)
10 mai 2010
Black Moon en deux recueils
Attention la première critique date d'il y a un moment mais c'est une piqûre de rappel pour enchainer sur la deuxième critique - Amours d'enfer - qui est le livre que je viens de refermer.
Le livre est un recueil de cinq nouvelles - si je ne m'abuse - dont
l'unique similarité est d'avoi
r pour cadre la nuit et ses ombres
errantes. Paru simultanément à la tétralogie Fascination de
Stephenie Meyer, le recueil peut s'enorgueillir de contenir une nouvelle
de cette auteure devenue phare et que tout le monde s'arrache.
Malgré cet aspect hautement mercantile, qui m'a fait
commander le livre, le contenu mystérieux des nouvelles toutes ici compilées demandait une plus grande attention.
Dans ce livre se trouvent :
des êtres surnaturels, de la magie "noire", des prémisses d'histoires
d'amour et surtout, comme fer de lance, des intrigues bien ficelées et
très rythmées.
Je reprocherai néanmoins à ce recueil d'être très
inégal de qualité. Dans l'aspect original que j'attendais autour d'un
thème commun, j'espérais me heurter à une profusion d'idées, à un
foisonnement de bouleversements et de péripéties. Peut-être suis-je trop
aventurière et que ce recueil dénotait juste des sorties de 2008 par la
réunion de petits textes, tous ombrageux bien que classiquement menés.
Je
me ferais un plaisir de vous raconter l'histoire du bouquet (deuxième
nouvelle) qui m'a tenu en haleine mais l'histoire est si courte
que j'ai peur de trop en dire - maligne la fille, on met du suspense et on ne révèle rien -...
Tentez donc ! Ce sont de bien bons morceaux de nuit.
Nuits d'enfer au paradis - Stephenie Meyer, Meg Cabot, etc. (Hachette, 2008, 408 p., Collection Black Moon)
Je me suis procurée cet ouvrage car j'avais été
déjà bien emballée par un recueil de nouvelles de la même veine sur des
amours naissantes aux premières heures de la nuit. Il s'agissait de Nuits
d'enfer au paradis qui était composé de cinq récits
d'auteurs américains.
Dans Amours d'enfer
j'ai presque eu l'impression d'avoir affaire à une suite, déjà du point
de vue du titre qui fait redondance mais aussi au vu du sujet : les
amours de jeunes adolescents restent en premier plant.
Là aussi
c'est cinq nouvelles toutes orientées "amour déçu" et "êtres
surnaturels". Je tiens à souligner le choix très judicieux
d'avoir choisi de grands auteurs de fictions pour inciter à ouvrir
l'ouvrage. Dans Nuits d'enfer au paradis nous avions droit à Stephenie Meyer et Meg
Cabot, ici c'est Scott Westerfeld
qui s'est prêté à l'exercice du court récit. Et je dois dire que la
performance est réussie car l'histoire écrite par Westerfeld
se suffit à elle-même : un monde futuriste où toutes les
contraintes du genre humain - maladie, sommeil, etc. - ont été rayés de
la carte. Les hommes n'ont plus à dormir, à souffrir d'aucun
virus ni d'aucune gêne corporelle puisqu'ils peuvent se téléporter
n'importe où, n'importe quand.
Dans ce
contexte, le récit commence lors d'un corps de "fléaux" c'est-à-dire
une sorte de thérapie revenant sur les anciens tracas du passé. Le
professeur enseigne à ses élèves ce qu'a été la vie d'avant : lorsqu'on
dormait, mangeait et voyageait, lorsqu'on était dépendant de sa nature
humaine et de ses ressources propres. C'est l'occasion de faire
l'expérience du flash-back avec une mise en pratique de toutes ces
nécessités vitales. Chaque élève a donc pour mission de se confronter à
ce que ses ancêtres ont vécu : la grippe, le besoin de dormir...
J'ai
trouvé très intéressant d'imaginer ce monde en dehors de toute réalité
où nous n'aurions aucune barrière temporelle ou géographique. J'ai
trouvé l'idée fantaisiste mais enrichissante car on se rend compte que
la vie ne se limite pas à des libertés tombées du ciel.
Le fait d'utiliser le mot "rêve" pour définir la phase 5
me donnait l'impression de parler la vieille langue de Shakespeare. Ce
terme avait disparu en même temps que le sommeil. De nos jours, les gens
"rêvaient" seulement d'avoir une maison plus grande ou de devenir
célèbres. (p.46)
[justify]
Seconde nouvelle, changement
de décor avec une plongée dans le folklore écossais avec la
légende des selkies qui définit le fait que des créatures
surnaturelles revêtent un pelage de phoque pour observer les mortels.
Lorsque ceux-ci abandonnent leur pelage et qu'il est récupéré par un
humain, le phoque prenant l'aspect humain et sa voleuse - car les choix
sont souvent déterminés en fonction du sexe - sont ainsi liés ad
vitam eternam. A moins que l'homme - qui était phoque - cherche à
remettre la main sur son pelage pour regagner la mer. Et dans ce récit
c'est une jeune Alana aux amours déçus qui tombe un jour sur une peau
soyeuse laissée à l'abandon sur la plage, au gré d'une balade.
Troisième nouvelle avec une histoire de fantôme qui a été ma préférée et de loin. Car les histoires de fantômes m'ont toujours fascinée et que celle-ci est des plus intrigantes. Une jeune fille endeuillée par la mort de sa petite sœur vient d'arriver dans une nouvelle demeure avec ses parents pour changer d'air. Malgré le nouvel environnement, Brenda - c'est son nom - ne trouve pas le sommeil la nuit et est même sujette à des terreurs nocturnes. Un jeune garçon fantomatique revient perpétuellement hanter son sommeil à la recherche d'une délivrance, d'une main tendue...
La quatrième nouvelle m'a laissé de marbre car je n'ai pas pu trouver de repère chronologique dans le récit et ai eu du mal à planter le décor. Il s'agit d'une fille mal-aimée de sa famille, obligée de quitter l'école, de prendre mari et de fonder une famille comme le veut les traditions fermement établies dans ce coin reculé de la campagne. La jeune fille aime un homme qui lui est détesté de tous de par son étrangeté et ses étranges yeux verts. Envers et contre tout, ils décident de s'unir et de vivre ensemble dans le foyer qu'ils se construisent. Mais cette Cendrillon rejetée de tous mais aimée du plus bel homme de la région ne m'a pas du tout convaincue.
Enfin la dernière nouvelle retrace l'histoire d'amour d'une adolescente, recluse dans ses livres, toujours préférant la bibliothèque à la vraie vie. Désirant être aimée pour ce qu'elle est, Paige tombe un jour sur un garçon de son âge, au regard violet et qui semble tout droit sorti d'une fiction des plus fantastiques. Car parallèlement Paige a mis la main sur un livre étrange, Les immortels, où tout est possible et où l'imaginaire prend décidément bien le pas sur la réalité. On sombre dans une espèce d'univers parallèle ou de paranoïa où on ne sait plus où est le vrai du faux, car tous les éléments se déchainent pour rendre la réalité encore plus magique.
Il
y a du bon dans ce recueil avec quelques nouvelles vraiment
remarquables et d'autres dont la qualité laisse plus à désirer.
Mais je pense que broder autour d'histoires d'amour mêlant adolescents
et êtres sortis de l'"enfer" ne peut être qu'inspirant. J'ai trouvé
intéressant qu'il ne soit question que de jeunes gens curieux et avides
d'aventures. On se rend compte qu'en expérimentant le fantastique,
chacun d'eux trouve une réponse à son errance toute personnelle. Un bon
moment de lecture !
Amours d'enfer - Scott Westerfeld, Melissa Marr, Laurie
Faria Stolarz, Justine Larbalestier, Gabrielle Zevin
(Hachette,
2009, 254 p., Collection Black Moon)
11 mars 2010
Le retour de Mary Poppins de Pamela Lyndon Travers
De son vrai nom Helen Lyndon Goff, Pamela Lyndon Travers
est une femme de lettres créatrice de la série Mary Poppins. Elle est
née en Australie en 1906 d'une famille d'origine irlandaise. Elle
perdit son père précocement et prit un nom d'emprunt pour faire ses
premiers pas en poésie. Elle partit en 1924 en Angleterre, puis arriva
en Irlande en 1925. C'est en 1934 qu'elle connait le succès avec Mary
Poppins qui connaitra cinq suites.

Attention, ceci est une critique en construction qui est amenée à être complétée par l'opinion de ma petite sœur qui le lit actuellement.
Mary Poppins, est-ce un ange ou un démon?
Tout d'abord rappelons que Mary Poppins est, je pense, un personnage qui a acquis toute sa
renommée grâce au long-métrage des studios Disney. Mais bien plus qu'un
film mythique, Mary Poppins c'est surtout une gouvernante hors-paire qui a su
faire flancher les enfants les plus aguerris (une super Nanny version british et avec des pouvoirs par dessus le marché). Et c'est le cas dans
cette histoire où nous retrouvons les enfants très turbulents qui
avaient pris place dans le Mary Poppins originel. Rappelez-vous, il y
avait Jane, Mickael, deux enfants curieux et turbulents qui rendaient
la vie folle à leurs parents. Ici Mary Poppins revient car les enfants
sont retombés dans leurs vieilles habitudes en mettant la maison sans dessus
dessous.
Notre attachante gouvernante débarquée de nulle part descend cette fois-ci accrochée à la ficelle du cerf-volant de Mickael.
Et
les enfants sont ravis de la magie qui reprend. Leur nounou les
entraine dans des épisodes tous plus cocasses les uns que les autres :
on y trouve des personnages goûtant la tête en bas, on y voit le
dialogue très animé au-dessus d'un berceau entre le bébé et les oiseaux de passage. Je cite ces passages mais
bien d'autres méritent qu'on s'y attarde comme cet épisode où tous
les habitants prennent leur envol cramponnés à leur ballon de baudruche choisi avec le plus grand soin. Ou encore cette fameuse nuit où le temps s'arrête et
où Mary Poppins et ses acolytes ont le pouvoir de donner vie aux choses et aux espèces les
plus inanimées tandis que le reste du monde dort.
Retrouve-t-on le charme d'une Mary Poppins gaie et
enjouée, toujours prête à de nouvelles aventures?
Effectivement Mary
Poppins semble très encline à faire bouger les choses et à apporter de
la féérie à tout ce quotidien qui ennuie les enfants. Malgré tout, une autre image s'est imposée à moi : celle d'une femme intransigeante et peu conciliante quand il s'agit de
discuter des curieux moments que toute la petite troupe vit ensemble. C'est
toujours avec une mine offusquée que Mary Poppins se fait "rappeler à
l'ordre" par les petits qui ne rêvent que d'évoquer à nouveau toutes
ces extraordinaires aventures qu'ils traversent. Et on se dit qu'elle
est pleine de mauvaise foi et qu'elle devrait au contraire les laisser
rêver et prolonger la magie ambiante.
Certains passages croustillants nous laissent émerveillés :
- Nous jetons juste un coup d'œil, explique Jane, nous n'avons pas d'argent.
-
Tsss, tsss, tsss ! Jeter un coup d'œil à un ballon? Mais quel intérêt?
Il faut le tenir, l'essayer, faire sa connaissance ! Jeter un coup
d'oeil ! Quelle idée ! (p. 222)
En somme, c'est un livre qui est à la croisée d'un bon Alice au pays des merveilles, d'un Peter Pan toujours en pleine enfance ou encore d'un autre livre qui m'avait charmé petite : Le pays des 36000 volontés.
L'imaginaire s'ancre dans le réel et nous offre un bien bel aperçu qui
dompterait et captiverait les chenapans les plus enragés.
Faut-il provoquer ses parents pour avoir droit à une échappée sensiblement magique? Là reste la question, car si les enfants sont restés éternellement innocents et avides de découvertes, ils parviennent à leurs fins (faire revenir Mary Poppins) en enchainant les bêtises. Tout vient à point à qui sait attendre et peut-être qu'en les laissant garder leur âme d'enfant, Mickael et Jane ont justement eu droit à un laisser-passer dans le pays des rêves où rien n'est impossible.
Lily aussi l'a lu et a été enchantée de sa lecture.
Je tiens à remercier
et les
pour ce partenariat qui a été une fois de plus très prometteur.
Le retour de Mary Poppins - Pamela Lyndon Travers (Ed. du Rocher, 2010, 295 p.)
05 mars 2010
Ailes d'Aprilynne Pike
C'est avec une grande impatience et tout autant d'attente que je me suis jetée sur le premier volet de la tétralogie initiée par Aprilynne Pike. En ayant entendu de forts bons échos, j'avais tenté de l'acheter sans succès car indisponible et c'est une Québecoise du forum du club des rats qui m'a permis de le lire. Merci à elle pour ce LV qui a tenu toutes ses promesses.

Laurel est une adolescente de 15 ans un peu comme toutes les autres, une jeune fille mal dans sa peau, fraichement débarquée à Crescent City, en Californie. Tout est d'autant plus nouveau que Laurel, qui vivait avant retirée avec ses parents dans une demeure isolée d'Orick, en Californie, doit maintenant se confronter au monde, se faire un cercle d'amis et lutter contre ses souvenirs si heureux d'une vie paisible. Car la jeune fille a jusqu'à présent étudié à domicile, a été autonome et a vécu sans rendre de comptes à personne. C'est donc avec appréhension qu'elle découvre un nouveau système scolaire, un rythme réglé, une discipline à laquelle se conformer. David, élève de sa classe, vient heureusement à sa rescousse et offre son aide dans les premiers jours synonymes d'angoisse. Lui est le play-boy dont toutes les filles rêvent, il est décontracté et charmant sans se forcer.
On entame un processus d'adaptation normal et c'est alors qu'un phénomène bien plus étrange vient perturber notre Laurel qui pensait que le wagon était sur les rails. Oui car l'action prend un tour fantastique avec l'apparition dans le dos de la jeune fille d'une bosse qui croît dangereusement. Qu'est-ce, si ce n'est la puberté qui se manifeste à un endroit un peu douteux?
Laurel n'y prête garde jusqu'à ce que la bosse, douloureuse et de la taille d'une balle de softball, se transforme en ailes. Ou si ce n'est des ailes c'est bien des jeunes pousses couvertes de pétales que notre héroïne découvre un beau matin. Irréelle que cette splendide plante qui a pris corps dans son tronc pour venir fleurir à même la peau.
Le passage est beau et on se figure l'éclosion comme précipitée par la lumière du jour :
Laurel, fascinée, fixait les pâles choses avec de grands yeux. Elles étaient terriblement belles - trop belles pour l'exprimer en mots. Laurel se tourna de nouveau vers la glace, son regard sur les pétales voltigeant à côté de sa tête. Ils ressemblaient presque à des ailes.
C'est donc tombant des nues que notre héroïne compose avec ce membre végétal en plus. Le dissimulant à sa famille, à ses amis, elle finit par se confier à David, celui en qui elle trouve une oreille compréhensive et attentive.
Mais Laurel, malgré la magie des instants, malgré sa spécificité hors du commun cherche à comprendre la source du problème. Elle tente de revenir à ses racines (c'est le cas de le dire) en retournant à Orick, dans la demeure où elle a grandi, arpentant le nature environnante en quête de réponses. Et c'est au détour d'une de ces promenades qu'elle rencontre Tamani, jeune homme peu surpris de la protubérance qui pousse en haut de son dos. Car Tamani est un être comme elle, c'est plus exactement un homme-fée, un gardien de royaume qui se doit de protéger les siens.
Entre son ancienne maison, menacée d'être rachetée par un agent immobilier peu scrupuleux et cette rencontre qui la désarçonne, Laurel doit revoir l'équilibre de son monde, se confronter à la réalité des choses derrière l'étrangeté des apparences.
Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisque le peuple des fées semble lui sur la sellette face à une peuplade nettement plus redoutable et malfaisante. Pourquoi Laurel est-elle dotée d'ailes? Pourquoi est-elle aux prises avec un mal étrange qui semble toucher les siens? Telles sont les énigmes qui restent à résoudre dans ce premier volet très prometteur et innovant.
J'ai été happée par l'histoire. Car ce monde étrange est aussi fascinant de par bien des aspects : les fées sont auréolées de mystère et on est tout bonnement accroché à cette histoire emplie de magie. Tous les ingrédients sont là : le suspens, un réalisme qui bascule dans la magie, une bonne dose d'amour et un style alerte et incisif. Bien sûr il y a des soucis de traduction qui m'ont plus fait rire qu'autre chose : "formidable" est employé à tout bout de champ pour désigner les gens, les situations... C'est formidable non? :)
Mais je relève ce souci de traduction uniquement pour pointer un défaut qui n'a été, en fin de compte, que mineur. Car on glisse sur le vocabulaire parfois imprécis, on se figure malgré tout les choses nettement. C'est un monde qui, tout comme Forks ou Poudlard, ne demande qu'à exister et qu'on se fait un plaisir de bâtir à petits pas. Plus on avance, plus on se prend à désirer que les créatures apparaissent à tous les coins de page. Eh oui, en somme on se prend au jeu !
Un excellent livre qui augure une suite des plus prometteuses et que je guetterai avidement !
Merci à la bonne âme qui m'a communiqué ce livre tout aussi bon. Vivement qu'il fasse du vent, des vagues et s'enracine parmi nous !
Ailes - Aprilynne Pike (AdA, 2009, 333 p.)
15 février 2010
Berceuses illustré par Hervé Coffinières
Oh un livre et un CD ! Un beau moment de magie en perspective !
Aussitôt reçu, aussitôt passé en revue ce joli petit livre cartonné qui s'intitule simplem
ent Berceuses. Car il s'agit bien de onze petits chants destinés à endormir nos tout-petits. L'album propose donc une invitation à la détente avec des illustrations très colorées qui sont comme déjà des bouts de rêves.
Et on explore le monde, on se laisse emporter par le flot des voix chaleureuses qui emplissent nos oreilles. Petits et grands peuvent être charmés par le panel de chants qui bercent et accompagnent la rêverie. A l'origine, ce livre est destiné aux enfants à partir d'un an, mais je me dois d'insister sur le fait qu'il a de quoi séduire tous les parents noyés sous la vague des comptines et autres chants plus ou moins traditionnels. Ici on mise sur la simplicité avec un format carré qui est facilement manipulable par les bébés. De plus, les illustrations emplies de couleurs vives viennent compléter à merveille le texte et la musique. Hervé Coffinières, l'illustrateur, nous offre de jolies images toutes en traits et autres arrondis qui font parfois penser à des dessins d'enfants. On se plait à se perdre sur les pages et à laisser vadrouiller l'esprit au gré de ces berceuses. Car je l'ai dit, c'est bien une invitation au voyage à laquelle nous sommes tous conviés l'espace de quelques minutes. D'abord chez les Bretons puis chez les Cosaques, en passant par le peuple créole (Lè timoun an mwen) et l'imaginaire slave. De bien belles escales rythmées par une musique qui reste en tête comme une litanie. Et on se plait à fredonner les quelques refrains, à tourner les pages avec son enfant, d'avant en arrière (ou d'arrière en avant, ça marche aussi !).
Je crois avoir pour ma part totalement adopté ces berceuses qui dès la première écoute font leur petit effet. Et on fermerait presque les yeux au son de la musique, comme de grands enfants ébranlés par une nuit un petit peu plus douce que les autres. En tout cas, moi la dame note de la couverture, je la garde de force pour encadrer mes envolées livresques. Car une mélopée c'est bien connu, cela se complait dans les berceuses ! Je le confesse, j'ai totalement adhéré !

Berceuses
Collectif
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Lecture en partenariat avec Babelio et les éditions Enfance et Musique.
Berceuses - Illustré par Hervé Coffinières (Enfance et Musique, 2009)







