04 janvier 2012
Berazachussetts de Leandro Avalos Blacha
Je démarre l'année avec un roman qui me laisse une impression en demi-teinte
. A vous de voir si cette fantasque histoire vous emportera !

J'ai retardé le moment de faire une critique pour ce livre-ci car il m'a laissé complètement perplexe de par l'originalité de son sujet et sa plume extrêmement "décomplexée". Dora, Milka, Beatriz et Susana sont quatre instits à la retraite qui vivent ensemble dans une sorte de banlieue de Buenos Aires fantasmée, Berazachussetts (les lieux imaginaires qui sont le cadre de l'histoire font l'objet d'une postface fort éclairante). Puis un jour surgit une étrange bonne femme, aux nichons proéminents, nommée Trash. Outre son nom bien caractéristique du personnage (elle est punk, obèse et par dessus tout zombie), c'est une femme qui détone et par qui le malheur arrive. Car le groupe, à partir de cette rencontre, bat de l'aile et c'est le moins qu'on puisse dire ! Ça s'insulte, ça se sépare et ça ne se rabiboche pas, bien au contraire. C'est l'occasion pour les unes de se venger : Milka en destructrice d'intérieur, ça vaut le détour ! Dora, quant à elle, s'amourache du très puissant Saavedra qui lui fait voir monts et merveilles et n'hésite pas à partir en visite des bas quartiers (comme on visite un musée pardi, c'est tellement amusant de voir la misère humaine). Mais bien évidemment, ces quatre itinéraires qui se dessinent sont intéressants en cela que ces grandes névrosées filent le plus mauvais des cotons. Et c'est dans un univers apocalyptique, où tout semble s'enchainer pour qu'elles trinquent et dégringolent, qu'elles prennent place. De vraies détraquées des temps modernes !
Quant à moi je vous avoue que j'ai eu beaucoup de mal à suivre la progression des unes et des autres car justement leur monde, complètement déjanté et loufoque, est passé bien à côté de mes idées très terre à terre (j'y suis restée tout à fait hermétique). Qui croirait en une armée de fauteuils roulants? Combien sont-ils les gens qui se laisseraient aller à suivre Periquita, une adolescente tout aussi cruelle qu'impotente? Car oui, les personnages annexes, les petits détails qui rendent la narration folle et proche de la science-fiction, il y en a un paquet. C'est ce qui fait le charme du récit, sans doute ! De mon côté j'ai été tout à fait circonspecte par l'univers imaginé par Leandro Avalos Blacha. Non pas qu'il ne soit pas crédible mais, pour ma part, j'ai eu du mal à y adhérer. Néanmoins, le style de l'auteur est bon, le récit est fluide et l'action ne faiblit pas en intensité. Peut-être que je ne sais pas rire des zombies, des paralytiques et des pingouins (oui, oui y en a aussi là-dedans) en tout cas la sauce n'a pas pris !
Des lecteurs ont aimé : gr3nouille2012, Eireann, Nébal
Je tiens à remercier chaleureusement Ys, pour ce partenariat via
, et les éditions Asphalte pour l'envoi !
Berazachussetts - Leandro Avalos Blacha (Asphalte, 2011, 185 p.)
D'ailleurs, en restant chez Asphalte, je ne peux que vous conseiller le surprenant Breakfast on Pluto dont j'avais fait une chronique ici !
19 novembre 2010
Pétales de Guadalupe Nettel
Quel très étrange et loufoque recueil de nouvelles que celui que j'ai entre les mains ! Outre la couverture qui m'avait mis sur la voie d'un ouvrage sortant de l'ordinaire, j'ai été intriguée puis happée par ces courts récits qui se lisent les uns après les autres, sans interruption.

Un photographe fasciné par les
paupières immortalise le visage avant et après l'opération qui corrigera
les défauts de ces paupières. Bizarre mais après tout chacun ses goûts
et la "laideur" ou du moins l'aspect peu banal de paupières rebelles à
l'esthétique a finalement de quoi être un grand centre d'intérêt.
Une
femme, en bonne voyeuse, assiste à une scène cocasse chez son voisin
d'en face. Lors d'un dîner galant, celui-ci s'éclipse et va dans la
pièce d'à côté soulager une érection en solitaire. La plume est vive, la
scène se passe comme dans un vaudeville et on ne peut s'empêcher de
sourire en imaginant tout l'extraordinaire de cette situation.
Autre
histoire, changement se sexe : un homme se prend de passion un beau jour
pour le jardin botanique où il croit découvrir sa vraie nature en
côtoyant les cactus. Et si sa femme était une liane rampante, ou pire,
un bonsaï. Voilà notre homme lambda obsédé par sa révélation d'être un
cactus en puissance qui finalement trouve un certain équilibre dans sa
vie dans sa double nature.
Changement de décor et nous voilà face à
un homme qui traque les odeurs des femmes, et plus particulièrement
d'une dénommée Fleur, dans la cuvette des toilettes. Et voilà notre
"fétichiste" qui égrène tous les cafés du coin à la recherche de l'odeur
tant caractéristique de sa Fleur. Là pour celle-ci (de nouvelle), j'ai
dû avoir les sourcils en accent circonflexe tout le long du texte. Je
crois que je serais complètement démunie devant un fou pareil.
Il
y a sûrement dans la vie de tout renifleur un moment de plénitude comme
celui que j'ai connu cette fois-ci dans les toilettes pour dames du
Mazarin. Je ne saurais dire si ce qui me procura autant de plaisir fut
le marbre discret des meubles et du sol, le haut plafond permettant la
libre circulation des odeurs ou bien le vaste cabinet où je me livrai à
une exploration minutieuse. (pp. 94-95).
Je laisse
deux nouvelles dans l'ombre car si j'en dévoilais trop je vous gâcherais
le plaisir de la découverte. Et devant ces obscurs comportements, on
tente de comprendre l'incompréhensible. Certaines nouvelles sont
dérangeantes car les petits plaisirs que chacun cultive sont des jardins
secrets et certains "doivent" rester dans l'ombre. Oui voilà le
sentiment qu'on a, que les jardins secrets sont dévoilés au grand jour,
que les petits écarts de chacun sont ici mis en avant comme des passions
à part entière voire des faire-valoir.
Un livre tout à fait à part, qu'on avale sans trop bien comprendre pourquoi si ce n'est que la plume de Nettel est tout à fait captivante. Elle parvient à nous maintenir accrocher à des détails aussi superflus et extravagants soient-ils.
Merci à Leiloona d'avoir fait voyager ce livre !
Pétales et autres histoire embarrassantes - Guadalupe Nettel (Actes Sud, 2009, 141 p.)
20 décembre 2009
Parole de ventriloque de Pauline Melville
Avant de donner mon opinion sur ce livre, je vais me baser sur la quatrième de couverture :
Parole de ventriloque
est un roman drôle et sensuel, vif et direct, plein des sons et des
senteurs, des mythes et des légendes du Guyana. Il rapporte des
événements tragiques dus aux oppositions entre la culture amérindienne
et les valeurs européennes durant trois générations.
Au centre du
récit, la relation incestueuse entre un frère et une sœur, Danny et
Béatrice McKinnon, les enfants d'une Indienne wapisiana et d'un
libre-penseur écossais. L'histoire atteint son sommet avec l'éclipse de
soleil de 1919 qui symbolise le choc des cultures car, selon les mythes
indiens, l'inceste est lié aux mouvements du soleil et de la lune. Les
Indiens l'admettent sans l'approuver, mais il est prohibé par les
"agents civilisateurs", dont le père Napier, un missionnaire jésuite
exalté, homosexuel refoulé, qui veut l'anéantissement du couple. Son
acharnement déchaînera violences et folies.
C'est donc un récit
largement influencé par les phénomènes météorologiques qui prend place
ici. L'éclipse est vécue comme un événement funeste, agissant sur les
Amérindiens qui sont comme soumis à des légendes héritées et véhiculées
de part en part.
Tout est très habilement suggéré, dans un style
qui ne permet pas les larmoiements ni le dégoût mais incite à la
curiosité et à la découverte approfondie. Car ces mythes amérindiens
paraissent en effet bien ancrés et être comme des fatalités autour
desquelles les personnages sont tiraillés. On ne peut qu'être
désorienté par la force de la nature et par ces significations
colportées par les Indiens du Guyana.
Outre le vocabulaire assez
incompréhensible pour tout citoyen civilisé, on se prend à imaginer ce
que peuvent bien désigner ces mots : waam, kanaïma... Et la vie là-bas
semble codifiée car hantée par les traditions.
C'est un paysage en plein cœur de Rupununi où nous sommes conviés à convoler.
J'aime relever des passages qui me paraissent bien plus significatifs que de grands discours :
Mais
évidemment. L'information c'est le nouveau pactole. Vous, une
intellectuelle, vous devez savoir ça. La connaissance que j'ai des
Indiens est une façon de prendre possession d'eux - je l'admets. Nous
leur disputons la possession du territoire intellectuel. Mais c'est
mieux que de leur voler leur terre, n'est-ce pas ? (pp. 100-101)
Après
qu'ils eurent mangé, le père Napier insista pour qu'ils disent merci à
Dieu. Il expliqua du mieux qu'il put dans son macusi hésitant ce qu'ils
étaient censés faire. Titus, le Macusi, prit un air perplexe et
s'adressa en wapisiana à Siriko qui à son tour parla aux Taruma. Ce ne
fut qu'alors que le père Napier se rappela qu'on lui avait signalé
qu'aucune de ces langues ne connaissait le mot "merci". Lorsqu'ils
furent enfin tous rassasiés, Titus, pour être aimable, leva la paume de
sa main au ciel et dit posément :
- Ça ira comme ça, dieu. (p. 220)
Cette
plongée en plein cœur de la civilisation indienne avec tous ces rites
m'a plu. J'ai d'autant plus apprécié ce livre au style incisif, qu'on
le sent très empreint de respect et de discrétion. Il y a comme une
certain noblesse et une grandeur d'âme dans ces Indiens qui nous
ouvrent leur village.
8/10 pour moi !
Parole de ventriloque (aussi appelé Le conte du ventriloque) - Pauline Melville (Ed. Zoé, 2002, 419 p.)




