07 décembre 2009

Dés de poulet façon mégère de Liu Xinwu

Voilà un livre sur lequel je fondais beaucoup d'espoir. Ayant relativement apprécié Poisson à facd_se humaine dont la longueur avait constitué le seul inconvénient, j'ai donc entamé Dés de poulet façon mégère pleine de bonne volonté devant ce petit volume à me mettre sous la dent. Le contentement a été de courte durée : le récit m'a lentement et sûrement plongé dans un profond ennui.
L'histoire est divisée en courts chapitres ayant tous pour titre un plat chinois - émincé de porc à la pékinoise, mantou frits, etc. - ce qui me semblait une construction intéressante pour dresser un parallèle entre un repas et l'action du livre. Mais il n'en est rien, ces intitulés semblent juste décoratifs pour nous montrer que la Chine a une folle diversité de plats. Dommage car l'auteur aurait pu davantage marquer la corrélation entre nourriture et narration !

L'action se passe donc dans une résidence où de nombreux travailleurs migrant des campagnes ont trouvé leurs quartiers. Le lieu le plus révélateur de ce mélange des populations est le restaurant où les employés se côtoient dans une relative clandestinité. Dans ce contexte, l'un des vigiles Hekai décide d'officialiser sa relation avec une des serveuses Xiaomei.
Je vous cite ce qu'il en est dit en quatrième de couverture : "une réflexion sur les conditions de vie, dans la capitale, de la main-d'oeuvre venue des provinces. A travers ce récit de la Chine du XXIe siècle, Liu Xinwu brosse une galerie de portraits de ces petites gens et lance un vibrant plaidoyer en faveur de ces migrants à l'intérieur qui tentent de s'intégrer à la société urbaine en transformation brutale".
Même si la résumé semble alléchant, j'ai au contraire trouvé les personnages inconsistants, il y a beaucoup de digressions et on se perd entre les différents lieux (restaurant, résidence...)
Une belle déception en somme ! Les petits dessins ponctuant le récit sont peut-être la seule note de légéreté qui m'a donné envie d'aller de l'avant.

S'il fallait ne relever qu'un passage :

"Le renvoi de Xie Chaojie ainsi que le versement immédiat de la totalité de son salaire ne devaient pas être annoncés officiellement, mais il fallait répandre l'information de manière que tout le personnel l'apprenne: on avait le choix entre toucher sa paie séance tenante et décamper, ou rester et attendre patiemment qu'elle vous soit versée. Si les crapauds à trois pattes sont rares, les travailleurs migrants à deux jambes, ce n'était pas ce qui manquait, tout le monde le savait ! Aussitôt parti, aussitôt remplacé ! Mais retrouver du travail ailleurs, ça, c'était une autre affaire." (p. 132)

Hanta l'a lu, Sylvie aussi et pour moi c'est un 3/10 !

Dés de poulet façon mégère - Liu Xinwu (Bleu de Chine, 2007, 150 p.)

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06 décembre 2009

Le club de la chance d'Amy Tan

Ce livre est un formiclubdable chassé-croisé de regards de femmes soit mères, soit filles séparées par la culture mais unies par le sang. Les plus âgées, les mères, se réunissent régulièrement autour d'une table de mah-jong et n'ont qu'un but : évoquer des souvenirs, faire profil bas et profiter de chaque instant en communauté pour déjouer la solitude et avancer coûte que coûte dans la société occidentale si éloignée.
Car ces mères sont chinoises et ont émigré après des vies tortueuses vers les États-Unis. Formant un groupuscule, elles n'ont d'autres choix que de se soutenir dans cette nouvelle orientation de vie marquée par des amputations et autres épreuves du passé qui les ont conduites à partir. Quant aux filles, ce sont des sino-américaines dont la mentalité est profondément américaine mais qui s'interrogent sur leurs racines. Tout débute par l'invitation, au cercle des mères chanceuses, d'une des filles Jing-mei "June" Woo dont la mère vient de mourir. Pleines d'empathie mais ne désirant pas que le vie s'arrête, toutes reprennent leur réunion commune afin que la chance continue de tracer sa route et d'éclairer la voie de chacune de nos protagonistes.

J'ai absolument et déraisonnablement adoré ce livre dont j'ai trouvé la construction passionnante. Ces points de vue de femmes, développés chacun à travers des petits chapitres permettent de lier l'ensemble et de donner un corps à l'histoire. Du point de vue des mères qui paraissent comme déracinées mais intransigeantes, on passe aux filles avides d'être acceptées et reconnues dans leur vie quotidienne. Puis on revient sur le parcours des mères avec un éclairage empreint de pudeur afin de lever les voiles des non-dits, des faux espoirs et des apparences. Chaque femme - elles sont à l'origine quatre autour de la table de mah-jong, chacune ayant une fille - est décryptée et c'est donc huit parcours radicalement différents qui nous sont livrés, bruts de décoffrage.
Le fil conducteur est le mystère qui auréole la récente défunte. Sa fille est un maillon manquant mais aussi un lien vers un passé trouble et douloureux.

Vraiment splendide et magnifiquement maîtrisé ! Je comprends qu'il ait été adapté au cinéma et ait connu un grand succès tant il est le reflet d'une profonde humanité dans la société consumériste dans laquelle nous évoluons.

"Elles reviennent à leurs cacahuètes douces et à leurs histoires. Elles redeviennent petites filles, rêvent des temps heureux du passé et des temps heureux à venir. Un frère de Ningbo qui fait pleurer sa sœur en lui remboursant neuf mille dollars plus les intérêts. Un fils cadet qui réussit si bien dans le commerce des télévisions et des stéréos qu'il expédie des surplus en Chine. Une fille dont les bébés nagent comme des poissons dans leur piscine de Woodside. De si jolies histoires. Les meilleures. Des histoires de chance, des histoires de bonheur.
Et moi j'occupe la place de ma mère à la table de mah-jong, l'est, là où toute chose commence
" (p. 43)

"Ma mère n'évoquait jamais sa vie en Chine, mais mon père prétendait l'avoir sauvée d'une situation terrible, un drame dont elle ne pouvait parler. En rédigeant ses papiers d'immigration, mon père la rebaptisa fièrement Betty St Clair, raturant d'un trait son nom véritable : Gu Ying-ying. Ensuite, il inscrivit une date de naissance erronée, 1916 au lieu de 1914. C'est ainsi que, par le caprice d'un stylo, ma mère perdit son nom, et de Tigre devint Dragon" (p. 116)

Karine aussi lu. Il mériterait d'être plus connu.

10/10 pour moi

Le club de la chance - Amy Tan (Flammarion, 1990, 330 p.)

La fille de l'ascenseur de Ye Mang

Dans ce recuLa_fille_de_l_ascenseureil de trois nouvelles, on plonge dans le quotidien du petit peuple chinois. Et la mise en bouche est efficace puisqu'on pénètre d'entrée dans l'univers d'une liftière, comme l'indique le titre La fille de l'ascenseur. Dans ce métier de subalternes voué aux montées et descentes des passagers d'un jour, la jeune femme est éreintée et paraît rachitique. D'autant plus qu'avec la fatigue qui s'accumule, on pourrait espérer une vie familiale lui permettant un refuge au bonheur. La réalité est toute autre, puisqu'on apprend que son mari se refuse à elle et, comble de tout, il invite régulièrement une femme plantureuse, passagère de l'ascenseur, à venir le rejoindre.

Dans la seconde nouvelle, Une journée harassante, nous suivons le quotidien d'une petite famille du lever du jour au coucher. Le couple de parents semble campé dans les habitudes, l'épouse est caractérisée par un ventre proéminent, le mari quant à lui est décrit comme maigre et la fillette paraît bien éloignée de toutes ces préoccupations de poids. Il est comique de suivre ces protagonistes dans la vie de tous les jours, notamment dans le bus où la mère de famille semble lutter à se hisser parmi la foule informe et à placer son ventre dans le tumulte.

L'initiation, troisième nouvelle, nous invite à nous plonger dans une classe d'école primaire typique. On s'attendrait à tomber dans une de ces castes de petits soldats, où les élèves semblent disciplinés, voire programmés à la réussite. Mais l'envers du décor nous réserve quelques surprises car ce ne sont pas les élèves qui nous surprennent mais bien l'institutrice subjective et intéressée quant aux rangs sociaux de ses petits protégés. L'instruction serait donc une grande farce où seuls les mieux lotis financièrement pourraient sortir du lot.

Que de causticité dans ce recueil ! C'est le genre de comique de situation que j'apprécie beaucoup. On ressent le regard très incisif de l'auteur pointant tous les travers de la société. Et on se réjouit de fouiller dans la crasse de ses petites gens, comme pris au piège de leur quotidien. Cela a été une fois de plus une très bonne découverte qui m'a permis d'affiner mes connaissances sur la Chine d'aujourd'hui.

"Autrefois, Jin Yushun était tout à fait capable de faire monter Lili sur le cadre de sa bicyclette et Bai Xinkun sur son porte-bagages arrière pour les conduire toutes les deux jusqu'à l'arrêt d'autobus du carrefour. Mais depuis que sa femme pesait quatre-vingt-dix kilos, la chose était devenue impossible, premièrement parce que son pneu arrière ne pouvait supporter une telle charge, deuxièmement parce que lui-même n'aurait jamais eu assez de force dans les bras pour maintenir bien droit le guidon d'un vélo aussi lourd" (p. 50)

Sandrounette l'a lu et pour moi c'est un 8/10 !

La fille de l'ascenseur - Ye Mang (Bleu de Chine, 2000, 120 p.)

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