La maison rectangulaire d'Héléna Villovitch
C'est l'histoire d'une fillette de treize ans et demi qui vit dans une
maison rectangulaire avec son petit frère, son père et sa mère. Nous
nageons dans un certain flou car il n'y a pas de description ni de
l'endroit où se passe l'action (la maison) ni de la famille. Nous
comprenons que la narratrice est un brin sadique et manipulatrice car
elle tente par divers moyens de terroriser son frère. Quant aux
parents, ils sont comme inexistants pour elle, comme d'autres murs qui
viennent entraver sa route.
Cette maison, lieu clos, plutôt prison
que douceur du foyer est sans doute l'autre personnage principal :
l'antagoniste, celui qui est bien trop figé, qui renferme bien trop le
quotidien.
J'ai lu la critique de Clarabel (cf. Villovitch sur le club des rats de biblio-net) et suis de son avis
sur la plume d'Hélléna Villovitch. C'est un mélange d'onirisme, avec
les très bons dessins abstraits qui viennent donner une autre dimension
au texte, et une superposition de toute la monotonie qui campe la
fillette. On sort mitigé entre la compassion envers ses maux
adolescents - la crise est proche - et la surprise croissante envers
les petites farces mesquines que la narratrice destine à son frère.
C'est un texte fort où le loufoque est peut-être un élément composant la réalité des petites gens cloisonnées.
On
ne sort pas. Il n'y a pas de promenade en famille. Pas de déjeuner au
restaurant. Pas de jeu de société. Pas de conversation agréable. Pas de
visite imprévue d'amis. Pas d'amis. Pas de musique. Pas de bruit. Dans
la maison rectangulaire, chacun cherche à prendre l'autre en défaut.
[...]
Qui a bu du lait sans rincer son verre? Qui a déplacé le
programme télé? Qui a mal fermé le robinet? Qui a mangé un morceau de
fromage? Qui a bougé? Qui a parlé? Qui a eu le culot d'exister? (p. 81)
La maison rectangulaire - Héléna Villovitch (Estuaire, coll. Carnets littéraires, 2005, 117 p.)
Dessins : Hendrik Hegray