La mauvaise pente de Chris Womersley
Tout commence dans un motel d'on ne sait quelle région ni même d'on ne sait quel pays (l'Australie ?). Lee est blessé par balles et est inconscient sur son lit. La patronne du motel somme le nouvel arrivé, le médecin qui cherche à se cacher, à soigner le jeune et à l'emmener avec lui. D'une corvée imposée, les deux hommes commencent à s'apprivoiser et à presque apprécier la compagnie. Car les deux en ont beaucoup sur la conscience et la valise pleine de dollars qui accompagnait Lee ne laisse rien présager de bon. Alors à deux la quête d'anonymat paraît plus accessible et la rédemption plus proche encore.
Toute l'intrigue navigue entre un Wild pétri de regrets (car avec une famille laissée en même temps que sa profession) et un Lee revanchard qui serait bien prêt à tuer pour reprendre sa place dans la société. Et dans l'ombre s'approche le redoutable Josef qui lui aussi pourrait faire couler le sang. Dans ce jeu de piste, les trois hommes vivent à l'écart de tout, bien loin des femmes, des considérations existentielles ou même des moindres projets sur l'avenir. La mauvaise pente c'est avant tout de l'ultra réalisme représenté par de l'argent en pagaille, des blessures jamais cicatrisées et de la survie au jour le jour.
Le cœur de Lee s'agita dans sa poitrine. Il sentait la sueur sous ses aisselles, des picotements au cou. Il avait envie de déféquer ou de sangloter, comme si tout son corps était sur le point de le lâcher. (p. 70)
Je suis allée voir le film The Rover ce week-end (avec le bellâtre Pattinson) et j'ai tout à fait retrouvé l'atmosphère aride de ce roman. Il n'y a pas de lien mais dans l'amitié de deux hommes forcés de cohabiter, les deux trames s'entremêlent. Dans les deux, un homme plus âgé prend son cadet (qui pourrait être son fils) sous son aile et l'apprentissage est avant tout celui d'une vie où peut primer la confiance.
Allez écouter les très bonnes émissions de France culture qui évoquent La mauvaise pente. C'est par ici !
La mauvaise pente - Chris Womersley ; trad. par Valérie Malfoy (Albin Michel, 2014, 330 p., coll. Les grandes traductions)
