24 juin 2012

Alors Belka, tu n'aboies plus? de Furukawa Hideo

Je tiens d'ores et déjà à dire que ce n'est pas du tout le genre de livres vers lequel je me tournerais en temps normal. Toutefois, la couverture m'a paru attrayante tout comme la quatrième de couverture qui évoque un "roman polyphonique au rythme trépidant et d'une insolence extravagante qui remet en cause l'autorité naturelle de l'humanité sur le monde".

belka

Le début de ce récit se situe en 1943 sur les îles Aléoutiennes, archipel du Pacifique nord. Une garnison japonaise y est passée et a laissé sur place trois chiens : Masaru, Kita, Masayû et Explosion. Ce sont les points de départ d'une incroyable chevauchée à travers l'Histoire, à travers les continents et à travers les générations successives. Bien loin de dépérir, ils vont procréer mais aussi diversifier leurs champs d'action. Après avoir été soldats, ces chiens-là et leurs descendants vont devenir chiens de traineau, chiens de garde, chiens de race (pour concours de beauté), renifleurs de drogue... destins hors-norme pour des chiens d'exception. D'ailleurs, l'un des leurs aura aussi le privilège de découvrir l'univers.

Début d'été.
Anonyme a un ennui. Anonyme est en bonne santé... Il a bien grandi. Autrement dit, il n'est plus un chiot. Il n'a plus la taille d'un chiot. Son corps s'est bien développé. C'est ça l'ennui. Pourquoi le monde a-t-il rétréci? De nombreuses galeries au niveau quatre sont devenues trop étroites pour qu'il puisse passer.
"Pourquoi?" se demande anonyme, et ça lui fait mal.
"Pourquoi le monde rétrécit-il?" se demande-t-il.
Il crie. "C'est tout serré !"
Un monde tout petit comme ça, ça ne suffit pas !
(p. 255)

Mais ce n'est pas uniquement l'histoire des chiens qui nous occupe même si c'est le sujet transversal autour duquel tout gravite. Il y a une alternance de narration avec un mystérieux personnage, dresseur de chien mais follement intrigant car on ne comprend pas bien qui il est ni le pourquoi de sa cause. C'est troublant car son récit, croisé à celui d'une jeune japonaise retranchée chez lui, nous parait trouble, délicat et plein de non-dits. Certes, les chiens sont le lien de tout mais ils sont aussi un formidable vecteur pour révéler toute humanité qui sommeille en nous. J'ai été particulièrement touchée par un passage où une chienne adopte une tripotée de bâtards laissés à la rue par une mère renversée sur la route. La voilà qui les prend avec elle, les entraine sur les chemins et fait son domicile d'un vieux wagon "abandonné". Lorsque le propriétaire arrive, c'est ému qu'il accorde la place à cette famille atypique. Je tiens à préciser que je ne suis pas du tout une amie des chiens. Moi c'est les chiens alors il en fallait beaucoup pour m'attendrir. Mais ça a été le cas avec ce récit, avec des situations les mettant en scène en toute intelligence à travers l'Histoire mais aussi écumant la planète, braves et valeureux, ne reculant jamais devant les épreuves.
En définitive c'est un livre qui vous captivera de par son contenu historique mais aussi de par l'incroyable arbre généalogique canin qui se dessinera devant vous, toutes nationalités confondues (mais un tableau récapitulatif, en début de livre, vous aidera à vous situer). Le panel de leurs aptitudes mais aussi leurs voyages vous garantiront un excellent moment de lecture, hors du temps et garanti 100% évasion.


Alors Belka, tu n'aboies plus? - Furukawa Hideo ; traduction de Patrick Honnoré (Ed. Philippe Picquier, 2012, 381 p.)

Posté par Mélopée à 08:00 - Littérature japonaise - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Commentaires

  • J'avais repéré ce livre aussi mais hésité à le prendre, rapport à la PAL déjà bien fournie. Ton billet m'intrigue pourtant... (soupir).

    Posté par A_girl_from_eart, 24 juin 2012 à 13:56
  • Très convainquant billet. (De plus la couverture est superbe)

    Posté par Suzanne, 25 juin 2012 à 19:47
  • pourquoi pas !

    Posté par Theoma, 26 juin 2012 à 18:40
  • @ A girl from earth : Pourtant j'ai bien l'impression de n'avoir pas été très précise dans ma critique sur ce livre-ci. C'est qu'il croise de nombreux critères d'intérêt. Un roman foisonnant à plus d'un titre !

    @ Suzanne : Je suis on ne peut plus d'accord sur la couverture.

    @ Theoma : Ça vaudrait le coup de se laisser tenter.

    Posté par Mélopée, 28 juin 2012 à 10:15
  • Tiens, la couverture ne m'aurait pas tentée.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 29 juin 2012 à 14:15

Poster un commentaire