30 janvier 2012
Monkey Grip d'Helen Garner
Je suis un peu comme ça moi, dès que j'ai aimé un livre d'un auteur, je garde le nom de celui-ci en tête pour ensuite égrener son œuvre. Dans le cas présent, Helen Garner n'a publié que deux romans traduits en français, je suis donc arrivée au bout de mes possibilités (la lire en anglais, ça me parait décidément bien compliqué). Rappelez-vous, j'avais beaucoup aimé La chambre d'amie qui avait frolé le coup de coeur ! ![]()

Tout d'abord, que veut dire "monkey grip"? La quatrième de couverture nous indique que cela désigne "l'accoutumance, l'impossibilité de rompre" et c'est bel et bien de cela qu'il s'agit puisque la narratrice, Nora, s'est entichée de Javo, un acteur junkie. Pour situer l'histoire, nous sommes à Melbourne en plein dans les années 70 qui apparaissent comme une période où règne le peace attitude. Car les deux personnages vivent plus en moins ensemble mais aussi avec d'autres gens dans une maison très ouverte où cohabitent enfants, étudiants, musiciens et même drogués. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la notion de maison se conçoit avec les amis dans une intimité troublante où chacun va et vient à sa guise. J'ai d'abord été très surprise de voir tous ces prénoms défilant comme s'ils étaient familiers sans qu'une stabilité ne s'instaure. Nora a une fille, Gracie, mais elle a aussi des amis à qui elle consacre le plus clair de son temps en dehors de son travail de professeur.
Javo quant à lui est un acteur accro à la drogue dont les sautes d'humeur, les tergiversations et autres magouilles peuvent en éloigner plus d'un. Ce n'est pas le cas de Nora qui s'accroche à cet homme au regard bleu azur. Son espoir est de faire durer cette histoire qui pourtant n'était pas partie pour durer. Comment se fait-il que ces deux-là se cherchent? Se peut-il qu'ils trouvent, dans la réunion de leurs deux solitudes, une réponse à leur existence dénuée d'amour? Là où Nora se cramponne à l'image de Javo, lui est quant à lui fusionnel à la drague et c'est une partie de "suis-moi, je te fuirai, fuis-moi, je te suivrai" qui commence. Au fil de la narration, se développent des sentiments très forts mais aussi des rancœurs, des jalousies, des déclarations d'amour mais aussi des preuves qu'il existe.
J'ai retrouvé avec plaisir la plume très addictive d'Helen Garner. Là où les deux protagonistes sont campés dans leurs addictions respectives, moi j'ai été captivée par ce huis-clos où les personnages défilent mais où seuls deux nous tiennent en haleine. Certes ils ne gravissent pas l'Himalaya, certes leur vie pourrait être la vôtre ou la mienne mais c'est dans cette simplicité de la trame (qui n'a pas connu d'idées fixes?) qu'on se retrouve avec un page-turner, en empathie avec l'un puis avec l'autre. Melbourne nous parait proche, ce toit où tout le monde défile, squatte puis continue son petit bonhomme de chemin, nous laisse entrevoir un panorama d'une jeunesse qui se cherche. Quel plus bel idéal que celui de vivre heureux et en harmonie avec ses semblables? Eux en font l'expérience et développent des liens forts, des amitiés durables, des relations qui de prime abord auraient semblé improbables. Cela devrait en inspirer quelques uns !
Peut-être un passage du livre pour conclure :
La léthargie peu à peu s'est abattue sur moi à la façon dont Javo décrivait l'effet de la came : du plomb fondu déversé dans les veine. (p. 190)
Voilà un livre où euphorie et spleen se disputent la vedette. Et c'est on ne peut plus réussi !
En tout cas, petit aparté, ce livre a été adapté au cinéma en 1982. Je serais ravie d'en voir l'adaptation !
Monkey Grip - Helen Garner (Des femmes, 1987, 361 p.)
27 janvier 2012
Take shelter de Jeff Nichols
Une fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous parler aujourd'hui d'un film qui m'a beaucoup touché. Il ne passe pourtant pas dans les grandes salles et mériterait plus de suffrages. Il a par ailleurs remporté lle Grand Prix de la semaine internationale de la critique du festival de Cannes ainsi que le Grand Prix du festival de Deauville. Quoi de plus engageant pour s'aventurer dans les salles obscures?
(sortie le 4 janvier 2012)

Curtis LaForche est un américain ordinaire vivant avec sa femme et sa petite fille, Hannah, sourde-muette. Un jour des cauchemars l'empêchent de dormir : des visions de tempête l'assaillent sans arrêt. Ces mauvais rêves se répètent et fragilisent Curtis qui est hanté nuit et jour par ces images. Et si l'Apocalypse se préparait avec pour commencement des tempêtes surgissant de nulle part? C'est que Curtis s'en rend malade et projette même de réhabiliter l'abri anti-tempête qui était à l'abandon dans le jardin. Dans sa folie naissante, il entraine sa famille (sa femme le voit changer de comportement, devenir anxieux, insomniaque et irritable). Son métier d'ouvrier en pâtit évidemment puisqu'il ne peut plus assurer ses chantiers, il prête bien trop attention aux phénomènes climatiques, aux oiseaux dans le ciel (nécessairement de mauvais augure). Ses cauchemars sont de plus en plus effrayants et impliquent tout son entourage : son collègue de travail dont il est pourtant très proche, sa femme et, bien sûr, sa fille. Le monde est hostile autour de lui et la tension monte d'un cran lorsqu'il s'agit de prendre son mal à bras-le-corps. C'est qu'il y a des antécédents dans sa famille puisque sa mère, schizophrène, a été internée dès l'âge de 30 ans dans une résidence médicalisée. Et si Curtis prenait le même chemin? Et s'il devenait complètement fou?
Durant tout le film, les visions sont traitées comme les images réelles et il est difficile de faire la distinction entre les deux mondes. C'est justement dans cette ambiguïté cultivée qu'on se dit que la réalité découle du rêve et inversement. Tout est étrangement imbriqué et fascinant ! Les images qui peuplent ses cauchemars sont volontiers angoissantes mais elles n'en sont pas moins d'une beauté macabre. Que dire du nuage d'oiseaux (corbeaux?) qui vole au-dessus de sa tête? C'est beau et étrange car la trajectoire n'est pas naturelle et traduit une sorte d'affolement et de danger environnant.
J'ai trouvé l'esthétique du film et la finesse du scénario implacables. On est embarqué dans la trame et on tremble des cauchemars qui se multiplient, de ce pauvre homme qui ne sait plus quelles sont les frontières de son hallucination.
Quant à la fin, c'est juste une merveille ! Elle peut-être sujette à diverses interprétations. Je l'avais comprise d'une manière, mon copain d'une autre et toutes deux restent plausibles. On quitte ce film charmé et un peu subjugué du traitement fait à l'histoire.
Un film à distinguer très nettement des productions actuelles et qui donne à réfléchir sur son avenir, ses peurs et le tour que prend la planète !
21 janvier 2012
L'espèce fabulatrice de Nancy Huston
Non, non, non, la semaine n'est pas finie et pour cause, j'ai encore quelques petits Huston à vous communiquer. Le dernier en date m'a été extrèmement ardu à critiquer. Et pourtant c'est un essai qui pourrait en harponner plus d'un... il s'agit de L'espèce fabulatrice !

Pourquoi ai-je choisi un essai de Nancy Huston plutôt que ses narrations qui elles, me font rêver? C'est qu'ici il est question de livres, de l'Homme et de l'imagination, trois sujets qui m'intriguent et sur lesquels j'aime bien lire. Connaissant la plume affutée de l'auteur, je me doutais que j'allais trouver du plaisir à ses bons mots. Et ça ne manque pas car le récit est ponctué d'anecdotes culturelles qui le rendent dynamique et empreint d'un intérêt certain. Je tiens à le redire, il m'est extrêmement difficile de faire une critique de cet essai car il flirte avec des questions philosophiques et des abstractions dont je n'arriverai pas à dessiner les contours. Par exemple, que sont ces arché-textes que Nancy Huston évoque à tour de bras comme les ciments d'une croyance à laquelle chaque peuple se réfère? Pour moi, simple lectrice, cela me parait immensément nébuleux...
L'auteur ponctue son discours avec des comparaisons très pertinentes sur les bonobos ou autres chimpanzés et nous-mêmes, modestes humains. Au contraire de l'espèce animale qui vit, se nourrit et meurt sans s'encombrer d'une imagination fertile, l'Homme lui est capable, et même, enclin à fabuler, à tergiverser et à s'élever des contraintes uniquement matérielles. En cela, rien qu'en écrivant, l'Homme invente et se complait dans des contes et des mythes qui l'éloignent d'une réalité où le cycle de vie et de mort est pourtant inexorable. La recherche du sens est une quête qui lui est propre car les animaux eux n'agissent pas avec raison.
Tant dans son émergence historique que dans sa consommation courante, le roman est inséparable de l'individu. Il est intrinsèquement civilisateur. (p. 179)
Cet essai nous interroge sur la lecture, sur notre besoin de lire. Quel est son impact sur nos vies? Y a-t-il un effet de miroir sur notre vie de tous les jours? En quoi un texte peut-il bouleverser nos croyances et fondements?
En somme, Nancy Huston formule des pistes qui nous donnent envie d'aller toujours plus loin dans l'analyse de nos raisonnements. Ce qui touche aux livres et aux mots est pour moi une gageure qui en concernera plus d'un. Je vous souhaite d'y trouver vous aussi matière à réfléchir. Pour ma part, j'y ai trouvé grandes idées et petits clins-d'oeil. Saviez-vous, ainsi, qu'un Américain sur deux lit un livre ou moins par an (c'est aussi consigné dans le livre)? C'est tout bonnement navrant ! Alors lisez mes amis... et pas que du Nancy Huston ![]()
L'espèce fabulatrice - Nancy Huston (Actes Sud/Léméac, 2008, 197 p.)
20 janvier 2012
Nord perdu suivi de Douze France de Nancy Huston
Eh oui, je suis encore là à vous vanter Nancy Huston. Et c'est avec un texte diamétralement diférent de mes précédentes lectures, que j'aborde aujourd'hui. J'espère qu'il vous charmera autant que moi.

Ce livre est sans doute le plus autobiographique qu'il m'ait été donné de lire de Nancy Huston. Avec ses mots toujours justement pesés, elle donne corps à un aspect de sa vie qui l'a profondément marquée. En effet, à peine majeure, elle a décidé de partir faire ses études à Paris. Par la suite elle est restée en France et y réside d'ailleurs toujours actuellement. C'est son expérience d'expatriée, de toute jeune débarquée en territoire français, dont elle nous fait part. Et en la matière, elle en a à raconter car Nancy Huston est une baroudeuse à qui on ne la fait pas : elle a déjà beaucoup bougé notamment en Allemagne, quand elle était enfant, avec son père et sa belle-mère et est donc quelque part investie par ses voyages. Mais c'est la France qui l'attire, la gagne et lui donne envie de s'enraciner. L'intérêt de ce livre réside particulièrement dans son ressenti du français comme langue étrangère, langue à apprivoiser et qui est moins aisée que son anglais maternel. On peut d'ailleurs relever qu'elle prend bien plus de plaisir à jurer en français qu'en anglais (comme si elle ne possédait pas complètement tous les sens de son vocable).
J'ai aimé la manière dont Nancy Huston évoque son expérience car on sent l'appréhension qui a dû l'habiter à son arrivée. tout comme sa volonté de bien faire et d'être comme tout le monde. Mais rien n'est gagné comme en témoigne la première conversation téléphonique, à son arrivée à Paris, qui la décontenance complètement (pour les mots exacts, je vous laisse lire le passage que je n'ai pas relevé). J'ai retenu, par contre, toute sa volonté de s'intégrer (familièrement, on pourrait dire qu'elle a la niak), son besoin de communiquer, sa curiosité vis-à-vis de notre langue (et c'est qu'elle en a emmagasiné du vocabulaire, bien plus que certains)...
Même si, comme le titre l'indique, Nancy Huston dit avoir perdu le Nord en arrivant parmi nous, elle n'en est pas moins très lucide sur son besoin d'apprendre et c'est avec un réel plaisir qu'on la voit confronter deux idiomes : le français et l'anglais. Le texte est parsemé de réflexions dont on se nourrit avidement. Quant à moi, j'ai trouvé le passage qui suit très véridique :
Pourtant l'explication est simple. Ces souvenirs étaient morts d'inanition. Un souvenir, il faut lui rendre visite de temps à autre. Il faut le
nourrir, le sortir, l'aérer, le montrer, le raconter aux autres ou à soi-même. Sans quoi, il dépérit. (p. 99)
Vient ensuite un autre texte intitulé Douze France qui, en quelques pages, dresse un portrait global de la France en douze adjectifs. La France est ainsi résumée à ses grandes caractéristiques, ses forces ainsi que ces charmes par l'œil neuf d'un étranger intransigeant. Car si Nancy Huston a choisi de rester parmi nous, c'est que la France est une terre d'adoption qui l'a charmée et la surprise, bien loin de sa famille canadienne, restée au pays. Les mots de Nancy Huston ont tôt fait de nous conquérir et on prendrait bien d'autres goulées de sa "perte de repères".
Nord perdu suivi de Douze France - Nancy Huston (Actes Sud Léméac, 1999, 130 p.)
19 janvier 2012
L'empreinte de l'ange de Nancy Huston
C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé la Nancy Huston que j'avais tant aimé dans Ligne de faille et La virevolte (car là oui j'y ai trouvé du romanesque et de l'intrigue). C'est ainsi, dès les premiers mots, les premières pages, la narration m'a happé et j'ai filé suivre des personnages encore très habilement esquissés par l'auteur.

Ici on découvre une jeune femme énigmatique, Saffie, une allemande débarquant au printemps de 1957 à Paris. Cherchant un emploi, elle se retrouve en tant que domestique au service du flûtiste de renom, Raphaël Lepage. Celui-ci tombe rapidement amoureux et lui ouvre bien plus que sa porte. C'est un petit couple qui se forme. Banal en somme sauf que Saffie ne se départ pas de son masque d'indifférence, de son désintérêt de tout et même des autres. Raphaël est pour elle un homme comme un autre à un détail près, il l'entretient dans un cocon douillet. Bientôt la jeune femme tombe enceinte et c'est un espoir pour Raphaël. Et si la maternité pouvait l'éveiller à la vie et aux sentiments les plus simples?
Rien ne se passe comme prévu car Saffie exècre d'avance le petit être qu'elle porte en elle. Si seulement il pouvait disparaitre...
Surgit dans sa vie, le salvateur luthier Andras, un juif hongrois qui répare l'instrument de son mari. Mais bien plus que la flute, il répare aussi les affects de Saffie et lui donne goût à la vie, aux promenades, aux discussions animées. Ainsi Raphaël est heureux, depuis qu'il joue, se déplace et gagne encore en prestige, sa femme elle aussi s'illumine. Est-ce un rêve? Comment se fait-il que cela se soit fait si naturellement? Et ce déclic, est-il vraiment de son ressort?
On suit les personnages avec un plaisir grandissant. Plus la situation s'installe (cette double vie qui convient à tous), plus la chute parait être inéluctable. Et qu'elle sera raide ! Car l'enfant (Emil), au départ non désiré du couple légitime, est un excellent prétexte pour sortir et se rendre chez Andras. Il grandit et se plait à ce manège avec ses deux papas : l'un qui le met mal à l'aise (Raphaël), l'autre qui lui fabrique des jouets et s'occupe de lui (Andras).
Il est terrible ce livre en cela qu'on se dit qu'une relation amoureuse ne peut contenir que deux personnes. L'irruption de la troisième est source de souci tout autant que de joie et de déraison. On se prépare à une confrontation, à un malsain déballage du linge sale en public... et l'issue nous surprend malgré tout. Qu'est-ce que j'ai pu détester la Saffie aux deux visages ! Profiteuse d'un confort qu'elle ne mérite pas, elle vit dans l'amour absolu de deux hommes, bientôt comblée par un enfant qui la vénère également. Et dans tout cela elle jongle avec habileté pour ne pas éveiller les soupçons de la concierge, ni choisir entre un homme plutôt que l'autre. L'infidélité me fera toujours bondir je crois, quel qu'en soit le motif. L'histoire de Saffie qui nous est dévoilée peu à peu ne trouve pas grâce à mes yeux pour la rendre plus humaine. Je la plains, elle et la censure qu'elle s'inflige sur son passé. Si seulement elle trouvait comment se donner exclusivement à un seul homme !
Mais pour le style de l'histoire, j'y ai trouvé du plaisir, car les personnages m'ont paru réalistes, la trame elle aussi est "tendance". Mais c'est bien les cinquante dernières pages qui m'ont le plus intéressé car enfin la tension se lève. C'est presque un soulagement que l'histoire ne reste pas dans ce huis-clos cantonné à trois personnages (avec comme "otage" privilégié l'enfant) !
Encore un très bon Huston dans ma bibliothèque ! Et dans la vôtre?
L'empreinte de l'ange - Nancy Huston (Actes Sud, 2004, 327 p., collection Babel)
18 janvier 2012
Histoire d'Omaya de Nancy Huston
Etant davantage portée à soutenir ses oeuvres, vous pouvez penser que j'aime tout d'elle et qu'elle pourrait écrire avec les pieds que je serais toujours à la soutenir. Loin de moi cette idée et je le prouve aujourd'hui avec ce livre qui m'a laissé complètement sur la touche. Elle ne m'avait pas habituée à ça, Nancy !

Les lectures de Nancy Huston s'enchainent mais ne se ressemblent pas. Pour preuve, je suis passée complètement à côté de cette histoire rocambolesque. Omaya est une jeune femme un peu paumée qui a sans doute subi des attouchements sexuels car elle vit dans une sorte de délire frisant la paranoïa. Une plainte est déposée et pourtant la Justice peine à la croire. C'est le début de son récit témoignant d'une grande souffrance, d'un profond mal-être où Omaya demande de la reconnaissance et une sentence pour ses bourreaux. Les lieux paraissent troubles, insécures comme le métro où tous les contacts semblent être "permis". Quelle peut-être l'échappatoire pour enfin reprendre goût à la vie?
Je crois que le plus compliqué dans ce texte c'est que la narratrice alterne le "je", le "elle" et parle d'Omaya comme s'il s'agissait d'une autre., foncièrement différenciée Dès les premières pages je me suis demandée qui était qui et pourquoi la situation était si alambiquée. Car en plus du jeu je/elle, les actions s'enchainent sans lien évident. Les flash-backs renvoient à la scène de "viol" mais aussi au moment du dépôt de plainte au commissariat, ou aux discussions avec Cybèle, sa mère. De plus, un certain nombre de personnages me sont apparus confus et sans identités affichées : le Hibou, Alix... apportaient-ils vraiment quelque chose à l'histoire? Car dans le drame que vit Omaya, on sent que son désarroi est communicatif, que son histoire l'empêche de progresser, de tourner la page et de vivre en harmonie avec les autres. Néanmoins, était-il nécessaire de semer le lecteur avec toutes ces situations parallèles? Je crois que pour davantage d'empathie, l'histoire aurait gagné en simplicité.
Je ne renonce pas pour autant en ma découverte de la suite des œuvres de Nancy Huston mais Omaya sera vite oubliée, elle et son infortune auxquelles j'ai eu bien du mal à m'identifier. Demain, on passera à quelque chose de nettement meilleur !
17 janvier 2012
Ultraviolet de Nancy Huston
Ladies and gentlemen, j'annonce : une semaine entièrement consacrée à Nancy Huston sur ce blog. Vous allez me dire que ça commence mal avec un premier billet le mardi... soit, la régularité ce n'est pas mon fort mais du Nancy Huston il va y en avoir, et pas qu'un peu. Car il est grand temps de faire de la place à une auteur que j'affectionne particulièrement (souvenez-vous, je m'étais laissée porter par La virevolte). Et quoi de mieux qu'un coup de coeur en littérature jeunesse pour continuer en beauté?

12 janvier 2012
Le voyage du prince Tudorpah de Denis Tesle et Gilles Leroux
Il est presque temps d'aller dormir, voici donc l'heure idéale pour vous parler du conte du prince Tudorpah raconté par le formidable Arthur H.

Le royaume des nuages roses vit une période mouvementée : son prince, Tudorpah, ne trouve plus le sommeil. Cela tombe mal car la fête annuelle doit se tenir et le projet est compromis au vu de l'état de fatigue du souverain. Un ultime recours semble se dessiner en la personne du sage Babu, qui vit au milieu de la jungle. Ni une, ni deux, voici le prince qui prend la route afin de guérir son mal étrange. En chemin, il rencontre un chapardeur qui le détrousse, c'est le rusé Monkimane, qui est en terrain conquis au milieu de nulle part. Et c'est en guide que celui-ci se décide à accompagner notre prince jusqu'à Babu. Mais les deux acolytes ne sont pas au bout de leurs surprises car les personnages se succèdent : Babu et sa nuée de lucioles enchanteresses, Tar l'habile joueur de sitar, la douce Lalita, la guérisseuse Somma. Il y a aussi le méchant vizir Kouroustan qui semble être à l'origine du complot (et s'il convoitait le royaume?) et qui n'a pas dit son dernier mot, employant tous ses pouvoirs pour compromettre l'aventure. Heureusement, la magie est omniprésente, les personnages sont braves et courageux et la musique est le remède à tous les maux.
La musique est effectivement très importante dans le déroulement de ce conte. En effet, les musiciens Lalita et Tar sont envoutants et riches de nombreux chants mystérieux. Quant à la voix qui campe ce conte, il s'agit du bien connu Arthur H. qui tient parfaitement le fil de l'histoire. Le prince Tudorpah est encore jeune et c'est donc plein d'empathie qu'on suit ses insomnies qui pourraient bien devenir une catastrophe pour tous ses sujets. Sa voix se module agréablement selon les personnages rencontrés (pas loin d'une dizaine) et on délaisse volontiers le texte pour écouter cette exotique histoire.
Quant aux dessins de François-Marc Baillet, ils sont très beaux et collent parfaitement à mon ressenti de l'histoire. On est porté avec ces couleurs chaudes, ces visages ronds, vers un ailleurs accueillant.
Voilà une expérience à conseiller aux grands comme aux petits ! Personnages et paysages nous font voyager bien au-delà de nos frontières. Et sans passeport, en plus !
Livre reçu pour l'opération Masse critique de Babelio en partenariat avec les éditions Eveil et découvertes. Merci pour ce très bel ouvrage !
Le voyage de prince Tudorpah - Denis Tesle et Gilles Leroux ; illustrations de François-Marc Baillet ; conte raconté par Arthur H. (Éveil et découvertes, 2010, 34 p. + 1 CD)
04 janvier 2012
Berazachussetts de Leandro Avalos Blacha
Je démarre l'année avec un roman qui me laisse une impression en demi-teinte
. A vous de voir si cette fantasque histoire vous emportera !

J'ai retardé le moment de faire une critique pour ce livre-ci car il m'a laissé complètement perplexe de par l'originalité de son sujet et sa plume extrêmement "décomplexée". Dora, Milka, Beatriz et Susana sont quatre instits à la retraite qui vivent ensemble dans une sorte de banlieue de Buenos Aires fantasmée, Berazachussetts (les lieux imaginaires qui sont le cadre de l'histoire font l'objet d'une postface fort éclairante). Puis un jour surgit une étrange bonne femme, aux nichons proéminents, nommée Trash. Outre son nom bien caractéristique du personnage (elle est punk, obèse et par dessus tout zombie), c'est une femme qui détone et par qui le malheur arrive. Car le groupe, à partir de cette rencontre, bat de l'aile et c'est le moins qu'on puisse dire ! Ça s'insulte, ça se sépare et ça ne se rabiboche pas, bien au contraire. C'est l'occasion pour les unes de se venger : Milka en destructrice d'intérieur, ça vaut le détour ! Dora, quant à elle, s'amourache du très puissant Saavedra qui lui fait voir monts et merveilles et n'hésite pas à partir en visite des bas quartiers (comme on visite un musée pardi, c'est tellement amusant de voir la misère humaine). Mais bien évidemment, ces quatre itinéraires qui se dessinent sont intéressants en cela que ces grandes névrosées filent le plus mauvais des cotons. Et c'est dans un univers apocalyptique, où tout semble s'enchainer pour qu'elles trinquent et dégringolent, qu'elles prennent place. De vraies détraquées des temps modernes !
Quant à moi je vous avoue que j'ai eu beaucoup de mal à suivre la progression des unes et des autres car justement leur monde, complètement déjanté et loufoque, est passé bien à côté de mes idées très terre à terre (j'y suis restée tout à fait hermétique). Qui croirait en une armée de fauteuils roulants? Combien sont-ils les gens qui se laisseraient aller à suivre Periquita, une adolescente tout aussi cruelle qu'impotente? Car oui, les personnages annexes, les petits détails qui rendent la narration folle et proche de la science-fiction, il y en a un paquet. C'est ce qui fait le charme du récit, sans doute ! De mon côté j'ai été tout à fait circonspecte par l'univers imaginé par Leandro Avalos Blacha. Non pas qu'il ne soit pas crédible mais, pour ma part, j'ai eu du mal à y adhérer. Néanmoins, le style de l'auteur est bon, le récit est fluide et l'action ne faiblit pas en intensité. Peut-être que je ne sais pas rire des zombies, des paralytiques et des pingouins (oui, oui y en a aussi là-dedans) en tout cas la sauce n'a pas pris !
Des lecteurs ont aimé : gr3nouille2012, Eireann, Nébal
Je tiens à remercier chaleureusement Ys, pour ce partenariat via
, et les éditions Asphalte pour l'envoi !
Berazachussetts - Leandro Avalos Blacha (Asphalte, 2011, 185 p.)
D'ailleurs, en restant chez Asphalte, je ne peux que vous conseiller le surprenant Breakfast on Pluto dont j'avais fait une chronique ici !
20 décembre 2011
L'Unité de Ninni Holmqvist
Immersion dans le domaine de la science-fiction avec ce récent ouvrage venu de Suède. Normalement, je suis peu encline à lire dans ce domaine et pourtant... on n'est pas à l'abri d'une surprise ! ![]()
Vous avez cinquante ans (soixante pour les hommes), vous n'avez ni conjoint, ni enfants... Bienvenue à l'Unité !

Dorrit vient ainsi d'arriver à l'Unité après une vie paisible auprès de son chien Jock. Elle a pourtant connu les tourments d'une vie amoureuse et sexuelle bien remplie, en compagnie de Nils, un homme marié. Mais à l'heure où il n'est plus possible d'être mère, les individus tels que Dorrit sont considérés comme des superflus. Les autres, ceux qui ont une vie de famille et des enfants constituent la très enviée caste des nécessaires. Une fois entré dans l'Unité, sorte de refuge sécurisé où sont envoyés les superflus, il n'y a pas de possibilité d'en sortir. Et y être intégré comporte des avantages comme d'avoir à disposition un appartement confortable, des loisirs variés, de la nourriture à volonté. Les célibataires s'y retrouvent entre eux et peuvent donc passer du bon temps sans se soucier d'éventuels problèmes matériels.
Le seul inconvénient notable c'est que ce séjour est soumis à une clause non négociable : tout arrivant est susceptible de faire l'objet d'un "don" au profit des nécessaires de l'extérieur. Ainsi, les organes peuvent êtres prélevés chez les superflus pour favoriser les nécessaires. Tant qu'il s'agit d'un rein, cela reste admissible. Mais que penser du "don final" qui plane comme une menace chez tous les résidents? Comment vivre en sachant que cœur, cerveau ou poumons peuvent êtres transférés à tout moment à quelqu'un de plus "utile" à la société?
J'ai trouvé ce livre palpitant dans le sens où la science-fiction marquait une frontière infime avec la réalité. En effet, les humains restent semblables dans l'Unité, ils sont juste soumis à des tests et traités comme des cobayes. Seul apparait ce paradis empoisonné qu'est l'Unité où tous vont, passés la limite d'âge, mais dont personne ne revient. La dictature de la famille impose cette politique d'exil des célibataires et on prend peur de la résignation des résidents, à la merci de leurs bourreaux. Les nécessaires savent-ils d'où viennent les organes qui les sauvent?
C'est dans cette froideur méticuleuse, dans cette opacité du système, que j'ai trouvé la fascination et le plaisir de la lecture. Plus on découvre le petit monde de l'Unité, plus on se dit qu'une rébellion doit fomenter.
Dorrit est un personnage central qui déjoue quelque part les usages mis en place. C'est une battante qui s'accroche à la vie, qui ne renonce pas et qui a toujours le secret espoir d'un ailleurs où le temps ne serait pas compté. Et que dire du chapitre final? J'en ai été bouleversée... rien que ça ! Et ce n'était pourtant pas gagné car je m'engageais sur le terrain de la SF à reculons !
L'Unité - Ninni Holmqvist (Ed. Télémaque, 2011, 270 p.)







