29 août 2015

[Rentrée littéraire] Tourner la page d'Audur Jónsdóttir

A ce point-là je pense qu'on peut appeler ça une lubie, une fixette, une obsession : j'aime les auteurs Islandais ! Je suis admirative de leur originalité, de leur liberté de ton et de cette poésie que j'ai peine à trouver ailleurs. C'est d'autant plus vrai qu'après être allée en Islande, c'est pleine de nostalgie que j'ai l'impression de me réimmerger à chaque écrivain et à chaque nouveau roman.

Eyja est une jeune femme qui a fait les choses dans le désordre. Poussée par le besoin de s'émanciper, elle s'est mariée à un homme de vingt ans son aîné. Son mari, qu'elle appelle le Coup de Vent est un alcoolique notoire qui ne fait rien pour s'arranger. Poussée par sa famille, et notamment par sa grand-mère, Eyja est invitée à passer quelque temps chez sa cousine, Runa (aussi appelée la Reine du Ski) en Suède. Loin de ses racines et de ses attaches maternelles (sa mère, sa grand-mère et sa soeur Agga la hantent en permanence), elle tente d'écrire pour prendre un nouvel élan vital.

Mais la Reine du Ski ne l'entend pas de cette oreille et l'occupe à la location et au nettoyage des cottages qu'elle détient. Elle est aussi priée de s'occuper des enfants de la cousine et surtout de ne pas tenter d'évoquer un quelconque retour en Islande (du moins certainement pas mariée au même homme). Eyja subit, endure et ne tente même pas de s’enfuir car cette nouvelle expérience loin de chez elle l’empêche de prendre de vrais décisions pour son couple auprès de son mari. C’est si facile de s’éloigner lorsque la famille cautionne et paie la virée libératrice hors du ménage !
Les personnages féminins tiennent une place de choix dans ce récit où tous sont rebaptisés : Dame Joliette de France pour la mère, la Reine du Ski pour la cousine Runa...

Toutes sont sympathiques et semblent vouloir exclure l'homme s'il est trop faible (c'est le cas de l'alcoolique de mari d'Eyja) et dépassé. Le texte est échelonné entre l'Islande, la Suède et Berlin, où Eyja pourrait bien rencontrer ce qu'elle nomme le Mari à Venir. Ce décloisonnement des frontières et ces noms fantasques rendent l'histoire presque onirique et sans véritable ancrage chronologique.
Les écrivains Islandais sont surprenants (l'auteur est ici la petite-fille de Halldor Laxness... tout s'explique !) et si vous êtes ouvert à un récit original et qui fait fi de la linéarité, arrêtez tout, ce roman a été écrit pour vous !

Tourner la page / Audur Jónsdóttir (Presses de la Cité, paru le 27 août 2015, 400 p., coll. Domaine étranger)

Posté par Mélopée à 17:21 - Littérature scandinave - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Tu m'intrigues. J'espère qu'il croisera ma route.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 30 août 2015 à 10:39
  • Comme Alex, je suis intriguée... à voir!

    Posté par Karine:), 30 août 2015 à 17:39
  • Bon moi les auteurs islandais, c'est avec des pincettes car ils peuvent être particulièrement brillants dans la bizarrerie, comme si on n'était pas du même monde. Et en même temps, c'est ça qui est intéressant dans leur univers romanesque. Du coup, des fois j'adore, des fois je suis simplement perdue. Mais ton billet me laisse entendre que ce roman-ci pourrait me plaire alors je note !

    Posté par A_girl_from_eart, 05 septembre 2015 à 12:52

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